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Deux infos polar

Deux infos polar :

Mercredi 22, la Librairie de la Renaissance et Toulouse polars du Sud invitent Hervé le Corre, pour discuter, entre autres de son dernier roman : Prendre les loups pour des chiens.

Ce sera à 20h30, rencontre puis signature.

Le prix Mystère 2017 de la critique a été attribué à :

  • Cloé Medhi / Rien ne se perd pour le prix du meilleur polar français
  • Don Winslow / Cartel pour celui du meilleur polar étranger.

Mise en page 1   winslow

Cloé Mehdi, une auteur à suivre

Je ne connaissais pas le premier roman de Cloé Medhi. J’ai tenté le second : Rien ne se perd. Je lirai sans nul doute le prochain.

Mise en page 1Mattia, onze ans, le narrateur. Son père s’est suicidé après de longues années en hôpital psychiatrique. Sa mère l’a abandonné, laissé aux bons soins d’un jeune tuteur qui a connu son père pendant son internement. Sa sœur disparaît régulièrement, en vadrouille pour ne reparaître que de façon très brève. Entre autres. Mattia devrait être très perturbé, il est étonnamment solide et lucide.

Quelques années plus tôt, dans la banlieue proche, Saïd, quinze ans, a été tué par les flics lors d’un banal contrôle. L’assassin a été relaxé. Le quartier s’était enflammé, le père de Mattia, éducateur, a coulé suite à ces événements. Et voilà que des années plus tard des individus louches tournent autour de Mattia et de son tuteur, et que le portrait de Saïd fleurit sur les murs de la ville.

Comme les adultes lui cachent tout, Mattia va devoir comprendre tout seul.

C’est compliqué de prendre un enfant comme narrateur. C’est encore plus compliqué quand on accumule sur ses épaules autant de poids : folie, suicide, abandon, injustice, incompréhension des adultes, rage, impuissance … Cela rend d’autant plus remarquable la réussite de ce roman.

Le ton est toujours juste, souvent bouleversant, jamais mièvre ou pleurnicheur. A la lecture on rage beaucoup, on a le cœur serré, on a envie de crier et de mettre de grands coups de pieds dans les murs, on n’a jamais le sentiment de se faire tirer les larmes ou de se faire manipuler et de verser dans le sentimentalisme.

Et pourtant, on côtoie la mort, l’envie de tout lâcher face à un monde dégueulasse, on se heurte à l’incompréhension des adultes, leur lâcheté parfois, leur maladresse et leur impuissance souvent. On comprend la révolte, la fuite, l’envie d’en finir, l’envie de se battre, l’angoisse insupportable et malgré tout, parfois l’espoir.

La vie est injuste, ce sont toujours les mêmes qui trinquent, toujours les mêmes qui sont protégés par le système. Notre monde est une sacré saloperie qu’on se prend dans la figure en permanence alors que des pourris, ou des inconscients nous balancent des pubs à la con où grâce au produit bidule, la vie est belle.

Cette rage, ce désarroi, cette impuissance … On les prend de plein fouet dans les dents à la lecture. Et pourtant ça fait du bien. Parce qu’il y a des personnages magnifiques, parce que l’histoire est très bien construite, parce qu’on se sent moins seul, parce que l’écriture est d’une justesse impressionnante.

Une sacrée découverte.

Cloé Medhi / Rien ne se perd, Jigal (2016).