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Terminus

Même si j’ai pas mal de retard, le rythme des parutions a baissé, le bon moment pour faire un pause SF avec Terminus de Tom Sweterlitsch.

1997, l’agent spécial Shannon Moss du NCIS (Naval Criminal Investigation Service), police interne de la marine de guerre américaine est appelée sur le lieu d’un massacre. Un homme a assassiné les membres de sa famille à la hache avant de s’enfuir. Seule la fille ainée, Miriam, absente au moment du crime a peut-être survécu. Le coupable est en fuite.

Pourquoi Shannon ? Parce comme elle, le coupable présumé, Patrick Mursult a vu le Terminus, la fin du monde. Depuis le début des années 80, un programme ultra secret de la marine et de la NASA a permis de mettre au point des vaisseaux capables de voyager très loin, et d’aller dans le futur. Et dans ce futur, dans quelques siècles, ils ont vu Terminus, la fin de l’humanité. Une fin qui, à chaque nouveau voyage semble se rapprocher.

Entre 1997 et 2015 Shannon devra faire de nombreux aller-retours pour découvrir la vérité sur les meurtres, et sur Terminus.

Je ne vais pas vous mentir, ce n’est pas ce qu’on appelle traditionnellement un roman « de plage ». Il faut un peu de concentration et de continuité dans la lecture pour bien suivre les différents aller-retours entre le présent et les différents futurs possibles. Non que l’écriture soit complexe ou confuse, mais c’est le propos qui est dense et un petit peu exigeant.

Ceci dit, une fois cet effort consenti, le lecteur est mille fois récompensé.

Parce que le jeu avec les différentes incarnations des personnages est original et passionnant. Parce qu’en plus d’un roman de SF c’est un suspense implacable avec une multitude de coups de théâtres et de changements de directions parfaitement maîtrisés. Parce que l’idée (pas nouvelle) de voyage dans le futur et de paradoxes temporels donne lieu à des développements originaux.

Aussi parce que l’on s’attache beaucoup à Shannon Moss, ses doutes, ses blessures, sa pugnacité, les difficiles choix moraux qu’elle doit faire tout au long de sa quête. Et parce que dès le début l’auteur nous accroche et nous donne l’envie de plus en plus forte de savoir comment cette histoire étonnante va bien pouvoir se terminer. Terminus ou pas Terminus ?

A vous de le découvrir.

Tom Sweterlitsch / Terminus, (The gone world, 2018), livre de poche (2021) traduit de l’anglais (USA) par Michel Pagel.

Le terroriste et le virus

Un petit bonbon, bien frais, à la menthe ? Le terroriste joyeux du portugais Rui Zink.

Zink70 pages deux textes :

Le terroriste joyeux est le dialogue absurde entre un homme, arrêté à sa descente d’avion avec une bombe qu’il venait poser (ou pas) et la personne qui l’interroge. Mais va savoir qui interroge qui.

Le virus de l’écriture est la lettre désespérée d’un homme qui se retrouve seul au monde. Seul lecteur dans un monde post-apocalyptique où plus personne ne lit, mais tout le monde écrit.

Après un humour absurde une des grandes qualités de l’auteur sur ces deux textes est d’avoir su trouver la distance juste. Le premier dialogue, en particulier, aurait vraiment pu tomber dans la répétition et l’ennui tant il est difficile de maintenir un tel texte, avec son côté décalé, absurde et pourtant touchant très juste. Il s’arrête juste au bon moment, ni trop tôt ce qui serait frustrant, ni trop tard ce qui serait lassant. Comme ces clowns qui font semblant de ne pas savoir jongler ou marcher sur le fil, qui semblent toujours sur le point de tomber, ou de lâcher une quille, et qui bien entendu, réussissent le numéro. Un vrai numéro d’équilibriste.

Pour le second texte, il est très drôle, manière originale et détournée mais ô combien juste de décrire un monde, qui certes n’est pas le nôtre, où beaucoup feraient peut-être bien de lire un peu plus et d’écrire un peu moins. En quelques pages l’auteur déroule un monde post-apocalyptique qu’aucun auteur de SF n’avait envisagé. Que l’auteur se rassure, je reste lecteur, et je ne compte pas écrire !

Bref, un vrai intermède rafraichissant, drôle, original et intelligent.

Rui Zink / Le terroriste joyeux suivi de Le virus de l’écriture (Osso, 2015 / Bicho da escrita, 2005), Agullo (2019), traduit du portugais par Maïra Muchnik.

