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Une SF très légère

Pas encore envie de me plonger dans la rentrée polar. Donc j’ai pioché sur les tables d’une de mes librairies préférées un peu de SF. Malheureusement, la grande Kti Martin n’étant pas là, j’y suis allé au hasard, me fiant à la bonne réputation de l’auteur Andreas Eschbach. Pioche très moyenne avec Aquamarine.

EschbachNous sommes au milieu du XXII° siècle Australie. Il y a eu des changements, beaucoup de changements. Entre autres, certaines communautés sont revenues en arrière interdisant toute manipulation génétique ou toute augmentation technologique des êtres humains. Saha Leeds, 16 ans, vit avec sa tante dans une de ces enclaves néo-traditionalistes.

Malheureusement pour elle, dans cette petite ville où tout tourne autour de l’océan, elle sait depuis toute petite qu’elle doit absolument tenir loin de l’eau. Souffre-douleur du lycée et de sa star Carilja, elle essaie de se faire oublier, jusqu’au jour où la peste des lieux, aidée de ses admirateurs la pousse dans le bassin se trouvant à l’entrée du lycée. Saha manque se noyer, mais commence aussi à faire des découvertes qui vont bouleverser ce qu’elle sait d’elle même, et son avenir.

Pour résumer très rapidement mon avis, je ne me suis pas ennuyé, du moins pas trop, ça se lit vite, mais c’est léger. Le personnage principal et le lieu de l’action sont plutôt bien campés, l’intrigue suit un cours assez prévisible, même les quelques surprises ne sont pas complètement renversantes.

Mais ce qu’il me manque surtout, venant d’un auteur aussi reconnu, c’est un minimum de profondeur dans la description du contexte : On reste très centrés sur la petite communauté, rien des événements qui ont conduit à la situation actuelle n’est décrit, les interactions avec l’extérieur, les relations entre les différentes classes sociales ne sont vues que très rapidement, et seulement au travers du regard assez superficiel de l’héroïne …

Bref, pour mon goût, cela manquait de densité, tout juste un bon roman de vacances quand on est fatigué, ou de voyage en avion. Mais peut-être ne suis-je pas le public visé. Je vais passer le bouquin à ma fille de quatorze ans, on verra ce qu’elle en pense. En particulier la description des relations entre les ados du bouquin va sans doute la passionner plus que moi. A suivre … Si elle le lit.

Andreas Eschbach / Aquamarine (Aquamarin, 2015), L’Atalante/La dentelle du cygne (2017), traduit de l’allemand par Claire Duval.

Apocalypse now à Cotton’s Warwick

L’Angleterre, Séville un soir de match de foot mythique, et maintenant l’Australie avec Bienvenue à Cotton’s Warwick. Michaël Mention est vraiment partout.

mentionCotton’s Warwick, bled écrasé de chaleur paumé dans le désert australien. Y survivent une douzaine d’hommes, chasseurs, éleveurs, employé de l’abattoir et Quinn, ripoux local qui maintient un semblant d’ordre et traficote. Plus Karen qui sert des bières dans le pub. Karen fantasme de tous, protégée par Quinn qui sait que la communauté est au bord de l’explosion et que la jeune femme pourrait être le détonateur.

Mais c’est d’ailleurs que va venir la déflagration.

Au premier degré de lecture, vous avez là un court roman qui vous balaie comme le souffle brulant d’une tornade de sable. Quelques pages de calme, puis l’explosion, la chaleur infernale, l’accélération de la catastrophe jusqu’à ce que mort s’en suive. Avec une impressionnante maîtrise dans la montée du crescendo, et une construction très musicale avec ses moments « fortissimo », et ses chutes brutales vers des « piano » qui ne sont là que pour faire vibrer les nerfs avant l’explosion suivante.

Mais attention, autant vous avertir, comme dirait l’autre, « on se risque sur le bizarre » et « Faut r’connaître… c’est du brutal !».

