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Les comics des vacances

Quelques comics en retard avant le rush de la rentrée polar.

Commençons par une réédition, trois volumes, indépendants, mais sur la même thématique du génial scénariste Warren Ellis. Trois volumes assez sanglants, trois histoires de super héros. Mais attention, pas de super gentil, ou de super méchant, Alan Moore et ses Watchmen sont déjà passés par là.

WarrenEllis-01Dans Black Summer, deux scientifiques ont créé 7 armes, des humains augmentés, pour rétablir l’ordre dans une cité gangrénée par le crime et la corruption. Jusqu’à la mort d’une des armes, Laura, et la disparition d’un des fondateurs, Franck Blacksmith. L’autre fondateur, Tom Noir, amputé d’une jambe, a sombré dans la déprime. Jusqu’à ce que John Horus, la plus puissante des armes, tue le président en direct, et réclame des élections libres : le gouvernement truque les élections, a menti pour envahir l’Irak (on voit que la BD s’appuie sur la réalité !) et est corrompu, donc comme les criminels que la justice n’a pu vaincre, il a été abattu par une des armes. La réaction est bien entendu toute autre. La population ne se saisit pas de l’opportunité de prendre le pouvoir, et les armes sont traquées par l’armée, ce qui les oblige, Tom Noir compris, à sortir de leurs planques. Mais pour aider ou contrer John Horus ?

Dans No hero, même thématique. C’est cette fois une drogue qui augmente les humains et les transforme en super héros. Mais il vaut mieux être motivé, les effets secondaires pouvant être assez violents. L’inventeur de la drogue a ainsi monté une milice de vigilants, au service de la population. Ou pas. C’est en suivant un jeune homme qui veut absolument intégrer la milice, au moment où ses membres se font tuer un à un, que l’on découvrira un peu comment cela fonctionne.

Le dernier, Supergod, est totalement différent dans sa narration, c’est un survivant qui raconte, Simon Redding, dans un paysage d’apocalypse. Des années auparavant, plusieurs pays ont créé des super héros. Chaque pays suivant sa culture ou ses croyances. Parfois par le plus grand des hasards. Voilà l’humanité avec de nouveaux dieux, anglais, américain, russe, chinois, iranien … Jusqu’à ce que les indiens créent Krishna avec une seule instruction : sauve l’Inde. Or pour sauver l’Inde, atrocement polluée, surpeuplée, il faut en réduire la population. Et c’est le début de la fin. Fin que nous raconte Simon.

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Trois réflexions autour du pouvoir, de la violence avec pour point central le mythe du super héros. Trois histoires très différentes mais toutes trois très politiques. Trois histoires finalement assez proche de notre réalité. Trois album passionnants rassemblés en une trilogie à découvrir pour ceux, comme moi, qui ne connaissaient pas.

BlackMonday-01Une nouveauté ensuite, recommandée par mon fournisseur de comics : Gloire à Mammon, premier tome d’une série à suivre, par Jonathan Hickman (scénario) et Cocker Tomm (dessin). On commence par le jeudi noir de 1929. Puis on arrive en 2016 avec le meurtre sanglant et semble-t-il rituel d’un membre de la famille Rothschild. Théo Dumas, flic black va mener l’enquête. Et même si un coupable semble évident, il sent qu’il y a derrière tout ça plus qu’une histoire de lutte pour l’argent dans le milieu de la grande finance. Car derrière la puissance des grandes familles banquières se cache un pacte très ancien, le culte du Mammon, et la puissance magique de l’argent.

BlackMonday-02On peut voir l’histoire (assez complexe, voire très complexe) comme une nouvelle théorie du complot. Ou comme une allégorie de la puissance financière. Disons qu’elle illustre par le fantastique le fait que la grande richesse ne s’acquiert et ne se garde qu’en sacrifiant du monde (les fameux œufs de l’omelette), ici les sacrifices sont juste ritualisés. Il faudra que je relise ce numéro quand la suite sortira, c’est sans doute la limite de la BD pour qui aime les récits linéaires et immédiatement compréhensible. Mais ce qui frappe surtout, c’est la beauté des dessins et de la mise en page. Des pages sombres, tout en clair-obscur absolument somptueuses, sur lesquelles on revient, plusieurs fois, rien que pour le plaisir des yeux. Magnifique.

Je conclue avec deux volumes fin de rééditions sous forme d’intégrale.

100-bullets-01Dernier volume donc pour l’édition de l’intégrale de 100 bullets de Brian Azzarello (scénario) et Eduardo Risso (dessin). Si vous vous souvenez, au tout début, l’agent Grave qui travaille pour on ne sait qui, rencontre des inconnus, et leur propose un flingue et 100 balles qui leur garantissent qu’ils pourront se venger de ceux qui leur ont pourri la vie, sans qu’il y ait la moindre conséquence judiciaire. Puis on s’aperçoit qu’il remet sur pied une organisation, les minutemen, qui était au service d’un trust, l’entente des plus puissantes familles de la mafia, avant de se retourner contre eux et d’être dissout. Il semble que Grave veuille maintenant combattre le Trust.