La fin du monde me laisse perplexe

Dernier roman de la sélection des prix des chroniqueurs pour le prochain festival Toulouse Polars du Sud : Trois fois la fin du monde de Sophie Divry.

DivryParce qu’il a accepté d’aider son frère Thomas lors d’un braquage, Joseph Kamal se retrouve en prison. Très vite ciblé par un caïd, sa vie devient un enfer, avant qu’il ne s’habitue. Jusqu’à ce qu’une catastrophe industrielle, que l’on suppose nucléaire, ne change la donne dans le sud de la France où il est prisonnier.

Joseph se retrouve alors seul sur le Causse, à devoir survivre et s’organiser dans une nature rendue à elle-même. Avec au début la peur d’être repris, puis plus tard celle de ne plus croiser d’être humain.

Je ne suis pas certain d’avoir compris ce que voulait montrer ou raconter ce roman en deux parties pour moi totalement distinctes.

La première est typique des romans de prison, avec le parti pris de ne pas dater ni localiser précisément le récit, et des schématisations qui font qu’on ne sait pas si l’on est dans une sorte de métaphore, de conte, ou dans une manière personnelle de raconter le réel. Mais que ce soit l’un ou l’autre, ça fonctionne plutôt bien.

Puis arrive la catastrophe, dont on ne saura rien, et on retrouve le héros quelques semaines plus tard, seul. Et après un bref épisode de rencontre, on bascule sur un récit entre le post-apocalyptique et le style Robinson Crusoé. Parce qu’à part la mort des hommes dans la région, et la fin de l’électricité, tout le reste de la nature semble fonctionner comme si rien de s’était passé. Et donc on a un roman d’apprentissage au retour à la nature et à la ferme.

Là aussi, c’est plutôt bien mené, bien écrit avec des pages poétiques sur la nature et le lien qui peut se tisser avec l’homme. Mais j’ai difficilement vu le rapport avec la première partie, et je n’ai pas non plus vu où l’auteur voulait nous amener. D’autant que la fin arrive de façon assez abrupte.

Au final, si je ne me suis jamais ennuyé en le lisant, je ne sais pas trop ce que voulait nous raconter l’auteur …

Sophie Divry / Trois fois la fin du monde, Notabilia (2018).

Machine de guerre, pour le plaisir

Une pause SF, avec le nouveau roman de Paolo Bacigalupi, Machine de guerre.

BacigalupiDans un futur pas si futur que ça. La Terre a été dévastée par les catastrophes climatiques, il n’y a plus de pétrole, des villes entières ont été englouties, les compagnies privées règnent en maîtresses absolues et se disputent militairement les ressources restantes.

Quelque part, dans la jungle des Citées englouties Tool, être créé génétiquement – en partie homme, en partie tigre, hyène, chien etc – par la toute puissante société Mercier a échappé à ses créateurs et à son conditionnement. Il a mené une bande de gamins guerriers et vient de défaire les milices installées précédemment, et se demande comment arriver à gérer la paix, lui qui est une machine de guerre.

La question va se résoudre d’elle-même quand Mercier le retrouve et fait tomber un déluge de feu pour se débarrasser de cette création qui lui a échappé. Hors de question qu’un esclave s’affranchisse. Tool décide alors qu’il est temps de porter son combat ailleurs, contre ses Dieux et Maîtres. Et s’apercevoit qu’il est plus qu’une simple machine de guerre.

D’après ce que j’ai pu lire à droite et à gauche ce roman est le troisième d’une série commencée avec Ferrailleurs des mers et poursuivie avec Les cités englouties. Mais je n’ai eu aucune peine à lire Machine de guerre, même si les allusions au passé de certains personnages m’ont échappé.

Ce roman n’a pas la puissance et le niveau de réflexion de La fille automate ou de Water knife, l’auteur semblant jouer plutôt ici la carte du roman d’aventure, un peu plus facile et directement divertissant, visant peut-être un public plus jeune, ou plus fatigué (comme moi en cette fin d’année !).

Ceci dit, c’est effectivement très divertissant, les péripéties s’enchaînent, et dans un monde qui donne quand même à penser, tant il nous présente un futur peu enviable mais malheureusement pas improbable, on lit avec énormément de plaisir les aventures de Tool. On se retrouve un peu comme un môme qui veut savoir comment le héros va se sortir d’une nouvelle situation inextricable, on tremble pour lui, et à la fin, comme il est trop fort, il gagne ! Et les pourris, du moins certains, se font démonter.

