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Vies et morts de Stanley Ketchel

Un nouveau roman historique de James Carlos Blake : Vies et morts de Stanley Ketchel.

Stanislaus Kaicel, alias Stanley Ketchel fut boxeur poids moyens, « champion du monde », au début du XX° siècle. D’origine polonaise, il fuit un père alcoolique et violent, devient hobo, voyage à travers l’ouest et le sud des Etats-Unis, avant de se fixer dans la ville de Butte où il devient videur. Il est remarqué par un entraineur qui en fait un véritable phénomène sur le ring.

Sous le pseudo de « L’assassin du Michigan », il devient une terreur, dans un temps où les combats se terminent quasi systématiquement par un KO.

L’histoire des US vue par James Carlos Blake c’est toujours une histoire de la violence. On a eu des pistoleros, des trafiquants d’alcool et de drogue, des compagnons de Pancho Villa … Ici c’est la violence sociale sur les plus pauvres, celle dont sont victimes les noirs, et pour la symboliser, ces débuts de la boxe professionnelle, début dont il rend parfaitement la brutalité.

Avec ce personnage (réel) de Stanley Ketchel on sent bien qu’on est à la frontière entre l’arrivée de la loi et de la « civilisation », que l’on trouve dans ses visites à New York ou l’influence de la presse et des managers, et les restes du Farwest avec la rencontre incroyable avec le dernier survivant des frères Dalton et la fascination qu’il exerce sur Ketchel. Au moment où le western cède le pas au roman noir, avec ici une de ses thématiques les plus emblématiques : la boxe.

L’auteur a fait un gros travail de documentation, mais ayant eu l’intelligence de choisir un personnage dont la vie est romanesque en diable, ce travail est totalement éclipsé par la puissance du récit et le foisonnement des aventures vécues par Ketchel. On est embarqué par le phénomène, on le suit de à travers tout le pays, on sent sa rage permanente, on est témoin avec lui du passage du XIX° au XX° siècle, depuis sa fuite de chez lui, clandestin des trains de marchandise, jusqu’à sa mort absurde.

Un destin hors normes, parfaitement mis en mots par James Carlos Blake.

James Carlos Blake / Vies et morts de Stanley Ketchel, (The killings of Stanley Ketchel, 2005), Gallmeister (2021) traduit de l’anglais (USA) par Elie Robert-Nicoud.

Riposte

Une très belle découverte de ce début d’année chez Harper Collins, Riposte de David Albertyn.

AlbertynLas Vegas, cela commence à 12h00 et se termine à 12h00 le lendemain. Antoine Deco, le challenger, va affronter dans le soirée le favori Kolya Konytsin, pour le combat de sa vie. Tyron, 32 ans, vient de terminer sa carrière militaire, il a réussi à rentrer vivant d’Irak, est hanté par les hommes qu’il a tué, et ceux qu’il n’a pu sauver. Keenan était flic. Il a tué un gamin noir, a été jugé mais pas condamné, il vient de rentrer dans les services de sécurité du Reef, le casino qui organise le combat ce soir. Naomi a rêvé de faire une carrière de basketteuse professionnelle, elle est maintenant coach.

Il y a longtemps, Antoine, le latino, Tyron et Naomi, métis et Keenan l’irlandais étaient inséparables, dans la vie et dans le sport. Ces 24 heures vont changer leurs vies à jamais, comme cela avait déjà été le cas bien des années auparavant quand Antoine, puis Tyron s’étaient retrouvés orphelins.

Que c’est bon ! Un vrai bon polar, qui revisite tous les « clichés », les grands classiques, et qui le fait avec classe, efficacité, rythme. Le pied.

Parce qu’on a tout : le boxeur qui va disputer le match de sa vie (avec de magnifiques chapitres sur le combat), l’ancien soldat de retour d’Irak, les flics ripoux, Las Vegas, le flic en quête de rédemption, les rapports père/fils, les racines de l’action qui plongent dans le passé … Tout je vous dit. Et tout en quelques 200 pages et 24h.

Paris tenu, superbe montage, timing serré, tension superbement gérée avec un vrai sens du découpage, avec des montées terribles pendant lesquelles vous ne pouvez relâcher le bouquin, personnages qui dépassent les clichés qu’ils incarnent, évocation du fond social et historique.

Tout ça en si peu de pages, de temps et de lieux. Chapeau l’artiste, une réussite enthousiasmante. Et un auteur à suivre, assurément.

David Albertyn / Riposte, (Undercard, 2019), Harper Collins/Noir (2020) traduit de l’anglais (Canada) par Karine Lalechère.

