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Un vrai bonbon british

C’est les fêtes, c’est les vacances, on a le droit de s’amuser, et de suivre les conseils, toujours avisés, de Kti de Bédéciné. C’est comme ça que j’ai lu Au service surnaturel de Sa Majesté, de Daniel O’Malley (que j’avais raté lors de sa sortie chez Super 8).

O MalleyElle s’appelle Myfanwy Alice Thomas, du moins c’est ce que dit la lettre qu’elle trouve dans une de ses poches quand elle se réveille dans un parc, sous la pluie, entourée de cadavres gantés. A partir de là, tout se complique. Elle travaille pour la Checquy, une officine de services secrets très particulière qui rassemble les sujets de sa très gracieuse Majesté dotés de pouvoirs extraordinaires.

Leur travail : protéger l’Angleterre de toutes les menaces surnaturelles. Mais il y a un traitre dans la maison, un traitre qui a effacé la mémoire de la très discrète Myfanwy et qui a tenté de la tuer. Et qui ne sera sans doute pas enchanté de la voir revenir. D’autant moins qu’il doit préparer un sale coup contre la Couronne. Sur la corde raide, notre héroïne va devoir masquer sa perte de mémoire, démasquer le félon, et sauver le pays.

Grace à ses dons, à une volonté de fer, et aux lettres qu’elle s’est elle-même laissées un peu partout pour s’aider. Parce qu’elle savait qu’on s’en prendrait à elle, qu’on effacerai ses souvenirs, et parce qu’elle est très organisée et très efficace.

On n’a pas là le roman du siècle, ni même de l’année, mais par contre, quel plaisir de lecture ! Une aventure pleine de mystère, de rebondissements et de suspense, un monde à la fois complètement délirant et si proche du nôtre, une construction parfaite, un personnage principal extrêmement attachant et un humour subtil mais bien présent.

Je me suis régalé tout le long de ces plus de 600 pages, sans m’ennuyer un seul instant, et en souriant très souvent. Parfait pour des journées de repos, dans un bon fauteuil. Plus que recommandable.

Daniel O’Malley / Au service surnaturel de Sa Majesté (The rook, 2012), Pocket (2015), traduit de l’anglais (Australie) par Charles Bonnot.

Fin de la trilogie anglaise de Michaël Mention

Je profite des vacances pour refaire mon retard. En commençant par … Et justice pour tous qui clôt la trilogie anglaise de Michaël Mention.

et justice pour tous.inddNouveau saut dans le temps pour Clarence Cooper et Mark Burstyn, les personnages de Adieu demain. De 2001 et la paranoïa post 11septembre à 2013, autour de la mort de Thatcher et tout ce que cela peut remuer. Mark a fait huit ans de prison et est venu s’enterrer à Paris où il sombre dans l’alcoolisme. Son seul lien avec l’Angleterre est la lettre hebdomadaire qu’il reçoit de sa filleule, Amy, la fille de Clarence.

Jusqu’au jour où Amy est renversée par un chauffard. Mark décide alors de rentrer et de solder ses comptes, des comptes que même lui ne pouvait pas imaginer aussi sordides. Pour lui et ses rares amis cela va être une plongée en enfer.

Comme dans le roman précédent, Michaël Mention maîtrise son sujet : Plongée très sombre dans un univers pourri ; écriture sèche ; montage au cordeau entre les différents points de vue ; montée de l’horreur et de la violence jusqu’à l’explosion finale.

L’intrigue, son retour vers le passé sont parfaitement adaptés à l’époque décrite, avec cette mort de Thatcher qui remet en mémoire les pires moments d’un des personnages politiques les plus haïs, mais également les plus admirés (mais pas par les même !) de l’histoire d’Angleterre. Une mort qui fait ressurgir les fantômes du passé et éclaire les ruines sociales conséquences de son action.

Et pourtant, malgré toutes ces qualités, je suis un peu resté en dehors du roman, moins secoué que je n’aurais dû. Avec une impression de Too much (ben oui, on est en Angleterre), un Mark Burstyn trop détruit, qui subit trop de choses, avec des horreurs, des compromissions qui finissent par laisser de marbre à force de s’accumuler.

