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BEf toujours à fond

En France on a découvert BEF alias Bernardo Fernandez avec Une saison de scorpions. Hielo negro prouve que depuis il ne s’est guère calmé et carbure toujours à un mélange de noir violent mâtiné d’un zeste de Tarantino.

BEFAu Mexique les gangs de narcos ne rigolent pas. Douze gardiens d’une société privée viennent d’être découpés et/ou criblés de balles par un groupe de rigolos en costume de singes. Accessoirement un énorme stock de produits pharmaceutiques servant à fabriquer des sirops contre la toux, mais pouvant aussi se transformer en pilules qui font rêver a été volé. Andrea Mijangos, flic, tireur d’élite, trop grande et grosse à son goût se fait immédiatement retirer l’affaire par les « federales », ce qui ne va pas l’empêcher de mener sa guerre contre Lizzy Zubiaga, reine d’un des cartels les plus dangereux du moment.

Revoilà donc Lizzy la cinglée, croisée dans le roman précédent, qui a repris en main les affaires de son père. Au passage les lecteurs attentifs reconnaîtront un chapitre publié séparément dans le Mexico Noir

Pour le reste, le constat ne change pas : police corrompue, cartels tout puissants et sans pitié, ville tentaculaire, tueurs, rythme survolté et écriture au scalpel. Tout est cohérent, court, sec et sanglant avec en permanence un zeste d’humour, une référence BD ou ciné qui pimentent le texte et font passer la pilule (sans jeu de mots).

Du coup, sans crier au génie, le lecteur prend un grand plaisir à cette lecture.

Bernardo Fernandez / Hielo negro (Hielo negro, 2011), J’ai Lu (2012), traduit du mexicain par Marianne Millon.

Scorpions mexicains

Amis des vieilles dames anglaises douillettement installées autour d’une tasse de thé, de la dentelle et de la broderie, ou des considérations poétiques sur les vertus de la première gorgée de camomille ce livre n’est pas pour vous. Passez donc votre chemin. Une saison de scorpions de Bernardo Fernandez, c’est Tarantino au pays de Taibo II. Allumé, excessif, baroque, violent, déjanté … Jouissif. Visite guidée :

El Güero n’est pas un client facile. Tour à tour garde du corps, trafiquant, militaire … il est maintenant tueur à gage mais songe à prendre sa retraite. El Señor, un des narcos les plus puissants du nord du Mexique, qui purge une peine de prison très symbolique le contacte pour lui confier un dernier boulot : Effacer une balance, protégé par la police, qui pourrait lui causer du tord. Rien de bien compliqué. Mais voila qu’el Güero faiblit, faillit, et refuse, au dernier moment, d’abattre un brave père de famille. Il s’engage alors à rendre l’argent perçu. Manque de chance, il est pris à otage par deux gamins au cerveau cramé par la drogue lors du braquage de la banque où il se trouve pour faire le virement. Rien de très grave, si ce n’est qu’El Señor croit alors qu’il l’a doublé, et que la police recherche ces braqueurs qui osent braconner sur ses terres. Les meutes se lancent à leurs trousse, de graves perturbations sont à prévoir au point de rencontre …

Bernardo Fernandez, de toute évidence, a vu les films de Tarantino. Son roman complètement allumé dégage la même énergie que les films du cinéaste, ses personnages sont aussi cinglés, mais la vitesse, la folie et la style arrivent à tout faire passer, comme un cyclone, et avec le sourire.

Mais attention, sous ses dehors foutraques, ce roman est aussi sacrément construit. Fernandez est mexicain, comme le grand Paco Ignacio Taibo II. Il maîtrise parfaitement une construction éclatée entre les différents personnages, avec récits, témoignages présents ou passés qui reviennent sur la personnalité d’El Güero, articles de presse … Tout cela convergeant avec une facilité apparente digne du maître vers l’explosion finale.

En filigrane on obtient, pour le même prix, le portrait éclaté (comme la tronche de la plupart des protagonistes !) d’un Mexique bouffé par la corruption et la violence, où la police et les truands sont en concurrence, et où les narcos font la pluie et le beau temps.

Et voilà donc comment on s’instruit tout en s’amusant.

Bernardo Fernandez / Une saison de scorpions (Tiempo de alacranes), Moisson rouge (2008). Traduction du mexicain par Claude de Frayssinet.