Complots, trahisons, retournements de veste et de situation, bastons … On ne peut pas dire que l’ensemble soit complètement clair, et il faudrait que je reprenne tout pour voir ce qui m’a échappé. Mais chaque péripétie est assez addictive pour qu’on ne puisse lâcher l’ensemble, si l’on ne craint pas l’outrance, si on aime les personnages à la Sin City, avec ce côté jouissif et défouloir de la violence bien exagérée à laquelle on ne croit pas complètement, et des coups de théâtre permanents.

Scalped-01Et pour finir le dernier volume de la série BD qui m’a le plus retourné les tripes et la cervelle depuis que je me suis mis au comics : fin du génial Scalped de Jason Aaron (scénario) et R. M. Guéra (dessin). Dans la réserve Lakota de Prairie Rose, Red Crow, parrain de la réserve et de son casino, Bad Horse, agent infiltré du FBI, Catcher sorte de fantôme hantant la réserve, et l’agent du FBI qui manipule Bad Horse vont s’affronter pour un final qui réserve encore quelques surprises.

Une conclusion à la hauteur d’une série exceptionnelle, par la richesse du récit, le réalisme terrible de la peinture de la survie dans une réserve dévastée par la pauvreté, l’alcool et la drogue, par la complexité des relations humaines mises en scène, le refus du manichéisme, la beauté d’un dessin qui fait ressentir la violence sans jamais tomber dans le voyeurisme ou le gore gratuit.

Vraiment, La Série policière à lire, et relire. Cerise sur le gâteau pour les toulousain, le dessinateur R. M. Guéra a accepté de venir pour le festival Toulouse polars du Sud. Mais on en reparlera.

Warren Ellis (scénario), Juan Jose Ryp (dessin) / Black summer et No hero, Hi Comics, traduit de l’anglais par Eric Betsch puis Warren Ellis (scénario), Garrie Gastony (dessin) / Supergod Hi Comics, traduit de l’anglais par Philippe Tullier.

Jonathan Hickman (scénario), Cocker Tomm (dessin) / Black Monday murders (T1), Gloire à Mammon, Urban Comics (2018), traduit de l’anglais par Maxime Le Dain

Brian Azzarello (scénario), Eduardo Risso (dessin) / 100 bullets, Urban Comics (2018), traduit de l’anglais par Jérémy Manesse.

Jason Aaron (scénario), R. M. Guéra (dessin) / Scalped, Urban Comics (2018), traduit de l’anglais par Françoise Effosse-Roche.

Quelques comics

Un petit point sur les Comics que je continue à lire de temps en temps.

Je commence par une série dont j’ai parlé il y a pas mal de temps, Deadly Class de Rick Remember, Wes Craig et Jordan Boyd.

Deadly_Class_tome_5J’en étais resté au tome 4 qui se terminait en véritable coup de tonnerre, qui aurait pu marquer la fin de la série. Une fin très frustrante, mais une fin. Et bien sachez que les épisodes 5 et 6 semblent encore accélérer, si c’est possible. En fait, depuis le deux on est à fond. Et ça tient toujours la distance et le rythme. On suit ces rejetons de mafias, venus apprendre à être de parfaits assassins et surtout de parfaits fils de putes. On va découvrir de nouveaux arrivants, dont un métaleux ancien de la STASI, un comanche casse-bonbons, et toujours la tueuse Saya que l’on va apprendre à mieux connaître.

dc6C’est noir de chez noir, sanglant, et le scénariste a un talent certain pour les coups de théâtre. Seul problème, comme les autres volumes le 6 se termine sur un nouveau coup de Trafalgar qui va me laisser très énervé et très impatient de connaître la suite. Tout cela ne vous apprend pas grand-chose, mais il est très difficile, à partir du tome 2 de raconter quoi que ce soit de l’intrigue sans forcément dévoiler des éléments essentiels de l’histoire. Ce qui serait très vache pour ceux qui couvraient découvrir la série depuis le début. Donc faites-moi confiance, si vous aimez le rude, le sanglant, allez-y, c’est extrêmement addictif, et surtout ne lisez aucun résumé nulle part !

Deux nouveautés également :

J’avais découvert Ed Brubaker avec le magnifique Fondu au noir. Du coup, j’ai eu envie de démarrer une série au titre prometteur : Kill or be killed, où il est associé avec les mêmes complices : Sean Phillips (dessin) et Elizabeth Breitweiser (couleur).

KillDylan est un looser de la plus belle eau. Il rate tout, est amoureux d’une fille qui l’utilise comme confident de ses amours, merdouille dans ses études. Un soir il décide d’en finir, saute du haut du toit … Mais survit. Tout étonné il va se coucher. Mais rien n’est gratuit dans cette vie, et quelques instants plus tard il est réveillé par une ombre plus noire que la nuit. Une ombre qui l’a sauvé, et qui va exiger son prix : Une vie par mois. Tous les mois, Dylan devra tuer quelqu’un qui le mérite. Un moins plus tard, Dylan pourra vérifier qu’il n’a pas rêvé, et qu’il n’a plus le choix.

