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Des lendemains qui hantent

Une découverte pour moi, Des lendemains qui hantent de Alain Van Der Eecken.

van-der-eeckenEn ce jour d’hiver 1999, pour une fois, Martial a le temps d’aller chercher son fils Lucien à l’école. Il s’en fait une joie. Mais il tombe en plein chaos, deux jeunes armés sont entrés dans l’école et tirent sur tout ce qui bouge. Lucien est l’une des victimes. Les deux jeunes sont abattus.

Alors que les plaques de mazout de l’Erika souillent les côtes, et qu’une tempête dantesque s’annonce sur la pointe bretonne, Martial et son épouse Lucile, chacun de son côté, vont essayer de comprendre pourquoi cette école, pourquoi leur fils, aidés par un juge et un gendarme qui ne veulent pas s’en tenir à la mort des coupables.

Une bien belle découverte pour moi qui ne connaissais pas cet auteur. Il y a tout ce que j’aime dans un polar.

On est plongé d’emblée dans le bain avec une scène très tendue et émouvante. Ensuite tout s’enchaine. De bons dialogues, de l’humour qui pique, une écriture et une ambiance apocalyptique qui sont au diapason de l’humeur de Martial, perdu dans sa douleur, son envie de comprendre, sa peur de comprendre, son envie de vengeance, son envie de mort … Entre deux cuites et la prise de médicament qui l’anesthésient momentanément.

L’intrigue est bien menée, les personnages attachants, certaines silhouettes secondaires particulièrement hautes en couleur. Et les lieux, dans la tempête, sont parfaitement décrits nous plongeant dans la nuit, le vent, le bruit et la fureur.

Décidément une belle réussite et pour moi la découverte d’un auteur.

Alain Van Der Eecken / Des lendemains qui hantent, Rouergue/Noir (2020).

Richesse oblige

Avec La daronne, Hannelore Cayre a connu un succès qu’elle méritait depuis son premier roman, tant mieux pour elle. Et tant mieux pour nous ses lecteurs, le succès ne l’a pas attendrie, elle a toujours la dent dure dans Richesse oblige.

CayreAllez savoir comment Blanche de Rigny, qui pourtant n’est vraiment pas née avec une cuillère d’argent dans la bouche et a même plutôt accumulé les difficultés, se retrouve à assister à un enterrement grand luxe au Trocadéro ? Quel est le rapport avec un jeune homme de bonne famille qui prit fait et cause pour les communards bien des décennies plus tôt ? Et qui sont les enflures qui vont salement morfler entre ces deux événements ? Si vous n’avez pas peur des saveurs acides et fortes, vous le saurez en lisant Richesse oblige (titre génial comme vous le verrez).

Qu’est-ce que je l’aime cette Blanche de Rigny, elle qui fait ce que nous sommes nombreux à rêver de faire. J’ai adoré, mais je ne peux pas trop en dire pour ne pas révéler des parts trop importantes de l’intrigue.

L’écriture d’Hannelore Cayre est toujours aussi précise et saignante, elle appelle un gros enculé, un gros enculé, crache une indignation et une rage qui font plaisir à lire dans un monde qui essaie de prétendre que tout est relatif et qu’il faut toujours comprendre le point de vue de l’autre. Et bien non, quand l’autre est une vraie pourriture, Blanche et Hannelore ne comprennent pas, elles tranchent. C’est jubilatoire, réjouissant, exaltant, ça fait un bien fou.

L’intrigue est bien menée, on sent que des recherches ont été menées sur la partie historique, mais ces recherches ne pèsent jamais et ne ralentissent pas le roman. Cerise sur le gâteau, une postface fort instructive éclaire la colère qui a motivé ce roman, et confirme que ce que d’aucuns appellent une marche vers un futur radieux ressemble furieusement à un retour en arrière.

Le conseil lecture arrive trop tard ou trop tôt, vu qu’il va être difficile d’aller emprunter le bouquin en bibliothèque, ou de flâner dans les rayons de sa librairie préférée, mais mettez-vous le derrière l’oreille, et ressortez-le dès que tout ça se calme, vous ne le regretterez pas. Promis juré.

Hannelore Cayre / Richesse oblige, Métailié (2020).

Mc Cash de retour

Caryl Férey retrouve la Bretagne et son personnage déglingué de Mc Cash dans Plus jamais seul. Pour notre plus grand bonheur.

FéreyRevoilà donc Mc Cash, toujours à la limite, toujours en colère, mais en plus avec charge d’âme depuis qu’il a récupéré sa fille Alice de 13 ans. Quand il apprend que son ami Marco Kerouan, avocat issu d’une grande famille bretonne, aussi allumé que lui, a disparu en mer, sans doute percuté par un cargo dans son voilier, il a des doutes.

Parce que Marco, bien que complètement déjanté, était un excellent marin. Et parce qu’entre le moment où il est censé avoir pris son bateau à Athènes, et l’accident du côté de Gibraltar, il y a un trou étonnant de quelques jours. Quand il apprend en plus, de la bouche de Zoé qu’Angélique, sa sœur, et ancien et seul amour de Mc Cash était à bord avec son pote, il est certain qu’il y a quelque chose de louche dans cette affaire. Assez louche pour le décider d’aller faire un tour ne Grèce.

Ca fait plaisir de retrouver Mc Cash. Toujours aussi mal luné, toujours rugueux, impitoyable avec les cons, sans pitié pour les convenances, les modes ou ceux qui lui cherchent des noises ; toujours aussi increvable, sans la moindre considération pour sa santé ; et toujours cœur d’artichaut pour les quelques personnes qui comptent – dont sa fille – mais à une seule condition : que personne ne lui fasse remarquer qu’il a bon cœur !

L’enquête est menée tambour battant, de Bretagne en Grèce. Ca castagne, les méchants en prennent plein les dents, McCash ne s’économise pas, le lecteur se régale et se nourrit de cette énergie communicative.

Au passage, sans jamais tomber dans l’angélisme, la pathos et sans donner de leçons, Caryl Férey vous balance en pleine poire l’enfer vécu par les migrants (et surtout les migrantes), et partage ce qu’il pense de l’accueil qu’on leur réserve dans la très riche Europe. Ainsi que ce qu’il pense des gouvernants grecs qui ont laissé les pourris piller les ressources du pays, et des banques et institutions européennes qui, au lieu d’attraper les ripoux par la peau des couilles pour leur faire rendre gorge, en a profité pour asphyxier définitivement le peuple grec.

Bref du très bon Caryl Férey, et vive Mc Cash !

Caryl Férey / Plus jamais seul, Série Noire (2018).