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Pour vaincre le coup de mou

J’ai du mal à lire les parutions récentes, surtout françaises j’avoue. Du moins celles que j’ai entre les mains actuellement. En général bien écrit, voire très bien, rien à redire, mais un peu étriqué, centré sur la famille, restreint à un petit périmètre. Et en ce moment, la famille ça va, on la voit, on est tout le temps les uns sur les autres, et les petits périmètres on pratique. J’ai besoin de lire du Bigger Than Life.

Spider 01

Alors j’ai relu Transmetropolitan. C’est ma troisième lecture de ce monstre, je me suis encore éclaté. Putain que c’est méchant mais que c’est juste et visionnaire. Dire que cette BD a plus de 20 ans. J’adore Spider, j’adore son immonde chat, j’adore ses sordides assistantes. Je les aime pour des moments comme ça :

« Aujourd’hui, il y a une nouvelle religion toutes les 35 minutes. Et pourtant, étrangement, les lance-flammes sont toujours illégaux. Il n’y a pas d’équilibre dans ce patelin. »

Ou

« Lorsque notre correspondant a interrogé Jerusalem sur son article, celui-ci a ri, lui a écrasé une bouteille sur la tempe et nous a tous invités à lui sucer la bite. »

Ou

« Juste un petit rappel : Quand je parle des damnés, de la racaille, des gens qui n’en ont plus rien à cirer, des gens qui font semblant de ne pas voir la misère dans les rues, des gens qui se fichent de qui dirige ce pays … Quand je parle de la lie de la Ville … je parle de vous. »

Spider 02

Avec un dessin aussi enragé et engagé que le texte. C’est bon. Spider reviens, on a besoin de toi.

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Le talent de Jeff Lemire

On peut légitimement se demander comment fonctionne le cerveau du scénariste Jeff Lemire, tant sa production est d’une richesse et d’une variété qui n’ont d’égales que sa qualité. Jugez plutôt.

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Je vous ai pas déjà parlé de la géniale série Descender, superbe scénario de SF magnifié par les aquarelles de Dustin Nguyen. Ceux qui l’ont lu, ont repéré un court chapitre qui relève plutôt de la fantasy, où la magie prend le pas sur la technologie.

Dix ans après la fin de Descender, dont je ne dirai que le strict minimum, nous voilà de retour dans le monde totalement changé de Ascender. Les robots ont donc disparus, la technologie avec, et les humains qui ont survécu vivent sous la coupe de La Mère, sorcière qui règne par la terreur. Une gamine qui vit à l’écart avec son père va trouver un étrange petit robot, ce qui, en soit, constitue un crime contre La Mère. Le début d’une fuite et d’une quête pour retrouver le mythique Tim 21, robot ressemblant à un garçon de 10 ans, qui pourrait réconcilier les hommes et les machines.

Démarrage sur les chapeaux de roues pour cette série. A la différence de la précédente, pas de suspense sur ce qu’il s’est passé avant (à moins de ne pas avoir lu Descender ce qui serait une faute impardonnable). Mais d’emblée des héros qui sont jetés dans l’eau glacée. Vont-ils s’en sortir ? Toujours ces aquarelles magnifiques, aussi impressionnantes dans l’évocation de créatures de fantasy qu’elles l’étaient dans celle des machines. Où comment se renouveler complètement dans la continuité. Superbe.

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Changement complet avec Royal City, série en trois volumes dessinée par Lemire lui-même et, on peut le supposer, fortement inspirée de sa propre histoire.

RoyalCity-01Royal City c’est la ville où vivent les Pike. Depuis toujours. Une ville sur le point de changer. Alors que le père se trouve à l’hôpital, victime d’une crise cardiaque, la famille va se retrouver, pour s’entraider ou mieux se déchirer. Patrick, écrivain, parti vivre ailleurs ; Tara qui voudrait que la ville change, alors que l’usine qui la fait survivre est en pleine déconfiture ; Richard, perdu dans l’alcool et le jeu. Tout le temps et partout présent, le fantôme de Tommy, mort alors qu’il n’était qu’un adolescent …

Scénario maîtrisant de façon virtuose un grand classique, à savoir les flashbacks et un double suspense (que c’est-il passé avec Tommy, que va-t-il se passer aujourd’hui). Le dessin qui ne cherche pas l’artifice épouse cette chronique de vie, où le destin d’une famille ordinaire fait écho à celui d’une ville ordinaire. Où l’on se passionne pour la vie d’une usine, des ouvriers qui y travaillent, pour les relations entre frères, entre parents et enfants. Pas de héros ou anti-héros, pas d’affreux ou de gentils, mais une exploration douce et intelligente de nos zones grises, de nos ombres mais aussi de nos lumières. C’est maîtrisé, très émouvant, cela semble très personnel et pourtant ce n’est pas de l’autofiction. Une très belle réussite dans le registre intime de Jeff Lemire dont je connaissais davantage le registre épique. Mais toujours, finalement, la famille et ses relations complexes au cœur du récit.

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Nouveau virage complet avec Gideon Falls où il explore l’horreur et le fantastique.

Gideon-02Norton Sinclair est un jeune homme perturbé. Il collectionne des bouts, de clous, du bois, des bouts qu’il trouve dans les poubelles et les caniveaux de la ville. Il a vu une grange noire, il sait qu’il faut absolument qu’il recrée une porte, bout par bout. La jeune docteur Xu qui le suit essaie de comprendre son délire et ses hallucinations. Jusqu’à ce que …

Ailleurs, à Gideon Falls le père Fred arrive pour remplacer le prêtre précédent, disparu. Et l’on parle, à demi-mots, de l’apparition et de la disparition d’une grange noire, liée à des morts sinistres. Il rencontre alors une communauté qui semble surveiller ces apparitions depuis longtemps.

