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Méfiez-vous des anges de Connolly.

Après autant de SF post-apocalyptique, hop un thriller mitonné aux petits oignons. Et vous connaissez maintenant mon faible pour le plus américains des irlandais, à savoir John Connolly. Dont voici la dernière réédition en poche : Les anges de la nuit.

Pour une fois, Charlie Parker est assez stable … Mais son ami Louis qui est la cible de malfaisants. Louis est un tueur. Il a fait partie des Faucheurs de Gabriel, une groupe de tueurs surentraînés, pas trop curieux, que leur patron employait pour faire de sales boulot que les gouvernements ne peuvent pas faire ouvertement. Puis Louis a eu des doutes, et a quitté l’organisation. Mais aujourd’hui il semble que Bliss, le tueur des tueurs, qu’on pouvait croire mort, soit revenu pour lui. Louis et son ami Angel vont avoir besoin de toutes leurs ressources, d’un peu de chance, et de l’aide de leur ami Charlie Parker pour se sortir d’affaire …

Un John Connolly un peu atypique, pur adrénaline, sans la composante fantastique qu’il ajoute souvent, mais avec beaucoup plus d’humour, non dans les situations, toujours aussi violentes et sombres, mais dans les dialogues et les descriptions. Résultat, ça claque, ça gifle, ça accélère, ça explose ! Waouw !

Impossible de fermer le bouquin dans les 100 dernières pages, il a réussi à y introduire un mécanisme qui fait tourner les pages toutes seules et empêche de refermer le bouquin avant l’apparition du mot FIN. Les dialogues fusent (surtout entre Angel et Louis), ça tire de partout, et ceux qui osent s’en prendre à nos amis (des amis assez peu conventionnels il faut bien l’avouer) en prennent plein les dents. Que du bonheur !

John Connolly / Les anges de la nuit (The reapers, 2008), Pocket (2010), Traduit de l’anglais (Irlande) par Jacques Martichade.

John Connolly, La proie des ombres

Après quatre jours de folie, je continue à rattraper mon retard dans la série Charlie Parker de John Connolly avec La proie des ombres.

Charlie Parker est contacté par Rebecca Clay pour un travail en apparence assez simple : décourager un homme qui la harcèle depuis quelques jours. Il se souvient alors pourquoi ce nom lui était familier. Il y a cinq ans, le pédopsychiatre Daniel Clay disparaissait. Les enfants victimes de violences et d’abus sexuels qu’il suivait étaient pris pour cible par des violeurs. Leurs témoignages faisaient état d’hommes aux masques d’oiseaux … Daniel Clay complice ou victime ? L’homme qui suit Rebecca le cherche et semble penser qu’il est vivant et qu’elle sait où il se trouve. Il était en prison quand sa fille traitée par Daniel Clay a disparu. Mais qui le manipule dans l’ombre ? Parker va une nouvelle fois entamer un voyage vers les ténèbres.

Comme toujours l’intrigue est impeccable, comme toujours on est confronté au Mal, comme toujours les choses sont plus compliquées qu’elles n’y paraissent au premier regard, comme toujours c’est teinté, finement teinté de fantastique, et comme toujours, il y a de ci de là une touche d’humour très irlandaise, même si tout se déroule au US.

Il est cette fois question non de religion et de métaphysique comme dans L’Ange Noir, mais des violences faites aux enfants. Il y est aussi question de l’impunité des puissants, de culpabilité (comme toujours dans cette série), de l’attrait de la vengeance … Et, comme souvent, c’est d’Angel et Louis, personnages qu’on préfère avoir avec que contre soit, que viennent les quelques touches d’humour. Peut-être pas le meilleur de la série, mais très très recommandable quand même.

John Connolly / La proie des ombres, (The unquiet, 2007) Pocket (2009), traduit de l’irlandais par Jacques Martinache.

Charlie « Bird » Parker contre l’Ange Noir

Nous sommes en août, il fait raisonnablement beau, les risques de brouillard sont minces, et avec un peu de chance vous n’êtes pas en Transylvanie, ou quelque coin lourd de passé mythique de ce style. Malgré tout, je vous conseille de ne lire L’ange noir de John Connolly que de jour, entouré de bruits rassurants tels que le pastaga ou le blanc frais qui coule dans votre verre, vos enfants qui sautent dans la piscine, les cigales qui … qui font des bruits de cigales. Voilà, vous êtes avertis.

