Archives du mot-clé DOA

DOA magistral

Voilà donc la conclusion magistrale d’un cycle monument : Pukhtu secundo de DOA.

doaOn reprend là où on les avait laissés : Ghost, Fox, Voodoo (mercenaires d’une officine américaine), Shere Khan, le Garçon à la fleur (afghans alliés aux talibans), Montana (barbouze ripoux français), Amel (journaliste), Chloé (victime) et bien d’autres. Montana continue à gérer ses multiples trafics entre Paris, Balkans, Dubaï et Afghanistan, l’officine privée américaine 6N continue à subir la vengeance de Shere Khan et à trafiquer avec Montana, entre autres, Amel continue à faire des recherches pour faire tomber Montana …

Au milieu de cette situation déjà chaotique, un grain de sable va faire bouger les lignes (ou du moins les lignes de vie, à défaut des lignes politiques). Lors d’un interrogatoire musclé deux agents français retrouvent la trace d’un homme recherché par leurs services depuis des années : Celui qui l’identifie le connaît sous le nom de Roni Mueller, namibien. Quand Alain Montana ordonne qu’il soit éliminé, il ne sait pas qu’il vient de déclencher une réaction en chaîne qui va secouer tout le monde, du Mozambique à Kaboul en passant par Paris.

Une petite mise au point, sans doute superflue, mais sait-on jamais … Oui il faut avoir lu Pukhtu primo (évidence), mais pour comprendre ce qui motive les personnages, il est sans doute préférable, vraiment préférable, d’avoir lu Citoyens clandestins et, dans une moindre mesure, Le serpent aux mille coupures.

Ceci dit et fait, allez-y, prévoyez une période où vous pourrez consacrer du temps à la lecture, avertissez vos proches et vos collègues qu’il ne faut pas vous embêter pendant quelques jours et plongez. C’est un plaisir de lecture intense.

De l’aventure, du rythme, de l’action, du souffle, des paysages en cinémascope, des personnages inoubliables, et ce véritable shoot littéraire qu’est le retour d’un « héros » que l’on pouvait croire à jamais disparu. Pour ceux à qui cela parle, ce retour m’a fait autant d’effet que la réapparition de Gandalf la première fois où j’ai lu le Seigneur des Anneaux.

On est complètement embarqué dans l’histoire, c’est incroyablement documenté et érudit, et pourtant jamais le sérieux des recherches ne plombe le récit, on apprend sans aucun doute beaucoup de choses, mais sans jamais s’en rendre compte.

On se retrouve au cœur de luttes sans pitié, de chocs d’intérêts économiques, politiques et stratégiques planétaires, on les comprend, et pourtant on lit en ouvrant de grands yeux de môme, emporté par le souffle romanesque, aussi émerveillé qu’en voyant L’homme qui voulut être roi. C’est violent, cru, émouvant, touchant et rageant, on y croise toute l’humanité dans sa complexité, égoïste mais capable de gestes d’une générosité inouïe, sectaire mais parfois touchée par un simple regard, avide d’argent et de pouvoir mais solidaire avec les proches …

Et quand on envisage l’œuvre dans son ensemble, de Citoyens clandestins à Pukhtu secundo, on ne peut qu’être frappé par l’ambition de l’auteur, et admiratif devant la force et la cohérence du résultat.

Donc vous avez compris, à lire absolument !

DOA / Pukhtu secundo, Série Noire (2016).

Prix Mystère

Une petite info, le Prix Mystère de la critique 2016 a été attribué :

Pour les français, c’est Pukhtu primo de DOA.

Pour le prix étranger : L’enfer de Church street de Jake Hinkson.

J’aime bien ce prix !

Sachant que juste derrière venaient Jo Nesbo, Patrick Pécherot, John Harvey, Victor del Arbol, Joseph Incardona et Benjamin Whitmer … Ça manque un peu de latins, mais pour ça on a le prix Violeta Negra !

DOA        Hinkson

DOA à Toulouse

Avis aux toulousains, vendredi 12 juin à 18h00 DOA sera à Ombres Blanches pour parler de son dernier (excellent) roman Pukhtu (primo).