Ou alors j’étais mal luné, vu qu’ici et là tout le monde semble complètement enthousiaste …

Michaël Mention / … Et justice pour tous, Rivages/Noir (2015).

Adieu Charlie.

J’ai déjà écrit dans un billet antérieur que John Harvey, c’est la Rolls du polar, la qualité du fait main anglais. Ce n’est pas Ténèbres, ténèbres qui va me faire changer d’avis.

HarveyCharlie Resnick ne fait plus réellement partie de la police de Nottingham. Il est citoyen réserviste et aide, de temps à temps, ses anciens collègue. Il mène quelques interrogatoires, classe de la paperasse. Sinon il écoute ses disques de jazz en compagnie du seul chat qui lui reste.

Quand on découvre, en rasant une vieille maison, le cadavre d’une femme enterré sous les fondations depuis une trentaine d’année, la responsable de l’enquête qui connaît Charlie fait appel à lui. Le voici au cœur de l’enquête sur la mort d’une femme qu’il connaissait, Jenny Hardwick, disparue pendant les grandes manifestations de mineurs de 1984 que Thatcher avait fait réprimer dans le sang. A l’époque, pas très fier de lui, Charlie Resnick faisait déjà partie des « forces de l’ordre ».

La Rolls du polar, et c’est encore plus vrai quand on retrouve Charlie. Une fois de plus, la grande classe. Une humanité sensible, à toutes les pages, sans jamais tomber dans la sensiblerie. Charlie est un homme ordinaire, un honnête homme. Pas un héros, pas un redresseur de torts, pas un vengeur … Il essaie de vivre, comme il peut, avec ses deuils, la vieillesse, ses disques, ses souvenirs et le seul chat qu’il lui reste.

L’enquête avance sans avoir l’air de rien, et par petites touches John Harvey nous peint le portrait de trente ans d’évolution de la société anglaise.

Comme David Peace, comme Martyn Waites, il revient sur cette année 84 et sur la façon dont Thatcher et son gouvernement, épaulés par une presse unanime, ont détruit le mouvement ouvrier anglais. Par la calomnie, le mensonge, la famine et une répression physique d’une violence qu’on a sans doute trop vite oubliée. Comme eux il nous montre, sans jamais démontrer, qu’aujourd’hui comme hier ce sont toujours les plus faibles qui trinquent.

La postface le confirme, voici qui clôt définitivement une des séries marquante du polar, laissant un personnage extrêmement attachant définitivement à la retraite, seul sur son banc, avec son café, un air de Monk dans la tête. On referme le bouquin la gorge serrée, heureux d’avoir connu Charlie, déjà triste de ne plus le revoir.

Tout amateur de polar devrait avoir la série des Charlie Resnick dans sa bibliothèque ; Ténèbres, ténèbres en est la mélancolique et bouleversante conclusion.

John Harvey / Ténèbres, ténèbres (Darkness, darkness, 2014), Rivages/Thriller (2015), traduit de l’anglais par Karine Lalechère.

Pas totalement convaincu par le Sujet 375

Un peu de mal à terminer ce roman. Pas sa faute, mais c’est lui que je lisais vendredi soir, avant de jeter un œil à la fin du match de foot que regardait mon grand (oui, je sais, j’ai raté quelque chose, il regarde le foot). Un peu de mal surtout à en parler, mais c’est parti. C’est Sujet 375 de Nikki Owen.

OwenComment la docteur Maria Cruz Banderas, de Salamanque, peut-elle se retrouver en prison à Londres ? Elle-même se pose la question. Elle a été condamnée pour le meurtre d’un prêtre, alors qu’elle se trouvait dans cette ville depuis un peu plus d’un an. Le problème est qu’elle ne se souvient pas de tout.