Mais, comme l’auteur est loin d’être naïf, si certains fusibles sautent, le vrai pouvoir reste, encore et toujours, dans les mains des mêmes … Un vrai bonheur de lecture, au premier degré, qui peut aussi amener quelques réflexions. Très recommandable donc.

Paolo Bacigalupi / Machine de guerre (Tool of war, 2017), Au Diable Vauvert (2018), traduit de l’anglais (USA) par Sara Doke.

Dernier roman avant l’apocalypse ?

Dernière série noire de l’année (et peut-être la dernière programmée par Aurélien Masson ?), j’y suis allé un peu à reculons, le thriller techno n’étant pas mon genre de prédilection : Sept jours avant la nuit de Guy-Philippe Goldstein. Moyennement convaincu.

GoldsteinJulia O’Brien, agent de la CIA retenue prisonnière quelque part en Sibérie est enfin délivrée par les forces spéciales. Mais c’est pour être immédiatement envoyée en Inde : Une poignée de fanatiques de l’extrême droite hindoue (si le terme a du sens …) a réussi à détourner de l’uranium enrichi et à fabrique une bombe. Ils menacent tous les ennemis de l’Inde millénaire, à savoir à peu près le monde entier. Où la bombe risque-t-elle d’exploser ? A Londres ? New-York ? Pékin ? Karachi ? Ce qui est certain, c’est que, quel que soit l’endroit, les risques de guerre atomique généralisée sont réels.

Je ne sais pas si l’hiver me rend morose, ou si vraiment la production polar de cette fin d’année est faiblarde, mais une fois de plus, je ne suis guère enthousiaste. Pas non plus complètement négatif, mitigé.

Commençons par ce qui fonctionne. L’auteur, si j’en crois la quatrième, est analyste. Et je veux bien le croire, la description de l’enchainement de folies, de mauvaises décisions et de connerie paranoïaque pouvant amener le monde à un cataclysme nucléaire est horriblement parfaite et crédible. Oui on peut avoir un président des US complètement débile, religieux et buté. Oui bon nombre de gouvernants, pour sauver la face ou préserver leur poste, sont prêts à sacrifier l’humanité entière. Oui, sans le moindre doute, bon nombre de gens aux manettes sont complètement incultes en matière scientifiques, ce qui les empêche de comprendre, un minimum, les effets de leurs décisions. Et oui il y a de par le monde des illuminés prêts à tout.

Donc tout cela est très bien analysé, l’escalade macabre et fatale vers une catastrophe inévitable est très bien décortiquée et démontée. Du beau travail d’analyste et/ou de journaliste.

Là où ça pêche pour moi c’est le passage au roman et à la littérature. Qui dans mon cas passe beaucoup par les personnages. Et avec moi aucun n’a fonctionné. Ni Julia, ni son chef, ni son homologue indien … pas de chair, pas de tripes, que des neurones et du discours. Et là où j’aurais dû être inquiet, là où les pages auraient dû tourner toutes seules en avançant dans l’histoire, je me fichais de la fin. Apocalypse ou non ? Ca m’était égal.

J’avoue avoir sauté pas mal de passages de discours que j’ai trouvé interminables, coupant le rythme du récit qui aurait dû s’emballer, juste pour aller au plus vite à la fin voir par quelle pirouette la situation bien mal embarquée allait se résoudre.

Pour résumer, de façon un peu caricaturale, convaincu par le fond, pas par la forme.

Guy-Philippe Goldstein / Sept jours avant la nuit, Série Noire (2017).

Un grand Deon Meyer

Surprise, Deon Meyer nous revient avec un roman qui n’a rien à voir avec tous ses précédents. Et c’est une grande réussite : L’année du lion.

MeyerUn virus a décimé 90 % de l’humanité. Dans une Afrique du Sud bien vide, Willem Storm et son jeune fils de 13 ans Nico cherchent un endroit où créer une communauté qui permettra à Willem de mettre en pratique ses idées humanistes.

Bien des années plus tard, Nico, formé à l’usage des armes par Domingo, raconte les trois premières années de la communauté d’Amanzi créée par son père. Ainsi que les circonstances de son assassinat, et la traque des tueurs qu’il a menée.

Qu’est-ce que ce bouquin fait du bien. Parce que ça faisait quand même un moment que le grand Deon Meyer ronronnait un peu. Après des débuts fracassants, dans les derniers je ne m’ennuyais jamais, mais je ne retrouvais pas l’enthousiasme du début.

