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Swag

Qu’est-ce qu’on fait quand on aligne les déceptions, que l’ambiance est sinistre et que les jours baissent ? On revient aux fondamentaux. Et heureusement, cette semaine, Rivages a l’excellente idée de publier la traduction révisée d’un auteur fondamental : Elmore Leonard. Swag.

Franck Ryan est vendeur de voiture d’occasion, mais il y a quelques années il a fait quelques casses. Quand Ernest, Stickey Jr, dit Stick lui vole une voiture sous le nez, il est vexé, mais aussi admiratif de l’aplomb. Alors dans un premier temps il signale le vol, et quand il s’agit de reconnaître Stick au tribunal, il prétend que ce n’est pas lui.

En sortant du tribunal, il l’emmène boire un coup et lui propose de monter des braquages à deux. Pas des banques, trop risqué, des magasins. Et pas à Detroit où la police est féroce, mais en banlieue. Pour cela Franck a édicté dix règles d’or.

Ca marche. Bientôt les deux hommes sont bien habillés, et logent dans une résidence avec piscine, avec des tas de jolies femmes autour de la piscine. Mais les règles créent des exceptions, et la facilité entraine l’imprudence …

Je ne dirais pas que c’est le meilleur Elmore Leonard, mais quelle impression de facilité, de simplicité. C’est, avec les personnages cools et les dialogues impeccables la marque de fabrique de cet auteur.

Tout semble couler de source, tout est évident, les dialogues claquent, les péripéties s’enchainent, on lit sourire aux lèvres, tranquille, sans même s’apercevoir qu’on avance dans le roman. Et puis d’un coup, très vite, trop vite, c’est fini. On a « juste » passé quelques heures de plaisir, hors du temps et de l’ambiance de merde.

Pour cela, merci maître.

Elmore Leonard / Swag, (Swag, 1976), Rivages/Noir (2020) traduit de l’anglais (USA) par Elie Robert-Nicoud.

Les monstres de Detroit

La fin d’année est rude, le cerveau patine parfois, les derniers jours avant le repos bien mérité vont être difficiles … C’est pour cela que le rythme de lecture baisse, et que j’ai eu besoin d’une petite récréation. Allez hop, un petit thriller, Les monstres de Lauren Beukes. Bonne pioche !

BeukesDetroit, symbole des villes sinistrées. Ici c’est l’emploi dans l’industrie automobile qui s’est effondré. L’inspectrice Gabriela Versado élève seule (suite à un divorce) sa fille, Layla, une ado … avec des problèmes d’ado. Et elle manque de temps avec elle. Une situation qui ne va pas s’arranger quand elle découvre une sinistre « sculpture » : le haut du corps d’un jeune garçon a été soudé au bas du corps d’un jeune cerf et laissé à la vue de tous.

Pendant que l’enquête se met en place, Layla et sa meilleure amie décident de traquer les pédophiles sur les réseaux sociaux en se faisant passer pour une gamine naïve, au risque de tomber sur un morceau un peu trop gros pour elles …

Excellente surprise que ces Monstres ! Je m’attendais à du thriller tout venant, de ceux qui vous laissent le cerveau de côté pour profiter d’un simple divertissement. Pour le même prix j’ai eu :

  • Le divertissement (grâce à une intrigue très habilement menée)
  • Une belle écriture
  • Des personnages qui ont de l’épaisseur
  • Matière à réflexion
  • Et, cerise sur le gâteau, une belle audace au final, dont je ne dirai rien, qui déplaira peut-être à certains mais qui m’a convaincu  (débrouillez-vous avec ça !).

Franchement, dès les premières pages j’ai été séduit par le ton, les changements de types de narration, les passages d’un point de vue à l’autre, la belle description d’une ville qui tente de se relever de ses ruines, quelques portraits touchants d’êtres brisés, une description très convaincante des nouvelles voies vers la renommées au travers des chaînes du net, des personnages qui ne sont jamais caricaturaux (les monstres ne sont pas ceux qu’on croit, le vautour de la presse n’est pas QUE un vautour …).

Et un sacré final, très gonflé, qui plaira ou non, mais où l’auteur a le mérite de prendre des risques et de sortir du chemin tout tracé qui aurait emporté l’adhésion de tous. Après on aime ou pas, mais c’est parfaitement maîtrisé et moi je dis chapeau !

Lauren Beukes / Les monstres (Broken monsters, 2014), Presses de la cité/ Sang d’encre (2015), traduit de l’anglais (Afrique du Sud) par Laurent Philibert-Caillat.

Les truands les plus bêtes de Detroit.

De temps en temps, juste pour le plaisir, il est bon de lire un petit Elmore Leonard. Cette fois-ci ce sera Mr Paradise.

Tony Paradiso, alias Mr Paradise est un charmant vieil homme. Avocat à la retraite il a gagné des fortunes en aidant les truands les plus bêtes, mais les plus chanceux, à demander des dommages et intérêts à la police de Detroit. A plus de 80 ans, il a bien le droit de profiter de la vie, et de quelques plaisirs simples, comme celui de louer de jeunes et belles (très belles) femmes pour qu’elles fassent les pompom girls pendant qu’il regarde de vieux matchs de baseball.

