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La mouette version Camilleri

Si vous êtes un habitué de ce blog, vous le savez, en janvier outre la nouvelle année, il y a le Camilleri nouveau. Et quelle meilleure façon de commencer l’année que d’aller au soleil de Sicile avec le maestro de Vigata ? Le cru 2014 s’appelle La danse de la mouette.

CamilleriSalvo Montalbano a prévu de prendre quelques jours de vacances avec Livia, sa copine génoise qui vient de le rejoindre à Vigata. Promis juré, il file au commissariat signer quelques papiers et à 16h00 dernier délai il est de retour, valises prêtes pour un petit voyage en amoureux. C’est alors que la femme de son adjoint Fazio vient le voir inquiète : son mari n’est pas rentré, depuis la veille au soir. Il était sorti appelé par le Dottore en personne. Panique à bord, Salvo n’a pas appelé son adjoint la veille ! Il invente un mensonge, se met dans un sacré embarras, mais surtout commence à paniquer. Fazio est sérieux et s’il a disparu, c’est qu’il a de graves, très graves ennuis.

Et c’est comme ça que ce bon Montalbano oublia complètement Livia qui l’attendait chez lui …

« Vivement janvier 2014 pour le prochain. » écrivis-je pirsonellement en pirsonne l’an dernier. Ben voilà, on y est et c’est toujours aussi bon.

Une fois de plus ma fille m’a regardé avec de grands yeux, peu habituée qu’elle est à me voir (et m’entendre), m’esclaffer bruyamment à la lecture de mes polars. Et là, j’avais déjà éclaté de rire plusieurs fois avant la fin du premier chapitre. Et noté soigneusement cette proposition montalbanesque pour changer le premier article de la constitution italienne : « L’Italie est une République fondée sur le trafic de drogue, le retard systématique et le bavardage dans le vide », article qui, soit-dit en passant, doit pouvoir être adapté, sans en changer grand-chose, et surtout pas la dernière partie, à notre beau pays …

Ceci mis à part, les dialogues sont surréalistes avec une maîtrise époustouflante du quiproquo, les relations entre Salvo et son entourage (Catarella bien entendu, mais aussi le questeur et son adjoint, ou le médecin légiste) sont autant d’occasion de nous faire éclater de rire et Andrea Camilleri joue merveilleusement avec le lecteur et sa connaissance de la série (en un mot il sous-entend qu’il sait que nous sommes intelligents, ce qui fait toujours plaisir).

En filigrane, le portrait sans pitié d’un pays pourri par l’affairisme et la corruption, mais également les portraits très humains et tendres (même si parfois sa tendresse est un poil rugueuse) de ses habitants. Disons de certains de ses habitants.

Et donc : Vivement janvier 2015 pour le prochain.

Andrea Camilleri / La danse de la mouette (La danza del gabbiano, 2009), Fleuve Noir (2014), traduit de l’italien par Serge Quadruppani.

Un Camilleri historique

Après Le bon père, j’avais besoin d’une petite récréation. Et comme je suis prévoyant, j’avais ce qu’il faut sous la main. Un roman historique de l’immense Andrea Camilleri. Le neveu du Négus a parfaitement fait l’affaire.

Camilleri Negus1929. En plein enthousiasme fasciste, alors que l’Italie, sous la direction de son guide éclairé merdouille dans ses relations avec l’Ethiopie et la Somalie, le neveu du Negus en personne débarque à Vigata poursuivre ses études à l’Ecole d’ingénieurs des Mines. Le jeune homme, 19 ans a fort belle prestance et doit être reçu par tous avec les honneurs qui lui sont dus … même s’il est indéniablement noir, ce qui ne va pas sans poser des problèmes aux fascistes les plus convaincus. Problèmes mineurs au regard du chaos que va semer le prince, bien conscient que les autorités locales sont obligées de tout lui passer, et avec le sourire s’il vous plait. Et il faut bien avouer que le bonhomme est un sacré tracassin, et qu’il a un talent indéniable pour foutre le bordel.

