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Magistral David Peace

Je commence à avoir lu quelques bouquins. Ca fait un peu vieille baderne, mais c’est comme ça. Et j’en ai lu (beaucoup moins) qui m’ont secoué, fait rire, époustouflé, bluffé … Mais encore aucun ne m’a fait l’effet de Rouge ou mort de David Peace. Aucun.

Peace RougeBill Shankly. Un bon joueur de foot écossais des années 30-40. Bon mais sans plus. En décembre 1959, alors qu’il est s’occupe d’un petit club, il est contacté par le Liverpool Football Club alors en deuxième division pour en devenir le manager. De 1960 à juin 1974, date à laquelle il démissionne, il amène le club au sommet de l’Europe, lui faisant gagner tous les titres ou presque. Il devient surtout l’idole du Kop d’Anfield, la tribune populaire rouge capable de porter le stade à incandescence. Cet homme, issu de la classe ouvrière, restera fidèle toute sa vie à ses convictions socialistes et à ses origines.

C’est son histoire, de 1959 à sa mort (en 1981) que raconte David Peace dans Rouge ou Mort.

Alors pourquoi aucun livre ne m’a fait cet effet ? Pas parce que c’est le meilleur que j’ai jamais lu, ni celui qui m’a le plus touché. Il est excellent, il m’a touché, mais ce n’est pas ça qui est bluffant.

Ce qui est bluffant c’est que j’aurais dû détester ce livre, je n’aurais pas dû aller au-delà de quelques pages.

Je me contrefous du foot en général, du foot anglais et de celui de Liverpool en particulier. S’il y a bien quelques noms cités ici que j’ai reconnu, je n’avais pas la moindre idée de qui était Bill Shankly, et pas la moindre curiosité le concernant.

Je suis totalement en accord avec la maxime d’Elmore Leonard qui disait « La plus importante de mes règles résume toutes les autres. Si ça a l’air écrit, je réécris. ». Et plus « écrit » que Rouge ou Mort, ça n’existe pas.

Voilà, j’aurais dû détester et lâcher ce pavé de 800 pages dès le premier chapitre. Et je l’ai dévoré, j’ai été hypnotisé, enchanté (au sens premier du terme), emporté par le rythme, le flot, par cette répétition incessante, comme mis en transe par la pulse des mots.

Je l’ai dévoré, et je me suis surpris à lire frénétiquement, pour voir si le Liverpool Football Club allait gagner tel match, si la combinaison de passes, décrite intégralement mais sèchement allait ou non aboutir à un but, si le club allait remonter au classement du championnat. Et parmi toutes les répétitions, et malgré mon impatience de connaître le résultat, je n’ai pas sauté un seul mot, une seule ligne.

Je l’ai dévoré et je me suis surpris, durant ces quatre jours de lecture, à avoir envie de parler à ma femme, à mes gamins, à mes collègues du résultat à domicile, ou à l’extérieur, de tel match, du but de Keegan ou de l’arrêt de Clemence.

Proprement hallucinant, proprement incompréhensible, de la pure magie.

Et une fois le livre refermé, j’ai été époustouflé par la cohérence de la démarche, par le travail et la discipline qu’elle suppose, en osmose totale avec la vie et le travail de Shankly, marqués eux aussi par une cohérence, une discipline et une fidélité sans faille.

David Peace aurait pu, à un moment, se relâcher, éviter certaines répétitions. Il aurait pu craindre de finir par fatiguer le lecteur. Il aurait perdu en cohérence, il ne l’a jamais fait. David Peace aurait pu, à un moment, être tenté de parler aussi de ce qui se passe hors de cercle du foot, la naissance du rock anglais, les luttes politiques, l’ébullition des années 70. C’est tentant. Il ne le fait jamais, sauf si cela a des incidences sur le travail de Shankly et les matchs de foot. Parce que Shankly ne s’intéressait qu’au foot, aux supporters du club, et, quand il avait le temps, aux élections.

Durant 800 pages, le propos et le style du roman sont d’une cohérence absolue.