Typiquement le type de série qui fait immédiatement monter l’angoisse et le mystère. On est happé par le scénario et le dessin très sombre. Qu’il est difficile d’attendre la suite ! Pour l’instant une série très addictive, bien glauque, du pur plaisir. Seule inquiétude, que la suite ne soit pas à la hauteur des expectatives que fait naitre ce démarrage foudroyant.

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Jeff Lemire (scénario) et Dustin Nguyen (dessin) / Ascender Tome 1, Urban Comics (2020), traduits de l’anglais (USA) par Benjamin Rivière.

Jeff Lemire (scénario) / Royal city Tome 1 à 3, Urban Comics (2018 à 2019), traduits de l’anglais (USA) par Benjamin Rivière.

Jeff Lemire (scénario), Andrea Sorrentino (dessin) et Dave Stewart (couleur)/ Gideon Falls Tome 1 et 2, Urban Comics (2018 et 2019), traduits de l’anglais (USA) par Benjamin Rivière.

Encore au cinéma !

De nouveau un week-end long et de nouveau un temps pourri, résultat, de retour au cinéma pour deux films récents, avec un résultat mitigé.

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Une petite déception pour commencer, 5 est le numéro parfait de Igort. Peppino lo Cicero était tueur pour la camorra, et depuis qu’il est à la retraite son fils a pris le relais. Un soir de pluie il part dans les rues de Naples pour un contrat ordinaire. Mais c’est lui qui se fait descendre. Persuadé qu’il est le prochain sur la liste, Peppino ressort les flingues, fait appel à son ami de toujours, Toto le boucher et part en guerre.

Je suis pourtant allé voir ce film avec enthousiasme, tenté par de très bonnes critiques, une bande annonce intrigante et un sujet qui ne peut qu’attirer l’amateur de polars que je suis. Et puis flop. Enfin demi flop. Je ne me suis pas vraiment ennuyé, Toni Servillo alias Peppino joue très bien, les images de Naples, sous la pluie, avec les reflets de néons sont belles, les voitures drôles … mais le choix esthétique d’amener les personnages et toutes les scènes d’action vers l’outrance et la caricature m’a complètement sorti du film.

Cinq2

J’ai pas mal souri, certains dialogues font mouche, mais je n’ai réussi à m’intéresser ni aux personnages ni à l’histoire, malgré un joli coup de théâtre final.

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La très bonne demi surprise c’est Joker de Todd Philipps. Demi parce qu’on m’en avait dit le plus grand bien. Et je confirme. Si vous voulez y aller, ou ne pas y aller, en pensant que c’est un film de super héros, oubliez tout de suite. De Batman, on ne garde que le décor, un Gotham City au ras du sol, jamais vu de haut comme avec le chevalier noir, l’ambiance noire, la société très inégalitaire, la télévision omniprésente, et la famille Wayne, comme symbole de ceux qui ont le fric et le pouvoir.

Pour le reste, c’est à la fabrique du monstre que l’on assiste. Où comment on crée un tueur à force d’opprimer, de ridiculiser, de rabaisser Arthur Fleck, un homme à l’origine totalement inoffensif, qui ne cherche qu’à faire rire et apporter du bonheur, mais qui a la malchance d’être mal né.

Scénario impeccable, la mécanique qui va enfoncer Arthur Fleck de plus en plus profond dans la folie est superbement démontée, étape après étape. La ville telle qu’elle est filmée est en parfait accord avec l’évolution du personnage. Mais au-delà du plaisir immédiat de l’histoire, deux choses m’ont frappées et resteront dans ma mémoire.

Tout d’abord l’interprétation époustouflante de Joaquin Phoenix. Torturé, la peau sur les os, gauche dans son attitude, dans sa démarche, émouvant, le spectateur souffre pour lui quasiment tout au long du film. Et quelle métamorphose dans la dernière partie. Sans que l’on puisse mettre le doigt sur ce qui change, il devient tout d’un coup inquiétant, mortellement inquiétant. Le tout sans le moindre effet spécial, sans maquillage supplémentaire. Je sais, c’est ça le boulot d’un acteur. Et bien c’est un sacré acteur.

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L’autre c’est comment un film, dont le projet doit exister, j’imagine, depuis au minimum deux ou trois ans, se trouve au moment de sa sortie en résonnance avec beaucoup de mouvements de révolte un peu partout dans le monde, ici avec les gilets jaunes, mais aussi au Chili, Liban, Algérie etc …

Pour finir il y a des moments de pur cinéma qui resteront dans la mémoire de ceux qui ont vu le film, émouvant, terrifiants, beaux, dérangeants … Un sacré pari, faire un film de l’univers des super héros en moule-bonbons collants sans super héros, sans effets spéciaux ou presque, sans baston ou presque, sans cascade, avec juste une bonne histoire, un décor magnifique et un grand acteur. Pari totalement réussi.

Deadly Class

A l’occasion de la sortie du Tome 8 de Deadly Class, je me suis fait un petit plaisir pendant qu’il pleuvait dehors, relire la série entière. Pour mieux percevoir, en étant peut-être un peu moins attaché aux différentes péripéties, sa cohérence, et sa force.

DeadlyClass 01Pour le détail de ce qui se passe, je vous renvoie aux notes précédents. Juste quelques mots pour situer. Nous sommes dans les années Reagan (les années lycée du scénariste ?), Marcus, 14 ans, vit dans la rue, après s’être échappé de son orphelinat quand il est recruté par Saya et intègre une école un peu spéciale, tenue de main de fer par Maître Lin, qui forme de futurs assassins.

Les trois premiers tomes se déroulent dans le lycée, avec les fils à papa, les clans par origine, les paumés qui se regroupent, les déracinés … Bref si tout ce beau monde n’était pas là pour apprendre à tuer, et si les fils à papa n’étaient fils du meilleur tueur du KBG, d’un assassin de la CIA, ou de chefs de toutes les mafias mondiales possibles et imaginables, si les paumés n’avaient pas tous déjà quelques morts à leur actif, tout cela serait une classique, et ennuyeuse, série de lycée pour ados.