Qu’est-ce qu’il a dû s’amuser à écrire ce roman le papa de Montalbano. Je l’imagine, l’œil brillant, le sourire aux lèvres en train d’inventer une de ces missives entre dignitaires de l’Italie fasciste. Lourdes, ridicules, grotesques …

Ceux qui ont assisté à Toulouse polars du sud en octobre dernier se souviennent forcément du show d’Ernesto Mallo expliquant que ce que craignent le plus les dictateurs c’est le rire. Ben là qu’est-ce qu’il prend le Duce, lui et tous ceux qui pourraient avoir des velléités autoritaristes, et se héritiers, sa petite fille et les guignols de la ligue lombarde. Et quel bonheur de lecture !

Une construction virtuose, où le protagoniste principal, le prince donc, n’a jamais la parole, mais où on suit ses frasques au travers des notes de service, échanges de lettres ou conversations de bistro (ou équivalent).

Qu’est-ce qu’ils prennent tous, du plus convaincu, obtus, bas de front, au plus opportuniste et lèche-botte, en passant par tous les intermédiaires. Seul un commissaire, ancêtre de Montalbano, semble garder sa lucidité et sa capacité à raisonner. Ce qui donne lieu, bien évidemment, à quelques sorties réjouissantes.

Pour le plaisir, un brin de rhétorique fasciste à la sauce Camilleri : « Je crois que semblables méfaits sont dignes du pays des Soviets où, comme chacun sait, la misère et la faim contraignent les parents à dévorer leurs nouveau-nés, mais sûrement pas d’une nation comme la nôtre, qui baigne dans la lumière solaire de la civilisation fasciste ! »

Pour ceux qui seraient friands de vérité historique, un petit complément à la fin de l’ouvrage fait la part des choses entre ce que l’auteur a inventé, et ce qui est réel, et se conclut ainsi : « si les faits principaux (….) relèvent de la pure invention, le climat général est authentique – une véritable stupidité collective à mi-chemin entre la farce et la tragédie qui, hélas, marqua toute une époque. »

Andrea Camilleri / Le neveu du Négus (Il nepote del Negus, 2010), Fayard (2013), traduit de l’italien par Dominique Vittoz.

Montalbano doute …

Janvier c’est le mois du froid, des intempéries, des journées courtes, des kilos en trop pour cause de gueuletons à répétitions des fêtes … Mais heureusement, janvier c’est aussi le mois du Montalbano nouveau, ce qui contribue amplement à compenser cette sinistre ambiance. La cuvée 2013 s’appelle L’âge du doute, et c’est bien évidemment sous la plume toujours alerte du maestro Andrea Camilleri.

CamilleriPrenez donc Montalbano qui vieillit (et oui, à 56 ans il vieillit), ajoutez Caterella toujours catastrophique, Mimi toujours séducteur, Fazio qui tente d’arranger les choses, une questure avec laquelle Montalbano a du mal et quelques coups de fil désastreux avec Livia, sa copine bolognaise. Ca ce sont les ingrédients de base. Pour le 2013 le point de départ est la découverte d’un cadavre défiguré sur un canot, une jeune femme qui n’est peut-être pas aussi désemparée qu’elle n’en a l’air, deux yachts de luxe, et une lieutenante de la Capitainerie fort gironde. Assaisonnez avec beaucoup d’humour, quelques bons plats et de nombreux coups de gueule. Servez chaud ou froid, mais pas tiède.

Il y a des auteurs et des séries qui me font perdre tout sens critique. Les aventures de Salvo Montalbano font parties de celles-là. Je suis incapable de dire si c’est meilleur, moins, bon, s’il y a des facilités, si … J’adore, je bade. Plusieurs fois le week-end dernier mes gamins m’ont regardés interloqués : « Mais pourquoi tu ris ? Ah c’est encore ton livre. »

Ben oui, c’était encore mon livre. On rit du comique de répétition (avec Livia, avec Caterella, avec la questure, avec lui-même …), on rit des nouvelles inventions de Montalbano, on rit de ce qu’on sent venir, bref on rit. Et en plus, mine de rien, ça dit beaucoup de choses sur la peur de vieillir, sur la saloperie du monde, sur les relations entre les gens … Et tout ça, en faisant rire.