Tout ce que j’écris là pourrait laisser penser que l’on a là un roman froid et qui n’apprend rien sur le monde hors du stade. Et bien entendu, il n’en est rien, et ça aussi c’est hallucinant.

J’ai eu la gorge serrée à plusieurs reprises, en même temps que ce diable de bonhomme. J’ai été touché par sa fidélité, sa proximité avec les supporters, les minots, les paumés, ceux qui n’ont rien à quoi se raccrocher, rien dont ils puissent être fier, sinon leur club (et pourtant je suis anti supporter, je n’aime pas suivre, bref, c’est pas du tout moi). J’ai été touché par ce qui lui arrive, par ses bonheurs, ses peines, ses joies, sa souffrance, son exaltation, son sentiment d’abandon …

Et j’ai été scotché par la façon dont la description de l’évolution du club et de ce qui se passe autour est le reflet terrible de toute l’évolution de la société.

Montée de l’individualisme, là où Shankly prône toujours le collectif, explosion du l’argent dans le foot (les premiers transferts dont parle Peace se font pour 10 000 livres) et comme seule valeur revendiquée de la société, destruction d’un modèle où les valeurs centrales sont le travail et l’appartenance à un groupe, pour aller vers le star system. Violence grandissante de la société qui se traduit par l’apparition de la violence dans et autour des stades. Tableau en ombres chinoises de ce qui se passe ailleurs, quand les grèves, les manifestations, les violences se traduisent par des restrictions d’électricité.

Au final, sans jamais dévier de son cap, sans jamais lâcher Shankly et son travail, son quotidien ô combien répétitif, c’est toute la société anglaise, et européenne dont David Peace nous décrit l’évolution entre 1960 et 1981.

Magistral, hallucinant, incompréhensible, envoutant. Voilà.

David Peace / Rouge ou mort (Red or dead, 2013), Rivages (2014), traduit de l’anglais par Jean-Paul Gratias.

Rencontre avec David Peace

Mercredi, à 18h00, je rencontrai donc David Peace pour animer la rencontre à la Librairie Ombres Blanches.

Une rencontre que j’abordai un peu tendu. Tout d’abord parce que le personnage (vu de loin) et surtout ses écrits sont intimidants. Ensuite parce que, pour cause de nuisibles, je n’avais pas pu préparer la rencontre comme je l’aurais voulu, et qu’en particulier je n’avais pas eu le temps de lire Tokyo année zéro.

Partant du principe que, faute avouée est à moitié pardonnée, j’ai donc commencé par me présenter, et m’excuser pour la manque de préparation, et, tant que j’y étais, craché le morceau sur ma difficulté à lire ses premiers bouquins. Hop, ça passe ou ça casse. C’est passé, et très bien. Un peu inquiet dans un premier temps, il m’a demandé si j’avais lu le livre dont on allait parler. « Of course, sir » répondis-je dans mon meilleur grand breton. La glace était rompue, et le bonhomme au look intimidant et zen s’est révélé un homme extrêmement gentil, ouvert, souriant et heureux de parler de son bouquin avec quelqu’un qui l’avait aimé … Un vrai plaisir. Au passage, cela sous-entend que, parfois, certains intervieweurs n’ont pas lu les bouquins sur lesquels ils posent des questions. Mais je m’en doutais un peu …

Comme nous blablations gaiement en attendant que le public arrive, je lui fait part de mon admiration pour le démarrage du bouquin, et de l’envie qu’il donne de le lire à voix haute. Il me demande alors, presque timidement, s’il pouvait se livrer à cet exercice en début de rencontre. Mais bien sûr, et coup de bol, Pascal Dessaint était dans le coin, qui se chargea alors de lire la traduction. Une rencontre qui démarre sur les chapeaux de roues.

Pour le reste, et ce n’est pas une surprise quand on lit ses bouquins, l’homme est passionnant. Ce qui est peut-être plus inattendu est qu’il est chaleureux …

S’il a choisi de parler de Tokyo à cette époque très particulière c’est qu’il voulait être capable de comprendre la ville où il vivait, et où ses deux enfants ont vécu les premières années de leur vie. Et il pense que le Tokyo actuelle s’est forgée justement à ce moment là, au moment de l’occupation américaine qui a suivi la défaite de 45.

