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Un Lansdale, pour le plaisir.

Fidèle à mes principes, après une semi-déception, hop, retour vers une valeur sure. J’avais raté La vierge de cuir de Joe R. Lansdale lors de sa sortie en grand format. Je me rattrape donc avec sa réédition chez folio.

Retour d’Irak difficile pour Cason Statler. Il a perdu son boulot de journaliste à Houston, son ancienne copine l’a largué, et les souvenirs de ce qu’il a vu (et fait) en Irak ne le laissent guère dormir. Du coup, il picole une peu plus que de raison.

Décidé de repartir à zéro, il accepte un poste de chroniqueur dans le journal de sa ville natale Camp Rapture à l’est du Texas. Pour bien commencer, il choisit d’écrire une série d’articles sur la disparition, six mois auparavant, de Caroline Allison. Cette jeune étudiante en histoire à la beauté renversante s’est littéralement évanouie un soir et, étrangement, peu de gens semblaient la connaître réellement. Cason ne se doute pas que son enquête va mettre le feu aux poudres dans une ville qui n’est peut-être pas si calme qu’il n’y paraît.

Autant le dire tout de suite, ce n’est pas le meilleur Lansdale. La description de l’est du Texas présent dans tous ses romans, y est moins fouillée, plus superficielle, même s’il rend bien les tensions religieuses et raciales en arrière plan. On tremble moins pour les personnages que dans Les marécages ou Du sang dans la sciure (auquel il est d’ailleurs fait référence, brièvement) …

Mais c’est quand même un Lansdale, avec le minimum garanti à savoir : des dialogues jubilatoires, une histoire qui tient la route, de belles scènes de castagne, de l’humour, de la noirceur, des méchants vraiment méchants … Et donc, comme toujours, on ne s’ennuie pas une seconde.

Parmi les bonus de cet opus (joli non ?), le personnage de Booger, psychopathe incontrôlable, ami improbable de Cason qui vient mettre un peu de sel et d’action dans le deuxième partie du roman. Un personnage style Bubba, de chez Lehane, du genre qu’il vaut mieux avoir pour ami, même s’il peut se révéler un ami embarrassant.

Bref, un excellent moment de lecture, comme toujours avec cet auteur.

Joe R. Lansdale / La vierge de cuir (Leather maiden, 2008), Folio policier (2011), traduit de l’américain par Bernard Blanc.

Hap et Leonard, le retour.

Après la densité et l’érudition de dernier roman de José Manuel Fajardo, un peu de détente était bienvenue. Ca tombait bien, j’avais récupéré, à ma grande joie, le dernier Joe R. Lansdale, Vanilla Ride, et pour que mon bonheur soit parfait, ce roman est le dernier de la série Hap et Leonard.

Au cas, très improbable, où vous ne connaîtriez pas encore ces deux zigues, une présentation rapide. Hap et Leonard sont deux branleurs texans, amis fidèles, grands castagneurs devant l’éternel. Ils vivent de petits boulots et se mettent régulièrement dans des situations merdiques, voire très merdiques. Complétons en disant que Hap est blanc, hétéro (et en ménage avec une bombe rousse répondant au nom de Brett), et plutôt démocrate, et que Leonard est noir, homo et plutôt républicain. Finissons en disant que le moindre échange verbal entre Leonard, Hap et Brett fait exploser n’importe quel détecteur de grossièretés scatologiques, même le moins sensible.

Hap et Leonard sont plutôt peinards depuis quelques temps : « Ca faisait un bout de temps qu’on ne m’avait pas tiré dessus, et personne non plus ne m’avait cogné la tête depuis au moins un mois ou deux. ». Ils acceptent d’aider un ami, ancien flic à la retraite, à récupérer sa petite fille qui vit avec un dealer qui la bat. Une bonne baston plus tard, la gamine a rejoint le giron familial. Mais, car il y a un mais … En tabassant les nuisibles Hap et Leonard se sont mis à dos un bande de méchants très méchants, et très rancuniers, et se retrouvent donc avec une bande de tueurs aux trousses, et dans le collimateur du FBI. Fini la tranquillité, le rodéo va pouvoir commencer.

Enfin, ils sont de retour ! J’étais en manque de poésie et de délicatesse, grâce ce nouvel épisode des aventures des deux héros les plus … Les plus quoi ? Incorrects ? orduriers ? drôle ? scatologiques ? du polar mondial.

Eclats de rires, bastons titanesques, suspense garantis. En creux, le portrait d’une Amérique rurale, raciste, inégalitaire, violente, injuste, obscurantiste … Mais une Amérique que l’auteur aime de toute évidence.

