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Fin d’exploitation

Je ne connaissais les éditions In8 qu’au travers de leurs nouvelles (souvent excellentes d’ailleurs), je découvre un très bon roman noir : Fin d’exploitation de Denis Flageul.

Quelque part dans la campagne bretonne, loin de l’océan. Goulven est revenu au pays, en disposition de l’éducation nationale. Il retape une vielle bâtisse, au-dessus de la ferme de ses potes Fabien et Laura, et attend avec impatience les rares dimanches où il a le droit de voir son fils.

Fabien et Laura eux sont au bout du rouleau. Les emprunts, les intérêts, la banque qui les harcelle et les incite à emprunter encore plus, soi-disant pour augmenter la rentabilité. Plus ils travaillent, plus ils perdent d’argent avec leur élevage.

Dans un coin de sa propriété, Gouven a autorisé deux jeunes, anciens élèves, à loger dans une caravane, mais c’est normalement interdit, et le lieu pourrait être utilisé par ses voisins. En parallèle dans la région, une série de braquages dans des succursales de banques met les gendarmes sur les nerfs.

Une situation explosive qui n’attend que l’étincelle qui va tout faire péter.

Voilà, pas forcément besoin d’aller dans les Appalaches, ou de coller un bandeau racoleur « polar breton » (ça marche avec toutes les régions, bien entendu) pour publier un excellent roman noir, rural, à lire partout, pas seulement en Bretagne.

C’est poisseux, on s’enfonce dans des emmerdes à répétition dont on sent bien qu’elles ne peuvent qu’amener au drame. Dureté de la vie paysanne, désespoir d’hommes et de femmes qui se voient atteints dans leur fierté, qui ont l’impression que chaque mouvement ne peut que les enfoncer un peu plus dans les sables mouvants financiers. Un désespoir qui mène à l’alcoolisme, à l’isolement, au déchirement familial, au drame.

Et pourtant, quelques pages arrivent à rendre la beauté des champs couverts de givre, des nappes de brumes sur les bois, mais ce sont de très rares rayons de lumière dans un roman sombre, qui sonne juste, sans pathos inutile, mais sans concession.

Un très beau rural noir.

Denis Flageul / Fin d’exploitation, In8 (2020).