Avec un tel sujet, vous imaginez bien qu’on est de nouveau dans du très sombre. Une impression renforcée par des dessins et le choix d’une atmosphère qui en rajoutent une couche : Cela se passe essentiellement de nuit, en hiver, avec un temps aussi pourri que celui qu’on a actuellement. Pas beaucoup de couleurs claires, quelques flaques de lumière autour des lampadaires, tout est en harmonie. Un très bon départ qui, après un prologue qui cartonne, ralentit pour mettre en place les personnages tous assez torturés. Très prenant, et je suis curieux de voir où ça va aller.

Le dernier, c’est le beau cadeau de mes gamins pour mon anniversaire, cadeau il est vrai suggéré par mon vendeur préféré. C’est noir de chez noir, c’est tordu, c’est glauque, et pourtant c’est terriblement humain et on peut même y déceler une lueur d’espoir à la fin. C’est Starve de Brian Wood, Danijel Žeželj et Dave Stewart.

Starve 01Accrochez-vous, on va rester dans du pas très rigolo … Dans un futur pas forcément très lointain, les inégalités se sont encore creusées, le réchauffement climatique est là et bien là, au point que les étages inférieurs de certaines parties de New York sont sous l’eau, et la petite, toute petite portion de la population qui a accaparé la richesse est encore plus arrogante et indécente qu’aujourd’hui (je sais ça parait difficile).

Pour amuser ces humanistes, il faut toujours aller plus loin dans l’abjection. C’est ce qui a fait le succès de Starve, émission de téléréalité qui a poussé dans des limites inimaginables la saloperie des émissions existantes dans le domaine de la cuisine. Gavin Cruikshank, chef génial, a créé l’émission, avant de tout plaquer et d’aller se cacher quelque part en Asie, abandonnant, chaine, femme et enfants. Mais voilà, 3 ans plus tard, la chaine et son ex ont le bras long, et ont le moyen de l’obliger à revenir pour participer en tant que candidat. Pour des épreuves qui sont autant de provocations immondes dans un monde qui crève de faim. Coincé Gavin revient, bien décidé à tout faire exploser.

Starve 02Le monde décrit est d’autant plus terrifiant qu’on n’en est vraiment pas loin, pas loin du tout, est-on même certain qu’on n’y est pas déjà ? Le dessin et la couleur sont en pleine adéquation avec le sujet, au point de pouvoir être rebutants si on ouvre Starve sans rentrer dans l’histoire. Sombres, traits comme flous, le glauque de la situation est accentué, et on se surprend à trouver à cette esthétique une sombre beauté. Et la charge sans pitié. Même si je n’ai jamais regardé ces programmes, j’imagine que le scénariste s’est contenté d’appuyer à peine le trait.

Malgré tout, dans ce monde désespérant, les auteurs nous offrent de temps en temps une lueur d’espoir, grâce entre autres au personnage lumineux de la fille de Gavin, et aux poches de résistance, ici et là. Et surtout, ils nous accrochent au point qu’on ne peut lâcher l’histoire, tant on est pris par les rebondissements, et surtout tant on s’attache à des personnages particulièrement bien construits. Une vraie réussite.

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Rick Remember (scénario), Wes Craig (dessin), Jordan Boyd (couleur) / Deadly Class, Urban comics (2017, 2018), traduit de l’anglais par Benjamin Rivière.

Ed Brubaker (scénario), Sean Phillips (dessin), Elizabeth Breitweiser (couleur) / Kill or be killed, Delcourt 2017, traduit de l’anglais par Jacques Collin.

Brian Wood (scénario), Danijel Žeželj (dessin), Dave Stewart (couleur) / Starve, Urban Comics (2017), traduit de l’anglais par Benjamin Rivière.

Magnifique hommage aux grands films noirs.

Les tauliers de Bédéciné en disent le plus grand bien, et comme je leur fais confiance j’ai craqué pour Fondu au noir, de Ed Brubaker, Sean Phillips et Elizabeth Breitweiser.

Fondu 01Hollywood, 1948. La chasse aux cocos bat son plein, Hollywood est le mirage, là où se trouve le pouvoir. Un pouvoir incarné par les stars, mais qui est en réalité entre les mains des producteurs et défendu, à tout prix, par les responsables de la sécurité des studios.

Charlie Parish est revenu brisé de la guerre. Il a retrouvé son travail de scénariste, mais ne peut dormir qu’après avoir bu jusqu’à en perdre la mémoire. C’est comme ça qu’un matin il se réveille dans une baignoire, sans aucun souvenir de la fin de soirée. Dans la salle à côté, Valeria Sommers, morte, étranglée, la vedette du film en cours …

Charlie rentre chez lui sans rien dire. Quand les journaux titrent sur le suicide de la star, il décide d’essayer de comprendre ce qui s’est passé, sans imaginer dans quel nid de serpents il va mettre les pieds.

Si vous aimez les films noirs de la grande époque Bogart, si vous avez rêvé devant Veronica Lake, si vous êtes fan de L A Confidential … Alors, même s’il faut casser la tirelire, Fondu au noir est pour vous.

