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Contre les cons, Mémé.

Seule mémé Cornemuse a le pouvoir de nous consoler en ces jours :

« Parce que la vraie obscénité n’est pas dans le vocabulaire. Elle est dans la violence gratuite. Dans ces trous-du-cul qui nous font gober n’importe quoi pour s’en mettre plein les poches. Dans ce putain de monde où tout part en couilles, où les riches se pavanent sur le tas de pognon sans même jeter un regard à ceux qui crèvent la dalle. La grossièreté c’est pas causer comme un pilier de comptoir, mais c’est avoir un langage châtié et de foutre la planète en l’air en remplissant des piscines alors que des mômes crèvent de soif. » (Les vacances d’un serial killer).

« Alors si un jour tu vois un mirage qui te fait penser à un prince, change de trottoir, va au sex-shop et achète-toi un gode. T’auras moins d’emmerdes. » (Mémé goes to Hollywood)

« Tu t’appelles comment ?
Belette sautillante et vous ?
Gazelle pipeuse. » (Mémé goes to Hollywood)

Un peuple qui abrite Mémé en son sein est indestructible. Courage.

Campagne noire

Décidément, je ne vais guère vous faire sourire en ce début d’année. Après un Néonoir glaçant et un James Lee Burke décevant, la rentrée à la série noire est impressionnante et … très noire. D’un autre côté, elle s’appelle la série noire, pas la série rose : Si tous les dieux nous abandonnent de Patrick Delperdange.

DelperdangeCéline fuit. Un sac à dos, un pull taché de sang, un couteau … Sur une route de campagne, l’hiver, la nuit, Léopold la prend en stop. Depuis que sa femme est morte Léopold vieillit seul dans sa ferme qui tombe en ruine. L’arrivée de Céline ne va pas passer inaperçue dans le petit village de Valmont.

Tous le remarquent et se demandent ce qu’elle peut bien faire chez le vieux Léopold. Josselin n’est pas bien malin, il vivote comme il peut et fantasme sur Céline.

Parce que la jeune femme s’est défendue quand les chiens de Maurice, le frère de Josselin, l’ont attaquée, les choses vont déraper.

Pour reprendre le titre d’un excellent recueil de nouvelles d’Emmanuelle Urien, voici un roman Court, noir, sans sucre.

Chapitres courts, narration à trois voix (Céline, Léoplod et Josselin), juste le minimum de contexte et de passé pour comprendre ce qu’il se passe, près d’un an de vies entremêlées en deux cent pages. Impeccable.

Céline, paumée, est le catalyseur d’une réaction en chaine qui va faire remonter à la lumière des secrets, des frustrations, des mensonges et des hontes cachés depuis des années. Un catalyseur qui subit, fuit une menace longtemps mystérieuse, et n’y échappe que pour se remettre dans le pétrin.

Ici, pas de grands criminels ou de croquemitaine, juste la misère, économique, sociale, culturelle et intellectuelle, la bêtise, la méchanceté mesquine et ordinaire, l’envie, le manque total d’avenir ou de projet, la solitude aggravée par le regard permanent porté par les quelques voisins.

Elle n’est guère tentante la « ruralité » de Valmont. Elle est grise, déprimante, flirte souvent avec la folie, et peut se révéler salement agressive, voire mortelle.

L’auteur rend magnifiquement tout cela, en tendant son récit dès le début avec le mystère qui entoure Céline. Et arrive très habilement à remettre de la tension en cours de récit en faisant remonter les secrets des différents protagonistes.

Le roman a la beauté de la noirceur, éclairée par moment de raies de lumière, d’instants miraculeux d’empathie, de joie simple, ou éclaboussée d’explosions de violence. On navigue entre la chronique d’une mort annoncée et Les chiens de paille, avec parfois des relents de Délivrance … Une découverte.

Patrick Delperdange / Si tous les dieux nous abandonnent, Série Noire (2016).

Le dernier bal de Mémé Cornemuse ?

Apparue dans Les vacances d’un serial killer, mémé Cornemuse est devenue une vraie star sous la plume de Nadine Monfils. Elle revient pour une dernière (vraiment dernière ?) aventure dans Maboul Kitchen.

Monfils-maboulMémé est à l’asile pour vieux siphonnés. Et elle s’y éclate. Du moins un moment. Mais elle finit par en partir avec un vieux beau qu’elle croit riche (et qui l’est quand même un peu), dont elle se débarrasse dès qu’elle l’a épousé, et qui a lui a légué un superbe manoir en Normandie, à Saint-Amand-Sur-Fion.

