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BD de début d’année

Commençons l’année avec quelques BD, Noël ayant été propice aux cadeaux (certains étant des auto-cadeaux), voici le bilan.

Les papis de Wilfrid Lupano et Paul Cauuet ont toujours la papate, et cette fois ils vont aller mettre le souk en Guyane dans L’oreille bouchée. Cela ne va pas aller sans ronchonneries, surtout du côté de Pierrot. C’est Mimile et son copain retrouvé Errol qui invitent Pierrot et Antoine, sans leur dire de quoi il s’agit. On se doute qu’il ne s’agit pas seulement de faire du tourisme … C’est toujours aussi drôle, enragé, engagé. Avec ce voyage les auteurs on trouvé le moyen parfait de mettre en scène la mauvaise humeur et la mauvaise de foi de Pierrot, donc on rit beaucoup, et on rit intelligent. Que demander de plus.

Côté comics, Jeff Lemire a encore sévi, avec une histoire « one shot » comme on dit en français : Sentient, en collaboration avec Gabriel Walta. A bord du USS Montgomery, une vingtaine de familles parties d’une Terre à bout de souffle sont en route vers une des lointaines colonies. Juste au moment où le vaisseau rentre dans une zone où les communications sont impossibles, un des voyageurs, membre d’un groupe séparatiste tue tous les adultes. Les enfants vont se retrouvés livrés à eux-mêmes, en compagnie de l’IA du vaisseau, Valérie, qui va devoir dépasser sa programmation pour leur permettre d’arriver à bon port. Très beaux dessins dans des tons pastels, gris et bruns, sauf à un moment crucial du récit où l’on passe à des couleurs plus primaires, pour une jolie histoire d’amitié et de parentalité de substitution.

Du pastel je suis passé au vraiment flashy avec le début d’une série de SF Invisible Kingdom de G. Willow Wilson et Christian Ward. Quelque part dans l’espace, Grix est pilote sur un vaisseau qui livre les commandes de la toute puissante société Lux. Loin de là, Vess vient juste de rentrer dans les ordres de l’Enseignement de la Renonciation, qui combat, entre autres et surtout, le consumérisme prôné par Lux. Quand chacune de son côté découvre que Lux verse de très grosses sommes tous les mois aux sœurs elles deviennent toutes les deux très très gênantes. Comme elles refusent de se taire, leur tête est mise à prix, et la chasse est lancée. Un propos intelligent, des thématiques plus qu’actuelles (entre les lanceurs d’alerte, le poids des géants du commerce tel Lux, l’hypocrisie des institutions religieuses …), des dessins impressionnants qui vont vous en mettre plein la vue, et une narration parfaitement maîtrisée, voilà un démarrage de série qui promet.

J’ai complété tout cela avec du Garth Ennis, vous voyez qui s’est ? Non ? Le scénariste de Preacher. La première BD n’a rien à voir. D’après mon dealer de comics qui sait TOUT, c’est un autre versant que l’on ne connaît pas ici du génial scénariste, qui est un grand spécialiste de la seconde guerre mondiale. C’est là qu’il situe Sara, dessiné par Steve Epting. Pendant le siège de Leningrad, en plein hiver, un groupe de snipers soviétiques décime les troupes nazies. Un groupe de femmes. La plus douée, Sara. Soumise à pression des combats, au froid, et à la surveillance constante des commissaires politiques Sara marche sur le fil et doit vivre avec ses fantômes. Superbe dessin, construction au cordeau, reconstruction historique impressionnante, suspense parfaitement maîtrisé et un final magnifique. Une réussite exceptionnelles qui emporte, même ceux qui, comme moi, ne sont pas du tout fan, a priori, de roman ou BD sur la guerre.

Et pour finir, toujours du Garth Ennis de l’ancien, du vieux et réchauffé, dans la veine trash et iconoclaste, associé cette fois à Darick Robertson qui est le dessinateur de Transmetropolitan. J’ai commencé doucement avec les trois premiers volumes de The Boys qui titrent : Ca va faire très mal ! puis Ca va saigner et Dis comme ça. Bien entendu, j’irai au bout de la série très bientôt. Dans un futur parallèle les super héros existent. Ils sont le produit d’une entreprise d’armement qui a créé les 7, les plus puissants d’entre eux. Puis ici et là des aspirants supers se sont regroupés en ligues. But, gagner plein de tunes avec les pubs, les films les comics … et pour la firme, infiltrer au mieux le gouvernement américain pour récupérer les contrats d’armement. Face à eux la CIA qui parfois se réveille a créé The Boys, ceux qui sont là pour surveiller les surveillants, et leur mettre des limites. Il faut dire que les Super en général, et les 7 en particulier sont très puissants, mais aussi très cons, obsédés, et particulièrement nuisibles. The Boys c’est Butcher et son dogue qui ne répond qu’à un ordre : « Nique », Le français, La crème, La fille et un écossais récemment arrivé Hughie. Dire que leurs méthodes sont conventionnelles et que les auteurs font toujours preuve de bon goût, de retenue et de politiquement correct serait mentir. Et putain que c’est bon ! Certes il y a parfois quelques moments un peu plus faibles, mais l’ensemble est tellement provocateur, iconoclaste, dézingueur de mythes et en même temps tellement vrai que c’est une jubilation constante. A lire pour tous ceux qui aiment les BD qui secouent la pulpe.

Wilfrid Lupano (scénario) Paul Cauuet (dessin) / Les vieux fourneaux : L’oreille bouchée (T6) Dargaud (2020).

Jeff Lemire (scénario) et Gabriel Walta (dessin) / Sentient, Panini Comics (2020), traduits de l’anglais (USA) par Khaled Tadil.