Le fait divers dont il est question dans Tokyo ville occupée est encore très connu des japonais. Plusieurs thèses se sont affrontées, les explications du crime ont divisé le pays, recoupant les clivages politiques (gauche/droite) et de nombreuses personnes (dont lui) pensent que l’homme qui est mort en prison accusé du meurtre n’était pas le coupable. Son ambition était donc d’écrire un roman qui puisse faire une synthèse de toutes les pistes, et de toutes les convictions.

Après avoir tenté de l’écrire avec deux narrateurs (deux policiers suivant les deux pistes principales), il s’est aperçu qu’il lui fallait beaucoup plus de points de vue. Ce qui l’a amené à écrire ce roman, avec sa structure très particulière : 12 voix, pour douze éclairages, « rassemblées » par un écrivain (sorte de treizième voix) qui les écoute toutes.

Une évidence s’est alors imposée à lui : la seule voix dont on puisse être certain est celle des victimes. Car la seule certitude que l’on a est qu’il y a eu 12 morts. Le romans devaient donc s’ouvrir sur leurs lamentations. Et se conclure sur celle des parents des morts. Il fallait ensuite des enquêteurs (policiers et journalistes), l’accusé, le coupable, avoir des narrateurs de gauche et de droite, nationalistes et communistes …

A propos de l’écriture, rythmée, scandée, il confirme ce dont on se doute à la lecture : Il écrit, puis lit à haute voix, corrige, relis à haute voix, encore, et encore, jusqu’à ce que le résultat, son rythme, sa musique lui convienne enfin.

Un dernier point … David Peace a souvent été comparé à James Ellroy, et son premier chapitre, donnant la parole aux morts et faisant preuve de beaucoup d’empathie avec les victimes m’avait fait penser à Robin Cook. Bingo. Parmi ses premières influences, des noms connus, Hammett, Ted Lewis et … Robin Cook pour l’empathie qu’il manifeste envers les victimes. Et, au moment où il commence à écrire, le choc de White Jazz d’Ellroy. Une vraie révolution. Et selon David Peace, il n’est jamais bon d’ignorer les révolutions … Egalement parmi les influences, Akutagawa, auteur de la nouvelle à l’origine de Rashomon. C’est la structure de ses contes qui l’a inspirée pour construire son dernier roman.

A l’arrivée, une rencontre d’un peu plus d’une heure, passionnante, suivie « hors micro » d’une longue discussion très agréable où nous avons pu parler de la vie au Japon et en Angleterre, du parti communiste japonais, de foot, et bien entendu, de livres.

PS. Bien entendu, il a dit encore beaucoup de choses passionnantes que je ne rapporte pas ici. Mais je n’ai eu ni le temps, ni la force, d’enregistrer et de retranscrire la rencontre.

David Peace, Tokyo ville occupée.

Depuis que je vous fait languir … Voici donc le dernier David Peace, second roman consacré à la ville de Tokyo au lendemain de la fin de la guerre. Tokyo ville occupée.

Une petite note qui mérite une introduction. Ceux qui me connaissent, où qui ont lu certains commentaires ici même savent que je ne fais pas partie des admirateurs inconditionnels de David Peace. Ses romans, me semble-t-il, suscitent trois types de réactions :

Ceux qui adorent et le considèrent comme un des très grands noms du polar actuel.

Ceux qui détestent et ne comprennent pas qu’on puisse lui trouver le moindre talent.

Ceux qui lui reconnaissent un talent immense, sans toutefois arriver à rentrer dans son univers, et qui donc évitent ses livres.

Jusque là, je faisais partie de la troisième catégorie. La lecture de 1974 m’avait secoué, dérangé, mis mal à l’aise, et ne m’avait donné aucune envie de poursuivre la découverte de son univers. Récemment l’atypique 44 jours m’avait un peu réconcilié avec ses romans. Sa venue à Toulouse et la possibilité de le rencontrer m’ont servi de motivation pour lire son dernier ouvrage.

Fin de la longue introduction.

