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Notre shérif préféré

Tous les ans, on sait qu’il y a au moins deux bonnes nouvelles : Le nouveau roman de Camilleri et le nouveau roman de Craig Johnson : A vol d’oiseau.

couv rivireWalt Longmire se retrouve avec une mission très compliquée : organiser le mariage de sa fille. Pire, l’organiser avec son ami Henry Standing Bear dans la réserve Cheyenne … Alors qu’ils sont en repérage, ils sont témoins de la mort d’une jeune femme qui tombe du haut d’une falaise. Il s’avère qu’elle avait son fils de quelques mois dans les bras. Et que le suicide est fort improbable. Voici donc Walt embarqué dans une enquête sur un territoire où il n’a aucune autorité, en butte à l’hostilité de la nouvelle (et très en colère) chef de police de la réserve. Et le FBI qui leur débarque dans les pattes …

Tout cela risque de faire passer les préparatifs du mariage au second plan. Ce qui est une très mauvaise idée pour la paix familiale.

Quel plaisir de retrouver Walt, Henry et les autres. Craig Johnson une fois de plus nous régale en nous offrant ce qu’on cherche dans ses romans : retrouver des amis, sourire s’émouvoir, sentir les grands espaces, l’humanité et la noirceur. Il nous offre ce qu’on attend et en même temps arrive à se renouveler à chaque fois.

Ici, comme pour le premier roman de la série, nous sommes dans la réserve. Une bonne intrigue, de l’humour, la peinture de gens qui vivent (ou survivent) dans une pauvreté inimaginable, mais une peinture sans angélisme ni misérabilisme, capable de montrer la dignité, la rage, la lutte mais aussi le renoncement, l’abandon et la violence retournée contre les plus faibles.

Même si ce nouvel épisode ne se hisse pas au niveau du magistral Tous les démons sont ici, c’est encore et toujours un très bon roman que l’on referme déjà nostalgique et pressé de retrouver toute la bande. Décidément le temps n’a de prise ni sur Walt Longmire ni sur le talent de Craig Johnson.

Craig Johnson  / A vol d’oiseau (As a Crow flies, 2012), Gallmeister (2016), traduit de l’anglais (USA) par Sophie Aslanides.

Contre la barbarie ? Walt Longmire.

J’avais besoin d’humanité, d’amitié, de souffle et de chaleur. Paradoxalement, cette chaleur on la trouve dans l’hiver glacial de Steamboat de notre cowboy préféré : Craig Johnson.

couv rivireSoir de Noël, Walt Longmire s’apprête à quitter son poste quand arrive une jeune femme, visiblement très émue, qui demande à rencontrer Lucian Connally, l’ancien shérif. Bien qu’elle refuse de dire son nom et la raison de sa visite, Walt l’accompagne à la maison de retraite où il avait, de toute façon, l’intention de se rendre.

Sur place, la jeune femme ne dit qu’un mot : Steamboat. Un mot qui les ramène à une autre nuit de Noël, plus de vingt ans auparavant, en 1988, l’année du premier Noël de Walt comme shérif.

Ce n’est pas un roman, ce n’est pas non plus une nouvelle, c’est entre les deux. Ce n’est pas non plus un polar, plutôt une novella d’aventure. Mais on s’en fout, ça fait chaud au cœur. En attendant le prochain « gros » roman, aucun bouquin ne pouvait mieux tomber que celui-là.

Qui nous raconte magnifiquement une histoire comme on en lisait quand on était gamins. Une histoire de lutte contre les éléments, d’hommes (hommes au sens êtres humains, OK ? il y a aussi des femmes dedans) qui se serrent les coudes, qui balancent de grosses vannes quand tout va mal, et qui quand le boulot est fait, vont boire un coup pour évacuer la tension.

Et puis il y a cette réponse, si simple, si évidente et pourtant si importante de Walt à quelqu’un qui refuse de risquer sa vie, et lui demande pourquoi il fait ça : « c’est une question de ce qu’on doit faire, et comment continuer à vivre si on ne le fait pas ». Et ça aussi, ça fait du bien de le lire ces jours-ci … Parce qu’il y a des gens, des français, qu’on présente souvent comme de plus en plus égoïstes, individualistes, superficiels … Qui sont sortis de chez eux vendredi soir pour aider un blessé, qui ont ouvert leur porte pour accueillir un inconnu.

Bien sûr, Craig Johnson nous parle d’héroïsme romanesque, d’héroïsme hollywoodien, un héroïsme à la Gary Cooper, ou Kirk Douglas. Et c’est un conteur hors pair qui vous embarque dans sa galère (ou ici son avion) comme si vous y étiez, il arrive à vous faire vibrer, sourire et pleurer en même temps, il raconte des personnages à la fois tellement proches et tellement plus grands que ceux qu’on rencontre quotidiennement.