Atteinte du syndrome d’Asperger, la prison, pour elle encore plus que pour un autre, est un véritable enfer. Et sa mémoire lui joue des tours. Les événements lui reviennent par bribes, au fur et à mesure d’interrogatoires très agressifs menés par un drôle de thérapeute …

Maria doute de tout, d’elle-même, de sa mémoire, de sa santé mentale. Mais en même temps, elle découvre des facultés intellectuelles exceptionnelles qu’elle va mettre au service de sa recherche de la vérité. Une vérité qui, elle le sait, est cachée quelque part dans les tréfonds de son esprit.

Ca partait bien, très bien même. Je me suis fait complètement embarquer par cette histoire ou l’auteur rend parfaitement le trouble de la narratrice. On nage avec elle en plein doute, on souffre avec elle, on de fait plus confiance à rien, ni à ce que lui disent les autres, ni à sa mémoire, ni même à ses perceptions.

Embarqué donc, en pendant les deux bons premiers tiers du bouquin. Et puis je me suis un peu lassé. Et en perdant l’élan de la curiosité, certaines incohérences, certains raccourcis ont commencé à me gêner un peu. Le personnage de Maria par exemple : autant son présent, ses réactions, ses peurs sont très bien décrits, autant son passé est vraiment squelettique, juste quelques images à laquelle j’ai cru difficilement. De même les aides qui lui tombent du ciel ne m’ont pas convaincu, ou sa façon de résoudre, d’un coup, des problèmes insolubles.

Ce n’est pas très grave, mais c’est ce qui m’a fait perdre l’élan, comme une petite faute de vraisemblance qui fait que vous n’adhérez plus. Pas un catastrophe non plus, et puis ce n’était peut-être pas le bon moment pour lire … Pour résumer, la fin n’est pas à la hauteur de ce que promet le début. J’essaierai sans doute la suite, pour voir si on revient vers la maîtrise du démarrage, ou si je lâche définitivement la rampe.

Nikki Owen  / Sujet 375 (The spider in the corner of the room, 2015), Super 8 (2015), traduit de l’anglais par Cindy Capen.

Des rééditions bienvenues

CookFolio policier semble se lancer dans la réédition d’incontournables. Avec au moins trois romans :

Le peuple de l’ombre de Tony Hillerman, Les mois d’avril sont meurtriers de Robin Cook et Tout pour plaire de Chester Himes.

Si je suis assez sceptique quand à la réédition du Tony Hillerman, sachant que toute la série navajo, y compris Le peuple de l’ombre a été reprise chez rivages, la reprise du Robin Cook et du Chester Himes, si elle n’apporte rien pour les vieux de la vieille qui ont déjà ces titres dans leur bibliothèque est une excellente chose pour les moins de $*% ans qui n’ont pas encore lu ces deux chefs-d’œuvre, et permettra également aux libraires et aux bibliothécaires qui le souhaitent de les remettre en lumière.

HimesSans oublier les blogs qui vont également en causer. Donc tout cela est bel et bon.

Martyn Waites confirme

On a découvert Martyn Waites avec l’excellent Né sous les coups. Il revient avec La chambre blanche, une véritable claque.

la chambre blanche.indd1946 à Newcastle, nord de l’Angleterre. Jack Smeaton revient de la guerre, complètement traumatisé par ce qu’il a vu lors de la libération des camps. De retour au pays il ne voit aucun espoir pour lui. Jusqu’à ce qu’il assiste à un meeting de Dan Smith, leader travailliste qui promet de refaire le monde et surtout la ville. Avec lui et Ralph Bell, ils vont éradiquer les taudis, faire surgir de terre une nouvelle ville, plus belle, une ville où les ouvriers seront fiers de vivre.

Malheureusement, le pouvoir et la construction entrainent toujours la corruption. Surtout quand dans les parages trainent des gens comme Brian Mooney, déjà fracassé et tordu, qui hait le monde entier et est prêt à tout pour se venger de tout et de tous.

Vingt, trente ans plus tard, que restera-t-il de leurs rêves à tous ?

