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Vallée furieuse

C’est déjà le troisième roman de Brian Panowich traduit chez nous : Vallée furieuse.

Nous sommes toujours dans la zone géographique des deux premiers romans de l’auteur, dans les montagnes de Géorgie. Dane Kirby a travaillé pour le shérif, il a été capitaine des pompiers, la perte de sa femme et de sa fille l’a brisé. Il travaille maintenant pour le Georgia Bureau of Investigation, un boulot pépère, un boulot de bureau.

Tout bascule quand à quelques heures d’intervalle il est appelé par le nouveau shérif : un homme a été abattu, chez lui dans les bois. Le coupable semble bien être le meilleur ami de Dane, disparu depuis presque 10 ans. A peine arrivé sur place, son chef lui ordonne de se rendre à une convocation du FBI, un hélico l’attend, pour l’amener en Floride où un homme a été salement massacré dans un motel. Un homme originaire de chez Dane. On lui demande de servir de guide aux agents du FBI chez les bouseux. Finit le boulot de bureau pépère.

Voilà un roman qui pourrait, qui devrait même agacer. Parce qu’il aligne tous les clichés. Les petits blancs des montagnes déshéritées du sud des US, le flic hanté par son passé, les zones de non droit, l’arrogance du FBI, le gamin différent des autres qui va la jouer Rain Man, et même le « happy end » (plus ou moins happy end) qui devrait en faire un candidat parfait pour une adaptation ciné ou série … Et pourtant tout ça fonctionne parfaitement.

Je ne vais pas vous dire que c’est le roman de l’année, le roman à ne rater sous aucun prétexte, mais je ne peux pas non plus nier que je me suis fait attraper dès la première page, et que je n’ai pas lâché le bouquin tout du long.

Parce que l’auteur est un très bon artisan ; parce qu’il sait introduire ce qu’il faut de nouveauté dans les clichés ; parce que ses personnages sont cohérents, convainquant et attachants ou effrayants ; parce que c’est un excellent conteur qui sait ménager ses effets ; parce qu’il excelle dans les descriptions d’ambiances et les scènes d’action.

 Une vraie lecture plaisir.

Brian Panowich / Vallée furieuse, (Hard cash valley, 2020), Actes Sud (2022) traduit de l’anglais (USA) par Laure Manceau.

Comme des lions

On avait découvert Brian Panowich et la charmante famille Burroughs dans Bull Mountain, ils reviennent dans Comme des lions.

Pour ceux qui n’ont pas lu Bull Mountain et voudraient le faire, sautez la suite je suis un peu obligé de révéler la fin, certes prévisible, mais quand même …

 

 

 

 

PanowichNormalement il ne reste que les autres.

Clayton Burroughs est le seul du clan à avoir choisi la légalité. Son père, puis son grand frère tenaient les montagnes de ce coin de Georgie, ils y faisaient la pluie et le beau temps et régnaient par la peur. Jusqu’à ce que le père meure, que Clayton défie son frère et finisse par le tuer. Il est toujours shérif de la ville, marié avec Kate, père d’un bébé, et il souffre en permanence des séquelles des blessures reçues lors de l’affrontement fratricide.

Mais comme la nature, l’argent et le pouvoir ont horreur du vide. Un clan voisin commence à envahir les montagnes du clan Burroughs, des bikers demandent à pouvoir traverser en toute tranquillité pour leurs trafics, et Clayton va vite se trouver obligé de renouer avec la violence familiale pour protéger les siens. Au risque de devenir ce qu’il fuit depuis toujours, une copie de son père et de son frère.

Il faut faire une petite mise au point avant de parler de ce roman : contrairement à un David Joy qui, dans la lignée de Daniel Woodrell ou Larry Brown s’attache à décrire la vie des gens, de tous les gens de sa région, Brian Panowich lui ne parlent que d’une petite partie de la même population, et peut ainsi donner l’impression que la Georgie n’est peuplée que de brutes sanguinaires et moitié dégénérées.