Mais vendredi, pleins d’anonymes, d’inconnus dont personne n’écrira l’histoire ont dû, sans même y réfléchir se dire que « c’est une question de ce qu’on doit faire, et comment continuer à vivre si on ne le fait pas ». Pleins d’anonymes qui retourneront peut-être à une vie insouciante, avec qui peut-être demain je ne serai d’accord sur rien ou presque, peut-être même que je les trouverai insupportables, mais vendredi soir ils ont été des Walt Longmire l’espace de quelques instants.

C’est à eux que je veux dédier cette lecture.

Et c’est pourquoi Craig Johnson est grand.

Craig Johnson  / Steamboat (Spirit of steamboat, 2012), Gallmeister (2015), traduit de l’anglais (USA) par Sophie Aslanides.

Walt Longmire dans l’enfer de Dante

Le Craig Johnson traditionnel est un peu en avance cette année, ça doit être le réchauffement climatique qui le fait arriver avant le printemps. Et pourtant, dans Tous les démons sont ici, ça gèle fort.

couv rivireFin d’hiver, début de printemps du côté des Bighorn Mountains, dans ce comté (imaginaire) sous l’autorité su shérif Walt Longmire. Dans ce coin haut perché, l’hiver n’a pas l’air d’être au courant qu’il vit ses derniers jours et une tempête shakespearienne se prépare. Avec blizzard et neige. De quoi ne pas réjouir Walt et son adjoint basque Sancho qui doivent encadrer Raynaud Shade, un psychopathe d’origine Crow, pour une reconstitution dans les montagnes.

Surtout que, comme le dit un des meurtriers qui est avec lui (oui ils sont plusieurs charmants garçons) : « Nous on est le genre qui donne des cauchemars aux gens […] Lui, c’est le genre qui nous donne des cauchemars. ». Et quand Walt et Sancho s’en reviennent après avoir laissé Shade aux mains du FBI, en haut, dans la montagne, devinez ce qui se passe … Et qui va devoir partir à la poursuite du fou furieux qui a deux otages alors que la tempête se déchaîne ? Gagné.

Un mano a mano époustouflant s’engage, avec la nature déchaînée comme arbitre.

Il est très fort Craig Johnson. Très fort parce que c’est quand même le septième volet des aventures de Walt Longmire et qu’il arrive à garder une cohérence tout en se renouvelant et en prenant des risques. Très très fort.

Cohérence parce qu’on retrouve Walt et le Wyoming sous la neige. Cohérence parce que, malgré la grande noirceur du roman (le paysage est tout blanc mais le roman est noir) il garde cet humour caractéristique de son personnage : « Je ne pouvais pas mourir – Il y avait trop de femmes qui me tueraient. ». Cohérence parce que les personnages secondaires, ceux qu’on aime presque autant que Walt sont là, même si les échanges avec eux se font quasiment uniquement par téléphone, quand Walt arrive à capter du signal dans ses montagnes. Cohérence enfin parce qu’il revient ici sur un épisode du premier roman, Little Bird.

Mais en même temps tout change et il prend de très grand risque. Et ce n’est pas la première fois.

Tout change parce que cette fois Walt est seul ou presque face à l’affreux. Et surtout Craig Johnson prend un très grand risque en allant voir du côté du fantastique, et un risque encore plus grand en laissant ses lecteurs libres de leur interprétation. Un risque parce que certains pourraient lui reprocher d’avoir choisi une solution de facilité, de ne pas choisir … Moi j’ai adoré.

Et puis il y a Virgil White Buffalo, ce qu’ils appellent dans le Wyoming un FBI, « Foutrement Balèze d’Indien » (je suppose que c’est Fucking Big Indian en anglais), qui dès qu’il apparait me fait penser à l’indien de Vol au-dessus d’un nid de coucou. Un personnage hors norme, monumentale création littéraire qui apporte une dimension supplémentaire à un roman déjà passionnant.

Pour finir, quelle écriture et quelle construction ! Je me suis gelé pendant toute la lecture, j’ai cru m’évanouir avec Walt, entendre craquer la neige, j’ai failli tomber dans le précipice avec lui … Et tout ça en lisant régulièrement l’enfer de Dante ! Vraiment très fort.

Et quel sens du rythme ! Dans le premier chapitre, la tension qu’il installe dès le premier échange avec le psychopathe est un modèle du genre. Une tension qui va s’intensifier pour ne se relâcher, paradoxalement, qu’une fois les deux réellement face à face, pour un final époustouflant, ralentis par le froid et l’épuisement, aveuglés par la neige. Du grand art, une fois de plus.

