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Djinn City

De Saad Z. Hossain j’avais beaucoup aimé Bagdad, la grande évasion ! Je suis un peu moins convaincu par Djinn City.

Indelbed n’a pas une enfance facile. Il vit dans un ancien beau quartier de Dacca, dans une maison qui fut mais n’est plus, à l’image de son père Kaikobad, ancien docteur brillantissime devenu un alcoolique qui ne fait plus rien. Sa mère est morte à sa naissance. Au sein de la puissante et riche famille Kalh Rahman, son père et lui font figure de moutons noirs.

Jusqu’à ce que Kaikobad tombe dans le coma. Et qu’Indelbed découvre d’un coup que : Son père est un puissant émissaire auprès les Djinns, les Djinns existent, sa mère en était une, de nombreux Djinns veulent sa peau et celle de son père. Pour commencer … Mais Indelbed n’est au bout ni de ses surprises, ni de ses souffrances.

Utiliser la vision décalée, le fantastique, ou l’imaginaire fantaisiste, ici celui des mille et une nuits, pour mieux parler de notre monde, de ses tares, de ses horreurs en faisant un pas de côté, le procédé n’est pas nouveau, c’est vieux comme Montesquieu et Sir Terry Pratchett a modernisé le procédé de façon géniale tout au long de ses Annales …

Saad Z. Hossain s’attaque donc à ce procédé, avec un réel talent, beaucoup d’énergie et une belle imagination. Rien à redire. Il dépeint notre monde au travers des yeux des Djinns, et accentue chez eux des défauts bien humains de façon également convaincante. Et son récit est suffisamment original, teinté d’humour, et parsemé de coups de théâtres pour nous embarquer presque tout du long.

Mais j’ai trois restrictions.

Tout d’abord j’ai trouvé qu’il y avait des longueurs. A quelques moments du roman, l’auteur donne l’impression de s’être laissé emporter par son envie de développer des théories délirantes, et d’avoir complètement lâché la bride à la logorrhée de certains de ses personnages. Au risque de lasser le lecteur. Et j’avoue que j’ai sauté des paragraphes.

Ensuite le choix du style du conte instaure, à mon goût, une certaine distance avec les personnages qui deviennent des archétypes plus que des êtres de chair et d’os. Et je ne sais pas pour vous, mais moi, cette distance me gêne, surtout sur un roman de 500 pages. Je me sens moins concerné par ce qu’il leur arrive, finalement ils peuvent souffrir, mourir, je m’en fiche.

Dernière restriction, ça finit complètement en queue de poisson. Ça annonce sans doute une suite, mais c’est frustrant.

Au final un roman ambitieux, original, différent, qui reste intéressant même si, à mon humble avis, il aurait gagné à être resserré.

Saad Z. Hossain / Djinn City, (Djinn City, 2017), Agullo (2020) traduit de l’anglais (Bengladesh) par Jean-François Le Ruyet.