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Mamie Luger mieux que Cabossé

Je n’avais pas été complètement convaincu par Cabossé de Benoît Philippon, du coup j’ai beaucoup hésité à me lancer dans Mamie Luger. Qui s’est révélé une plutôt bonne surprise.

PhilipponCeux qui ont lu Cabossé se souviennent de la mamie de choc qui prépare une soupe à Roy et Guillemette. C’est à elle qu’est consacré ce roman. Suite à leur fuite et aux dégâts causés, les flics viennent arrêter la mamie. Elle se retrouve donc en garde à vue face à un flic nommé Ventura (oui, les clins d’œil sont parfois appuyés) et, pour donner du temps aux deux fuyards, et aussi parce qu’à 102 ans elle commence à fatiguer, elle va raconter sa vie au flicard. Et révéler la présence d’un certain nombre de cadavres dans sa cave en même temps qu’elle trace le portrait peu reluisant de la vie d’une petite ville de province française, tout au long du XX° siècle.

Je ne vais pas vous dire que c’est mon polar de l’année, mais je trouve que cette Mamie Luger est très fréquentable. Moi qui avait été un peu fatigué par la volonté de faire un bon mot par ligne, et une réplique à la Audiard par paragraphe, je trouve qu’ici l’auteur s’est un peu assagi, et a réussi à faire moins systématique tout en gardant sa verve. Qui n’en est que plus efficace.

Comme dans le dernier, ça manque un peu de tension dans l’intrigue et on reste sur une succession de tableaux, mais ils sont tous réussis. Comme en prime la langue acérée de la mamie fait mouche et sait mettre en lumière les travers de notre société dominée par les hommes, ainsi que les contradictions de ses contemporains, on passe un très bon moment de lecture, avec une émotion plus présente car moins noyée sous les bons mots que dans le premier roman.

Une bonne lecture plaisir qui ne nous prend pas pour des imbéciles.

Benoît Philippon / Mamie Luger, Les arènes (2018).

Rentrée série noire, pas totalement convaincu

C’est aussi la rentrée à la série noire. Pour patienter en attendant le DOA, Cabossé de Benoît Philippon.

philipponRoy est un colosse avec une sale gueule. Ancien boxeur, il bosse comme fracasseur de cranes pour des truands. Guillemette est petite, jolie comme un cœur et un peu paumée. Quand Roy rencontre Guillemette, c’est le coup de foudre. Tout pourrait aller pour le mieux, mais rien ne va jamais pour le mieux dans la vie de ces deux cabossés.

Alors un soir Roy massacre l’ex de Guillemette qui a commencé à la maltraiter. Grave erreur ! Et les voilà partis sur les routes, en cavale.

Mitigé sur ce premier roman.

Côté pile, je ne me suis pas ennuyé, l’auteur a une langue, un sens de la formule qui font mouche, il sait créer des personnages truculents et son hommage à la culture populaire américaine ne peut que toucher quelqu’un qui aime la soul, le jazz, le blues, les films noirs américains et sa culture polar.

Côté face on a l’envers de tout ça. Les bons mots systématiques finissent par ne plus surprendre. Et surtout il manque une tension, une évolution des personnages ou de l’intrigue qui fait qu’on a plus l’impression de voir une succession de scènes (Roy et Guillemette et les malfrats, Roy et Guillemette et la petite vieille, Roy et Guillemette et la petite fille …) qui finissent par frôler le cliché qu’une vraie histoire avec un fil narratif.

ranxUne impression mitigée donc, un moment de lecture agréable sans être enthousiasmant, pour un roman qui parfois m’a donné l’impression que l’auteur avait confié des personnages cabossé à la David Goodis au dessinateur de Ranxérox (rendons à César, c’est Christophe qui a cité cette ressemblance dont je n’ai pas pu me défaire tant elle m’a parue juste).

Benoît Philippon / Cabossé, série noire (2016).