Craig Johnson / Tous les démons sont ici (Hell is empty, 2011), Gallmeister (2015), traduit de l’anglais (USA) par Sophie Aslanides.

  1. Bien qu’il fasse plusieurs allusions à des événements passés dans d’autres romans, Tous les démons sont ici peut se lire sans avoir lu les autres. Mais ce serait vraiment dommage de se passer de cette magnifique série.

Molosses de Craig Johnson

C’est le printemps ! C’est donc la saison du nouveau Craig Johnson. Par contre dans le Wyoming de Molosses, c’est l’hiver, et quel hiver !

JohnsonCa commence par Grandpa Stewart aperçu par un automobiliste, tracté au bout d’une corde derrière une vieille voiture. Comme tout est gelé, il semble très bien glisser sur la route. Ca continue avec un bout de pouce trouvé dans une glacière, au côté de quelques bouteilles de bière … La routine pour Walt Longmire, et ses adjoints la belle Vic et Sancho qui se remet mal de l’agression dont il a été victime quelques semaines auparavant. Mais, alors que le coin est bloqué par la tempête, les cadavres commencent à s’accumuler autour de l’étrange famille Stewart.

Est-ce que Craig Johnson a vraiment conscience de rendre les gens heureux ? Sait-il combien de lecteurs se réjouissent de retrouver Walt, Henry Standing Bear, le chien, Vic et tous les habitants de ce coin de Wyoming ? Sait-il qu’il suffit d’ouvrir un de ses romans pour qu’un sourire de contentement apparaisse ?

Il y a quelques années, avant qu’il n’y ait des autoroutes partout, la tradition voulait qu’on s’arrête toujours, au retour des Pyrénées, dans un restaurant en plein Gers, où deux mamies nous servaient invariablement le même plat : le magret cocotte. Et quand elles arrivaient et soulevaient le couvercle de la cocotte en fonte noire, quand on entendait le grésillement des patates et des oignons frémissant sous les magrets cuits à point, quand le fumet arrivait à nos naseaux, immanquablement, des sourires béats fleurissaient sur toutes les lèvres. Craig Johnson, c’est le magret cocotte du polar !

Et ce nouvel épisode ne déroge pas à la règle. On y retrouve nos héros préférés, on y retrouve l’humour de l’auteur, ses dialogues qui claquent. On y retrouve des histoires qui sont trop incroyables pour ne pas être vraies. On y retrouve un regard humaniste sur ce coin perdu de l’Amérique. Humaniste mais ni naïf, ni niais. Et on y retrouve cette nature si présente, si belle mais également si dangereuse qui caractérise ses romans.

Petit à petit, l’air de rien, Craig Johnson est en train d’écrire les chroniques du XXI° siècle du Wyoming, et il le fait de très belle manière. Vivement l’an prochain pour retrouver nos potes et voir comment ils auront survécu à la fin de cet hiver.

Craig Johnson / Molosses (Junkyard dogs, 2010), Gallmeister (2014), traduit de l’américain par Sophie Aslanides.

Le Craig Johnson annuel

Il me semble qu’il est un peu en avance cette année. D’habitude il nous arrive plutôt en mars (si je ne m’abuse). Mais on ne va pas s’en plaindre, bien au contraire. Le voilà donc. Qui ? Walt Longmire, le shérif de Craig Johnson, qui nous arrive au galop, monté sur son Dark Horse.

JohnsonWalt Longmire n’aime pas les affaires trop simples … Wade Barsad était une vraie pourriture. Capable de mettre le feu à l’écurie de sa femme Mary, avec les chevaux à l’intérieur. Du coup Mary est entrée dans la chambre et l’a abattu de six balles avant que le feu ne se propage à la maison. Fin de l’histoire. Sauf pour Walt qui accueille Mary dans sa prison. Comme le meurtre a eu lieu dans un autre comté, il décide de s’y rendre incognito. Mais difficile de ne pas être reconnu quand on a le gabarit de Walt, qu’on est accompagné par Le Chien, et qu’en plus un Cheyenne taillé comme un chêne traine dans le coin …

Walt Longmire et son chien ; Henry Standing Bear ; la nature du Wyoming ; Vic l’adjointe gironde mais pas commode ; une bonne histoire ; de la castagne ; du suspense ; un vrai salaud ; des coups de théâtres ; des dialogues qui claquent et de l’humour.

Tous les ingrédients de la cuisine généreuse et humaniste du plus français des cow-boys du Wyoming. Et une fois de plus, la cuisson est parfaite. Qu’est-ce qu’il vous faut de plus pour vous précipiter ?

Que je vous dise qu’il y a le portrait d’un village paumé, rude, dur, mais décrit avec une grande tendresse ? Qu’on y apprend deux trois choses sur les Buffalo Soldiers ? Qu’on y croise quelques personnages secondaires qu’on espère revoir l’an prochain ? Qu’on est toujours enchanté d’avoir des nouvelles du comté d’Absaroka ?