Une nouvelle voix mexicaine

Voilà un roman venu d’ailleurs, assez inclassable, mais à côté duquel il serait très dommage de passer : Gabacho de la mexicaine Aura Xilonen.

xilonenLiborio a survécu à tout : à la misère mexicaine, à la traversée de la frontière, à l’errance dans le désert, à la traque des milices d’extrême droite … Quand il trouve un boulot sous-payé, exploité, dans une petite librairie vendant des livres en espagnol, la vie lui semble belle.

Jusqu’au jour où il vole au secours d’une fille éblouissante, à l’arrêt de bus en face de la librairie. Dans le monde sans pitié où il vit, l’amour a-t-il une place ? Ne risque-t-il pas de s’attirer des ennuis, l’attention de la police avec le risque d’être renvoyé au Mexique ? De toute façon, il n’y peut rien, sa vie vient de changer irrémédiablement.

Voilà un bouquin indispensable à plus d’un titre.

Pour commencer, en ces temps où, après avoir tenté plusieurs fois (au moins deux avec Reagan et Bush Jr.) de voir ce que pouvait donner un crétin à la maison Blanche, les américains essaie un fou furieux, qui fait irrémédiablement penser à La Bête de Transmetropolitan (il faut absolument lire Transmetropolitan) et qui va construire un mur inutile entre les US et le Mexique, donner la parole à un de ces mexicains vivant dans le sud des US est une œuvre de salubrité publique.

Ensuite parce que l’écriture de ce roman est emballante. Avec son narrateur, l’auteur nous embarque dans un tourbillon de spanglish, un mélange d’injures et du langage littéraire qu’il pioche dans ses lectures, avec un rythme époustouflant, une inventivité dans les termes, les mots et les tournures qui réveillent, fouettent les sens, écarquillent les yeux, font dire Waouw !

A ce propos chapeau à Julia Chardavoine la traductrice qui a dû suer et s’éclater en même temps et peut être sacrément fière du résultat.

Et puis quel personnage, quels personnages, et quelle histoire !

On en redemande, on voudrait continuer, on souhaiterait que ça ne s’arrête jamais. On a un roman noir sans meurtre, sans « intrigue », sans mystère à résoudre, mais avec un regard acéré sur ceux dont personne ne veut, avec aussi la boxe, ce sport qui va si bien au polar, avec des êtres en marge, avec une magnifique histoire d’amour sans la moindre guimauve (la guimauve c’est pas vraiment le style de Gabacho !), avec une initiation, avec des lueurs d’espoir dans un tableau d’une noirceur totale, avec de l’humanité, de l’empathie, de l’humour, et surtout, surtout, une énergie terriblement communicative.

Lisez Gabacho, laissez-vous emporter par la tornade Liborio, vous ne le regretterez pas, promis.

Aura Xilonen / Gabacho (Campéon Gabacho, 2015), Liana Lévi (2017), traduit de l’espagnol (Mexique) par Julia Chardavoine.

Boxe et polar avec Jérémie Guez

Boxe et polar, une fois de plus mariés. Par Jérémie Guez dans Balancé dans les cordes. Un beau combat qui se termine par un KO.

guezTony doit son salut à la boxe. Pas de père, une mère qui boit, fume et tapine, les cités de la zone parisienne … c’est grâce à la boxe qu’il a pu ne pas sombrer. Et même s’élever puisqu’il est à quelques jours de livrer son premier combat professionnel. Malheureusement, quand on vit sur le fil du rasoir le moindre faux pas est fatal. Quand un dealer tabasse sa mère, Tony va voir le caïd du nord parisien et lui demande son aide pour la venger. Le doigt dans l’engrenage, le faux pas fatal qui entame une descente aux enfers.

Passons sur quelques coquilles tellement hénaurmes que je les ai vues (moi qui ai tendance à lire un peu vite et à passer sur ces « détails »).

Boxe, banlieue, pègre et polar. C’est classique, et ça marche si c’est bien mené. Et ici c’est bien mené. Une histoire classique qui sert de prétexte à la description d’un milieu et d’un môme qui tente de s’en sortir. Description âpre d’une situation difficile qui ne cache rien de la misère sans jamais tomber dans l’apitoiement ou l’angélisme.

Un bon polar qui se lit avec intérêt et plaisir, agrémenté de morceaux de bravoures bien maîtrisés et d’une écriture particulièrement resserrée et adaptée dans les scènes de boxe. Que demander de plus ?

Jérémie Guez / Balancé dans les cordes, La Tengo (2012).