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Prix Violeta Negra 2018

Vous connaissez peut-être déjà le prix Violeta Negra décerné chaque année à l’occasion du festival Toulouse Polars du Sud. Voici les 6 romans qui devront être départagés par le jury cette année, 2 italiens, un mexicain, un argentino-espagnol, un espagnol et un portugais.

  • Mimmo Gangemi / La vérité du petit juge (Seuil Noir)
  • Antonio Manzini / Maudit printemps (Denoël)
  • Martin Solares / N’envoyez pas de fleurs (Bourgois)
  • Carlos Salem / Attends-moi au ciel (Actes Sud)
  • Alexis Ravelo / La stratégie du pékinois (Mirobole)
  • Pedro Garcia Rosado / Mort sur le Tage (Chandeigne)

Rocco Schiavone en pleine déprime

Vous avez sans doute remarqué que j’aime les personnages récurrents, et que j’ai un faible particulier pour les italiens. Dont l’acide Rocco Schiavone d’Antonio Manzini qui revient dans Un homme seul.

ManziniNous sommes juste à la suite de Maudit printemps. Donc ceux qui pensent le lire bientôt, arrêtez là la lecture de cette chronique, et surtout ne lisez pas, par hasard, le résumé en quatrième de couverture.

C’est bon ? Il ne reste plus que ceux qui ont lu les trois premiers romans ?

 

 

Bien. Rocco est en pleine déprime dans ces montagnes du Val d’Aoste qu’il déteste. Le printemps qui arrive ne peut le sortir de l’horreur. Adele, la fiancée de Seba, un de ses meilleurs amis a été tuée, à sa place, dans son appartement où elle était venue pleurer la relation difficile avec Seba. Et même s’il a fait la lumière sur une sombre affaire de corruption dans laquelle trempait la ‘ndrangheta, il reste des zones d’ombre.

Alors Rocco se terre dans une pension sordide et ne met plus les pieds au bureau. Jusqu’à ce qu’un des malfrats qu’il a contribué à faire arrêter soit tué en prison. Et qu’il décide qu’Adele doit être vengée. Alors il va se remettre au boulot, pour finir le travail, et pour retrouver qui pouvait lui en vouloir au point de venir le tuer.

Donc je confirme, impossible de lire Un homme seul si on n’a pas lu Maudit printemps, car ce nouveau roman en est la suite directe.

Ceci dit, on retrouve tout ce qu’on aime dans cette série romano-alpine. Romaine car Rocco est, et reste, totalement romain, malgré ses quelques mois en Val d’Aoste, et malgré les plaisirs qu’il commence, à son corps défendant, à éprouver à se trouver au cœur d’une nature qui revit avec le printemps. Et alpine, ben parce qu’il est dans les Alpes.

Rocco tel qu’en lui-même, mauvais comme une teigne quand on l’embête, fidèle en amitié, la langue acérée, et parfois, quand on s’y attend le moins, le cœur sur la main. Il est méchant, attentif, drôle, humain, sans pitié … Excessif en tout, dans ses qualités comme dans ses défauts.

Les personnages secondaires prennent de l’importance, avec en particulier un duo d’imbéciles qui offrent un pendant nordique très convainquant à l’incontournable Catarella sicilien du Maître.

Rocco et Antonio Manzini continuent à combattre les imbéciles, ceux qui croient que leur argent les met à l’abris de la loi, les pourris et ceux qui aiment faire souffrir leurs semblables, surtout quand le semblable est plus faible. Et s’il faut pour cela faire quelques entorses à la loi, qu’à cela ne tienne.

Bref, j’adore Rocco Schiavone et sa bande, et il me tarde déjà de les retrouver.

Antonio Manzini / Un homme seul (Era di maggio, 2015), Denoël/Sueurs froides (2018), traduit de l’italien par Samuel Sfez.

Printemps froid en Val d’Aoste

Ils sont très forts ces auteurs de polar italiens. Noirceur, justesse de ton, humour … C’est encore le cas avec ce troisième volet des aventures de Rocco Schiavone d’Antonio Manzini : Maudit printemps.

ManziniChiara, lycéenne, fille d’une famille d’industriels du Val d’Aoste ne répond plus au téléphone et ne vient plus au lycée. C’est une sa meilleure amie qui alerte Rocco Schiavone alors que les parents n’ont rien signalé. C’est donc de façon non officielle que notre peu conventionnel policier commence une enquête qui va mettre à jour bien des magouilles. Alors que lui continue à bousiller ses Clarks, et que les souvenirs de sa vie romaine ne le laissent jamais en paix.

Je persiste et signe, ils sont très forts ces italiens. Ils font partie de ces rares auteurs, avec, dans un style d’humour plus désespéré, les irlandais, à réussir à décrire la noirceur totale d’une situation et d’un pays tout en gardant le sens de l’humour et en faisant sourire, voire rire, leur lecteur.

Parce qu’elle est sacrément noire la situation de Rocco, ses fantômes, ceux qui s’acharnent sur lui, et ses pauvres chaussures ruinées paire après paire. Et il est rude Rocco avec ceux qui s’approchent de lui. Il faut accepter de se faire salement secouer pour prétendre à son amitié. Quant à ceux qui veulent s’opposer à lui, ils ont intérêt à avoir la couenne dure.

Et pourtant, plus ça va plus on l’aime, plus on s’attache à ce personnage tout en paradoxes et en faiblesses, qui souffre et cache sa peine sous des dehors d’ours. On aime son intégrité, sa cohérence avec ses valeurs et ses discours, sa façon de privilégier l’humain par rapport à la loi.