Sauf que là sa saigne sévère, que les méchants sont de vrais teignes … Et pourtant, petit à petit, la révélation des failles des uns et des autres vont les humaniser, sans pour autant les rendre plus aimables. Ensuite, on va de coup de théâtre en coup de théâtre, de la fin du 3 au numéro 8.

Les auteurs réussissent l’exploit de construire des personnages qui sont des tueurs sans pitié (ou presque), qui n’ont d’autre choix pour survivre que d’éliminer leurs semblables, et pourtant, cela reste des ados, avec des problématiques de leur âge, la musique, les filles et les garçons, la bande, les potes … Assez troublant ce mélange sanglant.

De nouveaux personnages vont apparaitre, ce qui donnera aux auteurs l’occasion d’évoquer d’autres lieux, d’autres sociétés, de nous mettre d’autres claques. Les références, musicales et comics essentiellement, pleuvent sans jamais alourdir le récit ou le dessin, le découpage graphique est particulièrement dynamique, et comme les surprises ne s’arrêtent jamais, et que le rythme ne faiblit pas, vivement le tome 9 !

Rick Remember (scénario), Wes Craig (dessin), Jordan Boyd (couleur) / Deadly Class Tome 8, Urban comics (2019), traduit de l’anglais par Benjamin Rivière.

Comics : Deux superbes fins de séries

Une petite chronique Comics pour deux excellentes séries qui se terminent, et la continuation d’une troisième.

Pour la continuation c’est Deadly Class de Rick Remember (scénario), Wes Craig (dessin) et Jordan Boyd (couleur) qui en est au 7° volume.

deadly-class-tome-7Si vous vous souvenez des épisodes précédents, on a suivi des ados dans une école un peu particulière qui les forme à être des assassins. On a quitté l’école avec la première promotion à la fin du 4, on en a trouvé de nouvelles promos dans les 5, 6 et 7, en en apprenant également un peu plus sur les familles mafieuses d’un certain nombre d’élèves, et là, pour le 7, c’est le grand dézingage, toutes les factions qui sont après nos survivants des deux promos (les yakuzas, les flics ripoux mexicains et les envoyés de l’école) vont se retrouver pour un épisode qui saigne sévère. C’est certain, beaucoup resteront sur le carreau.

C’est incroyable, on croit à chaque épisode qu’on ne peut plus accélérer et monter un cran dans la violence, et pourtant à chaque fois, les auteurs y arrivent. Cette fois, clin d’œil assumé, une voix off dit qu’on se croirait dans une BD de Franck Miller, ou un film de Tarantino, avec une référence évidente à Kil Bill. Ça pourrait lasser, et pourtant ça marche. Je suis complètement accro à cette espèce de machin survolté, qui est loin d’être terminé, qui nous offre quelques beaux coups de théâtre et retournements d’alliances, et laisse entrevoir une suite que j’attends avec impatience.

Les deux séries excellentes qui se terminent sont, le polar Kill or be killed de Ed Brubaker (scénario) et Sean Phillips (dessin) et Elizabeth Breitweiser (couleur) et la série SF Descender, de Jeff Lemire (scénario) et Dustin Nguyen (dessin).

kill-or-be-killed-04Vous vous souvenez peut-être de Dylan de Kill or be killed, un looser de la plus belle eau. Sauvé du suicide par un démon, il doit pour survivre tuer un nuisible par mois. Et il finit par y prendre goût, même si ça complique forcément ses relations avec son amie / amoureuse (ça fluctue), et avec la police de New York qui est à la poursuite du tueur à la cagoule. Et que dire de la mafia russe qui est à ses trousses. Dans ce volume 4 et dernier, il vient de découvrir que son frère, qui s’était suicidé, voyait aussi un démon, un démon qui apparaissait dans les dessins de son père. Tout va alors se dénouer dans l’hôpital psychiatrique où il est enfermé après … Mais pour le savoir il faut lire ce dernier volume.

Le scénario fait partie de ces histoires qui vous accrochent dès le début grâce à un point de départ très intrigant, que vous poursuivez avec bonheur, mais avec toujours derrière la tête la question de savoir si le final ne va pas être décevant, ou comment s’en sortir sans une pirouette un peu facile. Et bien ici pas de pirouette facile, le final est à la hauteur des attentes. Le dessin magnifique nous plonge toujours dans une atmosphère de film noir comme je les adore, et que dire de l’habileté du scénario. Tout au long de la série les auteurs ont eu le chic pour parfaitement doser les aller-retour présent, passé proche, pour faire monter le suspense, et le recours à la voix off du narrateur (Dylan) est génial. Vraiment une superbe série pour tous les amateurs de polars et d’ambiance de film noir.

Descender-01Descender se termine également. Dernier volume pour admirer les magnifiques aquarelles de Dustin Nguyen et là aussi énorme attente face à une série qui commence sur un choc et une question qui tend le fil de suspense pendant toute la suite : Qui sont ces robots monumentaux qui ont attaqué le monde et ont disparu ensuite, et quel rôle le petit Tim 21, robot de compagnie du jeune Andy joue-t-il dans ce mystère ? A la fin du volume précédent, les principaux protagonistes ont convergé vers une planète où vit le créateur de Tim et …

Et une fois de plus le final est superbe et tient toutes les promesses d’une histoire riche en rebondissements et questionnements. Aucune déception donc, et un final totalement cohérent. Là où les auteurs font très fort, c’est qu’ils concluent vraiment l’histoire, tout en laissant une ouverture pour raconter une autre histoire, complètement différente, mais néanmoins reliée. Chapeaux les artistes, et vivement la prochaine histoire !

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Rick Remember (scénario), Wes Craig (dessin), Jordan Boyd (couleur) / Deadly Class Tome 7, Urban comics (2019), traduit de l’anglais par Benjamin Rivière.