Vivement janvier 2014 pour le prochain.

Andrea Camilleri / L’âge du doute (L’étà del dubbio, 2008), Fleuve Noir (2013), traduit de l’italien par Serge Quadruppani.

Juges italiens

Si vous êtes un tant soit peu amateur de polars italiens, vous connaissez les noms de Andrea Camilleri, Carlo Lucarelli et Giancarlo de Cataldo. Et si vous vous apercevez qu’un recueil de textes de ces trois auteurs, traduits par Serge Quadruppani est sorti quelque part, vous vous précipiterez sans doute. Et vous aurez raison ! Le recueil s’appelle Les juges, trois histoires italiennes. Il tient toutes ses promesses.

jugesLe juge Surra (Il giudice Surra, 2011) se déroule en Sicile, à la fin du XIX° siècle. Un nouveau juge débarque de Turin et se heurte, sans même s’en rendre compte à la mafia naissante. Une apparente naïveté, prise pour du courage par les habitants de la ville, lui permet de faire fi de menaces qu’il semble ne même pas percevoir. Cet épisode est bien entendu signé du maître de Vigata, Andrea Camilleri, dont le style haut en couleur et l’humour font merveille dans une telle histoire. Il s’amuse, amuse le lecteur, et avec une maîtrise et une habileté confondante le laisse sur sa faim : Bien malin qui saura dire avec certitude si ce fameux juge Surra fut naïf et aveugle ou extrêmement courageux et malin. Et si la meilleure manière de mettre la mafia en déroute était de faire comme si son pouvoir n’existait pas …

Bologne, années de plomb. La gamine (La bambina, 2011) est une juge crée par Carlo Lucarelli. Pourquoi faire accompagner cette toute jeune juge, en charge d’enquêtes peu sensibles sur des malversations financières de second ordre, par un carabinier ? Simple mesure de précaution dans une Italie en pleine tension sociale. Jusqu’à ce qu’elle se fasse tirer dessus, et que Ferro, le flic de 56 ans qui était sensé la protéger s’aperçoive que ce sont des gens de chez lui qui ont tenté de l’assassiner. Une narration impeccable qui sait laisser une place à l’émotion dans un texte politique.

Le triple rêve du procureur (Il triplo sogno del procuratore, 2011) se déroule de nos jours, dans une petite ville. Sous la plume de Giancarlo de Cataldo, un procureur incorruptible aligne défaite sur défaite face à l’homme fort de la ville. Charmeur, énergique, charismatique le maire est aussi menteur, voleur, affairiste … et adoré par ses concitoyens. Toute ressemblance avec quelque homme politique italien que ce soit est sans aucun doute le fait du pur hasard … Un confrontation de cauchemar, parfaitement amenée par un prologue magnifique qui se conclue ainsi : « Pendant un instant, la pensée traversa l’esprit du maître que la démocratie pouvait être une très mauvaise idée. » Beau récit sur l’impuissance de la justice face au pouvoir de l’argent. Et c’est un juge qui le dit !

Excellente idée que ce recueil. Un vrai plaisir. Parfois les recueils de nouvelles allongent un peu la sauce et mélangent des textes de qualité inégales pour faire nombre (ce qui oblige le chroniqueur à écrire hypocritement que, forcément, chacun a ses chouchous, alors qu’il trouve certains textes à chier). Ici que du bon, que des pointures, et trois textes jubilatoires. Chacun dans son style, chacun à son époque, chacun son lieu et sa thématique, mais les trois superbes.

La cohérence venant, outre du talent des auteurs, de la description de l’affrontement du pouvoir judiciaire et de pouvoir politique (ou économique ou mafieux, ce qui revient trop souvent au même …).

Andrea Camilleri, Carlo Lucarelli et Giancarlo de Cataldo / les juges, trois histoires italiennes Fleuve Noir (2012), traduit de l’italien par Serge Quadruppani.

