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Gueules cassées

Un grand format chez In8, et un beau titre, Gueules cassées de Dominique Delahaye.

Bord de Seine quelque part en banlieue. Julien, Cindy et Simon vivent dans une péniche, petits boulots et galères. Leur copain Issa est souvent avec eux mais vit avec sa famille dans une des barres voisines. Une sœur qui bosse, un frère qui veut enregistrer un album et un autre, le plus jeune, qui tourne mal, se mettant au service du caïd du coin, Kodama.

Et autour de la zone désaffectée qui attise les convoitises, un architecte prêt à tout, de l’argent sale en quête de blanchiment, des politiques tiraillés entre les réels besoins de la collectivité et les pots de vin qui pourraient assurer leur réélection. Une situation explosive, ne manque plus que l’étincelle.

Je ne vais pas prétendre que l’on a là le polar de l’année, mais c’est du bon boulot solide. Le lieu et les enjeux associés sont bien décrits, les personnages attachants, décrits avec beaucoup d’humanité et de tendresse, sans cacher leurs contradictions et leurs failles. L’intrigue se déroule bien, sans concession ni à un happy end forcé, ni à une noirceur exagérée.

Ajoutez quelques scènes bien rudes et d’autres très émouvantes et vous avez un très bon polar social, qui ne cache pas ses valeurs mais ne fait jamais passer le message au détriment de l’intrigue ou des personnages. Que demander de plus ?

Dominique Delahaye / Gueules cassées, In8 (2022).

Naufrages

De Dominique Delahaye, j’avais lu Si près d’Amsterdam déjà chez in8. Voilà Naufrages.

Dolorès vit sur sa péniche, sur la canal Saint-Martin. Avec d’autres elle essaie d’aider les immigrés sans papiers perdus sur les trottoirs de Paris. Comme Nafy, qui a vécu l’enfer au Soudan et a dû fuir son pays et sa famille.

Vincent vit en faisant des petits boulots au noir, et se fait plaisir en jouant du trombone dans une fanfare funk. Klinton se réfugie souvent à la mosquée, seul lieu familier dans une ville qui ne veut pas de lui.

En peu de pages (nous sommes sur un format entre nouvelle et novella), Dominique Delahaye arrive à faire vivre ses personnages, à rendre l’atmosphère d’un quartier, à nous émouvoir, à nous donner à entendre, à sentir et à goûter. Il nous offre une tranche de vie belle et triste.

D’un point de vue purement égoïste et personnel, en plus il parle d’une musique que j’adore et évoque rapidement l’incontournable série Treme. Je ne pouvais qu’aimer.

Dominique Delahaye / Naufrages, in8 (2021).

Si près d’Amsterdam

Tous les ans TPS c’est l’occasion de revoir les potes, de rencontrer des auteurs qu’on admire, mais aussi d’en découvrir à côté desquels on était passé. Ce fut le cas cette année avec Dominique Delahaye, présenté par l’ami Black Jack, avec qui j’ai eu plaisir à discuter bouquins et jazz, et dont j’ai acheté, puis lu avec grand plaisir Si près d’Amsterdam, en attendant de passer à son recueil collectif consacré à Art Pepper.

DelahayePianiste de jazz, ça ne nourrit pas son homme, surtout quand, comme Dan, on refuse de donner des cours de piano. Alors c’est la galère, de club en bar. Le problème c’est que Dan a emprunté de l’argent à un usurier qui n’hésite pas à employer les grands moyens.

Alors quand un soir un couple de hollandais qui se dit admiratif devant le set qu’il vient de jouer lui propose de convoyer une voiture jusque dans la banlieue d’Amsterdam, puis de repeindre leur résidence secondaire et de faire passer une maquette à un ami producteur, Dan ne peut qu’accepter. Même si tout cela parait trop beau pour être vrai.

Pour ceux qui ne connaissent pas cette collection, il s’agit de beaux livres, proposant des novellas, entre 80 et 100 pages.

Bien entendu, le lecteur se doute bien que tout cela ne peut pas bien se terminer. Dans cette errance de Paris à Amsterdam, on va croiser beaucoup de musique, le fantôme de Chet Baker bien évidemment, mais également ceux de Ben Webster ou Monk, quelques moments lumineux, et une fin que l’on n’attendait pas forcément.

Une jolie histoire, mélancolique, qui donne envie de réécouter ses vieux disques. Que demander de plus ?

Dominique Delahaye / Si près d’Amsterdam, In8 (2015).