Et là, avec ce changement de thématique, je le retrouve. Commençons par dézinguer la quatrième qui, avec une originalité confondante, évoque La route sous prétexte que c’est un roman post- apocalyptique et qu’il y a un père et son fils. Non, L’année du lion n’a rien, absolument rien à voir avec La route. Le point de départ de l’intrigue est le même : une catastrophe, un père et son fils, tout le reste n’a rien à voir. Et je ne fais pas ici de comparaison, ni en bien, ni en mal.

L’année du lion est, paradoxalement, autant une utopie qu’un récit post-apocalyptique. Car c’est bien à la reconstruction d’un monde bâti sur des bases plus saines, selon les convictions humanistes de Willem Storm que l’on assiste. Et comme Deon Meyer n’est pas naïf, cette construction se heurte à des très nombreuses résistances, dont la moindre est de résoudre des problèmes techniques.

Car dans ce monde post apocalyptique, tout n’a pas disparu, et surtout les connaissances persistent. Donc il est relativement facile de commencer à reconstruire des communautés. Mais il faut alors affronter l’avidité, le comportement charognard, ceux qui préfèrent prendre par la force ce qu’ils ne peuvent reconstruire, les religieux, les comportements individualistes … Il faut accepter de s’armer et de se défendre, voire d’attaquer.

Dit comme ça, ça fait un peu café du commerce, mais n’oublions pas que l’auteur est un grand conteur, et qu’il est ici au sommet de son art. Avec l’annonce, dès le départ, de l’assassinat du père, avec les regrets du fils (on saura pourquoi), avec son choix de raconter ces trois années comme des mémoires, il installe dès le début une tension qui va habiter le récit, faire tourner les pages toutes seules, et nous réserver, comme il sait si bien le faire, quelques beaux coups de théâtre.

Les scènes d’action sont, comme on s’en doute, particulièrement réussies, les personnages gagnent en épaisseur au fur et à mesure qu’on avance dans le récit, le suspense est parfaitement maîtrisé, l’idée de départ, classique, bien exploitée, et Deon Meyer s’y entend pour vous attraper dès la première page et ne plus vous lâcher jusqu’à la fin. Et mine de rien, vous ne pouvez vous empêcher de vous demander comment vous vous situez, par rapport à tel ou tel personnage, à telle ou telle réaction. Mais il faut lire le bouquin jusqu’à la dernière page pour comprendre complètement l’éventail de choix que propose l’auteur …

Un vrai plaisir intelligent, un roman à lire qui renouvelle son auteur.

Deon Meyer / L’année du lion (Koors, 2016), Seuil (2017), traduit de l’afrikaans et de l’anglais (Afrique du Sud) par Catherine du Toit et Marie-Caroline Aubert.

Un peu de douceur et de mélancolie

Ceux qui ne connaissent pas encore Jérôme Leroy vont avoir plusieurs occasions de le découvrir en ce début d’année. Deux rééditions : un roman La minute prescrite pour l’assaut et un recueil de nouvelles : Comme un fauteuil Voltaire dans une bibliothèque en ruine ; et une nouveauté Un peu tard dans la saison, tout cela aux éditions de La table ronde.

leroyLa fin du monde a bien eu lieu. Ou au moins, la fin d’un monde. Depuis sa campagne gersoise, où elle vit avec sa fille Ada, Agnès Delvaux, ancienne capitaine des services secrets se souvient des derniers jours.

C’était en 2015, la France allait sombrer dans un chaos permanent et organisé, attentats, contestation sociale, grèves, état d’urgence, répression policière … Au point qu’un nouveau phénomène passe dans un premier temps inaperçu : l’Eclipse. Des gens qui arrêtent tout et partent, du jour au lendemain, sans qu’il y ait de signes avant-coureurs évidents. Des ouvriers, des profs, des politiques, des médecins …Ils arrêtent pour disparaitre et lire, pêcher ou servir des bières dans un bistrot paumé.

Pourtant Agnès aurait dû le voir venir, elle qui, pour des raisons personnelles, surveille Guillaume Trimbert, écrivain qui vivote, ancien prof fatigué, qui semble peu à peu lâcher prise.

Un peu tard dans la saison devrait vous permettre de dire si vous aimez, ou pas, l’univers et l’écriture de Jérôme Leroy, parce qu’il est 100% représentatif de bon nombre de ses romans et nouvelles. Scénario de fin du monde, l’auteur lui-même pris comme personnage (avec un portrait impitoyable sur ses propres « défauts » ou incohérences), des références littéraires, un retour permanent sur la douceur d’un monde terminé, une élégance d’écriture, un ton nostalgique, les plages du nord, le Portugal … Bref tout son imaginaire, j’allais presque dire tout son bestiaire.