Un puzzle d’Andrea Camilleri

C’est grâce au Marathon des mots toulousain (merci le marathon des mots !) que j’ai découvert ce roman de l’immense Andrea Camilleri que j’avais raté lors de sa sortie. Comme j’aurai le plaisir et l’honneur de présenter la lecture qui lui est consacrée, j’ai lu Un samedi entre amis, romans atypique et ô combien jubilatoire.

Camilleri samediAndrea, Fabio, Matteo, Rena, Giulia et Anna se connaissent depuis la fac. Depuis ils sont devenus avocat, médecin, magistrat … Et ils se retrouvent tous les samedis soir pour un repas / beuverie chez Fabio et Giulia. Mais ce samedi changement de programme, le rendez-vous aura lieu chez Andrea et Rena, et un ancien condisciple s’est invité, Gianni qui avait disparu et se lance dans la politique. Gianni, l’ami inséparable de Matteo à la fac. Gianni qui, étrangement par sa seule présence fait remonter à la surface tous les souvenirs d’adolescence et d’enfance. Et pas les plus doux et agréables.

Superbe puzzle à la construction magistrale, qui commence et se termine par des scènes d’enfance que l’on ne relie que peu à peu aux différents personnages. Superbe peinture au scalpel d’une bourgeoisie bon tain dont le vernis se craquelle sous nos yeux. Et tout ça en quelques cent cinquante pages essentiellement composées de dialogues.

Un exercice de style virtuose, méchant, tendre, réjouissant et en même temps très profond. Vraiment, sans conteste, quoiqu’il écrive, Andrea Camilleri est un sacré bonhomme. Il prouve ici qu’il n’est nul besoin de pondre un pavé de 600 pages pour instiller un suspense implacable et dire beaucoup de choses très fines.

Andrea Camilleri / Un samedi entre amis (un sabato con gli amici, 2009), Fayard (2012), traduit de l’italien par Dominique Vittoz.

Salvo Montalbano dans la glaise.

Après deux romans éprouvants et exigeants, j’ai considéré que j’avais droit à une petite récréation. Or il se trouve que l’année est ensoleillée par quelques sorties saisonnières. Le nouveau Pratchett, la réédition d’un Dortmunder … Et depuis quelques temps en janvier, le Montalbano du début d’année. Celui-ci s’appelle Le champ du potier, c’est bien entendu toujours Maestro Andrea Camilleri aux commandes et il a égayé mon début d’année.

CamilleriC’est sous une pluie battante que Montalbano et sa troupe découvrent dans une pente argileuse un sac contenant un homme coupé en morceaux. Défiguré, bouts des doigts brûlés, dents arrachées … Tout a été fait pour qu’on ne puisse pas l’identifier. Une enquête pénible s’annonce. D’autant plus que les engueulades téléphoniques avec Livia continuent et que depuis quelques temps Mimi, l’adjoint irremplaçable, est d’une humeur exécrable.

Voilà donc le Montalbano de l’année. Et comme tous les ans, il fait du bien. Intrigue léchée, incursions dans diverses trattorias, dialogues savoureux, mauvaise humeur de Montalbano, coups de griffes aux puissants et à leurs valets … Et l’humour, toujours, de plus en plus présent, de plus efficace.

Les échanges avec Pasquano, le légiste sont tous, sans exception, des moments d’anthologie, et la langue telle que traduite par Serge Quadruppani chante à mes oreilles. Je ne sais pas comment c’est en VO, mais ça :

« Bouh, quel grand tracassin ! Il s’arappela aussi que M. le Directeur de banque faisait toujours un pas en avant et un pas en arrière, un caguedoutes de compétition »

Ca me plait !

Le rayon de soleil traditionnel et très attendu venu de Vigata.

Andrea Camilleri / le champ du potier (Il campo del vasaio, 2008), Fleuve Noir (2012), traduit de l’italien par serge Quadruppani.