Ed Brubaker (scénario), Sean Phillips (dessin), Elizabeth Breitweiser (couleur) / Kill or be killed Tome 4, Delcourt 2019, traduit de l’anglais par Jacques Collin.

Jeff Lemire (scénario) et Dustin Nguyen (dessin) / Descender Tome 6, Urban Comics (2019), traduits de l’anglais (USA) par Benjamin Rivière.

Les comics de début d’année

Cela faisait un moment que je n’essayais pas de nouveaux comics. Le blog et les libraires de Bédéciné m’ont donné des idées, elles sont toutes excellentes.

batman 02Je ne suis pas du tout fan de super héros et costume de clowns. Mais je fais exception, à tort ou à raison, pour Batman. J’avais déjà le Dark Knight de Frank Miller, et je me suis laissé tenter par ce Batman, White Knight de Sean Murphy et Matt Hollingsworth.

Qui démarre de façon assez surprenante avec Jack Napier, ancien Joker guéri de sa folie et devenu respectable, qui rend visite à un Batman enchaîné, prisonnier pour avoir flirté avec la limite une fois de trop.

Dessin bien sombre, ambiguïté des personnages maintenue jusqu’à la toute fin, et même au-delà de la fin, jolis coups de théâtre, et toujours cet univers typique des bons Batman, avec un pouvoir corrompu, des média dont on se demande dans quelle proportion ils se composent d’imbéciles et de cyniques uniquement intéressés par l’audience, et cette tentation toujours présente du justicier limite fascisant. Une vraie bonne histoire de héros masqué sans angélisme ni manichéisme.

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oldguardUne nouveauté avec le tome 1 d’une série, The old Guard de Greg Rucka au scénario et Leandro Fernandez au dessin. Andy, originellement Andromache de Scythie a quelques milliers d’années. Elle est la chef incontestée d’une bande des quatre, composée de Nicky et Joe, amants après avoir essayé vainement de s’entretuer lors de la première croisade, et Book, le jeunot, venu des guerres napoléoniennes. Ils sont donc soldats, et immortels, ou presque. Pas de force surhumaine, juste la malédiction qui les fait se relever de tout, quand ils devraient être morts mille fois. D’expérience, pour avoir croisé quelques-uns de leurs semblables, ils savent pourtant que la mort finit par les atteindre, un jour.

Pour l’instant ils louent leurs services à qui peut se les payer, et alors qu’une nouvelle mission s’annonce, Andy rêve d’une nouvelle immortelle, une Marine présente en Afghanistan. Dans le même temps la bande va s’apercevoir qu’à l’époque d’internet, du monde filmé et connecté, garder le secret sur son immortalité s’avère de plus en plus difficile, et que certains sont prêts à tout pour percer leur secret.

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Superbes personnages, à commencer par Andy, une vision assez originale de l’immortalité, une réflexion sur notre monde portée par le regard très âgé des différents personnages, et un dessin et un scénario particulièrement efficaces et nerveux, qui vous font tourner les pages avec frénésie. Un vrai bonheur pour ce tome 1 qui, cerise sur le gâteau, est parfaitement autosuffisant mais laisse la porte ouverte à de nouvelles aventures. Très recommandable et surtout très addictif.

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Je continue avec un vrai bon polar, moi qui y ai pris goût avec des séries comme Scalped ou Southern Bastards. C’est un premier tome, avec une suite (tomes 2 et 3) annoncée dès ce semestre, GrassKings 1/3 de Matt Kindt (scénario) et Tyler Jenkins (dessin).

grasskingsQuelque part dans la cambrouse américaine, au bord d’un lac, depuis des siècles des gens vivent en autonomie. Aujourd’hui c’est le village de Grass Kindom. Un village de gens qui veulent avoir le minimum de contact avec le reste de l’Amérique, et en particulier avec le shérif Humbert du village voisin. Robert fait figure de chef, mais il a sombré depuis la disparition mystérieuse de sa fille. Quand Maria vient se réfugier dans le village, le fragile équilibre entre intérieur et extérieur vole en éclats.

Première constatation, Matt Kindt s’y entend pour installer un mystère et un suspense, je suis déjà très très impatient de lire la suite, mais je ne peux vous en dire plus sans déjà déflorer une partie du mystère qui plane sur Grass Kindom. Ensuite on s’attache à des personnages que l’on découvre peu à peu, et à cette communauté qui est peut-être moins caricaturale qu’on ne pourrait le supposer au début. Le conflit avec un shérif que l’on découvre de plus en plus brutal, mais qui a lui aussi ses zones d’ombres, s’annonce passionnant.

Et le dessin, à l’aquarelle, est magnifique, ce qui ne gâche rien, bien au contraire. Une superbe réussite, vivement la suite.

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Les deux derniers volumes ne sont pas une nouveauté. C’est en voyant un nouveau Comic signé Warren Ellis, le génial scénariste de Transmetropolitan que j’ai demandé s’il valait la peine et que mon vendeur préféré m’a conseillé la série Trees., dessinée par Jason Howard.

trees 02Il y a dix ans, ils sont arrivés sur Terre et ont pris racine. Les gens les ont appelés Trees, des troncs démesurés. Ils se sont implantés en provenance de l’espace, créant des catastrophes, écrasant les habitants des lieux où ils ont atterri. Destruction et inondations à New York, ou implantation en plein désert au Svalbard, ils semblent totalement indifférents à notre présence, et aucune attaque ne les affecte.

En Sicile, à New York, en Chine, dans l’extrême nord, en Somalie … les hommes vont reprendre le cours de leur vie, avec quelques changements, pour le meilleur et surtout pour le pire. Pendant ce temps, des scientifiques étudient les arbres et ce qui les entoure. Et les nouvelles ne seront pas forcément très bonnes.