Hasard des lectures et de la saison, je l’ai lu dans un état cotonneux, terrassé par une saloperie hivernale, entre deux grogs, la tête un peu cotonneuse … J’ai trouvé que ce Leroy là, tout en saudade, va très bien avec le grog et un état grippal ! N’allez quand même pas attraper la crève juste pour être dans de bonnes conditions pour le lire, mais je me sentais dans le même état de faiblesse et de mélancolie que son écrivain.

Ensuite, au plaisir de retrouver ce monde sepia, s’ajoute celui de découvrir, pour une fois, une apocalypse plutôt sympathique, une fin du monde en douceur, sans trop de tripes et de boyaux répandus (même si Jérôme sacrifie un de ses potes dans l’histoire), sans curée, sans grands discours ni violence, juste un renoncement.

C’est peut-être pour ça aussi que mon état vaseux m’a aidé à la lecture, en général je suis plutôt adepte des histoires plus … abruptes et de personnages plus revendicatifs et plus réactifs. Mais là un peu de douceur mélancolique m’allait très bien.

Le spleen de Un peu tard dans la saison comme compagnon idéal des fatigues hivernales en quelque sorte. Un peu de mélancolie, de culture et de douceur dans un monde brutal et souvent terrifiant de bêtise.

Jérôme Leroy / Un peu tard dans la saison La table ronde (2017).

Impact, fin de la trilogie, fin du monde

Voilà une série qui ne risque pas de jouer les prolongations : Impact de Ben H. Winters conclue la trilogie Dernier meurtre avant la fin du monde.

impact_wintersLa fin approche. Cette fois l’astéroïde Maia est à moins d’une semaine de l’impact qui va détruire toute, ou presque toute, la vie sur Terre. Plus rien ne fonctionne, mais Hank Palace, ancien flic d’une petite ville ne renonce pas : Il doit retrouver sa sœur Nico qui est partie avec un groupe d’illuminés qui croient à un complot du gouvernement.

En chemin, et pour ses derniers jours, il va croiser des groupes plus ou moins fous, plus ou moins violents, plus ou moins résignés. Et découvrir enfin ce qui fait courir sa chère sœur, juste à temps.

Beau final pour une trilogie originale qui ose aller au bout du propos. On connait les romans post-apocalyptiques (ils sont d’ailleurs à la mode), je ne connaissais pas avant de lire Ben H. Winters les romans pré-apocalyptiques.

Dans un monde qui s’écroule, le personnage de Hank Palace est de plus en plus émouvant dans son obstination à faire son boulot jusqu’à la dernière minute. Jusqu’au bout il sera intègre, jusqu’au bout il recherchera la vérité en se lamentant de n’avoir pas eu le temps d’apprendre suffisamment pour être un bon flic.

Une façon de vivre en attendant la fin programmée. L’auteur nous en présentera d’autres, qui chacune ne fait d’exacerber les penchants des différents personnages croisés par son héros : certains tenteront de prendre le poids du monde sur leurs épaules, d’autres profiteront des derniers moments, et quelques-uns, comme toujours, voudront manipuler et dominer leurs compagnons.

Un vrai concentré d’humanité en attendant une fin parfaitement réussie par l’auteur. A lire vraiment, dans l’ordre bien entendu !

Ben H. Winters / Impact (World of trouble, 2014), Sonatine (2016), traduit de l’anglais (USA) par Valérie le Plouhinec.

L’apocalypse selon Saint John Mandel.

Mais qu’est-ce qu’elles ont toutes ? Après Yana Vagner, c’est Emily St. John Mandel qui nous promet le pire dans Station Eleven.

StJohnMandelArthur Leander, acteur hollywoodien revenu au théâtre s’écroule sur scène en pleine représentation du Roi Lear à Toronto. Un événement qui va passer totalement inaperçu. Dans les heures qui suivent, une épidémie de grippe partie de Russie déferle sur le monde. Quelques jours plus tard, plus de 95 % de la population a disparu. Peu de temps après, fin de l’électricité, et de toute forme de transport mécanique.

Vingt ans plus tard, des ilots de vie se sont installés autour d’anciens motels, stations service, centre commerciaux ou aéroports. Des communautés qui se côtoient peu, et évoluent chacune de son côté, de façon plus ou moins agressive, plus ou moins fermée.

