Archives du mot-clé Aurel Timescu

Notre otage à Acapulco

Si vous êtes un habitué de ce blog, vous connaissez déjà Aurel Timescu, le calamiteux consul inventé par Jean-Christophe Rufin. Il revient dans Notre otage à Acapulco.

Martha Laborne, jeune femme de très bonne famille, fille d’un politicien en vue et surtout en campagne de réélection, a disparu au Mexique, du jour au lendemain. Du côté de Acapulco. Donc le Quai d’Orsay est sur les dents. Il faut au moins faire semblant de se bouger, mais sans faire trop de vagues. Et qui de mieux que notre ami Aurel pour faire semblant ?

Le voilà donc à Acapulco, bien décidé à faire ce qu’il réussit le mieux : rien. Malheureusement l’ambiance sur place, dans l’hôtel qu’il a choisi, ancien repère des stars hollywoodiennes des années 50-60 ravive ses souvenirs, et étonnamment son courage. D’autant plus qu’il y a un vieux piano dans l’hôtel. Alors, dans une ville transformée en poudrière par les rivalités entre les différents cartels, Aurel va craquer une allumette.

J’aime de plus en plus ce brave Aurel. Son empathie, ses goûts cinématographiques et musicaux, ses tenues étonnantes. J’adore ces histoires où tout paraît si simple, ou l’écriture coule de source, où l’on sourit beaucoup, où l’on rit souvent. J’aime beaucoup le regard plein d’humanité que pose son auteur sur les lieux où il envoie son héros, et l’humour avec lequel il égratigne un milieu diplomatique qu’il connaît très bien.

Ce détour par Acapulco est un des meilleurs de la série, qui est pourtant excellente. On est ému, on apprend, l’horreur n’est pas cachée, et en même temps on s’amuse beaucoup. Vraiment cette série est une bien belle réussite. Vivement le prochain.

Jean-Christophe Rufin / Notre otage à Acapulco, Flammarion (2022).

La princesse au petit moi

Besoin de légèreté, d’humour et de plaisir ? Facile, Jean-Christophe Rufin remet en selle son consul préféré dans La princesse au petit moi.

Ce cher Aurel Timescu se trouve entre deux boulots, une situation qui lui convient d’autant mieux qu’il s’emploie à éviter le travail comme la peste et qu’il adore flâner à Paris. Malheureusement, sur la recommandation pourtant bien improbable d’un de ses anciens chefs, il est contacté par le Prince de Starkenbach, micro paradis fiscal au cœur des Alpes pour retrouver la Princesse qui a disparu depuis plusieurs jours. L’occasion unique pour Aurel de côtoyer des têtes couronnées, et de faire l’usage de ses talents d’enquêteur, mais aussi de pianiste.

Ne cherchez pas la principauté de Starkenbach, elle n’existe pas, mais vous pouvez, si nécessaire la remplacer par l’Andorre, Monaco ou autre Liechtenstein.

On retrouve la langue si « évidente » de Jean-Christophe Rufin, et si vous êtes des habitués, vous savez combien je suis admiratif de ces écrivains qui vous donne l’impression si fausse qu’écrire est d’une simplicité désarmante. Donc ne serait que pour ça, c’est un vrai plaisir.

Plaisir bien entendu rehaussé par les retrouvailles avec Aurel, ses tenues incroyables, sa dégaine impayable, sa timidité, son goût du vin blanc et ses talents musicaux. Le comique de répétition fonctionne parfaitement, on rit souvent et l’auteur réussit ce petit exploit de nous faire rire du personnage tout en nous le faisant aimer de plus en plus.

Un roman de pur plaisir à conseiller sans la moindre modération.

Jean-Christophe Rufin / La princesse au petit moi, Flammarion (2021).

Aurel Timescu du Quai d’Orsay

Les habitués de Toulouse Polars du Sud l’ont peut-être déjà vu, le parrain de la prochaine édition sera un académicien et oui ma chère. Jean-Christophe Rufin. Du coup j’ai lu ses trois polars que je n’aurais sans doute pas ouvert sinon. Et j’aurais eu bien tort de me priver de ce plaisir. Coup sur coup donc, avec voracité et délice, Le suspendu de Conakry, Les trois femmes du consul et Le flambeur de la Caspienne.

Rufin01Aurel Timescu est une véritable calamité, une patate chaude que les consulats se repassent en cherchant le naïf ou le petit jeune qui va l’accueillir. Petit, moche, timide avec les femmes, spécialiste des accoutrements improbables, pianiste émérite, amateur de vin blanc, il a connu la Roumanie de Ceausescu, et vous découvrirez comment il a finit au Quai d’Orsay … Il n’aime pas travailler, a un vrai talent pour ne rien faire, mais se réveille quand une énigme intéressante se présente, même et surtout quand on lui demande de ne pas s’en mêler.

Rufin02C’est ainsi qu’il va découvrir qui a laissé un français suspendu au mât de son bateau à Conakry, démêler un étrange assassinat sur la côte du Mozambique, et découvrir comment, peu avant son arrivée, la femme de l’ambassadeur n’est pas morte d’un accident en Azerbaïdjan, près de la frontière iranienne. Toujours avec son style très particulier, et toujours en mettant les pieds là où ses supérieurs préfèreraient qu’il ne les mettent pas.

Rufin03Trois romans courts absolument délicieux. Ce ne sont pas les romans de l’année, ce n’est pas du noir qui vous secoue et vous retourne les tripes. Par contre c’est vif, il n’y a pas un mot de trop, c’est drôle dans la description des lieux, des consulats que l’auteur connait parfaitement. C’est fin quand cela met en lumière leurs travers et ceux du personnel du quai d’Orsay. Le trait n’est jamais forcé, toujours juste, très souvent drôle.

D’une aventure à l’autre Jean-Christophe Rufin a réussi à ne pas se répéter, à varier les entames, les relations entre Aurel et ses supérieurs, et on s’attache beaucoup à ce petit bonhomme plus complexe et émouvant qu’il n’apparait au premier abord.
De vrais bons bouquins, à lire sourire aux lèvres, pour un moment de plaisir sans arrière pensée mais non sans intelligence.

Jean-Christophe Rufin / Le suspendu de Conakry, Les trois femmes du consul et Le flambeur de la Caspienne, Flammarion (2018, 2019, 2020).