Voilà deux volumes qui ne sont pas fait pour les lecteurs pressés de BD survitaminées. Warren Ellis prend son temps, installent de multiples histoires sans lien apparent, et utilise ce prétexte purement SF (une invasion extraterrestre) pour explorer de façon très politique ce que nos différents pays ont de plus sombre. Moi j’ai adoré, la tension monte petit à petit, les intentions des uns et des autres se révèlent lentement, et le mystère des arbres se fait de plus en plus menaçant. L’intrusion de ces troncs monstrueux donne l’occasion au dessinateur de nous offrir des planches magnifiques avec des décors étonnants. Il parait qu’il va falloir être patient pour avoir la suite. Je suis patient, et je ne raterai le 3° volume pour rien au monde.

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Sean Murphy (scénario), Matt Hollingsworth (dessin) / Batman, White Knight, Urban Comics (2018), traduit de l’anglais par Benjamin Rivière.

Greg Rucka (scénario), Leandro Fernandez (dessin), Daniela Miwa (couleur) / The old guard, Tome 1 : 1 feu et à sang, Glénat/Comics (2018), traduit de l’anglais par Alex Nikolavitch.

Matt Kindt (scénario), Tyler Jenkins (dessin) / GrassKings 1/3, Futuropolis (2019), traduit de l’anglais par Sidonie Van den Dries.

Warren Ellis (scénario), Jason Howard (dessin) / Trees 1 En pleine ombre, Urban Comics (2016), Trees 2 Deux forêts, Urban Comics (2016) traduits de l’anglais par Alex Nikolavitch.

Un point sur les lectures BD

Comme promis, un petit point BD qui pourrait vous donner des idées si vous avez des cadeaux à faire (il parait que la saison approche).

Vieux Fourneaux 01Le tome 4 des Vieux fourneaux, La magicienne, m’avait un peu déçu. Je trouve qu’avec Bons pour l’asile, le cinquième, Wilfrid Lupano et Paul Cauuet, et leurs trois papis retrouvent la patate.

On est à Paris où Pierrot ne sait plus où donner de la tête entre son soutien aux migrants et les actions du collectif Ni Yeux Ni Maîtres contre les banques qui favorisent l’exil fiscal (excellente action d’ailleurs). Ce n’est donc pas sur lui que Mimile peut compter pour l’accompagner au stade, où il est invité pour un France Australie qui promet. Quand à Antoine, il va se trouver obligé de cohabiter avec son fils qu’il ne voit plus depuis des années. Bref, ça chauffe à Paris.

Que c’est bon de retrouver les trois papis en pleine forme, gueulards comme jamais, et d’une mauvaise foi toujours aussi réjouissante. Les auteurs nous offrent quelques scènes d’anthologie, les trois affreux arrivent encore à nous surprendre et surtout nous donnent une furieuse envie de vieillir comme eux, même si, une fois de plus, ils ne sont pas toujours fiers de leurs conneries. Voilà le rayon de soleil de cet automne.

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Ça faisait un moment que je ne vous avais pas causé de Saga de Brian K. Vaughan (scénario) et Fiona Staples (dessin). Et le tome 9 vient de sortir. Et d’après les spécialistes de Bédéciné, il faudra ensuite s’armer de patience, les auteurs ayant décidé de faire une pause.

Marco et Alana, qui devraient s’entretuer sont donc mariés, et ont une petite fille Hazel qui grandit avec des parents en fuite, poursuivis par leurs armées respectives, des chasseurs de prime, des journalistes avides de scoop … Et ce 9° volume va voir un certain nombre de protagonistes converger vers la planète où se trouve notre famille préférée. Autant vous avertir tout de suite, ça ne va pas forcément bien se terminer pour tout le monde.

L’histoire est toujours aussi addictive, sans que je sache bien pourquoi, ni comment ils font pour autant nous accrocher. La richesse des situations, l’intelligence de la voix off, le refus d’avoir des personnages monolithiques, la beauté toujours renouvelée des dessins … Bref toute la famille se précipite, et il a fallu que je me batte pour le lire le premier. Un superbe tome 9, après un tome 8 qui m’avait paru un peu moins dense. Préparez-vous à quelques chocs.

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Vous vous souvenez peut-être de Kill or be killed signé par Ed Brubaker, Sean Phillips et Elizabeth Breitweiser, les auteurs du magnifique Fondu au noir. Le tome 3, avant dernier de la série, vient de sortir.

Dylan a été sauvé du suicide par un démon, et il doit tuer une pourriture par mois pour continuer à vivre. Ce tome 3 va enfin nous révéler comment il se retrouve dans une maison, à abattre une bande d’affreux, ce qui constitue la scène d’ouverture du premier tome. On va le voir affronter la mafia russe, et surtout douter de plus en plus de sa santé mentale. Un volume qui réussit à faire monter le suspense et à semer le doute chaque fois qu’on semble sur le point d’avoir une révélation. L’attente du tome 4 va être longue, très longue.

C’est toujours aussi fort, aucune baisse de régime. Et l’histoire continue à fonctionner parfaitement, à partir d’un point de départ pour le moins étonnant. Le découpage, alternant scènes d’actions pures et monologues du héros qui se demande où il va est parfaitement maîtrisé, un pur plaisir, bien noir. Vivement la conclusion, en espérant qu’elle sera à la hauteur de ces trois volumes.

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Et pour finir, une plongée bien poisseuse dans un sud des US violent et crade, le quatrième volume de Southern Bastards, de Jason Aaron (scénario) et Jason Latour (dessin).

Si vous avez suivi les épisodes précédents, vous savez qu’on est à Craw County, où le Coach Euless, entraineur de l’équipe de football (l’américain football, celui où on se rentre dedans), règne sans partage, à coup de bastons, corruption et trafic de drogue. Sauf que ça ça marchait tant que l’équipe gagnait, et là elle commence à perdre, y compris contre l’ennemis héréditaire. Alors l’unité derrière le tyran se fissure, certains commencent à murmurer et à préparer sa chute. Au même moment, Roberta Tubb, dont le père a été assassiné par le Coach dans le premier volume arrive pour le venger. Roberta qui vient de quitter l’armée et qui n’a rien, mais alors rien d’une faible femme. Donc ça va saigner.