Avant de commencer, je m’aperçois que je n’avais jamais parlé de John Connolly ici. Brièvement, il s’agit bien de ConnOlly, pas de ConnElly. C’est pas du tout pareil ! John est irlandais, Michael est américain. Si vous trouvez Harry Bosch un peu borderline, Charlie « Bird » Parker son ex flic devenu privé, va vous flanquer les jetons. Les copains de Charlie sont plutôt du style de Bubba, le fou furieux ami des privés Patrick et Angela, de chez Dennis Lehane que du flic du FBI copain de Bosch. Et si le psychopathe du Poète est ce que vous pouvez supporter de plus glauque … Laissez tomber Connolly, c’est trop rude pour vous.

Parker a quitté la police de New York après la traque du psychopathe qui avait tué sa femme et sa fille. Depuis, il a pris l’habitude de fréquenter d’assez sinistres personnages. Mais il n’a encore jamais croisé les Croyants. Ces sympathiques individus sont persuadés d’être les incarnations d’un certain nombre d’anges déchus, chassés du Paradis par Dieu et restés sur Terre plutôt que d’aller rôtir en Enfer. Ils sont depuis des siècles à la recherche du double de leur patron, l’ange noir, emmuré vivant dans une statue d’argent par des moines au Moyen Age, quelque part du côté de Prague. Ils ne sont pas particulièrement amicaux, et pensent être sur le point, enfin, de localiser la statue. C’est parce qu’ils ont tué une cousine de Louis, l’ami tueur de Charlie, que ce dernier va devoir les affronter, au risque d’en perdre la vie et la raison.

John Connolly est, à mon humble avis, le maître incontestable du thriller fantastique. Il a une façon unique de mêler à son récit policier quelques pincées de fantastique qui ne viennent jamais expliquer l’intrigue (ce qui serait un peu facile), mais viennent y ajouter, si besoin était, une touche encore plus sombre. Car le fantastique de Connolly regarde sérieusement du côté obscur de la force, du côté du Mal.

Ses intrigues sont impeccables, son héros au moins aussi torturé par le passé et ses fautes que Jack Taylor de son compatriote Ken Bruen (même si c’est un bien meilleur enquêteur), ses personnages secondaires superbes, et ses méchants … ce sont sans doute les plus beaux (et donc les plus effrayants) de la planète polar.

L’ange noir est un pur John Connolly, avec juste un peu plus de composante fantastique que d’habitude, même si, comme toujours, il laisse entrouverte la possibilité (faible) que tout ce qui est décrit soit … rationnel. On y retrouve la confrontation au Mal (des guerres de religion aux meurtres de femmes de Ciudad Juarez, en passant par le nazisme …), la question de la culpabilité, de la responsabilité. On y retrouve son écriture flamboyante. On retrouve aussi sa façon de lier le mystique et le métaphysique du Mal, à des conditions et raisons bien terrestres et sociales (rien de simple chez Connolly, tout a des explications multiples).

Il présente comme originalité d’explorer le milieu des collectionneurs morbides, et de révéler (du moins pour moi, pauvre âme pure qui n’aurait jamais imaginé une chose pareille) l’histoire hallucinante de l’ossuaire de Sedlec qui lui offre un cadre gothique absolument prodigieux.

Ah oui, j’oubliai, Connolly prend son temps, est capable de pages descriptives d’une grande beauté (souvent vénéneuse) ou de détours historiques fascinants. Mais ce n’est pas pour autant qu’il en oublie le suspense. Une fois le roman ouvert, on est happé, et il devient impossible d’arrêter avant la dernière page.

Bref, à lire … pour ceux qui l’osent.

Coup de bol, il m’en reste deux déjà traduits à lire !

John Connolly / L’ange noir, (The black angel, 2005) Pocket (2008), traduit de l’anglais (Irlande) par Jacques Martichade.