Ben voilà, c’est dit.

Craig Johnson / Dark Horse (Dark Horse, 2009), Gallmeister (2013), traduit de l’américain par Sophie Aslanides.

Walt Longmire revient dans le Wyoming

C’est devenu une tradition, une excellente tradition, au mois de mars, quand l’hiver est sur le point de laisser sa place au printemps, Gallmeister nous offre le Craig Johnson de l’année. En 2012 il s’appelle Enfants de poussière.

couv rivireWalt Longmire est de retour du Wyoming avec sa fille Cady qui se remet lentement de l’agression dont elle a été victime à Philadelphie. Sous la chaleur accablante de l’été il est appelé au bord d’une route : deux ranchers qui fauchaient les bas-côtés ont trouvé le corps d’une jeune femme d’origine asiatique. La morte est Vietnamienne et avait dans sa poche une photo représentant une entraineuse au côté d’un jeune soldat en train de jouer du piano … Un jeune soldat qui n’est autre que Walt. La photo date de quand il était dans l’enfer vietnamien avec son ami Henry Standing Bear.

Une bonne intrigue, un socle historique qui, comme souvent chez Craig Johnson explique les événements présents (ici ce sont, une fois de plus, les traumatismes du Vietnam, que les auteurs américains n’ont décidément pas fini d’explorer qui sont sur le devant de la scène), l’immense plaisir de retrouver des personnages qui sont devenus des amis au fil des romans, l’humanité de l’auteur, sa tendresse pour ses personnages, la chaleur qui se dégage de ses pages … Bref tout ce qu’on a appris à aimer chez cet auteur qui, en peu de temps et sans qu’on s’en rende compte, est devenu un de ceux dont on attend le prochain roman avec impatience.

En prime, vous apprendrez ce que FBI veut réellement dire, vous penserez peut-être à Vol au dessus d’un nid de coucou (je ne peux pas croiser un personnage de colosse indien sans penser à ce film), et vous dégusterez les dialogues en votre shérif préféré et ses collègues et amis (Vic la terreur, Ruby au standard et bien entendu Henry Standing Bear).

Puis vous refermerez le bouquin en vous disant que ça va être long d’attendre l’année prochaine …

Craig Johnson / Enfants de poussière (Another man’s mocassins, 2008), Gallmeister (2012), traduit de l’américain par Sophie Aslanides.

Walt Longmire fait un tour en ville.

C’est avec une certaine appréhension que j’ai ouvert ce troisième volume des aventures de Walt Longmire de Craig Johnson. En effet, contrairement aux deux premiers, L’indien blanc ne se déroule pas dans le Wyoming sauvage, mais dans une grande ville. L’auteur n’allait-il pas y perdre son latin ? Son ton ? Son enchantement ? Des craintes qui se sont révélées totalement injustifiées.

Walt Longmire, shérif dans le Wyoming, décide d’accompagner son ami Henry Standing Bear à Philadelphie où il présente une série de ses photos sur la Nation Cheyenne. L’occasion pour lui de voir sa fille Cady, avocate dans une grand cabinet, et de faire connaissance avec son ami Devon, avocat comme elle. Malheureusement, le soir de son arrivée, Cady est agressée et se retrouve dans le coma. Walt acquiert très rapidement la certitude que Devon est mêlé à l’agression. Il a peu de temps pour s’en assurer. Moins de 48 heures plus tard le jeune avocat est tué. Impliqué malgré lui, Walt décide alors d’enquêter dans la grande ville.

Donc tout va bien, Craig Johnson est aussi à l’aise à la ville quand dans les immensités du Nord-Ouest sauvage. Il faut dire que s’il est actuellement propriétaire d’un ranch situé à quelques kilomètres d’une métropole de 25 habitants, il fut, en son temps, flic à New York ! Donc le bonhomme a plus d’une corde à son arc, et plus d’une expérience dans sa besace.

Résultat, l’écriture est aussi belle et convaincante quand il décrit un environnement urbain que dans ses tableaux des montagnes sauvages, les personnages sont plus attachants que jamais, l’émotion est palpable et son humour n’a pas changé. Le roman permet d’approfondir les relations entre Walt et sa fille, et d’apprendre à connaître une peu mieux La Terreur, Vic, adjointe de Walt, et de faire connaissance avec sa famille, tous (ou presque) flics à Philadelphie.

Bref, le lecteur se régale et en redemande. C’est quand le prochain ?

Craig Johnson / L’indien blanc (Kindness goes unpunished, 2007), Gallmeister (2011), traduit de l’américain par Sophie Aslanides.