C’est son bras droit, Taylor, ancien truand qu’il a sorti d’affaire, qui lui sert de chauffeur et homme à tout faire. Tout va donc bien jusqu’à ce soir où Mr Paradise et la ravissante Chloe se font descendre. Taylor essaie de faire croire à Franck Delsa, en charge de l’affaire, qu’il s’agit d’un cambriolage ayant mal tourné. Il ne devrait pas prendre Frank pour un con. Parce Frank n’aime pas ça du tout. Et ça va chauffer …

Du pur Elmore Leonard. Des personnages cools, très cools, des dialogues qui claquent, des truands méchants mais surtout bêtes comme leurs pieds (mais attention, suffisamment méchants quand même pour être dangereux), de l’humour, une intrigue aux petits oignons et une écriture qui semble couler de source.

Que faut-il de plus pour passer un excellent moment ?

Elmore Leonard / Mr Paradise (Mr Paradise, 2006), Rivages/Noir (2011), traduit de l’américain par Danièle et Pierre Bondil.

Un Elmore Leonard vintage

De temps en temps, quoi de mieux pour se mettre de bonne humeur qu’un vieux Leonard ou McBain qu’on avait sous le coude. Coup de bol, j’avais Paiement cash d’Elmore Leonard qui trainait par là …

Mitchell a tout pour être heureux. Ancien ouvrier, il a gagné pas mal d’argent grâce à un brevet et a pu monter sa propre usine de production de pièces pour l’automobile (nous sommes à Detroit). Après 22 ans de mariage, il aime encore sa femme. Mais, mais … Mitchell a une affaire avec une gamine qui a l’âge de sa fille. Et trois truands, beaucoup moins intelligents qu’ils ne le pensent, croient tenir là le pigeon idéal à plumer. Ils décident donc de le faire chanter. Mauvaise pioche. Mitchell n’est pas du tout du style à se laisser faire. Mais il va devoir se méfier, parce que si les trois affreux sont bêtes, ils sont aussi méchants …

Du pur Elmore Leonard. Plaisir assuré, histoire aux petits oignons, dialogues parfaits, écriture fluide … 300 pages de pur plaisir, sans se faire mal au crâne, sans que jamais la tension ou l’intérêt ne baisse d’un cran. Ca paraît tellement facile d’écrire un polar quand on lit Elmore Leonard … A se demander pourquoi les autres auteurs ne font pas comme lui. Et comment on peut trouver sur le marché autant de machins mal écrits, mal construits, prétentieux, indigestes …

Faut croire que ce n’est pas si facile que ça … Donc voilà, si vous voulez vous faire plaisir en lisant un bon roman, c’est facile : vous allez dans la librairie/bibliothèque la plus proche de chez vous, vous allez à « polar », lettre « L », « Leonard », vous fermez les yeux, vous piochez au hasard. Merci à Rivages de remettre de tels bijoux dans les rayons.

Elmore Leonard / Paiement cash  (52 Pick up, 1974), Rivages/Noir N°785 (2010), Traduit de l’américain par Fabienne Duvigneau et Philippe Sabathé.

Elmore Leonard, Detroit et le Rwanda

Ca y est, les vacances approchent, le rythme des parutions baisse, on peut commencer à repêcher les bouquins en attente sur la pile … Et comment mieux commencer la période estivale qu’avec un Elmore Leonard ? Voici donc Dieu reconnaîtra les siens, que j’avais raté lors de sa sortie en grand format.

Terry Dunn est prêtre. Au Rwanda. Il y a vu 47 personnes massacrées sous ses yeux, sans rien pouvoir faire. Il doit maintenant retourner à Detroit, sa ville d’origine. Une ville qu’il avait quittée, cinq ans auparavant, juste avant d’être inculpé pour trafic de cigarettes. Normalement, pendant ce temps, son frère qui est avocat a arrangé ses affaires. A Detroit, il rencontre Debbie, une privée qui bosse avec son frère et sort juste de trois ans de prison après avoir tenté d’éliminer son ex qui l’a trompée et volée. Une rencontre qui va faire des étincelles. Il faut dire que Terry est sacrément cool et baratineur pour un curé …

Du Elmore Leonard 100%. Personnages extraordinaires, intrigue impeccable, truands pitoyables mais dangereux, et dialogues … leonardiens. Je ne vois pas de meilleur qualificatif. Donc c’est déjà l’assurance d’un grand moment de lecture.

Ce qui en fait un grand cru c’est sa façon de parler du Rwanda. A ma connaissance personne (sauf peut-être le regretté Donald Westlake, comme dans son Kahawa), n’est capable de décrire l’horreur avec autant d’humanité et en même temps une telle absence de sensiblerie et d’emphase. Avec une telle force, et sans jamais, à aucun moment, chercher à tirer les larmes. Avec autant d’impact, tout en donnant l’impression d’un détachement complet.

Un grand Elmore Leonard, vraiment. A emporter absolument dans ses bagages cet été.

Elmore Leonard / Dieu reconnaîtra les siens, (Pagan babies, 2000) Rivages/Noir (2009), traduit de l’américain par Dominique Wattwiller.