Un petit exemple de dialogue entre les deux zozos, qui discutent de deux FBI men qu’ils  viennent de subir :

« – Tu sais ce qui est Zarb avec la momie et son pote, c’est qu’ils s’imaginent qu’on devrait les croire juste parce qu’ils bossent pour le gouvernement.

– C’est comme le religion dis-je. Le FBI, c’est une question de foi, ça ne se discute pas.

– Eh ben, c’est débile.

– J’ai dit que c’était comme la religion non ?

– Oh ouais, d’accord. »

C’est aussi pour ça que je les aime ! Bref, un vrai moment de détente intelligente (si si, intelligente) et drôle.

Joe R. Lansdale / Vanilla Ride (Vanilla Ride, 2009), Outside/Thriller (2010), traduit de l’américain par Bernard Blanc.

Le premier roman de Tim Willocks

Quand j’ai appris, en musardant sur les blogs, qu’il y avait un nouveau Tim Willocks chez Sonatine, je me suis précipité. Il s’avère qu’il s’agit de Green River, le premier roman de l’anglais givré. Un coup d’essai, et déjà un « presque » coup de maître.

Ray Klein, ancien médecin condamné pour un viol qu’il n’a pas commis se retrouve à purger sa peine à Green River, prison de haute sécurité au Texas. Le directeur, John Hobbes, certain qu’il a une mission, sombre peu à peu dans la démence et finit par déclencher une émeute raciale la veille de la libération de Klein. Alors que ce dernier n’a qu’une idée en tête, rester le plus possible à l’écart des événements, il ne peut s’empêcher de se trouver entièrement impliqué quand une partie des émeutiers s’en prend à l’infirmerie où se trouvent les malades qu’il a traité durant sa captivité, et Juliette Devlin, médecin psychiatre dont il est tombé amoureux. Qu’il le veuille ou non Ray va devoir plonger dans la mêlée, au cœur même de l’enfer.

Le principe du roman est simple, il relève de la thermodynamique la plus élémentaire : prenez un gaz, confinez le dans un récipient hermétique et rigide, élevez la température, la pression augmente. Prenez donc une population à fort pourcentage de psychopathes, enfermez-les, augmentez la température en exaspérant les antagonismes et, tout simplement, en coupant la clim … La pression augmente, jusqu’à l’explosion. Simple et imparable.

Si je n’avais encore rien lu de Tim Willocks j’aurais sans aucun doute été totalement enthousiaste. Mais ce n’est pas le cas. Et lire, après Bad city blues, Les rois écarlates et La religion ce premier roman montre tout le chemin parcouru, même si ces débuts étaient déjà très impressionnants.

On y trouve déjà les thèmes que l’on retrouvera par la suite : folie, violence extrême, relation à Dieu (pour le prier ou le nier), manipulation … Ils sont déjà là et bien là. Déjà l’auteur arrive à manipuler la dynamite sans qu’elle lui explose à la figure, à savoir nous plonger au cœur d’une violence éprouvante sans jamais faire de la surenchère gratuite ni nous donner l’impression d’être des voyeurs. Tout est justifié, à sa place, nécessaire au propos et à la structure narrative. Et ça secoue.

Sa seule faiblesse par rapport aux romans à venir réside dans quelques temps morts sous la forme de digressions un poil trop explicatives qui viennent (très légèrement, vraiment très légèrement) faire retomber le soufflet par moment. Encore une fois, venant d’un autre, je n’aurais aucune restriction. Mais j’attends maintenant beaucoup, énormément de Tim Willocks, et il est presque rassurant de vérifier qu’il n’a pas été immédiatement, dès son premier roman, totalement niveau des monuments à venir.

Ceci dit, ils sont nombreux ceux qui tueraient pour écrire un premier roman ayant une telle puissance.

Tim Willocks / Green river  (Green river rising, 1994), Sonatine (2010), Traduit de l’anglais par Pierre Grandjouan.

DOA, le retour.

Avec Citoyens Clandestins, monumental thriller d’espionnage, DOA avait fait une entrée fracassante à la série noire. Il revient avec Le serpent aux mille coupures, sec comme un coup de trique, 200 pages d’adrénaline.

Moissac, près de Toulouse, verger du sud-ouest, pays où il fait bon vivre. Pas pour tout le monde. Pas quand on est le Nègre, l’Etranger qui, marié à une fille du pays, a osé reprendre une exploitation, et travailler, ici, comme s’il était du coin ! Alors de courageux vengeurs se sont levés pour tout faire pour que le macaque parte avec sa femme (la salope) et leur fille.