Dans une ambiance toute de rouges et de noirs (comme les volumes précédents), c’est glauque, ça castagne, c’est pourri, ça saigne. Les deux auteurs continuent sans faiblir un BD qui, à mon humble avis, est du niveau d’un Scalped, ce qui n’est pas peu dire. Ce qui se fait de mieux dans le genre polar rural qui déménage, avec des personnages qui sont loin d’être aussi caricaturaux qu’on pourrait le croire au début. Un vrai bonheur. Vivement la suite.

Wilfrid Lupano (scénario) Paul Cauuet (dessin) / Les vieux fourneaux : Bons pour l’asile (T5) Dargaud (2018).

Brian K. Vaughan (scénario), Fiona Staples (dessin) / Saga T9, Urban Comics (2018), traduit de l’anglais par Jérémy Manesse.

Ed Brubaker (scénario), Sean Phillips (dessin), Elizabeth Breitweiser (couleur) / Kill or be killed T3, Delcourt 2018, traduit de l’anglais par Jacques Collin.

Jason Aaron (scénario), Jason Latour (dessin) / Southern Bastards T4, Urban Comics (2018), traduit de l’anglais par Benjamin Rivière.

Les comics des vacances

Quelques comics en retard avant le rush de la rentrée polar.

Commençons par une réédition, trois volumes, indépendants, mais sur la même thématique du génial scénariste Warren Ellis. Trois volumes assez sanglants, trois histoires de super héros. Mais attention, pas de super gentil, ou de super méchant, Alan Moore et ses Watchmen sont déjà passés par là.

WarrenEllis-01Dans Black Summer, deux scientifiques ont créé 7 armes, des humains augmentés, pour rétablir l’ordre dans une cité gangrénée par le crime et la corruption. Jusqu’à la mort d’une des armes, Laura, et la disparition d’un des fondateurs, Franck Blacksmith. L’autre fondateur, Tom Noir, amputé d’une jambe, a sombré dans la déprime. Jusqu’à ce que John Horus, la plus puissante des armes, tue le président en direct, et réclame des élections libres : le gouvernement truque les élections, a menti pour envahir l’Irak (on voit que la BD s’appuie sur la réalité !) et est corrompu, donc comme les criminels que la justice n’a pu vaincre, il a été abattu par une des armes. La réaction est bien entendu toute autre. La population ne se saisit pas de l’opportunité de prendre le pouvoir, et les armes sont traquées par l’armée, ce qui les oblige, Tom Noir compris, à sortir de leurs planques. Mais pour aider ou contrer John Horus ?

Dans No hero, même thématique. C’est cette fois une drogue qui augmente les humains et les transforme en super héros. Mais il vaut mieux être motivé, les effets secondaires pouvant être assez violents. L’inventeur de la drogue a ainsi monté une milice de vigilants, au service de la population. Ou pas. C’est en suivant un jeune homme qui veut absolument intégrer la milice, au moment où ses membres se font tuer un à un, que l’on découvrira un peu comment cela fonctionne.

Le dernier, Supergod, est totalement différent dans sa narration, c’est un survivant qui raconte, Simon Redding, dans un paysage d’apocalypse. Des années auparavant, plusieurs pays ont créé des super héros. Chaque pays suivant sa culture ou ses croyances. Parfois par le plus grand des hasards. Voilà l’humanité avec de nouveaux dieux, anglais, américain, russe, chinois, iranien … Jusqu’à ce que les indiens créent Krishna avec une seule instruction : sauve l’Inde. Or pour sauver l’Inde, atrocement polluée, surpeuplée, il faut en réduire la population. Et c’est le début de la fin. Fin que nous raconte Simon.

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Trois réflexions autour du pouvoir, de la violence avec pour point central le mythe du super héros. Trois histoires très différentes mais toutes trois très politiques. Trois histoires finalement assez proche de notre réalité. Trois album passionnants rassemblés en une trilogie à découvrir pour ceux, comme moi, qui ne connaissaient pas.

BlackMonday-01Une nouveauté ensuite, recommandée par mon fournisseur de comics : Gloire à Mammon, premier tome d’une série à suivre, par Jonathan Hickman (scénario) et Cocker Tomm (dessin). On commence par le jeudi noir de 1929. Puis on arrive en 2016 avec le meurtre sanglant et semble-t-il rituel d’un membre de la famille Rothschild. Théo Dumas, flic black va mener l’enquête. Et même si un coupable semble évident, il sent qu’il y a derrière tout ça plus qu’une histoire de lutte pour l’argent dans le milieu de la grande finance. Car derrière la puissance des grandes familles banquières se cache un pacte très ancien, le culte du Mammon, et la puissance magique de l’argent.

BlackMonday-02On peut voir l’histoire (assez complexe, voire très complexe) comme une nouvelle théorie du complot. Ou comme une allégorie de la puissance financière. Disons qu’elle illustre par le fantastique le fait que la grande richesse ne s’acquiert et ne se garde qu’en sacrifiant du monde (les fameux œufs de l’omelette), ici les sacrifices sont juste ritualisés. Il faudra que je relise ce numéro quand la suite sortira, c’est sans doute la limite de la BD pour qui aime les récits linéaires et immédiatement compréhensible. Mais ce qui frappe surtout, c’est la beauté des dessins et de la mise en page. Des pages sombres, tout en clair-obscur absolument somptueuses, sur lesquelles on revient, plusieurs fois, rien que pour le plaisir des yeux. Magnifique.

Je conclue avec deux volumes fin de rééditions sous forme d’intégrale.