Châtelaine, pourquoi pas, mais mémé a une nouvelle idole, la mère de Stallone (92 ans), championne toutes catégories du ravalement de façade à grands coups de botox. Donc le manoir va devenir tour à tour chambre d’hôtes, bordel ou haut lieu de pèlerinage avec un seul but : ramasser du pognon pour aller à LA se faire transformer en nouvelle BB. ET tant pis s’il faut refroidir quelques clients récalcitrants.

Soit la série s’essouffle un peu, soit c’est moi qui commence à me lasser, mais j’ai été moins emballé cette fois. Rien de grave non plus. Peut-être l’effet de surprise qui se tasse.

Reste qu’il y a quand même de bons moments, que les interviews réelles de la mère Stallone qui ont remplacé les monologues de JCVD (si vous ne savez pas qui sait, relisez la série !) valent leurs pesants de cacahouètes, et que la mauvaise foi l’égoïsme et la méchanceté de mémé font toujours mouche.

Donc je ne me suis pas ennuyé, sans toutefois retrouver l’enthousiasme des débuts, et cela reste un très bon divertissement.

Nadine Monfils / Maboul kitchen, Belfond (2015).

Blues et nouvelles avec Marc Villard

Un nouveau recueil de nouvelles de Marc Villard, c’est toujours une bonne nouvelle. Le dernier en date s’appelle Harmonicas et chiens fous.

villard-harmonicaLa frontière franco-belge. De la musique américaine (blues, rock ou cajun). Des hommes, des femmes et des gamins souvent paumés, revenus de tout ou en route vers on ne sait quoi. Un peu de drogue (pas trop), de l’alcool, du foot (pas trop non plus), et des relations compliqués, avec un amour, un fils, un père …

Et dix histoires ciselées dans le style impeccable de Marc Villard, qui racontent la peur d’avoir perdu une gamine ; le plaisir d’une virée, même morne, avec un fils qu’on ne voit pas souvent ; la joie de partager un moment de musique ou la lente descente dans la folie.

Dix histoires qui, pour une fois, ne finissent pas toutes mal. Dix bouts de trajectoires humaines, dix morceaux de blues. Certains en fin de vie comme le rappel à la fin du concert, d’autres juste au milieu, qui finissent en suspens, attendant le morceau suivant. Dix tranches de vie à déguster tranquillement, au son d’un blues du delta, d’une guitare bien grasse, ou de l’harmonica de Milteau.

Marc Villard / Harmonicas et chiens fous, Cohen & Cohen (2015).

Charyn à Bruxelles

Après le pavé de Pierre Bordage, une friandise belge signée Jérôme Charyn : A la mort subite.

CharynSidney Holden est un tueur à gage à la retraite. Il coule des jours paisibles à Paris où il est venu prendre sa retraite. Mais voilà qu’au moment où ses ressources sont à sec, une lettre d’engagement lui arrive, lui demandant d’aller à Bruxelles, où la chambre habituelle de son père l’attend. Un nouveau contrat ? Et surtout la possibilité de découvrir qui était ce père qu’il ne connaissait finalement pas si bien, et qui sait, d’en savoir plus sur sa mère, française, morte quand il était gamin.

Une friandise belge donc pour le plus européen des auteurs de polars américain. Un joli texte, tout en nostalgie et en mélancolie, avec quelques éclats d’absurde et d’humour. Un texte qui se lit avec un sourire triste aux lèvres et qui donne envie d’aller faire un tour à Bruxelles, boire une (ou plusieurs) bières et manger un waterzooi. Très appréciable, même pour ceux qui, comme moi, ne connaissent pas la ville, certainement délectable pour les habitués.

Une longue nouvelle, agrémentée de photos de Michel Casterman qui, si elles ne sont pas spectaculaires, sont bien dans la tonalité du texte.

Jérome Charyn (photos de Michel Casterman) / A la mort subite (At the sudden death cafe, 2007), le Castor astral (2014), traduit de l’américain par Marc Chénetier.

Mém Cornemuse se marrie

Tant que je suis dans le bizarre, autant continuer, même si je change de style. En avant donc pour les aventures de la mamie la plus indigne de la littérature belge, et même de la littérature tout court. Vous avez deviné, il s’agit de la suite des aventures de Mémé Cornemuse, l’infâme vieille de Nadine Monfils, celle auprès de qui Carmen Cru et Tatie Danielle font figure de Pom Pom girls. Et cette fois, Mémé goes to Hollywood.