Quel bouquin, quelle gifle ! Trente ans de la vie d’une ville du nord de l’Angleterre. Trente ans d’espoirs déçus, d’illusions fracassées, de vies détruites, de trahisons, de souffrances mais aussi d’espoirs qui renaissent, de révoltes, de courage, de révolution politique, culturelle et musicale.

Le démarrage de ces cités qui au départ furent un rêve de modernisme et sont aujourd’hui le symbole de l’échec.

Trente ans de destins d’hommes et de femmes brisés, qui se relèvent encore et encore … jusqu’à la dernière fois. Trente ans d’histoires individuelles dures, âpres, insoutenables parfois, qui dressent le portrait de toute une époque. Trente de souffrances pour les plus faibles. Des histoires qui montrent que la souffrance ne rend pas meilleur, elle rend méchant, méfiant, et, souvent, la victime devient bourreau. Des histoires racontées avec une lucidité qui n’exclue pas l’humanité, bien au contraire et avec autant d’empathie que de tranchant.

Une vraie saga avec du souffle, de l’énergie, une générosité et une écriture à la fois sans pitié et si pleine de tendresse. Des personnages incroyables, inoubliables, de la plus extraordinaire des héroïnes au dernier des salauds. Des personnages faibles, terrifiants, attachants, fragiles, indestructibles, faillibles …

Putain de bouquin ! A ne manquer sous aucun prétexte.

Martyn Waites / La chambre blanche (The white room, 2004), Rivages/Thriller (2015), traduit de l’anglais par Hubert Tézenas.

Immense Neil Gaiman

Un nouveau roman de Neil Gaiman ! C’est Noël avant l’heure. Et c’est toujours aussi bon. C’est L’océan au bout du chemin.

Gaiman OceanDe retour dans son village d’enfance pour un enterrement, un homme se retrouve, sans le vouloir, sur les lieux même de son enfance. Assis au bord d’une mare qui est un océan, tout lui revient : Il avait sept ans, un homme qui logeait chez eux s’était suicidé, et il avait fait connaissance de Lettie, onze ans, de sa mère et de sa grand-mère, les Hempstock.

Trois femmes qui vont l’aider à faire face à d’étranges événements qu’un enfant de sept ans, rêveur et grand lecteur ne peut affronter seul …

Neil Gaiman est un grand, un très grand. Que ce soit dans les BD dont il est scénariste, ou dans ses romans, il est très fort pour imaginer des mondes à la fois très proches de notre quotidien et pleins de fantaisie. On est à la fois dans notre monde, et dans un univers complètement décalé. On est un adulte d’aujourd’hui et l’enfant qu’on a été pour qui le merveilleux (qui peut être absolument horrible) est réel et tangible. Ce n’est pas un hasard s’il a écrit la série Sandman dont le héros est Dream, maître du rêve.

Il est grand parce qu’il arrive à nous faire ressentir cette proximité du rêve, ou du cauchemar, sans jamais tomber dans des discours mystico-philosophico-pompiers. Le rêve, le cauchemar, les autres mondes sont. Pas besoin d’expliquer, l’histoire et les personnages se suffisent à eux-mêmes.

Et nous revoilà, le temps d’une histoire, redevenus gamins, morts de peur dans le noir où grouillent des choses, complètement indignés par l’injustice, totalement confiants dans notre ami, entièrement concentrés sur la dégustation d’une crème bien épaisse ou une pomme de terre dorée à point. Impliqués à 100 % dans tout ça, sans calcul, sans arrière pensée.

On s’immerge complètement dans cette histoire, on vibre, on tremble, on enrage, on pleure, on sourit avec le narrateur. Et c’est tout étonné qu’on émerge soudain dans son salon, son lit ou son wagon de métro, décalé, un peu absent, un peu de nous étant resté avec ce gamin et copine Lettie.

Retour brutal dans la réalité, jusqu’au prochain moment de lecture enchantée.

Neil Gaiman / L’océan au bout du chemin (The ocean at the end of the lane, 2013), Au diable Vauvert (2014), traduit de l’anglais par Patrick Marcel.