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Le salon de beauté

Retour vers les poches avec Le salon de beauté de la colombienne Melba Escobar.

EscobarIl y a à Bogota un refuge pour les femmes, du moins pour celles qui en ont les moyens : La Maison de Beauté où l’on s’occupe d’elles, où elles peuvent se plaindre de leurs maris, amants, amis, pères … Où Karen de Carthagène et les autres, sont aux petits soins pour elles.

Karen, qui veut économiser pour faire venir son fils resté avec sa mère ; Claire, franco-colombienne qui ne sait plus si elle appartient à l’un ou l’autre des pays ; Lucía qui écrit à la place d’un mari riche et célèbre qu’elle ne supporte plus … Une fin d’après-midi Sabrina, lycéenne a pris rendez-vous, elle doit être impeccable pour sa première nuit avec son amoureux. Le week-end, le corps de Sabrina est découvert, elle se serait suicidée. Sa mère n’y croit pas, Karen sait sans doute quelque chose, et des gens très haut placés ont intérêt à étouffer l’affaire. Des remous qui pourraient aller jusqu’à perturber l’ambiance feutrée de La Maison de Beauté.

Excellent polar, très original, qui arrive, au travers du prisme a priori très étroit du salon de beauté, des bourgeoises désœuvrées qui y trainent, et d’une ou deux employées, à nous donner une vision très complète de la société de Bogota, de haut en bas.

Le récit est habilement découpé, d’un personnage à l’autre, avec ce qu’il faut d’aller retour pour complexifier le tableau. C’est sensuel, prenant, intelligent, sans concession et surprenant. Et pour un homme, c’est un voyage en terre totalement inconnue ! Chaudement recommandé.

Melba Escobar / Le salon de beauté (La casa de belleza, 2015), Folio/Policier (2019), traduit du l’espagnol (Colombie) par Margot Nguyen Béraud.

Après l’Argentine, direction la Colombie

On reste en Amérique du sud, mais on remonte vers le Colombie avec Des hommes en noir de Santiago Gamboa.

GamboaQuelque part sur une route perdue de Colombie un gamin, perché dans un arbre, assiste à l’attaque d’un convoi de trois véhicules blindés. Plusieurs morts, mais les occupants du 4×4 blindé qui semble protégé par les deux autres voitures sont sauvés par l’arrivée d’un hélicoptère. Les assaillants sont abattus ou mis en fuite.

Le lendemain, plus aucune trace du drame. Et quand le procureur Edison Jutsiñamuy de Bogota veut commencer à se renseigner, il ne trouve plus aucune trace du récit du gamin, comme si rien ne s’était passé. Il va quand même s’obstiner, avec l’aide de Julieta, journaliste free-lance, et de sa secrétaire Johana, ex combattante des FARC.

L’enquête va les mener sur les traces des églises évangélistes qui s’implantent de plus en plus en Amérique Latine.

Il ne faut pas lire Des hommes en noir pour son intrigue. Elle avance cahin-caha, au gré de quelques coups de chance assez gros, et ne résout pas vraiment tout.

Par contre, si vous voulez découvrir la Colombie, les lendemains du processus de paix avec les FARC, les traumatismes résiduels, les groupes paramilitaires toujours actifs, la violence, la présence grandissante des églises évangélistes, la gastronomie, les paysages, la vie trépidante de Cali …

Si vous voulez suivre deux héroïnes attachantes et un procureur atypique, entendre des dialogues vifs et enlevés, et vivre plusieurs vies rocambolesques au gré des récits de différents personnages rencontrés, alors ce roman est fait pour vous.

Santiago Gamboa / Des hommes en noir (Será larga la noche, 2019), Métailié / Noir (2019), traduit de l’espagnol (Colombie) par François Gaudry.

Rendez-vous raté à Bogota

Un nouvel auteur colombien chez Asphalte. J’avais très envie d’être conquis. Mais finalement non, pas tant que ça. C’est Satanas de Mario Mendoza.

MendozaNous sommes à Bogota, dans les années 80. Maria accepte la proposition de deux connaissances de les aider à dépouiller les riches. Le père Ernesto doute de sa foi au moment où il est confronté à ce qui ressemble à des manifestations diaboliques. Andres, peintre qui commence à se faire un nom prend peur quand, peignant le portrait d’un proche, il prédit une maladie qu’on ne lui annonce quelques jours plus tard …

Ailleurs, Campos Elias, ancien militaire dans l’armée américaine s’enfonce dans une solitude rageuse et se dit que la seule façon de régler les problèmes qui l’assaillent est celle que lui a enseigné l’armée : la violence.

Je suis, une fois de plus, assez en phase avec Yan. Comme lui, peut-être parce que je ne connais pas l’affaire dont parle le roman, je n’ai pas réussi à rentrer dans cette histoire. Les motivations des personnages me restent obscures, les liens entre eux artificiels. Et autant j’aime qu’un auteur pimente son récit d’une pincée de fantastique, autant ici je n’ai pas vu ce qu’il apportait.

Je n’ai pas non plus réussi à sentir si l’auteur croit vraiment à son histoire d’influence du Diable, à cette lutte entre le Bien et le Mal, au sens métaphysique. Mais que ce soit sincère de sa part, ou que ce soit une image, je l’ai trouvé lourd et insistant, et du coup un peu agaçant dans son côté catho pour l’athée pratiquant que je suis. Disons que j’aime bien qu’on me parle de Dieu et du Diable quand c’est comme dans Preacher, pas quand on est dans une sorte de mix entre l’Exorciste et un prêche contre l’individualisme du monde.

Le mélange des genres est délicat, quelqu’un comme John Connolly le réussit parfaitement (à mon goût), là, c’est raté pour moi.

Mario Mendoza / Satanas (Satanás, 2002), Asphalte (2018), traduit de l’espagnol (Colombie) par Cyril Gay.