Je vous avertis par pure gentillesse parce que malheureusement je ne pourrai pas y assister, ce qui me désole.

Ne ratez pas cette l’occasion de découvrir l’auteur et le roman.

Pukhtu Primo, grand livre de DOA

On l’attendait tous avec impatience depuis qu’on en avait entendu parler. Il est là, cela valait le coup d’attendre. Pukhtu de DOA.

DOAAfghanistan, 2008. Les troupes américaines et les multiples officines privées qui les accompagnent n’arrivent pas à freiner l’avancée des talibans qui reprennent peu à peu le terrain perdu, et regagnent des appuis dans la population, soit par la peur, soit en profitant de la corruption du gouvernement et des morts « collatérales » des bombardements américains.

Fox, Ghost, Voodoo, Tiny et quelques autres sont des mercenaires, même si maintenant on n’utilise pas ce mot : ils sont employés par une entreprise très proche de la CIA. Ils forment des afghans, aident les bombardements par des drones, font du renseignement, combattent … et trafiquent à l’occasion.

Peter est un journaliste indépendant, qui enquête sur le coût de la guerre.

Sher Ali Khan Zadran est chef d’un clan pachtoune. Comme son père il fait de la contrebande et ne voit pas d’un très bon œil la guerre portée sur son territoire par les talibans. Jusqu’à ce qu’une partie de sa famille soit tuée par un missile tiré par un drone. Il déclare alors la guerre aux infidèles, tout en restant le plus indépendant possible.

Tous et bien d’autres se débattent dans ce merdier, qui a des répercussions bien loin, de Paris à Abidjan en passant par le Kosovo ou Washington.

Il y a certainement beaucoup de travail en amont de la rédaction de ce Pukhtu très impressionnant. Ce qui est très fort, c’est qu’on ne le sent pas, ce travail. On imagine qu’il y est, on devine qu’il a été fait, mais il ne se voit plus, il s’oublie. On a toute l’information nécessaire pour comprendre le jeu complexe qui se joue dans un pays dont on ne sait pas grand-chose, cette information est bien délivrée, mais on n’a jamais l’impression de subir un cours.

On est pris dans le souffle de cette histoire, de ces histoires, emporté auprès des différents personnages. DOA ne juge pas (même si son agacement devant certaines lâchetés ou bêtises transparait parfois au détour d’une phrase), il n’explique pas, il ne juge pas. Il raconte. Il raconte avec du souffle, du suspense, en prenant soin que tout soit clair, mais sans jamais simplifier, faisant confiance à son lecteur et partant du principe qu’il acceptera l’effort (ô combien jouissif) de suivre une multitude de personnages et de rentrer dans une histoire qui ne peut pas être simple. Merci de cette confiance.

Il faut faire, certes, un petit effort, mais on est aidé par l’écriture dans le plus pur style DOA : directe, sèche souvent, sachant pourtant rendre la beauté et la majesté d’un paysage, impressionnante d’efficacité dans les scènes d’action, jamais mièvre ni larmoyante et pourtant capable d’empathie.

L’Afghanistan, pour moi, ce n’était que des articles survolés dans les journaux, L’homme qui voulait être roi du grand John Huston, vu il y a bien longtemps, et Les cavaliers de Joseph Kessel, lu il y a encore plus longtemps ! Ce sera aussi désormais Pukhtu, dont j’attends la suite avec impatience.

DOA / Pukhtu Primo, Série Noire (2015).

PS. Un détail, je ne sais pas si c’est un polar, un livre d’aventure, un roman de guerre … mais je suis sûr d’une chose, c’est un grand bouquin.

Filière nucléaire à vendre – Parfait état –

C’est peu de dire que je l’attendais le DOA / Manotti. Et contrairement à ce qu’il se passe parfois, j’étais certain de ne pas être déçu. Et je ne m’étais pas trompé, L’honorable société répond à toutes les attentes.

Benoît Soubise, ancien barbouze travaille maintenant au CEA, en étroite collaboration avec son directeur. Deux jour avant le premier tour des élections présidentielles, il est tué par deux pros qui se trouvent dans son appartement pour pomper le disque dur de son portable. Coup du sort, au même moment, un trio d’écologistes radicaux est en train de pirater le même ordinateur, et via la webcam enregistre le meurtre.

