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Echec avec le dernier Garlini

J’avais été très impressionné par le passionnant Les noirs et les rouges d’Alberto Garlini. C’est pourquoi je n’ai pas hésité une seconde à acheter son roman suivant Le temps de la fête et des roses. Mais je suis complètement passé à côté.

GarliniC’est la première fois que je vais parler d’un roman que je n’ai pas réussi à terminer. Habituellement quand cela m’arrive, je me débarrasse du bouquin, de son souvenir, et je passe à autre chose sans rien écrire. Mais là, ma différence de perception entre deux romans consécutifs d’un même auteur me laisse très perplexe.

Il me sera difficile de résumer, étant donné que, malgré mon obstination, et mon envie de voir où l’auteur voulait en venir, j’ai péniblement dépassé une centaine de pages. Pour éviter de répéter la quatrième, disons que l’on commence en suivant les vies de quelques personnages en Italie à partir de 1975 : deux jeunes garçons que l’on découvre à 10 ans, qui vont devenir inséparables et que j’ai pour ma part abandonnés à 15 ans du côté de Parme. Le frère ainé de l’un d’eux reporter à travers le monde. Et un écrivain qui croise leur chemin.

Le précédent roman m’avait soufflé par sa puissance, la difficulté assumée de prendre pour personnage un néo fasciste et d’arriver à nous faire comprendre le cheminement qui l’amène au terrorisme d’extrême droite, et le tour de force qui finissait par nous le rendre parfois sympathique.

Là au contraire, dès les premières pages, je ne saurais dire exactement pourquoi, mais l’écriture m’a laissé de côté. Les personnages me semblent à peine effleurés. L’enchainement de chapitres est décousu, je n’ai senti aucune tension narrative d’aucune sorte.

Alors j’ai essayé d’insister, de continuer pour voir si le souffle allait venir, si quelque chose allait m’emporter. Mais rien. Une suite de scènes, des tableaux, sans autre lien (du moins sans autre lien que je puisse comprendre) que les personnages.

Bref, j’ai fini par jeter l’éponge. Et je suis curieux d’avoir votre avis si vous avez tenté cette lecture.

Alberto Garlini / Le temps de la fête et des roses (Tutto il mondo ha voglia di ballare, 2007), gallimard (2018), traduit de l’italien par Vincent Raynaud.

 

Au cœur du fascisme des années de plomb

Un pavé que j’avais gardé en attente des vacances. Les noirs et les rouges de l’italien Alberto Garlini.

Garlini1968, Rome, à l’université les rouges et les noirs s’affrontent de façon violente. Dans le camps des fascistes, Stefano Guerra, jeune homme qui brûle de rage, originaire d’Udine, dans le nord du pays. Lors des heurts, il tue par erreur un jeune communiste. Sauvé par des cadres d’extrême droite, il est repéré pour sa violence, et utilisé par les différents groupuscules.

Manipulé, par les uns et les autres, il va se perdre complètement alors que derrière toutes les révoltes, les services secrets italiens jouent un jeu trouble et dangereux. Mue par une colère aveugle, Stefano Guerra ira jusqu’au bout de sa rage et de sa violence.

Ces derniers temps je vous avais proposé des lectures plaisantes, parfois drôles, toujours réjouissantes. Là changement de décor et de ton, on plonge, tête la première, dans plus de 900 pages de haine, de bêtise, de saloperie et de violence.

L’auteur nous emmène au cœur de ces années de plomb que nous connaissons si mal ici, si ce n’est au travers de telle ou telle figure charismatique (de gauche), mais cette fois on est en plein milieu des différents groupes d’extrême droite. Théories délirantes et haineuses, manipulations en tous genres, trafics avec les truands, admiration du Duce et des SS … Et jouets de tout cela, le groupe de Stefano, des jeunes hommes enragés, voulant autant se détruire eux-mêmes que détruire tout ce qui les entoure.

Là où l’auteur est très fort, c’est qu’il nous met dans la tête de Guerra, sans l’excuser si l’accuser, nous montrant juste comment il en arrive où il est, comment certains se servent de lui, alimentent sa paranoïa, sa violence et sa colère. Et paradoxalement, peu à peu, même s’il s’en défend, le lecteur en vient à ressentir une certaine proximité pour ne pas dire une certaine tendresse pour le jeune homme, et cela, bien entendu, sans jamais épouser ses idées.

C’est certainement là qu’est le tour de force de l’auteur, dans cette façon de décrire un fasciste convaincu, sans jamais lui donner raison, mais sans jamais en faire un monstre ni lui nier son humanité. Montrant même, lors de quelques moments lumineux, l’homme qu’il aurait pu devenir dans d’autres circonstances.

Un roman dense, exigeant et passionnant.

Alberto Garlini / Les noirs et les rouges (La legge dell’ odio, 2012), Folio/Policier (2017), traduit de l’italien par Vincent Raynaud.