Certains n’ont pas renoncé pour autant à toute forme de civilisation et une troupe d’acteurs et de musiciens va de village en village, du côté des grands lacs américains, proposer musique et pièces de Shakespeare. Convaincus, que « Survivre ne suffit pas ».

Encore une qui nous promet le pire donc. A sa façon, en navigant avec la compagnie de groupe en groupe, mais également avec les souvenirs des quelques survivants pour revivre les derniers jours d’avant, et les premiers d’après.

Si je devais avoir une restriction, c’est le récit de l’avant, très paillette d’Arthur Leander qui me semble parfois un peu superflu et qui, à mon goût, ralentit inutilement le récit. Je ne me suis pas passionné pour ses amours, et sa vie hollywoodienne. Toute petite restriction.

Pour le reste, la construction est parfaite, et surtout voilà, dans le cadre très codifié du récit post-apocalyptique, une vision originale, sensible, non dépourvue de lueurs d’espoirs sans pour autant jamais verser dans l’angélisme ou le prêchi-prêcha.

Pas de lamentations sur ce qu’on aurait dû faire, sur notre faute, notre très grande faute … Non, quelques souvenirs émus pour nous rappeler de profiter des merveilles qui sont à notre portée, et surtout un vibrant hommage à la culture, à la beauté d’une musique, à l’émotion dans un musée, à la grandeur de textes, à la magie du théâtre.

Et ce rappel, ô combien utile, que, demain, hier ou aujourd’hui, ici et partout : « Survivre ne suffit pas » (et j’ai appris à l’occasion que ce n’est pas signé Platon, Shakespeare ou BHL pour citer les plus grands penseurs mais … Star Trek).

Emily St. John Mandel / Station Eleven (Station Eleven, 2014), Rivages (2016), traduit de l’anglais (Canada) par Gérard de Chergé.

Après Vongozero, Le lac

Il y a quelques jours je vous parlais de Vongozero, roman post apocalyptique de la russe Yana Vagner. J’ai lu la suite : Le lac.

Vagner LacLe petit groupe que nous avons suivi dans sa fuite devant la maladie dans Vongozero a atteint son but : Une maison en bois, sur une île, au milieu d’un lac du côté du cercle polaire. Se pose maintenant une nouvelle question : Que faire quand on est coincé là, sans nouveau but, avec tout un hiver à tenir, en compagnie de gens qu’on n’aime pas forcément ?

Comment réagir aux quelques rares nouveautés que l’on peut observer sur la rive du lac ? Comment assurer le ravitaillement ? Comment ne pas devenir fou et garder espoir en quelque chose ?

Une première chose : Il me semble difficile de lire Le lac si on n’a pas lu le roman précédent. Certes, on doit pouvoir suivre l’intrigue, mais il est fait tant de références à ce qui se passe auparavant qu’on manque forcément quelque chose.

Sinon, à la lecture, je me suis posé la question suivante : pourquoi ce roman me passionnent-il autant ? Il ne se passe rien, ou presque : Une île complètement isolée, l’hiver polaire, l’ennui, rien qui bouge … la dépression, l’angoisse d’être les uns sur les autres dans un espace trop petit, dans un environnement uniformément blanc où la lumière ne parait que quelques heures par jour. La peur de manquer de nourriture, de ne pas tenir jusqu’au printemps. Les piques, les conflits, les inimitiés qu’il faut étouffer pour arriver à se supporter et à ne pas s’entretuer … Les heures sombres, les jours sombres qui se suivent et se ressemblent.

Ce que j’ai ressenti à la lecture c’est cette oppression, la folie qui guette, la dépression insidieuse, la méfiance envers tout et tous : Tout nouveau venu est un agresseur potentiel, tout nouveau lieu, tout nouveau contact est un contact potentiel avec la maladie.

On étouffe, on se demande où va l’auteur, où va ce monde dont on ne sait rien au-delà du lac, au-delà de la survie de ce petite groupe. On espère avec eux l’arrivée de la lumière, du printemps, de l’abondance de nourriture. Et alors qu’on devrait s’ennuyer, on se passionne.

Un beau tour de force ; Et on peut imaginer que l’aventure va continuer, mais ne comptez pas sur moi pour vous dire comment ça se termine !

Yana Vagner / Le lac (Zhyvie ludi, 2012), Mirobole (2016), traduit du russe par Raphaëlle Pache.