Pour le candidat de droite, très proches des milieux d’affaires, il est indispensable que la piste écologiste radicale soit privilégiée durant l’enquête, pour éviter à tout prix toute allusion à des manœuvres de privatisation en cours, au moins jusqu’au second tour. Mais le commandant Pâris, de la Criminelle ne l’entend pas de cette oreille, d’autant plus qu’il va retrouver sur son chemin de vieilles connaissances. Des connaissances du temps où il était dans la brigade financière, dont il s’est fait virer pour s’être trop approché du soleil …

Je lis ici et là que DOA et Dominique Manotti ont parfaitement réussi leur coup malgré leurs différences … Etrange, pour moi il était évident que cette collaboration ne pouvait que fonctionner. Ils ont le même type d’écriture, sèche, directe, sans gras. Ils affectionnent le même type d’intrigues, d’une précision d’horloger, complexes et parfaitement maîtrisées. Ils aiment tous les deux mettre à jour les dysfonctionnements de nos élites, les jeux de pouvoirs politiques, les liens et/ou manipulations entre média et dirigeants du pays … Ils étaient vraiment faits pour s’entendre, ils se sont magnifiquement entendus.

Collusion entre pouvoir politique et pouvoir économique, manipulation des medias, pressions sur la police et la justice … Une intrigue millimétrée, une construction complexe maîtrisée de mains de maîtres, une écriture sèche, nerveuse, au cordeau … Un suspense sans faille, des dialogues qui claquent et des personnages incarnés en quelques phrases … comme prévu DOA et Dominique Manotti se sont superbement trouvés et complétés.

Impossible de dire qui a écrit quoi, qui a amené quoi … On peut supposer que les jeux et enjeux économiques ont été plus creusés par Dominique Manotti, et que l’idée de faire mener une enquête à deux journalistes anglais est plutôt de DOA … On peut ainsi retrouver un peu de chaque, mais on trouve surtout un travail d’une grande cohérence et unité de ton.

Et une analyse dramatiquement rattrapée par l’actualité, en ces jours où le nucléaire japonais est au bord du gouffre … Certes, garder la maîtrise publique de telles installations n’est pas le garant d’une gestion sans risque, mais que dire de la tentation de la brader au privé, dont on connaît la rapacité (ou si on veut être mignon, la nécessité de profit à très court terme …) ? Une lecture passionnante, salutaire et qui devrait être obligatoire, à un an de nouvelles élections.

DOA / Manotti / L’honorable société, Série Noire (2011).

PS. J’oubliais … Toute ressemblance avec des personnages et des situations bien connus est loin d’être un hasard, et je vous déconseille la lecture de L’honorable société les jours de blues, parce que ça finit pas bien …

PPS. Dernière chose, ce n’est certainement pas un hasard si le titre qui désigne nos dirigeants désigne aussi la mafia …

Fantastic Mr DOA

En bon lecteur de polars, je fais partie de ceux qui ont découvert DOA à son arrivée, fracassante, à la série noire, avec Citoyens clandestins. Folio policier a eu l’excellente idée de rééditer un de ses romans antérieurs, dans lequel, tout en ayant déjà une trame policière, il flirte avec le fantastique.

Marc Launay a fini sa journée de flic. Il rentre chez lui quand il tombe sur un accident. Le SAMU est là, un motard dans le coma … Il devrait passer son chemin, mais il s’ennuie, seul, depuis que sa copine est partie, et c’est Priscille Mer, avec qui il a fait un stage qui s’occupe de l’accident. Pour lui donner un coup de main, et parce que c’est Priscille, il propose d’aller avertir Madeleine, la copine du motard. L’appartement est vide, visiblement quitté en toute hâte, et quelque chose le gène. Mais quoi ?