C’est toute cette époque, tout ce mythe qui se déroule sous nos yeux ébahis tout au long de plus de 300 planches magnifiques. Les fêtes dans les studios, le glamour, la saloperie qui se cache derrière, le FBI et sa chasse à tout ce qui se dit de gauche, l’alcool, les réalisateurs venus d’Europe, les scénaristes exploités, le pouvoir absolu des patrons des studios, la magie de l’écran …

Une histoire bien tarabiscotée rendue floue par l’alcoolisme du narrateur, des victimes, toujours les mêmes, les plus vulnérables, des vrais pourris, des références à plein de films et d’acteurs qui font partie de notre imaginaire.

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Et des planches qui collent parfaitement au propos, faisant naitre en nous les images de films, d’affiches, d’acteurs et d’actrices. Des planches absolument magnifiques. Sans parler des suppléments, en fin d’ouvrage qu’on aurait envie de découper, encadrer et mettre aux murs tant ils sont beaux.

A découvrir sans faute. A mettre sur sa liste de cadeaux (anniversaire, fête, mariage, Noël, pâques ou ce que vous voulez).

Ed Brubaker (scénario), Sean Phillips (dessin), Elizabeth Breitweiser (couleur) / Fondu au noir, Delcourt 2017, traduit de l’anglais par Doug Haedline.

Saga, c’est parti pour un moment

Un petit mot de plus sur les comics. Sur les conseils avisés d’un lecteur de passage, et de mon vendeur de comics préféré, je me suis fait offrir pour Noël les deux premiers volumes de Saga de Brian K. Vaughan et Fiona Staples. Et bien entendu, je n’ai pas résisté à la suite. Déjà 7 volumes en français …

Si je n’avais pas craqué jusque-là, malgré de très belles couvertures, c’est que j’avais plus ou moins compris que Saga c’était Roméo et Juliette dans le monde de Star Wars. En fait ce n’est pas faux. Mais c’est très réducteur.

Nous sommes bien dans une galaxie peuplée de toutes sortes de créatures, plus étonnantes les unes que les autres. Une galaxie déchirée par une guerre entre une planète et sa lune, entre les « à cornes » de Couronne et les « à ailes » de Continent, une guerre qui s’est étendue à toute la galaxie.

Une nouvelle version de la guerre entre les O’Timmins et le O’Hara en quelque sorte. Sauf que Marko, ancien soldat de Couronne, fait prisonnier et Alana, de Continent qui le gardait sont beaucoup plus beaux que les affreux O’Timmins et O’Hara. Et qu’ils tombent amoureux l’un de l’autre, s’enfuient et …

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… Et Saga commence avec la naissance d’Hazel, leur fille, qui est la narratrice de toute l’aventure. Une fille considérée par les deux camps belligérants comme une abomination à détruire absolument, surtout si on veut pouvoir continuer à se massacrer joyeusement. C’est donc leur cavale dans la galaxie, poursuivis par plein d’affreux, que nous raconte Hazel en flash-back.

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Je ne saurais pas vous dire exactement pourquoi cette série est aussi prenante, pourquoi on s’attache autant aux personnages, et pas seulement à Marko, Alana et Hazel. Ce qui est certain c’est que tout le monde devient accro. Ma fille de 14 ans, mon fils de16, moi … Ca va être la guerre en février quand le tome 8 va sortir !

Saga-04On peut avancer quelques explications :

Les personnages, une fois passé le plaisir jouissif de leurs apparences aussi variées qu’étonnantes, cachent une vraie âme derrière les écrans, cornes, plumes, poil et pattes. Ils sont complexes, attachants, énervants, pénibles, drôles. On tremble pour eux, on les aime, on les déteste, on rit avec eux … et surtout ils changent, évoluent et sous leurs dehors loufoques sont très proches de personnes que l’on croise tous les jours.

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Et ils ont un destin extraordinaire. Un destin, des histoires qui, outre l’intérêt d’une intrigue qui tricote ses fils avec beaucoup de talent, passant de l’un à l’autre, d’une époque à l’autre, sans jamais perdre le lecteur, embrassent une multitude de thématiques : la guerre, le pacifisme, le recours ou non à la violence, la famille, la paternité, les programmes télé à la con, la lutte des classes, le travail, l’amitié etc …

Le dessin est lumineux, extrêmement inventif sans jamais sacrifier l’émotion à la virtuosité. Un vrai régal, avec juste un inconvénient majeur : Si vous commencez vous ne pourrez pas vous arrêter.

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Brian K. Vaughan (scénario), Fiona Staples (dessin) / Saga, Urban Comics (2013-2018), traduit de l’anglais par Jérémy Manesse.

Preacher, l’intégrale complète

Ça y est, l’intégrale est complète, le sixième et dernier volume de Preacher est sorti.

Comme j’en avais vu l’annonce sur le site de Bédéciné, je me suis relu les cinq premiers volumes, avant d’avaler le sixième, vite samedi, avant que mon fils me le pique dimanche.