Tokyo, ville occupée, 26 janvier 1948. Un homme entre dans une agence de la banque impériale juste après sa fermeture au public. Il se prétend médecin et demande à rassembler tous les employés, y compris le concierge et sa famille. Prétextant une épidémie de typhus, il convainc les 16 personnes d’avaler un médicament. Les 16 s’écroulent, 12 meurent empoisonnés, seuls 4 survivront. L’homme qui a pris tout l’argent disponible disparaît. Malgré une énorme mobilisation de la police de la ville, l’assassin n’est pas identifié. Des années plus tard un écrivain tente de rétablir l’innocence de celui qui sera condamné, malgré la faiblesse des preuves recueillies contre lui. Douze récits de personnes, vivantes ou mortes, touchées de près ou de loin par cette affaire tenteront de l’aider …

Voilà donc le roman qui m’a réconcilié avec David Peace. Et pourtant j’ai du mal à trouver les mots pour vous convaincre de le lire. Car c’est un roman difficile, un roman qui se mérite, qui se gagne, qui semble parfois vouloir se débarrasser de son lecteur … Mais roman qui donne beaucoup.

J’ai été happé, dès le prologue par le rythme hypnotique de la langue. J’ai même été à deux doigt de le relire à haute voix. C’est sans doute cet élan initial qui m’a permis de passer les obstacles que l’auteur met ensuite dans les pattes du lecteur.

Le récit est éclaté, scandé, lancinant, chaotique, répétitif ou d’une sécheresse totale au gré de la personne qui a la parole. Si l’auteur repose parfois le lecteur, et lui propose un chapitre à la narration relativement classique, c’est pour ensuite le submerger sous le flot décousu des pensées d’un homme complètement perdu … A l’image de cette ville qui oscille entre haine et admiration des vainqueurs.

Le tout forme peu à peu un tableau abstrait d’où émerge l’image d’une société en ruine, occupée, aliénée, ayant perdu tous ses repères … Un océan bouillonnant où nagent, décidés, quelques prédateurs prêts à la curée. Personne n’est épargné, ni vainqueurs américains ou russes, ni les japonais coupables des pires atrocités durant la guerre en Chine.

L’ensemble n’est pas aimable, pas agréable, mais sacrément impressionnant. On aime ou pas, on rentre dans le rythme ou pas, mais il est difficile de ne pas reconnaître la virtuosité de style, de langue, de construction, l’ampleur du propos, l’ambition du projet et la maîtrise de sa réalisation.

J’ai terminé le livre impressionné, admiratif et secoué. Et pour me remettre je crois que je vais passer à quelque chose de plus léger …

David Peace / Tokyo ville occupée  (Occupied city, 2009), Rivages/Thriller (2010), traduit de l’anglais par Jean-Paul Gratias.

Les 44 jours de David Peace

Je ne sais pas par où commencer ce billet. Trop de choses à dire. Alors je vais commencer par le plus simple, le plus évident, un résumé rapide.

44 jours de David Peace raconte les … 44 jours de Brian Clough, grand joueur anglais des années soixante écarté de terrain à la suite d’une blessure, comme manager de l’équipe de Leeds alors championne d’Angleterre en titre. 44 jours, ou chronique d’une catastrophe annoncée, tant il est évident dès la première ligne que tout se passera mal entre une équipe de stars aux ego … de stars, et la plus grande gueule du football anglais des années 60-70.

Voilà. Avec ça, vous n’êtes guère avancés. Et je me retrouve aussi couillon qu’au début du billet. Par où commencer.

Allons-y. Dans le tout petit milieu du polar, je fais partie de ceux qui, tout en reconnaissant son immense talent, n’arrivent pas à lire les romans de David Peace. C’est un grave défaut, une tache que je reconnais. J’ai lu 1974 son premier roman traduit. Le style m’a étouffé. La plongée dans son univers totalement glauque, où pas un seul personnage ne semble avoir une seule étincelle d’humanité m’a secoué et dérangé. J’aime le noir, le sombre, le glauque, mais à condition qu’il y ait, non pas une lueur d’espoir, mais au moins de compassion, d’empathie, d’humanité. C’est pourquoi j’aime Ken Bruen, Caryl Férey ou Antoine Chainas qui pourtant ne sont pas particulièrement roses. Mais chez Peace, rien. Donc j’ai arrêté.

