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Dave Robicheaux, dans l’ordre.

Un commentaire me demande l’ordre des Dave Robicheaux. Comme avec un peu de chance le film de Bertrand Tavernier va amener de nouveaux lecteurs au grand James Lee Burke, je les livre Urbi et Orbi. Et hop.

Le tout grâce à la bible, Le Dictionnaire des Littératures Policières de Claude Mesplède que j’ai ouvert, tout bêtement, à l’article Dave Robicheaux :

La pluie de néon (The neon rain, 1987)

Prisonniers du ciel (Heaven’s prisoners, 1988)

Black Cherry Blues (Black Cherry Blues, 1989)

Une saison pour la peur (Morning for flamingos, 1990)

Une tache sur l’éternité (A stained white radiance, 1992)

Dans la brume électrique avec les morts confédérés (In the electric mist with the Confederate dead, 1992)

Dixie city (Dixie city jam, 1994)

Le brasier de l’ange (Burning angel, 1995)

Cadillac juke-box (Cadillac Jukebox, 1996)

Sunset limited (Sunset limited, 1998)

Purple Cane Road (Purple Cane Road, 2000)

Jolie Blon’s Bounce  (Jolie Blon’s Bounce, 2002)

Dernier tramway pour les Champs-Elysées (Last car to Elysian Fields, 2003)

Et voilà le travail. Ils sont tous publiés chez rivages, en poche, ou en grand format pour le dernier.

Dans la brume électrique avec Tommy Lee Jones et Bertrand Tavernier

Ca y est, je l’ai vu. Et j’ai beaucoup aimé. Pour tout un tas de raisons bien entendu. Dont un certain nombre sont très subjectives, et ne relèvent même pas vraiment de l’art cinématographique. En vrac …

Parce que j’y suis allé avec une très grande envie … de l’aimer. Parce que j’aime Tavernier, Burke et Robicheaux !

Parce que Tommy Lee Jones cadre parfaitement avec l’image que je me faisais de Dave Robicheaux. Parce qu’en plus, un fois de plus, il joue très bien. Il rend parfaitement le côté borderline du personnage de James Lee Burke, en apparence calme, voire imperturbable, mais qui doit se contrôler en permanence pour ne pas péter les plombs. Et dont les accès de violence sont d’autant plus imprévisibles et donc impressionnants. Un peu à la manière d’un Takeshi Kitano.

Parce que John Goodman incarne à la perfection le pourri. Cela fait déjà un moment que John Goodman excelle dans ce genre de rôle qui oscille entre le ridicule et l’effrayant. Il fait ça, très très bien.

Parce que tous les autres acteurs sont bons, et justes.

Parce que j’adore Buddy Guy, et que c’est un bonheur de le voir, d’entendre sa voix, et, cerise bien appréciable sur un beau gâteau, de l’entendre chanter.

En parlant de chant, parce que la bande son est superbe.

Parce que c’est très bien filmé. Je m’étais fait une idée des bayous que je n’ai jamais vus en lisant les romans de James Lee Burke. Je n’ai pas été déçu par les images comme c’est parfois le cas. Bien au contraire, je les ai trouvé somptueuses.

Parce que, contrairement à pas mal d’autres, j’ai aimé la voix off. Je l’ai aimé parce que Tommy Lee Jones a une voix extraordinaire, qui dit superbement le texte de James Lee Burke et rend sa poésie originale.

Parce que Bertrand Tavernier, de mon point de vue, a capté l’ambiance des Dave Robicheaux et l’a parfaitement transposée sur la pellicule. Sons, moiteur, paysages, poids étouffant du passé, folie latente de Robicheaux, racisme d’aujourd’hui si profondément ancré dans le racisme d’hier, arrogance des grandes familles … Tout y est, et y est bien.

Parce que Tavernier a su préserver la lenteur et la complexité du roman. Parce qu’il a su également rendre la touche de fantastique, et la rendre légèrement, laissant au lecteur (ou au spectateur), le choix de croire, ou non, à ce fantastique. Une touche qui fait la spécificité de ce roman dans la série.

Parce que j’aime James Lee Burke et que je l’ai retrouvé, et parce qu’il y a longtemps que j’avais lu ce roman là, assez longtemps pour en avoir oublié les péripéties. Ce qui m’a permis d’être à la fois en terrain connu, et pris par l’histoire.