Ensuite, une fois passé le plaisir brut, je ne peux m’empêcher, par pure curiosité, de me demander ce qui a bien pu être à l’origine de ce roman. Je vois bien la dimension de conte, l’image de la nature qui, toute en sauvagerie, vient se venger de ce que lui fait subir l’homme (et je ne vous en dis pas plus). Mais pourquoi dans ce décor-là ? Et pourquoi de cette façon-là ?

cocci-05Des interrogations qui n’ont diminué en rien mon plaisir de lecture, mais qui m’intriguent. Il faudra que j’en cause avec Michaël Mention la prochaine fois que j’aurai l’occasion de le croiser.

Michaël Mention / Bienvenue à Cotton’s Warwick, Ombres Noires (2016).

Corruption … aux antipodes

Il reste un peu de temps avant d’attaquer les romans de la rentrée. L’occasion de revenir sur les oubliés de l’année. Direction l’Australie avec La rose de fer de Peter Temple.

la rose de fer.inddMac Faraday est forgeron, il a repris la forge de son père et, les week-ends, il joue avec ses potes au footy (un machin incompréhensible joué uniquement en Australie et où on prend des coups) et va ensuite boire quelques bières au pub du coin.

Jusqu’au jour où son voisin et ami, grand ami de son défunt père se pend dans sa grange. Mac ne croit pas au suicide, les flics locaux semblent eux aussi avoir des doutes. Le passé de Mac va revenir, violemment. Car Mac n’a pas toujours été forgeron, et sa vie n’a pas toujours été aussi paisible et rangée …

Il semblerait qu’aux antipodes l’être humain reste l’être humain : Il y a des flics corrompus, une classe fortunée qui méprise ses concitoyens, des pourris toujours prêts à exploiter et faire souffrir les plus faibles, mais aussi l’amitié, des gens qui ont des valeurs et s’y tiennent …

On pourrait dire qu’on n’apprend rien, mais ce polar australien est bien mené, on y croise des personnages attachants, et l’auteur décrit très bien une petite communauté soudée par le travail, et plus précisément par le plaisir et la fierté d’un boulot bien fait qui apporte un peu de beauté au monde. Soudée également par les rencontres au pub, les blagues, les discussions et la varie solidarité qui en émane.

Un bon polar qui, sans révolutionner le genre, nous emmène loin de chez nous, dans un coin du monde habité par des humains que l’on aimerait avoir pour voisins (du moins pour certains d’entre eux).

Peter Temple / La rose de fer (An iron rose, 1998), Rivages/Thriller (2016), traduit de l’anglais (Australie) par Pierre Bondil.

Suspense dans le bush.

Une nouveauté, parue chez Payot / Suspense (à ce propos, quelqu’un sait comment ils décident qui va en Suspense et qui va en Rivages/Thriller chez Payot ?). Une nouveauté australienne et excellente qui plus est. L’étouffoir, de Phillip Gwynne.

Darwin. Pas le naturaliste, la ville située au nord de l’Australie. Loin de Sydney l’Olympique. La population étouffe dans l’attente des premières pluie. L’inspectrice Dusty Buchanon ne plait guère à sa nouvelle chef. Elle lui plait encore moins quand elle décide d’enquêter dans le bush, prêt d’un camp d’anciens du Vietnam. On y aurait vu un cadavre dans le billabong (mangrove locale). Vu les témoins (tous plus ou moins allumé, alcoolisés et/ou shootés) Dusty n’y croit guère, mais elle va voir. Et elle le voit, le cadavre ; qui malheureusement disparaît avant que la police scientifique n’arrive. Ce qui ne va pas empêcher Buchanon de s’entêter, et ne va pas arranger ses relations avec sa chef …

Rien de révolutionnaire dans ce roman australien, mais du très beau travail, parfaitement maîtrisé. Une enquête qui tient la route, sans effets de manche mais sans faille. Une écriture alerte, vive et pleine d’humour. Un personnage qu’on espère, dès sa première apparition, retrouver très bientôt : grande gueule, têtue, intelligente, sarcastique, et fragile, Dusty existe dès les premières pages, on s’y attache, on l’aime, et il nous tarde de la retrouver. Des personnages secondaires tout aussi incarnés, vivants, complexes, présents … bref attachants.