Preacher CouvComme ça, à chaud, le choc est toujours aussi important à la relecture. Le pied total. Certes, il ne faut pas avoir le palais trop délicat, il ne faut pas tordre le nez si on lit « fils de pute » ou « trou du cul », si le gore, le sexe, et surtout le blasphème vous font sortir le chapelet d’ail et aller vous confesser à votre directeur de conscience.

C’est cru, c’est trash, c’est drôle, ça a une énergie phénoménale, les fanas sorciers de toutes les sectes en prennent plein la gueule, les fachos se chient littéralement dessus (ben oui, c’est un des avantages d’avoir la voix de Dieu et d’en faire bon usage). Dieu y est présenté comme un sinistre connard, puissant mais terriblement mesquin, une sorte d’ado pas bien fini qui exige qu’on l’aime et se contrefout des dégâts qu’il cause.

On y parle de lynchage médiatique (déjà fin des années 90), de fonctionnement de l’industrie de disque, de fanatisme, d’abus de pouvoirs, de musique, d’amitié, de responsabilité, de machisme, d’amour, d’empathie envers les plus faibles (parce que sous des dehors de gros durs, les deux auteurs sont de vrais gentils), et de bien d’autres choses.

A la fin les gentils gagnent, certains ont droit à une seconde chance, mais pas tous, les personnages ont une vraie épaisseur et une vraie complexité, même si les auteurs ne rechignent pas à un peu de caricature avec quelques pourris emblématiques, dont l’hilarant nazi Herr Star, toujours délicieux, à qui notre héros Jess fait une tête de pine (ben oui, dans Preacher il y a un personnage qui s’appelle tête de fion, et un qui a une tête de gland).

Preacher 01C’est une BD pour les fans de Hap Collins et Leonard Pine de Lansdale, on y retrouve le Texas, et le même humour bien … Disons pas toujours d’une grande finesse, mais tellement bon.

J’oubliais, de quoi ça cause ? Jess Custer est Preacher d’une petite ville de trous du cul au Texas quand Genesis, l’enfant d’un archange et d’une diablesse s’échappe du Paradis où il est tenu prisonnier et vient se loger dans sa tête, cramant vif au passage les 200 fidèles venus écouter son prêche. Résultat, Jess hérite d’une mémoire, de connaissances, et de la Voix de Dieu à qui personne ne peut résister : Quand il l’utilise, on obéit.

Il comprend aussi que Dieu est un sinistre fils de pute et entreprend de le chercher pour lui demander des comptes. Il est accompagné de Tulip, son amour, pas forcément toujours commode et qu’il est vivement conseillé de ne pas trop chauffer et d’un pote inhabituel, Cassidy, un vampire d’origine irlandaise amateur de bière. Sur son chemin une troupe impressionnante de frappés, fanatiques, fachos, empêcheur de boire, baiser ou penser comme on veut. Et ça va saigner.

Une question continue à me tarabuster : Cette BD publiée la première fois entre 1995 et 2000 pourrait-elle voir le jour aujourd’hui où, les abrutis fanatisés de toutes les chapelles, religieuses et politiques appellent au meurtre sur les réseaux sociaux dès que quelqu’un choque un tant soit peu leurs croyances ? Et malheureusement parfois avec pour résultat de vrais meurtres.

En ces temps de lynchage médiatique, où la foule numérique se substitue à la loi pour juger et condamner quiconque ne va pas dans le sens du vent, la publication de Preacher serait-elle possible ? Où une autocensure des auteurs et/ou des éditeurs tuerait-elle le projet dans l’œuf ?

Autant de question qui me font dire que oui, il faut, absolument, lire Preacher, le faire lire à vos amis, gamins (à partir de 15 ans environ), parents, collègues … C’est plus que jamais nécessaire.

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Garth Ennis (scénario), Steve Dillon (dessin) / Preacher, Urban Comics (2015-2018), traduit de l’anglais par Jérémy Manesse.

Quelques BD

Ca faisait un moment que je n’avais pas causé BD, essentiellement parce que je n’avais pas essayé grand-chose de nouveau. Revoici donc, avec malheureusement une petite déception française, puis de très bonnes choses et un énorme coup de cœur.

La déception, non ce n’est pas le dernier Astérix (là ce n’est pas une déception, c’est une catastrophe, je l’ai trouvé indigent), c’est le volume 4 des Vieux Fourneaux : La magicienne, toujours de Wilfrid Lupano et Paul Cauuet.

VieuxFourneaux

Ça bataille ferme autour du village : L’entreprise locale a déposé un permis pour s’agrandir, permis accordé, mais depuis ça bloque, on a trouvé une espèce de sauterelle protégée sur le terrain en question qui a été transformé en ZAD. L’occasion pour les papis de la troupe Ni Yeux Ni maîtres de venir foutre le bordel, et d’appuyer les zadistes. Antoine lui est favorable à l’extension qui pourrait créer un peu de boulot, et Sophie qui se débat avec son théâtre de marionnettes, n’est pas insensible au charme d’un beau biologiste, et essaie de faire réparer son toit.