Mais comme je sais également écouter les copains, je me disais qu’il fallait que je m’y replonge un jour. Et 44 jours m’a paru être l’occasion. J’avais raison.

Venons-en au sujet et à la grande question : Faut-il être amateur de foot, et plus précisément de foot anglais des années 60-70 pour apprécier ce roman ? Je crois que, comme le dit Yvon, cela doit apporter un plaisir supplémentaire. Mais je crois aussi, contrairement à ce que dit Michel, que ce n’est pas indispensable. Je ne m’intéresse pas au foot, et je ne connais aucun des noms cités dans le roman, et pourtant, il est passionnant.

La raison essentielle en est qu’il raconte une histoire universelle, classique dans le roman noir. Celle d’une ascension au sommet, suivie de l’inévitable chute (indispensable, sinon on est chez Harlequin, pas à la série noire !), avec son cortège de trahisons, d’illusions, de désillusions, de drames et de fureur. Le cadre est ici celui d’un club de foot, il pourrait s’agir de boxe, de truands, d’hommes d’affaire, de syndicalisme, de politique … le canevas reste le même, il a toujours un fort pouvoir attractif.

Dans un cadre aussi classique et attendu, David Peace, grâce à son talent, arrive à nous intéresser au personnage (même si on ne s’intéresse pas au foot), et même à nous accrocher à un suspense qui n’en est pas un, puisqu’on sait, dès le départ, que cela finira mal. Mais on se passionne pour le « comment », pour la manière, pour les détails.

A cela se rajoute un autre grand classique du roman noir : la lutte perdue d’avance d’un homme intègre face à un système qui valorise la magouille et la compromission, d’un homme qui refuse de renier ses valeurs face à un système prêt à tout pour conquérir ou conserver le pouvoir, et surtout d’un homme qui ne veut pas plier, sûr d’avoir raison, face aux forces toujours supérieures de ceux qui, même s’ils n’y connaissent rien, ont l’argent.

Car Brian Cough tel qu’il est écrit par David Peace est un homme dur, capable d’être infect, grande gueule sans aucune pitié pour les autres, mais c’est également un homme intègre qui ne recule jamais d’un pas, et préfère mourir que renoncer à ses convictions et ses valeurs. Ce qui le rend bien entendu un peu plus sympathique, même si l’on ne partage pas les valeurs en question.

C’est grâce à ces thématiques que, bien qu’il n’y ait aucun mort, ni même aucune transgression de lois, nous avons bien là un vrai roman noir, à défaut d’avoir un roman policier.

Pour finir, malgré quelques effets de styles qui, personnellement, ne me convainquent pas toujours (mais c’est vraiment mineur), c’est l’écriture de Peace qui fait passer tout cela, avec une puissance émotionnelle impressionnante. Difficile de ne pas ressentir les émotions de Brian, de ne pas sentir dans les tripes à la fois son impuissance face à toute l’équipe de Leeds, jour après jour, et également ses regrets, la plaie jamais refermée d’avoir été viré de son club précédent. Le mélange passé/présent est à ce titre maîtrisé de façon magistrale.

Une petite réflexion pour finir sur le monde du foot tel qu’il apparaît dans ce bouquin : Un marché aux bestiaux ! Il n’est question ici que d’achat et vente de joueurs, de managers, de fric, de tractations entre les clubs … Pas un mot sur les jeunes, sur la formation, sur des talents en construction. Non, juste un gros marché (à l’époque limité aux îles britanniques, aujourd’hui mondial), où l’on cherche à acheter le meilleur, et à se débarrasser des poids morts sans, bien entendu, la moindre considération pour ce que peuvent vouloir ou penser les bestiaux ainsi échangés. Depuis les années 70, j’ai comme l’impression que la situation n’a pas évoluée en bien …

David Peace / 44 jours  (The damned Utd, 2006), Rivages Thriller (2008). Traduction de l’anglais par Daniel Lemoine.