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Dans la toile du temps

Avant d’attaquer l’année, j’ai fini 2019 avec un peu de SF, toujours conseillé par Kti de Bédéciné : Dans la toile du temps de Adrian Tchaikovsky, qui est anglais comme son nom ne l’indique pas.

TchaikovskyDans un futur lointain, la Terre se meurt. Ce qu’il reste de l’humanité a été embarqué dans un vaisseau immense, mis en hibernation à destination des étoiles vers des mondes qui ont été, dans un passé lointain quand les hommes maîtrisaient un savoir qu’ils ont perdu, terraformés pour servir de refuge en cas de catastrophe.

Au bout d’un voyage long, très long, ils arrivent à proximité d’une planète verte, autour de laquelle tourne un satellite de conception humaine. Le « Monde de Kern », où l’ancienne humanité avait tenté une expérience pour faire émerger l’intelligence chez des singes importés de la Terre. Mais si l’esprit de la docteur Kern est toujours présent dans l’IA du satellite et défend sa création envers et contre tous, même de lointains descendants, sur la planète les choses n’ont pas évolué comme prévu. Entre deux types d’intelligences totalement différents, le choc semble inévitable.

Malgré des défauts, ce roman doit bien avoir quelque chose qui m’a convaincu de lire ses presque 700 pages.

Pour les défauts, on peut commencer par des prétextes scientifiques qui expliquent la folie de Kern et l’apparition de l’intelligence dans le peuple de son monde (à savoir les araignées) assez tirés par les cheveux. Autre défaut, l’auteur veut en faire un peu trop, c’est vraiment très copieux, entre les ravages du temps sur une intelligence humaine restée au contact exclusif avec un ordinateur de nombreux siècles, l’évolution des araignées, celle d’une humanité en déclin dans son vaisseau, une réflexion sur le temps … Presque trop.

Mais il a aussi les qualités de ce défaut. C’est très copieux parce que les trois situations sont vraiment creusées et très bien décrites. On suit avec intérêt l’évolution à bord d’un vaisseau qui connaît les luttes de pouvoir et de savoir inévitables dans une communauté humaine. Et on suit avec au moins autant d’intérêt, sinon plus, la façon dont l’auteur imagine l’évolution de sociétés d’araignées et d’insectes. C’est là que l’auteur a fait preuve d’une grande imagination et en même temps d’une grande cohérence, au point de nous passionner pour leurs progrès aussi bien scientifiques que sociaux.

Et au bout du voyage, le moins qu’on puisse dire est que la conclusion est étonnante et le conflit réglé de façon très surprenante.

A lire donc, si on a du temps et qu’on n’est pas trop fatigué.

Adrian Tchaikovsky / Dans la toile du temps (Children of time, 2015), Folio/SF (2019), traduit de l’anglais par Henry-Luc Planchat.