MonfilsCe n’est un secret pour personne, mémé en pince pour JCVD, le grand Jean-Claude, le belge le plus anglophone de Belgique. Mais son héros vit à Hollywood. Qu’à cela ne tienne, rien n’arrête une femme amoureuse et gare à quiconque se mettrait en travers de son chemin. On se doute bien que Cornemuse n’arrivera pas à L.A., mais avec mémé, ce n’est pas la destination qui compte, c’est le voyage.

Je ne vais pas prétendre qu’on a là une intrigue tricotée au millimètre, que le suspense vous scotchera à votre fauteuil ou que l’angoisse vous empêchera de dormir. Par contre c’est vous qui risquez d’empêcher votre voisin de lit / train / salle d’attente de dormir tranquille tant vous éclaterez de rire.

Si Mémé n’est ni Sherlock ni Miss Marple elle est la championne toutes catégories en vannes qui tuent, mauvaise foi, méchanceté et énergie. Quelle rigolade, quelle galerie de personnages tous plus absurdes les uns que les autres !

Et au milieu de cette absurdité, quelques phrases qui font bien plaisir. Petit florilège :

« La vraie vulgarité, c’est pas de causer comme une marchand de loques, mais de débiter des âneries en étant contre le mariage pour tous. »

Conseil de mémé à une gamine qui rêve du Prince Charmant :

« Alors si un jour tu vois un mirage qui te fait penser à un prince, change de trottoir, va au sex-shop et achète-toi un gode. T’auras moins d’emmerdes. »

et pour finir ce dialogue définitif avec un scout pris en stop :

  • « Tu t’appelles comment ?
  • Belette sautillante et vous ?
  • Gazelle pipeuse. »

On pourrait en remplir des pages. Et c’est d’ailleurs ce que fait Nadine Monfils !

Nadine Monfils / Mémé goes to Hollywood, Belfond (2014).

Mémé Cornemuse Présidente !

Depuis que je l’ai découverte, par hasard, dans Les vacances d’un serial killer, je suis devenu accro à Mémé Cornemuse. C’est donc avec un sourire d’anticipation que j’ai ouvert La vieille qui voulait tuer le bon dieu, le dernier roman de Nadine Monfils.

MonfilsMémé est concierge à Pandore, cette ville imaginaire qui se trouve quelque part du côté de la Belgique. Elle est toujours fan d’Annie Cordy et de Jean-Claude Van Damme (JCVD pour les intimes dont elle estime faire partie). Et elle a un casse en vue qui lui permettra de devenir riche et de convoler, avec JCVD justement. Manque de bol, ce soir-là, Ginette (une des locataires de l’immeuble) s’envoie en l’air hors mariage pour la première fois. Et en rentrant plus tard que d’habitude, elle retrouve son mari (qui est un gros con) égorgé, mains et kiki coupés. Or avec le casse en préparation mémé n’a aucun intérêt à voir la police débarquer, donc il va falloir se débrouiller sans appeler les flics …

Non ce n’est pas sérieux. Non ce n’est même pas recommandable pour les jeunes esprits malléables (quoi que …). Non ce n’est pas politiquement correct. Non on n’y apprend rien sur le trésor des templiers ni sur l’élection du Pape. Non on n’y trouve pas une analyse poussée de l’état du monde en général, de la Belgique en particulier (quoi que …). Non ce n’est pas réaliste. Non Mémé n’est pas gentille. D’ailleurs, ici, personne n’est gentil. Non, non et non.

Par contre, qu’est-ce qu’on rigole ! Et le pire, c’est que ce machin foutraque tient la route !

Ya vraiment pas de justice, dire qu’il y en a des qui s’emmerdent à faire des recherches pendant des années, des qui écrivent des plans sur 300 pages, des qui prennent des airs constipés, inspirés pour expliquer d’un air torturé que l’écriture se fait dans la douleur, mais qu’ils ont un message à faire passer merde kôa …

Je suis presque certain que Nadine Monfils ne fait aucune recherche, n’a aucun plan, et surtout, je suis prêt à parier qu’elle s’amuse comme un folle à écrire ces horreurs. Au moins autant que nous, lecteurs à les lire. Ya pas de justice je vous dis.

Nadine Monfils / La vieille qui voulait tuer le bon dieu, Belfond (2013).