Et sans doute pour plein d’autres raisons que je ne saurais exprimer …

Autour du film, il y a presque un mois Mauvais genres, sur France Culture a consacré deux émissions à James Lee Burke. J’ai déjà écouté la première. Passionnante.

Je feuillette, lis, parcours … depuis le début de l’année le magnifique bouquin de Bertrand Tavernier, Amis américains. Un vrai régal, textes comme illustrations. Si vous ne savez pas quoi vous faire offrir pour votre anniversaire, la fête des mères, des pères …

James Lee Burke, Dave Robicheaux, la Louisiane

Retour aux fondamentaux avec Dernier tramway pour les Champs Elysées de James Lee Burke.

Il pleut sur les bayous. Dave Robicheaux est en rogne. Pas à cause du temps, mais parce que son ami, Jimmie Dolan, prêtre grande gueule qui n’hésite jamais à affronter sa hiérarchie et les notables du coin pour défendre les plus démunis a été tabassé quelques semaines auparavant. Avec son ami Clete, colosse souvent imprévisible, il est bien décidé à faire payer l’exécutant et ses commanditaires. Sur son chemin il va croiser un tueur de l’IRA et le fantôme d’un musicien de blues mort depuis 50 ans. Face à lui, rapidement, toute la puissance et la morgue des grandes familles du sud, qui continuent à se comporter en propriétaires de la région et de ses habitants.

Pour les fans de James Lee Burke et de Robicheaux, il suffit de dire que c’est un très bon Robicheaux, presque du niveau de Dans la brume électrique avec les morts confédérés. Pas besoin d’en rajouter.

Pour ceux qui ne connaissent pas, il vaut certainement mieux commencer par les débuts de la série, bien que, comme les autres, cet épisode puissent se lire seul. On y retrouve cette tête de mule de Robicheaux, en proie à ses doutes, ses démons, ses remords. Robicheaux qui semble plus à l’aise en compagnie des morts que des vivants, et qui se sent de plus en plus décalé dans la Louisiane telle qu’elle évolue. Robicheaux qui, malgré ses échecs, les coups qu’il a pris, et la perte progressive de ses illusions ne peut se résoudre à voir que ce sont toujours les mêmes qui s’en sortent, les mêmes qui payent le prix fort.  Dave Robicheaux qui a de plus en plus de mal à exercer son métier de flic, et à se convaincre qu’il est juste de faire respecter la loi :

« La définition de ce qui est légal n’a pas grand-chose à voir avec une conduite vertueuse. Il était légal d’empoisonner systématiquement la terre et de vendre des armes aux fous furieux du tiers-monde. Les hommes politiques qui n’avaient personnellement jamais servi leur pays en service actif, ni entendu les hurlements des victimes d’un lance-flamme sur le terrain ou refermé de sacs à viande sur le visage de leurs meilleurs amis, réclamaient la guerre à cor et à cri et s’affichaient fièrement au garde-à-vous devant le drapeau tout en envoyant d’autres qu’eux se battre pour lui ».

Cet épisode passe du lyrisme pour la description des bayous à l’âpreté et la sécheresse pour celle des conditions de détentions au pénitencier d’Angola, de la « saudade » sépia de Dave qui pleure ses morts, à l’explosion jouissive des coups de folies salutaires de son copain Clete. Une vraie histoire, de beaux personnages, un style, de la force, de l’humanité … un grand bouquin.

Et comme une bonne nouvelle n’arrive jamais seule, qu’apprend-je en lisant la quatrième de couverture ? Que Bertrand Tavernier tourne, ou a tourné Dans la brume électrique avec les morts confédérés, et en plus avec Tommy Lee Jones dans le rôle de Robicheaux ! Autant je n’ai jamais compris que Redford soit un jour choisi pour incarner Dortmunder, autant le choix de Tommy Lee Jones me semble d’une évidence aveuglante, aussi aveuglante que le choix de Lee Marvin pour jouer Parker. Et comme Tavernier avait eu le Coup de génie (et de torchon !) dans son adaptation de 1275 âmes, je suis très impatient de voir ce film.

James Lee Burke / Dernier tramway pour les Champs-Elysées (Last car to Elysian Fields, 2003), Rivages/Thriller (2008), traduit de l’américain par Freddy Michalski.