Quand deux grands s’amusent

Après Le jour du fléau, un peu de légèreté ne fait pas de mal. L’exercice brillant et réjouissant auquel se sont livrés deux maîtres du polar italien fait parfaitement l’affaire. Il s’appelle Meurtre aux poissons rouges, il est signé Andrea Camilleri et Carlo Lucarelli. Rien que ça.

Vigata, Salvo Montalbano reçoit une lettre de Grazia Negro de Bologne. Elle enquête sur un meurtre étrange : Un homme a été retrouvé dans sa cuisine, mort étouffé la tête dans un sac plastique. A côté de lui, deux poissons rouges. Le seul témoin s’est volatilisé en direction de … Palerme. Et Grazia Negro sent qu’on lui met des bâtons dans les roues. Qui est derrière ce meurtre ? La mafia ? Les services secrets ? Salvo peut-il l’aider ?

Un vrai plaisir que ce ping-pong entre deux immenses auteurs, ping-pong épistolaire où chacun son tour s’amuse à mettre l’autre en difficulté. Entre deux amateurs ce serait une pochade sans grand intérêt, entre ces deux là cela devient une gourmandise, un vrai bonheur, une jubilation de tous les instants.

En épilogue l’éditeur raconte la genèse du projet. Une chose en ressort, les deux auteurs se sont beaucoup amusés, chacun tentant de piéger l’autre, chacun du mieux qu’il pouvait. S’amuser certes, mais très sérieusement. Résultat, le lecteur se régale. Ne passez pas à côté de cette gourmandise réjouissante, beaucoup plus digeste que la dinde, moins sucrée que la bûche, beaucoup plus fine que le mousseux de tata Ernestine.

Andrea Camilleri et Carlo Lucarelli / Meurtre aux poissons rouges (Acqua in bocca, 2010), Fleuve Noir (2011), traduit de l’italien par Serge Quadruppani.

Un Camilleri sans Montalbano.

Tient un bouquin d’Andrea Camilleri sans Montalbano ! Et qui se passe même pas en Sicile !! Allons donc voir cette Intermittence.

Les loups ne se dévorent pas entre eux, les industriels oui. Dans le nord de l’Italie c’est la guerre, feutrée (à peine) entre les patrons de La Manuelli. Il y a le fondateur patriarche, dit le Vieux ; son fils Beppo, un incapable ; le directeur, De Blasi, un véritable requin … Il y a aussi des femmes trompées et humiliées, quelques barbouzes, un gigolo, un sénateur plus ou moins pourri. Bref, tout est en place pour que ça pète.

Et les ouvriers dans tout ça ? Quantité négligeable.

Ce n’est pas un grand Camilleri. Mais c’est un Camilleri quand même.

Donc on n’a pas les colères de Montalbano, ni l’écriture imagée et épicée de sicilien. Mais il y a toujours la patte du maître, son talent pour croquer les portraits, la vivacité de sa plume, les coups de griffes réjouissants aux puissants, de beaux portraits de femmes, et une intrigue pleine de rebondissements et de chausse-trappes.

On sent qu’il s’est amusé à écrire un vaudeville et à le mettre en scène dans le milieu des grands patrons d’industrie, avec ce qu’il faut de sensualité et de méchanceté. J’ai un peu ramé dans les premières pages pour me souvenir de « qui est qui », mais après un ou deux chapitres c’est parti, et parti à fond pour un vrai moment de plaisir.

Andrea Camilleri / Intermittence (L’intermittenza, 2010), Métailier (2011), traduit de l’italien par Serge Quadruppani.

Château Montalbano, millésime 2011.

Je me suis pris une peu de vacances au soleil. Et ce sans bouger de chez moi. Comment ? C’est tout simple, il suffit de lire le Camilleri de l’année. La cuvée 2011 s’appelle La piste de sable.