G. Willow Wilson (scénario) et Christian Ward (dessin) / Invisible Kingdom, HI Comics (2020), traduits de l’anglais (USA) par Virgile Iscan.

Garth Ennis (scénario) et Steve Epting (dessin) / Sara, Panini Comics (2020), traduits de l’anglais (USA) par Thomas Davier.

Garth Ennis (scénario) et Darick Robertson (dessin) / The boys, volumes 1 à 3, Panini Comics (2015 et 2016), traduits de l’anglais (USA) par Alex Nikolavitch.

Transmetropolitan, c’est fini.

Et voilà, ce coup-ci c’est l’affrontement final entre Spider Jerusalem et le Sourire, dans Transmetropolitan année 5 de Warren Ellis et Darick Robertson.

transmetropolitan-tome-5Ceux qui suivent ce blog en général et les aventures de Spider Jerusalem en particulier savent donc qu’on arrive à la fin : Spider Jerusalem est malade, condamné à assez court terme, le Président a réussi à le faire virer de son journal et à détruire toutes ses archives et il s’apprête à l’achever. Sauf que la bête à de la ressource et la vie dure. Et qu’il faut se méfier d’une bête blessée.

Le duel final a donc bien lieu, il est violent, trash, sanglant. Tous les coups sont permis (des deux côtés) et on ne s’arrêtera pas au premier sang.

Quel final ! Quand on suit la série, on ne peut s’empêcher, par moment, de craindre que la tension ne retombe, ou que le final ne soit pas à la hauteur des promesses. Crainte totalement injustifiée ! Ce cinquième et dernier volume monte encore en puissance, en violence, en humour et en rage. Un véritable feu d’artifice, une énergie hallucinante, une explosion de bruit, de fureur, de sons et de couleurs.

On en prend plein les yeux, plein les neurones, et on ne peut que regretter que ça se termine déjà tout en reconnaissant que l’histoire est bien bouclée, cohérente, et que la poursuivre ne pourrait que l’affaiblir.

Si je n’ai qu’un conseil à vous donner c’est celui-ci : Noël approche, vous allez recevoir ou faire des cadeaux, ces cinq années de Transmetropolitan font un magnifique cadeau ! Evitez quand même les âmes un peu trop sensibles ou trop attachées au politiquement correct et au langage châtié.

Pour les autres, cette série rentre sans le moindre doute dans mon panthéon des BD à avoir dans sa bibliothèque. Aux côtés de Maus, Sandman, Corto Maltese, V pour Vendetta, Blast et une petite poignée d’autres.

Warren Ellis (scénario) et Darick Robertson (dessin) / Transmetropolitan année 5 (The cure, One more time, I hate it here et Filth of the city 2000, 2001, 2002 et 2015), Vertigo/Urban Comics (2015), traduit de l’anglais par Jérémy Manesse.

Spider Jerusalem revient

Remercierai-je un jour assez celui ou celle qui m’a signalé la série Transmetropolitan de Warren Ellis et Darick Robertson ? Non. Même ainsi qu’il ou qu’elle soit assuré(e) de ma gratitude éternelle. Tout ça pour dire que le volume 4 qui reprend cette œuvre géniale est sorti et qu’il déménage.

Ellis TransA la fin de l’année 3, si vous avez tout suivi, Spider Jerusalem, le journaliste allumé, grossier, inconscient et incorruptible c’est fait virer de son journal et de chez lui. Sa guerre contre le nouveau Président (Le Sourire) prend une tournure de plus en plus violente. Le voilà maintenant à la rue (enfin pas tout à fait, car il a des ressources) avec ses deux sordides assistantes. Et lui parti, la présidence contrôle entièrement tous les media.

Croit contrôler tous les media. Parce que Spider trouve le moyen de publier quand même et de révéler les manœuvres les plus pourries du Sourire. La guerre continue donc, de plus en plus violente et crade. Avec une deadline terrible : Spider est malade, et il ne lui reste peut-être plus très longtemps à vivre.

C’est toujours grandiose, teigneux, méchant, drôle, impitoyable et intelligent. Ce quatrième recueil se singularise par ailleurs par sa tonalité plus sombre (si, c’est possible !), plus angoissante avec l’arrivée de la maladie de Spider, et un récit encore plus près de ceux qui souffrent. Les cases consacrés aux malades lâchés dans la rue faute de place dans les institutions psychiatriques sont particulièrement poignantes, tant les deux auteurs arrivent à rendre leurs souffrances sans jamais tomber dans les pleurnicheries (c’est vraiment pas le genre de la maison !)

La rage devant l’impunité des puissants (ici symbolisés par Le Sourire) et la servilité des media vous prend aux tripes, et on en vient à espérer que Spider et ses sordides assistantes se mettent à défourailler à tout va pour se défouler et faire sauter quelques dents et jaillir quelques tripes.

La suite de la bataille promet des moments d’anthologie et pour vous donner une idée de la tonalité du bousin, à son assistante qui lui rappelle qu’il ne lui reste, plus ou moins, qu’une année à vivre, Spider répond : « On a donc une deadline. Les deadlines, on connaît. »

Pas d’auto-apitoiement ici. Tant qu’il y aura des BD comme V pour vendetta ou Transmetropolitan les ₰µµ !!!§§§ qui nous gouvernent avec la complicité baveuses de tous les grands media n’auront pas tout gagné.

Ellis Trans 01

Warren Ellis (scénario) et Darick Robertson (dessin) / Transmetropolitan année 4 (Spider’s trash et Dirge 2000, 2001 et 2005), Vertigo/Urban Comics (2015), traduit de l’anglais par Jérémy Manesse.