100-bullets-01Dernier volume donc pour l’édition de l’intégrale de 100 bullets de Brian Azzarello (scénario) et Eduardo Risso (dessin). Si vous vous souvenez, au tout début, l’agent Grave qui travaille pour on ne sait qui, rencontre des inconnus, et leur propose un flingue et 100 balles qui leur garantissent qu’ils pourront se venger de ceux qui leur ont pourri la vie, sans qu’il y ait la moindre conséquence judiciaire. Puis on s’aperçoit qu’il remet sur pied une organisation, les minutemen, qui était au service d’un trust, l’entente des plus puissantes familles de la mafia, avant de se retourner contre eux et d’être dissout. Il semble que Grave veuille maintenant combattre le Trust.

Complots, trahisons, retournements de veste et de situation, bastons … On ne peut pas dire que l’ensemble soit complètement clair, et il faudrait que je reprenne tout pour voir ce qui m’a échappé. Mais chaque péripétie est assez addictive pour qu’on ne puisse lâcher l’ensemble, si l’on ne craint pas l’outrance, si on aime les personnages à la Sin City, avec ce côté jouissif et défouloir de la violence bien exagérée à laquelle on ne croit pas complètement, et des coups de théâtre permanents.

Scalped-01Et pour finir le dernier volume de la série BD qui m’a le plus retourné les tripes et la cervelle depuis que je me suis mis au comics : fin du génial Scalped de Jason Aaron (scénario) et R. M. Guéra (dessin). Dans la réserve Lakota de Prairie Rose, Red Crow, parrain de la réserve et de son casino, Bad Horse, agent infiltré du FBI, Catcher sorte de fantôme hantant la réserve, et l’agent du FBI qui manipule Bad Horse vont s’affronter pour un final qui réserve encore quelques surprises.

Une conclusion à la hauteur d’une série exceptionnelle, par la richesse du récit, le réalisme terrible de la peinture de la survie dans une réserve dévastée par la pauvreté, l’alcool et la drogue, par la complexité des relations humaines mises en scène, le refus du manichéisme, la beauté d’un dessin qui fait ressentir la violence sans jamais tomber dans le voyeurisme ou le gore gratuit.

Vraiment, La Série policière à lire, et relire. Cerise sur le gâteau pour les toulousain, le dessinateur R. M. Guéra a accepté de venir pour le festival Toulouse polars du Sud. Mais on en reparlera.

Warren Ellis (scénario), Juan Jose Ryp (dessin) / Black summer et No hero, Hi Comics, traduit de l’anglais par Eric Betsch puis Warren Ellis (scénario), Garrie Gastony (dessin) / Supergod Hi Comics, traduit de l’anglais par Philippe Tullier.

Jonathan Hickman (scénario), Cocker Tomm (dessin) / Black Monday murders (T1), Gloire à Mammon, Urban Comics (2018), traduit de l’anglais par Maxime Le Dain

Brian Azzarello (scénario), Eduardo Risso (dessin) / 100 bullets, Urban Comics (2018), traduit de l’anglais par Jérémy Manesse.

Jason Aaron (scénario), R. M. Guéra (dessin) / Scalped, Urban Comics (2018), traduit de l’anglais par Françoise Effosse-Roche.

Quelques comics

Un petit point sur les Comics que je continue à lire de temps en temps.

Je commence par une série dont j’ai parlé il y a pas mal de temps, Deadly Class de Rick Remember, Wes Craig et Jordan Boyd.

Deadly_Class_tome_5J’en étais resté au tome 4 qui se terminait en véritable coup de tonnerre, qui aurait pu marquer la fin de la série. Une fin très frustrante, mais une fin. Et bien sachez que les épisodes 5 et 6 semblent encore accélérer, si c’est possible. En fait, depuis le deux on est à fond. Et ça tient toujours la distance et le rythme. On suit ces rejetons de mafias, venus apprendre à être de parfaits assassins et surtout de parfaits fils de putes. On va découvrir de nouveaux arrivants, dont un métaleux ancien de la STASI, un comanche casse-bonbons, et toujours la tueuse Saya que l’on va apprendre à mieux connaître.

dc6C’est noir de chez noir, sanglant, et le scénariste a un talent certain pour les coups de théâtre. Seul problème, comme les autres volumes le 6 se termine sur un nouveau coup de Trafalgar qui va me laisser très énervé et très impatient de connaître la suite. Tout cela ne vous apprend pas grand-chose, mais il est très difficile, à partir du tome 2 de raconter quoi que ce soit de l’intrigue sans forcément dévoiler des éléments essentiels de l’histoire. Ce qui serait très vache pour ceux qui couvraient découvrir la série depuis le début. Donc faites-moi confiance, si vous aimez le rude, le sanglant, allez-y, c’est extrêmement addictif, et surtout ne lisez aucun résumé nulle part !

Deux nouveautés également :

J’avais découvert Ed Brubaker avec le magnifique Fondu au noir. Du coup, j’ai eu envie de démarrer une série au titre prometteur : Kill or be killed, où il est associé avec les mêmes complices : Sean Phillips (dessin) et Elizabeth Breitweiser (couleur).

KillDylan est un looser de la plus belle eau. Il rate tout, est amoureux d’une fille qui l’utilise comme confident de ses amours, merdouille dans ses études. Un soir il décide d’en finir, saute du haut du toit … Mais survit. Tout étonné il va se coucher. Mais rien n’est gratuit dans cette vie, et quelques instants plus tard il est réveillé par une ombre plus noire que la nuit. Une ombre qui l’a sauvé, et qui va exiger son prix : Une vie par mois. Tous les mois, Dylan devra tuer quelqu’un qui le mérite. Un moins plus tard, Dylan pourra vérifier qu’il n’a pas rêvé, et qu’il n’a plus le choix.

Avec un tel sujet, vous imaginez bien qu’on est de nouveau dans du très sombre. Une impression renforcée par des dessins et le choix d’une atmosphère qui en rajoutent une couche : Cela se passe essentiellement de nuit, en hiver, avec un temps aussi pourri que celui qu’on a actuellement. Pas beaucoup de couleurs claires, quelques flaques de lumière autour des lampadaires, tout est en harmonie. Un très bon départ qui, après un prologue qui cartonne, ralentit pour mettre en place les personnages tous assez torturés. Très prenant, et je suis curieux de voir où ça va aller.