Quelques jours plus tard, la jeune femme n’est toujours pas reparue, sa meilleure amie commence à s’inquiéter. Avant l’accident, Madeleine voulait rompre. Dans le service de neurologie où le motard est suivi, d’étranges incidents se produisent. Marc et Priscille ont de plus en plus l’impression qu’il se passe quelque chose de moche, de très moche …

Je ne sais pas si DOA est un lecteur de John Connolly, je ne sais pas si l’irlandais l’a influencé, mais on retrouve chez lui cette pincée de fantastique qui vient pimenter une enquête policière sans pour autant tomber dans la facilité (la facilité c’est se tirer d’une affaire très obscure grâce à de prétendus pouvoirs, maléfiques de préférence). En bref, l’ensemble est parfaitement cohérent (à défaut d’être vraisemblable, mais qui se soucie de vraisemblance ?).

Ceci dit, influence ou pas, on a déjà la patte DOA. Avec, pour commencer, son écriture, efficace, rythmée, extrêmement visuelle. Incroyablement visuelle même, particulièrement dans les passages angoissants où le lecteur voit la scène, littéralement, perçoit les ombres, les mouvements furtifs, entend les bruits inquiétants, et tremble avec le personnage.

Richesse de la construction également, que l’on a vu ensuite à l’œuvre dans Citoyens Clandestins,  qui fait ici merveille et fait passer comme une lettre à la poste ce pavé de plus de 600 pages. Une construction et une écriture qui s’appuient sur une description très crédible du fonctionnement des institutions policière, judiciaire et médiatique, et un sens aigu du rythme, avec une très belle maîtrise des ruptures, des accélérations et des apaisements.

Bref, un vrai régal, 600 pages de plaisir bien glauque, bien sombre, à se faire peur la nuit.

L’édition folio mentionne que l’auteur a retouché son texte précédemment publié, je serais curieux, si quelqu’un sait ce qu’il a changé, d’en savoir un peu plus sur ces retouches.

DOA / La ligne de sang, Folio Policier (2010).

DOA, le retour.

Avec Citoyens Clandestins, monumental thriller d’espionnage, DOA avait fait une entrée fracassante à la série noire. Il revient avec Le serpent aux mille coupures, sec comme un coup de trique, 200 pages d’adrénaline.

Moissac, près de Toulouse, verger du sud-ouest, pays où il fait bon vivre. Pas pour tout le monde. Pas quand on est le Nègre, l’Etranger qui, marié à une fille du pays, a osé reprendre une exploitation, et travailler, ici, comme s’il était du coin ! Alors de courageux vengeurs se sont levés pour tout faire pour que le macaque parte avec sa femme (la salope) et leur fille.

Ce soir là, dans le froid, c’est Baptiste Latapie qui s’y colle, et sabote quelques rangs de chasselas. Mauvaise pioche. Il tombe sur une rencontre étrange, entre trois patibulaires qui causent étranger, et un motard, blessé, qui les abat tous les trois avant de prendre la fuite. Le début d’un carnage qui va secouer la torpeur de ce coin de campagne.

Pas un mot de trop, un style sec et un rythme d’enfer, des chapitres courts qui passent d’un personnage à l’autre jusqu’au feu d’artifice final. Il suffit d’ouvrir le roman, ensuite les pages tournent toutes seules.

Pas beaucoup de gentils, de bons sentiments, ou de bonne conscience ici. DOA est méchant, c’est pour ça que les lecteurs de polar l’aiment. Il sait, mine de rien, braquer le projecteur sur les zones pas forcément reluisantes de notre beau pays, même, et surtout, quand elles se cachent derrière la raison d’état, une carte postale idyllique, ou une bonne conscience facile. Il le fait sans aucune pitié pour le lecteur. Ni pour certains personnages qui en prennent plein les dents. Et le lecteur ne peut s’empêcher de penser qu’ils l’ont quand même bien cherché !

Mais DOA est un faux méchant, c’est aussi pour ça que les lecteurs adorent ses livres . Il aime ses fragiles qui savent, au moment le plus inattendu, retrouver courage, force et fierté ; ceux qui persistent, envers et contre toute forme de connerie, ceux qui font ce qu’ils ont à faire, sans se soucier de l’opinion. Et bien entendu ses chevaliers, sans peur à défaut d’être sans reproche, un peu fajardiens par certains côtés.

Du pur plaisir, ristretto, comme on l’aime.

DOA  / Le serpent aux mille coupure, Série Noire (2009).