Ce soir là, dans le froid, c’est Baptiste Latapie qui s’y colle, et sabote quelques rangs de chasselas. Mauvaise pioche. Il tombe sur une rencontre étrange, entre trois patibulaires qui causent étranger, et un motard, blessé, qui les abat tous les trois avant de prendre la fuite. Le début d’un carnage qui va secouer la torpeur de ce coin de campagne.

Pas un mot de trop, un style sec et un rythme d’enfer, des chapitres courts qui passent d’un personnage à l’autre jusqu’au feu d’artifice final. Il suffit d’ouvrir le roman, ensuite les pages tournent toutes seules.

Pas beaucoup de gentils, de bons sentiments, ou de bonne conscience ici. DOA est méchant, c’est pour ça que les lecteurs de polar l’aiment. Il sait, mine de rien, braquer le projecteur sur les zones pas forcément reluisantes de notre beau pays, même, et surtout, quand elles se cachent derrière la raison d’état, une carte postale idyllique, ou une bonne conscience facile. Il le fait sans aucune pitié pour le lecteur. Ni pour certains personnages qui en prennent plein les dents. Et le lecteur ne peut s’empêcher de penser qu’ils l’ont quand même bien cherché !

Mais DOA est un faux méchant, c’est aussi pour ça que les lecteurs adorent ses livres . Il aime ses fragiles qui savent, au moment le plus inattendu, retrouver courage, force et fierté ; ceux qui persistent, envers et contre toute forme de connerie, ceux qui font ce qu’ils ont à faire, sans se soucier de l’opinion. Et bien entendu ses chevaliers, sans peur à défaut d’être sans reproche, un peu fajardiens par certains côtés.

Du pur plaisir, ristretto, comme on l’aime.

DOA  / Le serpent aux mille coupure, Série Noire (2009).

Castagne à tous les étages

Douces jeunes filles, amateurs de poésie et de finesses passez votre chemin. Cette note est à l’usage exclusifs des amateurs d’Hommes de l’ouest (ou du sud en l’occurrence), de héros avec poil aux pattes, flingues et, excusez le terme, couilles au cul ! Et oui, à l’instar d’une boisson désormais mythique, Stephen Hunter c’est pour les hommes, et dans Sept contre Thebes il y a aussi de la pomme !

1951, comté de Thebes, Mississipi. Ce qui fut un comté perdu et déshérité est devenu la prison pour noirs la plus crainte d’un sud resté très fortement raciste. C’est ce que va découvrir à ses dépends l’avocat Sam Vincent, parti enquêter sur la disparition d’un homme, qui se retrouve en danger de mort, dans les mains d’hommes coupés du reste du pays. Heureusement, avant de partir, il avait averti Earl Swagger, vétéran de la guerre du pacifique, guerrier dans l’âme, qui arrive à organiser son évasion. Mais pour réussir, il est obligé de se laisser prendre, et se retrouve aux mains d’hommes protégés par les plus hautes instances de l’état qui vont le torturer pour lui faire dire qui l’envoie. Earl s’en sort de justesse et n’a alors plus qu’une idée en tête : réunir les meilleurs tireurs du pays pour détruire Thebes.

De temps en temps, l’homme, aussi cultivé et raffiné soit-il (c’est tout moi ça), a besoin de sa dose de testostérone pure sans aditifs. Je n’en suis pas plus fier que ça, mais je n’en ai pas non plus honte. Et dans ce cas, tant qu’à faire, autant prendre les meilleurs. Un western de Eastwood, ou, pour la lecture, un polar de Stephen Hunter.

Ses thrillers regorgent de héros surarmés, de castagne et de suspense. Tout ce qu’il faut pour passer 500 pages survoltées, à tourner les pages avec délice (car cet auteur est un sacré raconteur d’histoires), en se disant qu’il ne faut peut-être pas trop se pencher sur les opinions du bonhomme, mais que l’un dans l’autre, de temps en temps, c’est quand même bon. Et que ses salopars étant de vraies ordures, on est bien content quand, dans un paroxysme d’explosions, de coups de feu et de coups de lattes ils finissent par se faire dessouder !

Certes, ce n’est pas de la grande littérature, et ce n’est pas d’une finesse à toute épreuve, mais de temps en temps, ça fait du bien. En prime, mais ce n’est pas pour ça qu’on le lit, cela rend bien le racisme ordinaire et assumé d’une époque. Après cette bonne dose de PAN !, BOUM ! et CROUNCH !, on peut retourner à Mozart.

Stephen Hunter / Sept contre Thebes  (Pale horse coming, 2001), Editions du Rocher/Thriller (2007). Traduction de l’américain par Elisabeth Luc.