A priori, tous les ingrédients sont là. La mauvaise foi des uns et des autres, les papis indignes, les dialogues du bistrot, et la possibilité de mettre le souk. Et pourtant la mayonnaise ne prend pas, il manque un fil conducteur un peu tendu, il manque de la matière, tout se dénoue trop vite et trop facilement, grâce à un personnage qui n’a pas d’épaisseur. On arrive à la fin beaucoup trop vite avec l’impression d’avoir lu un épisode de transition. C’est certain, ou sourit souvent, on passe un bon moment, mais cela reste un cran en dessous des trois premiers.

Passons à ce qui est très bon :

Le premier … N’est pas une série. The private eye, de Brian K. Vaughan, Marcos Martin et Muntsa Vicente. Dans un futur plus ou moins proche, internet n’existe plus. Suite à une « explosion » du cloud, qui rendit publiques toutes les données privées, le chaos qui s’ensuivit a poussé les gouvernements à interdire internet et à mettre en place des mesures drastiques : Respect total de la vie privée, tout le monde se déplace avec un masque et se cache derrière un pseudo.

Seule une presse autorisée peut enquêter sur les gens. Détective privé (assimilé à paparazzi) est un des métiers les plus interdits et les plus infamants qui soit. C’est pourtant un Private Eye que nous allons suivre dans une affaire on ne peut plus classique : un jour une cliente entre dans son bureau. Sous le masque, une beauté fatale, qui lui demande, étrangement, d’enquêter sur elle-même, pour voir si sa vie privée est bien privée. Avant même le début de l’enquête, la cliente est tuée, et tout part en vrille.

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Excellente œuvre qui métisse un point de départ classiquissime (Un privé qui effectue une recherche pour une femme fatale qui meurt assassinée, et se retrouve ensuite client de la sœur de la victime), avec un monde de SF passionnant qui pose tout un tas de questions. Et s’offre le luxe de ne pas apporter de réponses, laissant le lecteur à sa réflexion.

Le fond de l’histoire nous interroge donc sur notre rapport à internet, à la perte de vie privée, en ayant la malice et l’intelligence de mettre en scène des jeunes horrifiés par l’étalage d’intimité qu’était internet avant l’explosion du cloud face à un grand-père nostalgique de l’époque des Ipad et des Iphone.

On réfléchit donc, mais pas tout de suite. Dans un premier temps, on est surtout embarqué par l’histoire policière, parfaitement rythmée et magnifiquement illustrée, dans des tons flashy, où les fonds unis et très colorés répondent aux masques des personnages. Superbe, prenant et intelligent.

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Pour la suite, malheureusement, vous allez me haïr, parce qu’on attaque de nouvelles séries (nouvelles pour moi, elles en sont à plusieurs épisode déjà traduits).

EastWest 01La première, East of West de Jonathan Hickman et Nick Dragotta est un excellent divertissement.

Quelque part dans le désert trois personnages émergent des sables. Ils auraient dû être quatre. Ce qui veut dire que Mort, le quatrième cavalier de l’Apocalypse leur a fait faux bond, et est devenu l’ennemi. Nous sommes dans une Amérique étrange : une météorite a mis fin à la guerre de Sécession, le pays en a été changé. Trois siècles plus tard, il est divisé en sept Nations dont les chefs, secrètement inféodés aux trois cavaliers restants, préparent la fin du monde.

C’est dans une esthétique de western spaghetti futuriste que les différents protagonistes vont s’affronter, et que l’on va découvrir (j’espère) petit à petit, ce qui anime les uns et les autres.

EastWest 02

Il y a (sauf erreur de ma part), 7 volumes publiés en France, j’en ai lu que 2, je ne peux donc proposer qu’un avis partiel. Première constatation, j’aime beaucoup le mélange de SF et de western, avec, s’il vous plait, une pincée de fantastique. C’est riche, et cela permet au dessinateur d’explorer quantité de décors, de cadrages, de personnages. De ce côté c’est un vrai plaisir.

La contrepartie étant qu’au début il faut s’accrocher. Le scénario multiplie les personnages, rien (ou très peu) n’est expliqué, et il faut accepter d’avancer à l’aveugle pendant une bonne partie du premier volume. Alors on commence à s’y retrouver, ce qui ne veut pas dire qu’on comprenne vraiment de quoi il retourne, mais on est moins perdu.

Une autre contrepartie étant que, si les thématiques et les personnages sont très très nombreux, cela se fait un peu au détriment de leur épaisseur. Moins d’émotion donc, mais plus de rebondissements. Au final, c’est beau, très accrocheur dans l’intrigue, et il me tarde de retourner chez mon dealer de BD pour attaquer la suite.

Je termine avec le coup de cœur, encore pour une série, de pure SF cette fois : Descender de Jeff Lemire et Dustin Nguyen.

descender 02Un jour, sans raison compréhensible, de gigantesque robots, surnommés les Moissonneurs sont apparus dans le ciel des neuf planètes du Conglomérat Galactique Unifié. Puis sont passés à l’attaque, ont tout dévasté, avant de disparaître, toujours sans raison. Dix ans plus tard, dans des mondes tentant de se reconstruire, de nombreux groupes se sont lancés dans une opération d’anéantissement des robots.