C’est un parti pris qui peut déranger, mais qui permet à l’auteur de nous livrer, une fois de plus, un polar/western rude, rugueux, plein de testostérone mais avec de beaux personnages de femmes qui, vous le constaterez par vous-même, sont loin très loin, ici d’être de petites créatures sans défense.

Dans le lot des romans sur les petits blancs déshérités, les deux romans sur la famille Burroughs font partie du haut de panier, avec une écriture lipide, une belle efficacité dans le récit, la montée du suspense et la description des explosions de violence, des personnages attachants et des affreux très réussis. Sans doute un peu schématique et réducteur dans sa description des lieux, mais un vrai plaisir de lecture au premier degré.

Brian Panowich / Comme des lions (Like lions, 2018), Actes Sud / actes noirs (2019), traduit du l’anglais (USA) par Laure Manceau.

Un premier roman très réussi

J’aime les westerns et les polars. C’est pourquoi ce que j’ai lu ici et là sur Bull Mountain de Brian Panowich ne pouvait pas me laisser indifférent.

PanowichEn Georgie du Nord, les pentes de Bull Mountain sont le royaume de la famille Burroughs depuis des générations. Des générations de trafic d’alcool, de cannabis et aujourd’hui de méthamphétamine. Personne dans la région n’oserait s’y frotter. Seul Clayton, le petit dernier, a échappé à l’emprise familiale. Pire il est devenu shérif du comté. Pour l’instant, une paix armée et fragile s’est installée entre lui, garant de la tranquillité dans la vallée, et son frère Halford qui est le maître incontesté de la montagne.

Jusqu’à ce qu’un agent fédéral vienne convaincre Clayton que sa seule solution de sauver son frère et ses associés est de l’amener à dénoncer le gang de motards avec lesquels il fait affaire. En désespoir de cause, Clayton va essayer, en sachant parfaitement que ce faisant, il ouvre la boite de Pandore.

Une belle claque ! Ca commence fort et ça continue sans faiblir. Si vous voulez du tragique, de la guerre fratricide, du qui râpe comme le tord-boyaux produit dans ces montagnes, vous pouvez y aller les yeux fermés.

Bull Mountain est un roman universel qui reprend une thématique qui, comme dirait l’autre, remonte à la plus haute antiquité, une thématique présente partout et de tout temps depuis que l’homme écrit. Des guerres fratricides et des histoires de vengeance, ça remonte à Caïn et Abel cette histoire.

Mais en même temps c’est un roman qui ne peut être qu’américain tant il est ancré dans ces territoires perdus, loin de tout et de toute autorité centrale. Des zones isolées où un groupe (ici familial) peut avoir le pouvoir absolu juste parce qu’il est le plus violent et que le coin n’intéresse personne d’autre. Américain également tant il est à cheval entre le western et le roman policier avec cet affrontement en milieu restreint et perdu entre deux formes d’autorités : Celle de la loi du shérif et celle de la loi du plus fort. On peut penser aux familles perdues de Chris Offut, au gang sans pitié Red Grass River de James Carlos Blake, même si on n’a pas encore le souffle de Blake ou l’âpreté sèche d’Offut … mais ça viendra c’est un premier roman.

S’il faut chipoter, j’aurais aimé passer un peu plus de temps du côté sombre, dans la montagne. Les retours en arrière sur la passé de la famille sont forts, bien rugueux, et laissent le regret de ne pas nous attarder un peu chez ces affreux dans le récit présent. D’un autre côté j’aime beaucoup les personnages de Clayton et surtout de Kate, et j’aurais regretté que cette partie soit raccourcie.

Pour une fois, finalement, j’en aurais bien repris quelques dizaines de pages de plus. Ca viendra peut-être avec la suite qui serait en cours d’écriture. Une excellente nouvelle.

Brian Panowich / Bull Mountain (Bull Mountain, 2015), Actes Sud/Actes Noirs (2016), traduit de l’anglais (USA) par Laure Manceau.