Le dernier, c’est le beau cadeau de mes gamins pour mon anniversaire, cadeau il est vrai suggéré par mon vendeur préféré. C’est noir de chez noir, c’est tordu, c’est glauque, et pourtant c’est terriblement humain et on peut même y déceler une lueur d’espoir à la fin. C’est Starve de Brian Wood, Danijel Žeželj et Dave Stewart.

Starve 01Accrochez-vous, on va rester dans du pas très rigolo … Dans un futur pas forcément très lointain, les inégalités se sont encore creusées, le réchauffement climatique est là et bien là, au point que les étages inférieurs de certaines parties de New York sont sous l’eau, et la petite, toute petite portion de la population qui a accaparé la richesse est encore plus arrogante et indécente qu’aujourd’hui (je sais ça parait difficile).

Pour amuser ces humanistes, il faut toujours aller plus loin dans l’abjection. C’est ce qui a fait le succès de Starve, émission de téléréalité qui a poussé dans des limites inimaginables la saloperie des émissions existantes dans le domaine de la cuisine. Gavin Cruikshank, chef génial, a créé l’émission, avant de tout plaquer et d’aller se cacher quelque part en Asie, abandonnant, chaine, femme et enfants. Mais voilà, 3 ans plus tard, la chaine et son ex ont le bras long, et ont le moyen de l’obliger à revenir pour participer en tant que candidat. Pour des épreuves qui sont autant de provocations immondes dans un monde qui crève de faim. Coincé Gavin revient, bien décidé à tout faire exploser.

Starve 02Le monde décrit est d’autant plus terrifiant qu’on n’en est vraiment pas loin, pas loin du tout, est-on même certain qu’on n’y est pas déjà ? Le dessin et la couleur sont en pleine adéquation avec le sujet, au point de pouvoir être rebutants si on ouvre Starve sans rentrer dans l’histoire. Sombres, traits comme flous, le glauque de la situation est accentué, et on se surprend à trouver à cette esthétique une sombre beauté. Et la charge sans pitié. Même si je n’ai jamais regardé ces programmes, j’imagine que le scénariste s’est contenté d’appuyer à peine le trait.

Malgré tout, dans ce monde désespérant, les auteurs nous offrent de temps en temps une lueur d’espoir, grâce entre autres au personnage lumineux de la fille de Gavin, et aux poches de résistance, ici et là. Et surtout, ils nous accrochent au point qu’on ne peut lâcher l’histoire, tant on est pris par les rebondissements, et surtout tant on s’attache à des personnages particulièrement bien construits. Une vraie réussite.

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Rick Remember (scénario), Wes Craig (dessin), Jordan Boyd (couleur) / Deadly Class, Urban comics (2017, 2018), traduit de l’anglais par Benjamin Rivière.

Ed Brubaker (scénario), Sean Phillips (dessin), Elizabeth Breitweiser (couleur) / Kill or be killed, Delcourt 2017, traduit de l’anglais par Jacques Collin.

Brian Wood (scénario), Danijel Žeželj (dessin), Dave Stewart (couleur) / Starve, Urban Comics (2017), traduit de l’anglais par Benjamin Rivière.

Magnifique hommage aux grands films noirs.

Les tauliers de Bédéciné en disent le plus grand bien, et comme je leur fais confiance j’ai craqué pour Fondu au noir, de Ed Brubaker, Sean Phillips et Elizabeth Breitweiser.

Fondu 01Hollywood, 1948. La chasse aux cocos bat son plein, Hollywood est le mirage, là où se trouve le pouvoir. Un pouvoir incarné par les stars, mais qui est en réalité entre les mains des producteurs et défendu, à tout prix, par les responsables de la sécurité des studios.

Charlie Parish est revenu brisé de la guerre. Il a retrouvé son travail de scénariste, mais ne peut dormir qu’après avoir bu jusqu’à en perdre la mémoire. C’est comme ça qu’un matin il se réveille dans une baignoire, sans aucun souvenir de la fin de soirée. Dans la salle à côté, Valeria Sommers, morte, étranglée, la vedette du film en cours …

Charlie rentre chez lui sans rien dire. Quand les journaux titrent sur le suicide de la star, il décide d’essayer de comprendre ce qui s’est passé, sans imaginer dans quel nid de serpents il va mettre les pieds.

Si vous aimez les films noirs de la grande époque Bogart, si vous avez rêvé devant Veronica Lake, si vous êtes fan de L A Confidential … Alors, même s’il faut casser la tirelire, Fondu au noir est pour vous.

C’est toute cette époque, tout ce mythe qui se déroule sous nos yeux ébahis tout au long de plus de 300 planches magnifiques. Les fêtes dans les studios, le glamour, la saloperie qui se cache derrière, le FBI et sa chasse à tout ce qui se dit de gauche, l’alcool, les réalisateurs venus d’Europe, les scénaristes exploités, le pouvoir absolu des patrons des studios, la magie de l’écran …

Une histoire bien tarabiscotée rendue floue par l’alcoolisme du narrateur, des victimes, toujours les mêmes, les plus vulnérables, des vrais pourris, des références à plein de films et d’acteurs qui font partie de notre imaginaire.

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Et des planches qui collent parfaitement au propos, faisant naitre en nous les images de films, d’affiches, d’acteurs et d’actrices. Des planches absolument magnifiques. Sans parler des suppléments, en fin d’ouvrage qu’on aurait envie de découper, encadrer et mettre aux murs tant ils sont beaux.

A découvrir sans faute. A mettre sur sa liste de cadeaux (anniversaire, fête, mariage, Noël, pâques ou ce que vous voulez).

Ed Brubaker (scénario), Sean Phillips (dessin), Elizabeth Breitweiser (couleur) / Fondu au noir, Delcourt 2017, traduit de l’anglais par Doug Haedline.