Et on finit aussi par aimer son Val d’Aoste, malgré la pluie, la neige de mai, le froid, les habitants qui se surveillent tous …

Un beau personnage, que l’on suivra, on l’espère bien longtemps.

Antonio Manzini / Maudit printemps (Non è stagione, 2015), Denoël/Sueurs froides (2017), traduit de l’italien par Samuel Sfez.

Rocco à la montagne, suite.

On a découvert Antonio Manzini et son flic odieux, Rocco Schiavone, romain exilé dans le val d’Aoste dans Piste noire. Le revoici dans Froid comme la mort.

ManziniRocco est donc toujours flic dans le val d’Aoste, il use toujours ses Clarks à une vitesse incroyable, refuse toujours de porter des chaussures de montagne, et est toujours aussi désagréable avec presque tout le monde. Alors que partout ailleurs le printemps s’annonce (ici il neige !) il est appelé chez les Baudo. La femme de ménage a trouvé l’appartement dévasté et a appelé la police. Qui trouve Ester pendue dans sa chambre.

Très rapidement, l’hypothèse du suicide est écartée, et l’enquête commence, alors que Rocco rumine son passé, se languit de Rome, et envoie bouler tout le monde.

J’avais beaucoup aimé le premier, j’aime beaucoup la suite.

Une fois de plus, rien de révolutionnaire dans une intrigue par ailleurs fort bien troussée. Une fois de plus, tout repose sur le personnage central et sur l’acidité de l’écriture. Rocco a la dent toujours aussi dure, il est toujours aussi désagréable, toujours très limite dans son application de la loi. Et pourtant on l’aime encore plus que dans le premier.

Ses fêlures, ses fragilités se révèlent, son passé remonte à la surface, et sous la carapace l’humanité à vif du personnage perce. Un vrai régal pour un roman qui termine sur des notes très émouvantes (comme le précédent).

Bref, c’est ma période italienne, de la Calabre aux Alpes, de Gangemi à Manzini, de Lenzi à Schiavone je me régale avec ces enquêteurs au caractère de cochon, dignes héritiers du grand Montalbano.

Viva Italia !

Antonio Manzini / Froid comme la mort (La costola di Adamo, 2013), Denoël/Sueurs froides (2016), traduit de l’italien par Anaïs Bouteille-Bokobza.

Prix Violeta Negra

Je ne sais pas si je vous ai déjà parlé du prix Violeta Negra, décerné lors du festival Toulouse Polars du Sud et qui récompense un polar écrit dans une langue du sud. Pour être plus clair, pas en français, pas en anglais, pas en scandinave … En général en espagnol ou italien, avec parfois des incursions de grec, ou d’égyptien, ou de …

Tout ça pour dire que la sélection que va lire le jury est tombée.

Avec un espagnol : Toutes les vagues de l’océan de Victor del Arbol.

Un argentin presque espagnol : Le dernier fils de Dieu de Carlos Salem

Un argentin : Puerto Apache de Juan Martini

Un chilien : Tant de chiens de Boris Quercia

Et deux italiens :

Piste noire d’Antonio Manzini

Et La revanche du petit juge de Mimmo Gangemi.

Résultat en octobre prochain. Sachez qu’en 2015 c’est La ballade des misérables d’Aníbal Malvar qui avait gagné le prix.

VictorDelArbol  Salem-Dieu  Martini

Quercia  manzini   Gangemi

Des Clarks dans la poudreuse

Tout le monde dit du bien de Piste noire, d’Antonio Manzini. Il fallait que je le lise, c’est chose faite, je suis d’accord, c’est très bien.

manziniRocco Schiavone était commissaire à Rome. Il a gêné des gens influents et se retrouve dans les Alpes italiennes, chez les ploucs qui mettent au pied des chaussures ridicules (mais chaudes !), dans le Val d’Aoste. Et comme Rocco n’est pas du genre à garder ses réflexions pour lui, il ne manque pas de dire à tous ces arriérés ce qu’il pense d’eux, de leurs montagnes et de leur neige.

Quand en plus les emmerdements arrivent sous la forme d’un cadavre complètement explosé par une dameuse, son humeur déjà sombre devient carrément exécrable. Et tant pis pour ceux qui se trouvent sur son chemin.

Excellente nouvelle que ce polar, d’autant plus excellente qu’il semble bien être le début d’une série. Et ça c’est génial.

Parce que si l’intrigue est assez classique, la description de ce bout de montagne très réussie, mais là aussi classique, ce qui emporte immédiatement une adhésion enthousiaste c’est Rocco Schiavone. Quel personnage ! Un vrai sale con, machiste, désagréable au possible, corrompu, facilement violent, imbu de lui-même, méprisant, misanthrope … Et j’en passe et des meilleures.

Et pourtant tellement attachant. Et oui, cela paraît impossible mais on s’y attache. Pour commencer parce qu’il est drôle et qu’il a la méchanceté fine et implacable et manie le sarcasme et l’insulte avec maestria. Parce qu’il faut avouer que parfois il se moque de ceux dont on ne se moque pas par courtoisie … mais on n’en pense pas moins. Et parce qu’il est aussi capable d’éclairs d’humanité et de gestes totalement désintéressés pour lesquels il est prêt à prendre tous les risques.

Et puis l’auteur prend bien soin de laisser quelques éléments de son passé dans l’ombre, ce qui introduit un suspens de bon aloi. Vivement la suite.

Antonio Manzini / Piste noire (Pista nera, 2013), Denoël/Sueurs froides (2015), traduit de l’italien par Samuel Sfez.