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Peter Punk au pays des merveilles

Avec son premier roman Danü Danquigny nous avait amené en Albanie. Retour en France avec Peter Punk au pays des merveilles.

On pourrait penser que Desmund Sasse est maffré. A peine sorti de six mois de prison (on découvrira pourquoi plus tard), il est arrêté par les flics pour complicité de meurtre. Heureusement pour lui, ce qui l’incrimine ce sont des appels d’un inconnu sur son téléphone, téléphone qui se trouvait en possession de la police pendant les appels. De là à conclure que les pandores ne sont pas bien malins …

Mais en plus d’avoir la poisse, Desmund est tout sauf prudent. Donc il va chercher à savoir qui est cet inconnu qui l’a appelé, et plonger tête baissée dans les ennuis. Alors que dehors les forces « de l’ordre », matraquent et gazent les manifestants à tour de bras il va jouer à l’éléphant dans le fameux magasin de porcelaine, à ses risques et périls.

Nous sommes dans une ville imaginaire, qui pourrait bien ressembler à Rennes. Et nous sommes en présence d’un vrai bon polar, à l’ancienne, basé sur une intrigue archi classique (le taulard qui se retrouve dans les ennuis dès qu’il sort). Or l’archi classique, quand c’est bien fait, ça fonctionne très bien. Et ici c’est très bien fait.

Les différents personnages sont intéressants, bien construits, les dialogues sonnent juste, l’intrigue est bien menée. Donc le minimum syndical qui assure un bon moment de lecture est là.

Et on a droit à plus. La description juste et lucide de la situation actuelle, du mépris de plus en plus affiché du pouvoir pour le peuple et ses revendications, du désespoir qui a envahi ceux qui continuent à lutter mais n’espèrent plus rien, du recours systématique à la répression et à la violence d’état.

Un excellent polar dans la grande tradition donc. Comme une bonne nouvelle n’arrive jamais seule, sauf erreur de lecture de ma part, l’auteur a laissé suffisamment de portes ouvertes (tout en apportant une résolution à l’intrigue principale, n’ayez pas peur), pour que l’on soit en droit d’espérer une suite.

Danü Danquigny / Peter Punk au pays des merveilles, Série Noire (2022).

Les aigles endormis

Un polar qui se déroule en Albanie, ce n’est pas commun. Les aigles endormis de Danü Danquigny, à la série noire.

G03547_Danquigny_LesAiglesEndormis.inddAoût 2017, Arben laisse ses deux enfants devenus adultes en France où ils vivent avec lui depuis plus de vingt ans et revient dans son village d’origine, en Albanie.

Bien longtemps auparavant, il a joué avec une bande de copains, il a grandi, a vu ses espoirs réduits à néant durant la dictature sanglante d’Enver Hoxha, et a participé à de nombreux trafics durant la période qui a suivi sa chute et l’installation d’un capitalisme sauvage qui n’a guère amélioré la situation de la population. Jusqu’à l’événement tragique qui l’a poussé à quitter le pays, et qui le ramène aujourd’hui, en quête de vengeance.

Il serait dommage de passer à côté de ce polar, le premier que je lis qui se déroule en Albanie. Ce n’est pas le roman de l’année, mais c’est du beau travail et le lieu est pour le moins original.

La structure, très classique, faite d’aller-retour entre un temps présent et le passé qui l’explique, est particulièrement bien adaptée au propos et parfaitement maîtrisée. Le narrateur est intéressant, l’auteur réussissant à le complexifier au fur et à mesure du récit, jusqu’à en faire personnage assez fascinant, pour lequel on oscille entre empathie et dégout ; une belle réussite.

Et bien entendu, l’originalité du roman vient du lieu, des paysages et des gens qu’il décrit. Réussissant à bien rendre l’horreur de la dictature, le chaos de la transition, les espoirs trahis et l’arrivée d’une mafia et d’une corruption qui finissent d’anéantir toute possibilité de sortir de la misère. Le tout de façon ramassée, efficace, sans pathos ni lourdeur.

Crise sur le gâteau, j’ai souri à cette référence glissée l’air de rien au détour d’une phrase : « Mon abri grisâtre était un fort, il dominait la plaine d’où l’ennemi viendrait, qui me ferait héros. », il y en a peut-être d’autres que j’ai ratées … Je vous laisse découvrir le double hommage.

Une belle découverte en ce début d’année que ce roman d’un auteur français qui a l’air de savoir de quoi il parle quand il écrit sur l’Albanie.

Danü Danquigny / Les aigles endormis, Série Noire (2020).