Archives du mot-clé Arpad Soltesz

Le bal des porcs

On a découvert il y a peu Arpád Soltész avec Il était une fois dans l’est. Le revoilà, toujours en colère, dans Le bal des porcs.

Une gamine, internée dans une clinique de désintoxication où elle avait été placée par le juge disparait. Ça n’intéresse pas grand monde. Qui s’intéresse au sort des camées quand les parents n’ont pas un rond ? Et quel peut bien être le rapport avec des politiciens tenus par les burnes par un maître chanteur, des services secrets et des services de police qui travaillent pour des trafiquants et les mafias calabraises et albanaises ? Combien y a t’il de cadavres enterrés dans les bois environnants ? Y a t’il encore des flics et des journalistes un peu intègres ?

Vous le saurez en lisant Le bal des porcs.

Ce roman appelle quelques explications :

« L’auteur de ce livre est un prostitué de journaleux et affabule sans le moindre scrupule.

Son roman ne contient pas la moindre parcelle de vérité. Si malgré tout vous vous reconnaissez dans l’un des personnages, n’hésitez pas et allez vous dénoncer tout de suite au commissariat ou à la procurature la plus proche. N’oubliez pas votre carte d’identité et votre brosse à dents. »

Ainsi se termine le roman, et il commence de la même façon, à peu de choses près. C’est évidemment un roman à clés, la principale étant l’affaire de l’assassinat de Ján Kuciak et de son amie en 2018. Un journaliste d’investigation, comme l’auteur. Ce qui veut dire que le roman, édité la même année a été écrit dans l’urgence.

Il se divise, plus ou moins, en trois partie.

La première on suit l’affaire des gamines prostituées, on est dans l’esprit du précédent roman, c’est trash, révoltant, plein d’énergie, au raz du caniveau.

Puis l’auteur prend de la distance, se détache de ses personnages pour décrire, de façon chaotique, tout un système de corruption, de liens entre mafias, monde industriel, monde politique, des arnaques diverses et variées aux fonds européens, des vols avec meurtre … le tout en donnant des surnoms à quasiment tous les protagonistes, en fragmentant l’action d’un lieu à l’autre, d’un temps à l’autre, d’un personnage à l’autre. Et là, j’avoue qu’il m’a perdu. Le lecteur slovaque qui reconnait les personnages réels derrière les masques s’y retrouve peut-être, mais moi, dans mon ignorance, j’ai été largué. Pas tout le temps, mais souvent.

Mais j’ai insisté jusqu’à la troisième partie où on retrouve le bitume, au ras du sol, avec un personnage de tueur à gage et une relocalisation sur les lieux du début. Et on retrouve cet allant, cet humour désespéré de la première partie.

La conclusion, quant à elle, remet tout en perspective et explique le pourquoi du comment du roman.

Complexe donc, pas toujours facile à lire et pas toujours convainquant, écrit de toute évidence dans une urgence et une colère qui ne permettait pas une autre structure, mais passionnant à posteriori quand on le rattache aux événements qui se sont déroulés dans le pays, et auxquels, il faut bien l’avouer, je n’avais pas trop prêté attention à l’époque.

Arpád Soltész sera à Ombres Blanches mardi prochain, un peu partout dans la région toulousaine ensuite et sur le site du festival Toulouse Polars du Sud le week-end. Nul doute qu’il sera passionnant de discuter avec lui.

Arpád Soltész / Le bal des porcs, (Sviňa, 2018), Agullo (2020) traduit du slovaque par Barbora Faure.

Il était une fois dans l’Est

Une fois de plus j’arrive avec un certain retard, beaucoup de confrères ayant déjà dit, à juste titre, le plus grand bien de Il était une fois dans l’est du slovaque Arpád Soltész. Allons-y quand même.

SolteszVeronika, 17 ans, belle, est laissée en plan devant un centre commercial proche de la frontière slovaque avec l’Ukraine par un imbécile bas de front. Elle est alors enlevée par deux malfrats qui pensent la vendre à un bordel de l’autre côté. Quand ils s’aperçoivent qu’elle est mineure, ils décident de la solder à un gang albanais, non sans l’avoir copieusement violée durant 4 jours.

Mais Veronika arrive à s’échapper et va voir deux policiers, les deux seuls, ou presque, pas totalement corrompus de la région. Ils s’aperçoivent vite que malgré l’aide d’un journaliste miraculeusement honnête, ils ne peuvent rien contre une pourriture qui a des soutiens dans la pègre et les services secrets. Mais quand la loi ne peut rien, on peut passer par d’autres chemins pour se faire justice. Et ça va commencer à saigner, mettant en lumière différents trafics, contrebande, corruption, détournements de fonds européens, traite des blanches, de travailleurs clandestins … et j’en passe.

Plus que Il était une fois dans l’est, c’est Affreux, sales et méchants la référence. Quelle galerie de pourris, dégueulasses, lâches, corrompus, violents, moches … affreux, sales et méchants. Au point qu’à part notre pauvre journaliste, ce sont essentiellement des tueurs avec un minimum de sens de l’honneur et une once d’empathie pour certaines victimes qui font figure de personnages positifs.

Alors ce pourrait être misérabiliste, sinistre et déprimant. Pas du tout. Il y a une énergie du désespoir communicative et un humour à froid rageur soutenu par une écriture capable de décrire les pires atrocités sans le moindre accent larmoyant. Ça vous décape, c’est comme la brûlure d’une gnôle artisanale, ça secoue et pourtant on en redemande.

Une succession de chapitres courts, passant d’un protagoniste à l’autre rythme cette histoire qui dresse le tableau atroce d’un pays passé directement du communisme au capitalisme le plus ravageur et ravagé, où la guerre pour prendre possession de ce qui appartenait à l’état a été féroce, et où seuls les plus violents, les mieux introduits, les plus cyniques ont tiré leur épingle du jeu. Où tout s’achète, où la loi est aux mains de ceux-là même qui la violent allègrement. Et malheur aux pauvres et aux faibles.

Certainement déconseillé aux estomacs sensibles et délicats, chaudement recommandé à ceux qui ne craignent pas une belle claque jubilatoire et désespérée.

Arpád Soltész / Il était une fois dans l’est (Mäso – Vtedyna východe, 2017), Agullo (2019), traduit du slovaque par Barbora Faure.