Le récit commence avec le réveil, sur une lune déserte, de Tim21, un petit robot en sommeil depuis plus de dix ans. Il a été conçu pour tenir compagnie à un jeune garçon, et devient l’objet le plus convoité du CGU : Sa signature de construction est la même que celle des Moissonneurs. La course est lancée pour le récupérer, entre des groupes qui ont des intérêts contradictoires.

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Magnifique début de série, dont je n’ai pour l’instant lu que 2 volumes sur les 4 disponibles en France. D’emblée l’intrigue accroche le lecteur qui avec les personnages, va chercher à comprendre d’où viennent ces Moissonneurs, et s’ils risquent de revenir. Des personnages inoubliables, les robots en tête, que ce soit le très humain Tim21, où les deux qui l’accompagnent, mais également tous ceux qui leur courent autour, chacun avec ses intentions cachées, ses secrets inavouables, ses fêlures.

descender_04Rien que pour ça, on a envie de continuer. Mais que dire des dessins ?

Le choix de l’aquarelle, à priori pas évident pour peindre des machines, des vaisseaux spatiaux et des robots, se révèle génial. Il adoucit l’histoire, met de la lumière et de la clarté dans les pages, se concentre sur les regards, les expressions, jetant un flou magnifique sur les décors. Les planches sont absolument superbes, au point que je suis retourné plusieurs fois en arrière juste pour les regarder, moi qui suis en général un lecteur vorace qui fonce au travers des histoires. Magique.

Wilfrid Lupano (scénario) Paul Cauuet (dessin) / Les vieux fourneaux : La magicienne (T4) Dargaud (2017).

Brian K. Vaughan (scénario), Martin Marcos (dessin) et Muntsa Vicente (couleur) / The private eye (The private eye, 2013), Urban Comics (2017), traduit de l’anglais (USA) par Jérémy Manesse.

Jonathan Hickman (scénario), Nick Dragotta (dessin) et Frank Martin Jr. (couleur) / East of West / La promesse (Tome 1) (The Promise, 2013), Urban Comics (2014), Nous ne sommes qu’un (Tome 2) (We are all one, 2014), Urban Comics (2014), traduits de l’anglais (USA) par Jérôme Wicky.

Jeff Lemire (scénario) et Dustin Nguyen (dessin) / Descender / Etoiles de métal (Tome 1) (Tin stars, 2015), Urban Comics (2016), Lune mécanique (Tome 2) (Machine Moon, 2016), Urban Comics (2016), traduits de l’anglais (USA) par Benjamin Rivière.

PS. Juste pour le plaisir quelques dessins juste pour me faire engueuler par la ministre de la santé. On pensait avoir touché le fond de la bêtise politique avec les Morano, Estrosi et compagnie, ben non, visiblement certains continuent à creuser.

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Quelques comics pour les vacances

Je vous ai raconté, il y a quelques temps que, fatigué, j’avais lu quelques comics de plus ces derniers temps. Et j’avais promis d’en causer, et voilà :

On va commencer par quelque chose de plus léger que ce dont je vous avais parlé la dernière fois (avec du Alan Moore, du Jason Aaron etc …). Deux histoires de vampires.

SIlver-vol1La première est assez rafraichissante, Silver de Stephan Franck. Nous sommes dans les années 30. James Finnigan est un grand cambrioleur. Qui a foiré à un moment donné et a perdu tout ce que lui et ses complices avaient mis de côté. Mais lors de son dernier coup, il a mis la main sur une sorte de livre de compte. Et il peut alors faire le casse le plus audacieux de l’histoire : Voler à une très très ancienne famille européenne tous ses lingots d’argent. Une famille qui vit quelque part dans des montagnes perdues. Une famille de vampires. La famille la plus puissante de vampires. Alors James monte son équipe et part s’infiltrer lors de la fête annuelle qui rassemble tout ce joli monde.

Stephan Franck respecte tous les clichés des histoires de vampires et des histoires de cambriolage : Un premier coup auquel on assiste pour se familiariser avec les protagonistes, un peu de castagne avec les monstres pour les introduire dans l’histoire, le montage de l’équipe et l’organisation du casse, quand on croit à tout moment que ça va foirer mais qu’en réalité tout est calculé. Et comble du sadisme, il nous arrête à la fin du volume 1 en plein merdier. Joli dessin en noir et blanc qui accentue la référence aux années 30 et à ses films noirs, et aux histoires de vampires. Pas révolutionnaire mais un très bon moment.

americanvampire-2La deuxième série, c’est de sa faute. Ca s’appelle American vampire, de Scott Snyder (et un peu Monsieur Stephen King) au scénario, et Rafael Albuquerque au dessin.

