Archives du mot-clé Clément Milian

Le triomphant

Avec Planète vide Clément Milian nous avait proposé un texte qui faisait un bien fou. Contrepied total avec Le triomphant qui nous laisse groggy.

MilianÇa ressemble à la guerre de 100 ans quelque part en France. Saturés de sang et de tripes, cinq camarades d’armes, peut-être des amis, ont déserté des combats qui n’ont plus de sens pour eux pour poursuivre une seule mission : abattre La Bête.

La Bête a un temps combattu à leur côté, puis est parti, comme un Dieu fou, massacrant tout sur son chemin, hommes, femmes et enfants, brulant les villages, écrasant toute humanité sous son marteau. Tous les cinq pensent que supprimer La Bête est la seule façon de permettre que la mal et la laideur ne règnent sans fin sur le monde.

La première qualité que l’on peut reconnaître à Clément Milian est son originalité. Vous ne lirez pas (ou rarement) ailleurs ce que vous pouvez lire ici, et ce roman ne ressemble en rien au précédent. Donc si vous aimez être surpris et secoué, faites-moi confiance et plongez-vous dans ce petit roman (en taille), aux chapitres courts, qui va vous immerger dans un monde de massacres, de tripes et de sang.

On est dans une sorte de conte d’horreur, où la Bête incarne et préfigure tous les massacres à venir, où l’innocence est piétinée et où les « chevaliers blancs » ne le sont pas tant que ça, souffrent des actes qu’ils ont été amenés à commettre, et tentent de trouver la rédemption en éliminant la Bête. Ils errent dans un pays livré au pillage et où la loi du plus fort s’impose, une fois de plus, aux plus faibles, à commencer par les femmes.

Une errance hallucinée et hallucinante, et une fin surprenante qui clôt parfaitement un texte envoutant.

Clément Milian / Le triomphant, Les arènes/Equinox (2019).

Un joli cadeau de Noël

Pour finir l’année la série noire nous offre un court texte qui fait un bien fou sans être mièvre ni consensuel. Un vrai bonheur. C’est Planète vide de Clément Milian.

milianPatrice Gbemba, dit Papa, a 11 ans, il est petit, porte des lunettes, aime son livre sur les étoiles et l’espace, et fait tout pour passer inaperçu au collège. Malheureusement les cons dominants ont décidé qu’il serait leur souffre-douleur. Alors Papa encaisse, et essaie de ne rien montrer à sa maman qui l’élève seule et rentre épuisée du boulot le soir.

Jusqu’au jour où Papa pousse un de ses tortionnaires qui tombe sur la rue et est percuté par une voiture. Paniqué Papa fuit, la police et la vengeance des caïds. Il se retrouve seul, quitte sa banlieue et entre dans Paris où il va errer seul, terrifié, affamé, frigorifié et parfois émerveillé en cette fin de mois de décembre.

Que ce livre est bon. Deux cent pages, format poche, chapitres courts. Un concentré d’humanité. Un cocktail de tendresse, de justesse dans le regard, de trouille, de faim, de froid, de poésie, de désespoir et d’espérance. Un concentré de vie. Un regard d’enfant, qui peut encore rêver et s’émerveiller, mais qui voit bien qu’une bonne partie du monde extraordinaire qu’il aperçoit n’est pas pour lui et le rejette.

coccinelle-03Un regard lucide, poétique et déchirant sur notre indifférence, notre solidarité, nos petitesses et notre générosité. Un regard qui nous réapprend à apprécier l’arrivée du soleil, un mot gentil, un sourire, une marque d’attention. Et qui nous réapprend à nous indigner de notre froideur et de notre indifférence aux malheurs des plus faibles que nous.

Un vrai cadeau de Noël.

Clément Milian / Planète vide, Série Noire (2016).