Et la belle description d’un coin du monde très peu connu des lecteurs français. Ce nord de l’Australie avec sa chaleur étouffante, ses routards, ses liens avec le sud-est asiatique plus proche que Sydney, ses habitants qui semblent être un peu les ploucs de l’Australie, loin des snobs de Sydney, ses populations aborigènes marginalisées …

Tout ce qu’on aime trouver dans un bon polar, tout ce qu’on adore retrouver dans une série. Vivement le suivant.

Phillip Gwynne / L’étouffoir (The build up, 2008), Payot/Suspense (2010), traduit de l’australien par Frédéric Grellier.

Une madeleine australienne.

Vous ne pouvez pas savoir le plaisir que j’ai éprouvé à ouvrir Signé Mountain de Peter Corris. Parce que comme le suggère le titre fort littéraire de ma chronique, Peter Corris et son Cliff Hardy ont été parmi les premiers à l’accueillir dans le monde merveilleux du polar. Ni les meilleurs, ni les plus originaux, mais avec Hillerman, Ellroy, Montalban et un ou deux autres, un des premiers que j’ai lus et appréciés.

Comme son auteur Cliff Hardy est australien, de Sydney. Il est privé, un vrai, un hard-boiled pur et dur, dans la grande tradition Bogart. Il picole, sait se battre, raconte à la première personne, a le sens de la formule, plait au femmes mais vit seul … Un vrai vous dis-je.

Tout commence quand un de ses amis, loueur de voitures, l’embauche pour démasquer l’équipe qui lui a déjà volé 4 voitures. Or parmi les voleurs déguisés et maquillés qui ont loué un véhicule sous un faux nom, Cliff reconnaît une de ses connaissances de bar : Bill Mountain, écrivain raté, alcoolique accompli, qui gagne (fort bien) sa vie en écrivant des merdes pour la télé. La suite ne sera qu’une longue poursuite, derrière un looser qui plonge toujours plus loin dans la folie.

Essayons d’être objectif … pas grand-chose d’original, rien de révolutionnaire dans ce roman. Le plus grand dépaysement vient du lieu, Sydney, où le privé est quand même plus rare qu’à Los Angeles, New York ou Paris. Sinon sur une intrigue somme toute assez classique, proche (pour le point de départ) de celle du dernier baiser de l’immense James Crumley (un privé court après un écrivain en panne d’inspiration), et une histoire qui fonctionne, avec un personnage comme les aiment les amateurs de polar, des rebondissements, de la castagne … et le plaisir de retrouver un personnage perdu de vue depuis longtemps, de se couler dans cette histoire comme dans des pantoufles certes un peu usées, mais ô combien confortables.

Parce qu’on ne peut pas ne lire que du David Peace, que du génial, que du qui secoue, et qu’un bon polar des familles, avec un privé dur à cuire dans la tradition, écrit par un bon écrivain qui maîtrise parfaitement son sujet, ça fait aussi du bien de temps en temps.

Allez, quelques réflexions de Cliff, qui font partie du charme de l’ensemble :

« On a échangé une poignée de main, si longue que j’ai bien cru qu’il voulait me léguer la sienne »

« avec des cheveux plus sel que poivre, et une calvitie si galopante que c’était à se demander si son dernier cheveu aurait le temps de blanchir avant de tomber. »

C’était donc ma madeleine à moi. Une de mes madeleines.

Peter Corris / Signé Mountain  (Deal me out, 1986), Rivages/Noir (2010), traduit de l’australien par Catherine Cheval.

Aux sources du roman noir australien.

Une curiosité chez Asphalte : la traduction d’un roman de 1965 qui, si l’on en croit la quatrième de couverture, est devenu un classique des classiques dans son pays d’origine, l’Australie. La préface, fort intéressante, le replace dans son contexte : premier roman écrit par un aborigène, à une époque où ils n’étaient pas considérés comme des citoyens à part entière, et n’avaient pas, entre autres, le droit de vote. Mais vous allez le voir, Chat sauvage en chute libre de Mudrooroo n’est pas seulement un document historique, c’est une œuvre littéraire, un roman noir qui a sa place dans la bibliothèque de tout amateur du genre.