Un matin, au lever, Salvo Montalbano trouve sur la plage devant chez lui le cadavre d’un cheval. L’animal a été battu à mort et a réussi à s’échapper avant de venir mourir sous ses fenêtres. Le temps d’appeler ses hommes et de faire les premières constatations, la carcasse a disparu. L’après-midi la belle et troublante Rachele vient porter plainte : on a volé son pur-sang. Affaire simple en apparence. Mais les choses se compliquent quand d’étranges voleurs mettent la maison de Salvo sans dessus dessous. Sans compter la très belle et très troublante Rachele qui … trouble beaucoup notre commissaire. Bref des pelletées d’ennuis en perspective.

Voici donc le Montalbano de l’année. Qui devrait être remboursé par la sécurité sociale tant il fait du bien. On rit sans arrière pensée pendant quelques heures. On oublie les soucis, l’hiver, la neige, les fâcheux … Dialogues, situations, pur burlesque, tous les types d’humour sont utilisés, tout fait mouche. Rien de nouveau par rapport au précédent opus, Montalbano est toujours aussi mauvais coucheur, d’aussi mauvaise foi ; Catarella toujours … Catarella ; on a droit à quelques scènes d’anthologie, à des dialogues à recopier dans un carnet …

Et au passage, mine de rien, que tout cela est juste. La peur de vieillir, la morgue des puissants, les petites lâchetés, les grandes faiblesses, le plaisir d’un bon repas …

Encore une excellente année donc pour le château Montalbano, produit par Andrea Camilleri, un nectar aux mille parfums qui met en joie !

Andrea Camilleri / La piste de sable (La pista di sabia, 2007), Fleuve Noir (2011), traduit de l’italien par Serge Quadruppani.

Montalbano vieillit, pas Camilleri.

Comme Gonzalez Ledesma dont je parlais récemment ici même, Andrea Camilleri rajeunit de roman en roman. Son humour et sa capacité d’indignation sont intacts, pour ne pas dire qu’ils vont grandissant. Après Un été ardent, Les ailes du sphinx en est la démonstration éclatante.

Montalbano n’a pas le moral : Il vieillit, implacablement. Les matins ne sont plus glorieux, sa relation avec Livia est dans une vilaine impasse, il est fatigué … Il va bien lui falloir, pourtant, se remettre au boulot quand le corps d’une jeune femme est découvert dans une décharge publique. Elle a été jetée là, nue, abattue d’une balle. Seul signe distinctif, le papillon qu’elle a, tatoué sur une épaule. C’est donc un Montalbano grognon qui va mener l’enquête. Une enquête qui le mène rapidement sur les traces d’une étrange association caritative très comme il faut, patronnée par un évêque. Et ce n’est pas les pressions immédiates qu’il subit de sa hiérarchie pour ne pas trop secouer son excellence, et les non moins excellents membres de l’association qui vont améliorer son humeur …

Comme le précédent, un excellent cru. J’ai beaucoup ri, vraiment beaucoup. J’ai même plusieurs fois éclaté de rire aux dialogues géniaux avec l’incontournable Catarella, aux sarcasmes rageurs de Montalbano, à sa mauvaise foi réjouissante, à sa mauvaise humeur rageuse.

Question écriture, Andrea Camilleri comme les plus grands crus s’améliore en vieillissant. Et ses griffes sont toujours aussi acérées. Gare à ceux qui passent à portée de son coup de patte ! Ici c’est la bonne société sicilienne, ses évêques, ses femmes de préfets, ses associations (qui dans l’esprit de l’irascible commissaire deviennent des organisations) qui font les frais de ses attaques aussi vives que précises. Et ça saigne. Toujours avec le sourire, bien entendu.

Allez, juste pour vous mettre en ‘pétit ce que pense Montalbano (et très certainement son créateur) des propriétaires de certains véhicules :

« Et y’avait aussi une deuxième catégorie d’imbéciles parents très proches des crétins à Ferrari, c’était celle des gens qui, pour aller faire leur marché, se prenaient leur tout-terrain à quatre roues motrices, avec quatorze phares grands et petits, boussole et essuie-glace spéciaux anti tempête de sable. »

Andrea Camilleri / Les ailes du sphinx  (Le alli della sfinge, 2006), Feluve noir (2010), Traduit de l’italien par Serge Quadruppani.