A la fin du XIX, Skinner Sweet est un bandit sans foi ni loi. Ni pitié, ni morale. Un vrai fils de pute. Qui un jour vole la mauvaise personne, et se fait mordre. Il devient ainsi le premier vampire américain. Avec cette particularité, par rapport à ses congénères et néanmoins ennemis jurés les buveurs de sang européens, qu’il résiste très bien au soleil. Autre particularité, devenir un vampire n’a en rien amélioré son humeur, ni son empathie. En bref, c’est devenu un immonde fils de pute immortel. Nous allons suivre sa guerre contre les autres, contre une société de tueurs de vampires, et en général contre quiconque se met en travers de son chemin où possède quelque chose qu’il veut de la fin du XIX° aux années 70, en passant par l’âge d’or du cinéma, la deuxième guerre mondiale, le Maccarthisme etc …

C’est trash, c’est violent, c’est très réjouissant ! Ici pas de vampires mignons, ou de romances avec des humains (ou si peu). Ici ça saigne, les faibles morflent, les forts se servent, et ce sont toujours les mêmes qui trinquent. On revisite avec brio et beaucoup d’énergie un bon siècle d’histoire des US, toujours avec le sourire (un peu noir le sourire) du suspense, de la castagne. C’est bon comme un bon gros steak bien saignant, avec un bon coup de rouge.

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Après, on quitte le « léger » et on passe sur du vraiment méchant.

100-bullets-1Avec la réédition en intégrale d’un classique (si j’en crois mon dealer de comics et les blogs spécialisés), 100 bullets de Brian Azzarello et Eduardo Risso.

Ils ont tout perdu dans la vie. Famille assassinée, argent volé, réputation détruite … Quand un mystérieux Agent Graves vient les trouver et leur offre une mallette. Dedans un flingue et 100 balles qui leur assurent une impunité absolument totale, et un dossier qui démontre qui les a trahis et comment. Libre à eux d’en faire l’usage qu’il désirent. Ca commence avec Dizzy, jeune femme latino, son mari et son fils ont été abattus, elle s’en tient pour responsable, jusqu’à la rencontre avec l’Agent Grave. Et ce n’est que le début d’une tortueuse, très tortueuse histoire qui voit une mafia et des agents pas nets se faire la guerre par pions interposés.

100-bullets-2Là, accrochez-vous. J’ai commencé avec les 2 premiers volumes. Démarrage sur les chapeaux de roues. Puis j’ai commencé à être largué. Mais j’ai insisté, et avant d’attaquer le 3° (il y en aura 5), j’ai tout relu, et j’ai commencé à comprendre un peu mieux, ou du moins à suivre davantage. Et là, c’est le pied total. Car si chaque histoire est déjà un petit roman à elle seule, dure, avec un graphisme qui, bien qu’en couleur, m’évoque le très noir Sin City, avec ses mecs aux gueules carrées, ses bad boys, très très bad, ses pin up incroyables, quand on commence à mordre au puzzle complet cela devient bien mieux qu’un assemblage de petites histoires. Et je ne pense pas que je pourrai faire l’économie de relire tout d’un bout à l’autre quand j’aurai enfin les cinq tomes (en 2018 si j’en crois le programme). Très recommandable donc, si vous avez le temps et que vous pouvez être tranquilles pour vous concentrer.

On finit sur du rude, du très rude, Godamned / Avant le déluge, du duo d’enfer de Scalped : Jason Aaron et R. M. Guéra.

goddamned-1Caïn, le premier meurtrier de l’humanité est condamné à errer sans fin sur une Terre dévastée, l’Enfer d’avant le déluge, peuplée de monstres, de hordes qui feraient passer les tordus de Madmax pour des Mignons, et d’illuminés de toutes sortes. Dont un sacrément gratiné, Noé, patriarche, esclavagiste et gourou d’une secte immonde. Au nom de Dieu bien entendu. Tous feront la même erreur, chercher des noises à Caïn, Le Meutrier.

La bible revisitée par Aaron et Guéra ça déménage ! Il serait étonnant que cette version plaise vraiment aux allumés évangélistes de l’autre côté de l’Atlantique. Dire que c’est blasphématoire est un doux pléonasme. C’est glauque, violent, sans la moindre lueur d’espoir, Dieu est aussi malmené que dans Preacher, les hommes sont à son image, celle de l’Enfer. On comprend si c’était comme ça que le Barbu ait déclenché le Déluge. Sauf que le père Noé ne vaut pas mieux que les autres. Esprits sensibles s’abstenir, pour les autres, c’est étonnant, dérangeant, déstabilisant, jubilatoire, et on se demande bien où les deux auteurs vont nous amener ensuite.

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Stephan Franck / Silver (Volume 1), Comics Glénat (2017), traduit de l’anglais par Alex Nikolavitch.

Scott Snyder (scénario), Rafael Albuquerque (dessin) / American vampire, Vertigo/Urban Comics (2013-2017), traduit de l’anglais par Jérôme Wicky.

Brian Azzarello (scénario), Eduardo Risso (dessin) / 100 bullets, Urban Comics (2016-2017), traduit de l’anglais par Thomas Davier.

Jason Aaron (scénario), R. M. Guéra (dessin) / Goddamned / Avant le déluge, Urban Comics (2017), traduit de l’anglais par Julien Di Giacomo.