Le narrateur est métis, moitié aborigène, il a à peine 18 ans, et sort de prison sans la moindre illusion sur ce qui l’attend au dehors. Au mieux quelques jours de liberté, sans but, sans possibilité, sans avenir, avant de retourner derrière les barreaux. Nous le suivons dans son errance, vers un final inéluctable.

Court roman, sec, presque décharné, sans plus d’effets de style que le narrateur n’a d’avenir. A l’image de la situation des aborigènes dans cette Australie des années 60 qui ne leur donne comme possibilité que de crever à petit feu dans les réserves, ou d’oublier leur culture et de tenter d’assimiler celle des blancs. Des blancs qui ne les acceptent de toute façon pas, quels que soient leurs efforts.

Certes, on peut lui trouver un goût de déjà lu, ce récit d’une chute annoncé, avec les stations obligatoires d’un chemin de croix. On l’a lu par ailleurs, sous la plume d’auteurs décrivant les marges de l’Amérique. Mais il faut se souvenir que ce texte date de 1965 et qu’il est de ce fait, non pas le nième rejeton d’une école littéraire, mais un de ses précurseurs. Précurseur d’autant plus intéressant qu’il nous vient d’un pays dont on connaît peu, ici, la littérature.

A lire donc, pour ses qualités, par curiosité, pour l’amour du noir, et aussi, paradoxalement, pour un final qui a une arrière goût de rédemption.

Mudrooroo / Chat sauvage en chute libre (Wild cat falling, 1965), Asphalte (2010), Traduit de l’australien par Christian Séruzier.

Les séquelles de Peter Temple

Il est rare de lire des polars australiens, depuis que l’on n’a plus de nouvelles de Cliff Hardy, le privé dur à cuire de Peter Corris. Séquelles, le premier roman de l’australien Peter Temple est donc le bienvenu.

Après une arrestation qui a tourné au drame Joe Cashin a quitté la criminelle de Melbourne pour retourner s’enterrer dans le bled de province où il retape la maison d’un oncle. L’automne est bien avancé quand son quotidien est bouleversé par la mort d’un notable local, tabassé à mort dans sa luxueuse villa. L’enquête désigne très vite trois jeunes aborigènes comme les coupables bien pratiques. Quand ils sont abattus lors de leur arrestation par la police locale, l’affaire prend une ampleur nationale. De son côté, Joe Cashin n’est pas convaincu, et reste persuadé que l’enquête a été bâclée.

Soleil, surf et athlètes bronzés aux dents éclatantes. C’est ça l’Australie non ? Pas vraiment à en croire Peter Temple. Chez lui ce serait plutôt pluie, corruption et racisme.

Du côté de Cromarty, dans le sud du pays (n’oublions pas qu’en Australie, le sud, c’est là qu’il fait froid), l’automne est venté, froid et pluvieux, la bourgeoisie locale fait … la pluie et le beau temps, et il ne fait pas bon être noir, cultivé ou homosexuel (sans parler de ceux qui ont le malheur de cumuler les « tares »). La police et la population sont ouvertement racistes, et les jeunes aborigènes, déjà décimés par le chômage et la drogue meurent plus qu’ailleurs en détention, dans l’indifférence générale.

Il faut accepter de prendre son temps avec Joe Cashin, le suivre les balades de son personnage à travers des landes que l’on verrait plutôt en Irlande qu’en Australie, vivre au rythme de son blues et de ses douleurs de dos, accepter de se laisser engluer dans la somnolence de cette petite ville de province un rien arriérée. Le tableau est sombre, désespérant, le racisme, l’intolérance, la fermeture d’esprit pèsent autant sur l’atmosphère que le plafond de nuages bas. Ce qui n’empêche pas quelques accélérations brutales et sanglantes … Au final, un roman bien noir, auquel des dialogues très hard-boiled viennent heureusement ajouter de temps en temps un légère touche d’humour.

Peter Temple / Séquelles (The broken shore, 2005) Série noire (2008), traduction de l’anglais (Australie) par Mireille Vignol