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Deux infos polar

Deux infos polar :

Mercredi 22, la Librairie de la Renaissance et Toulouse polars du Sud invitent Hervé le Corre, pour discuter, entre autres de son dernier roman : Prendre les loups pour des chiens.

Ce sera à 20h30, rencontre puis signature.

Le prix Mystère 2017 de la critique a été attribué à :

  • Cloé Medhi / Rien ne se perd pour le prix du meilleur polar français
  • Don Winslow / Cartel pour celui du meilleur polar étranger.

Mise en page 1   winslow

Accro à Donald Ray Pollock

Ce n’est que le second bouquin que je lis de Donald Ray Pollock, mais je crois que je vais déjà devenir accro : Une mort qui en vaut la peine.

pollockNous sommes en 1017, les USA sont entrés en guerre. Voilà qui ne change rien à la vie de Cane, Cob et Chimmey, trois garçons qui vivent dans la misère la plus totale depuis que la mort de leur mère qui a laissé leur père ruiné. Travail acharné, humiliations, faim et froid sont leur lot. Leur seul moment de joie est la lecture par Cane, l’aîné, d’un roman racontant les aventures incroyables d’un cowboy braqueur intrépide.

C’est donc tout naturellement que, à la mort de leur père, ils plaquent tout et se lancent dans une carrière criminelle dans leur campagne, à la frontière entre la Géorgie et L’Alabama. Bien entendu, les choses ne vont pas se passer comme dans le livre. Et leur « épopée » sanglante changera quelques destins …

La quatrième en appelle aux frères Coen, et c’est bien à eux que m’a fait penser cette galerie de personnages qui oscillent entre pathétique et grotesque. Grotesque étant le premier adjectif qui vient à l’esprit dès les premières pages d’un roman qui serait définitivement et insupportablement désespérant sans ce choix d’un humour, certes très sombre, mais d’un humour quand même.

On se surprend donc, avec un peu de honte parfois, à sourire aux tribulations de ces pieds nickelés en sabots (et avec pas mal de flingues), qui n’hésitent jamais à descendre qui les gène. Comme on sourit aux mésaventures du petit homme chargé de sonder les toilettes de la petite ville de l’Ohio où tout va se terminer, où à celles des différents personnages que les trois frères rencontrent.

Et heureusement qu’on sourit, sinon ce serait à pleurer, voire à se pendre ! On finit même par se surprendre à éprouver de la tendresse pour certains d’entre eux. Comme l’auteur sans doute, puisqu’il nous gratifie d’une sorte de happy end. Un happy end à la sauce Pollock, on n’est pas chez Disney, mais un happy end quand même.

Un roman étonnamment … réjouissant ?

Donald Ray Pollock / Une mort qui en vaut la peine (The heavenly table, 2016), Albin Michel (2016), traduit de l’anglais (US) par Bruno Boudard.

Donald Ray Pollock, avec un certain retard

J’ai lu beaucoup de bien sur Donald Ray Pollock, mais j’étais passé à côté, raté au moment de la sortie, pas lu ensuite. Comme il sera à Toulouse en octobre prochain pour le festival Toulouse Polars du Sud, et comme c’est les vacances, il était temps de faire une petite cession de rattrapage : Le diable tout le temps.

PollockWillard Russell ne s’est jamais vraiment remis de ce qu’il a vu dans le Pacifique pendant la seconde guerre mondiale. Il est pourtant rentré dans sa petite ville de l’Ohio, c’est marié, a eu un fil Arvin. Mais quand son épouse, qu’il adore, tombe gravement malade, il sombre dans la folie, manquant emporter son fils.

Des années plus tard, Arvin vit chez sa grand-mère. Elle a recueilli la fille d’une voisine, morte assassinée quelques années plus tôt. Le père, un pasteur à moiti cinglé a disparu avec son cousin.

Non loin, un couple occupe ses vacances en roulant, et en piégeant des autostoppeurs. Le mari collectionne les photos qu’il prend des cadavres …

Autant de destins qui vont finir par se croiser, pour le pire.

J’arrive bien après la bataille et tout a été dit sur ce roman. On lit même, en quatrième de couverture une grosse exagération, ou le résultat d’une grosse lacune en romans américains contemporains (comme quoi on n’aurait rien lu d’aussi dévastateur depuis des années).

Pour moi Donald Ray Pollock livre là un excellent roman noir, bien dans la lignée des romans de gens comme Harry Crews, Larry Brown ou Tristan Egolf (il y a quelques années), Chris Offut, Frank Bill ou des auteurs de néonoir chez Galmeister plus récemment. Ce qui ne lui enlève aucun mérite bien évidemment.

L’époque, les traumatismes de la guerre, la misère culturelle et économique, la folie religieuse, son hypocrisie, le poids qu’elle fait peser sur tous … tout cela est magnifiquement écrit. L’auteur jongle avec les époques et les personnages, précise peu à peu les pièces du puzzle et fait monter la tension et la pression jusqu’à un final qu’on devine sanglant.

Il évite tout misérabilisme, évoque les pires cruautés en pratiquant volontiers l’ellipse, ce qui évite le gore et le voyeurisme et laisse l’imagination (macabre) du lecteur faire le travail. Sans pitié pour le lecteur, il en montre pour ses personnages (pour certains personnages, pas tous) et fait preuve d’une très belle humanité et compréhension pour les paumés qu’il décrit.

Une belle découverte pour moi, et un auteur que je suivrai maintenant attentivement.

Donald Ray Pollock / Le diable tout le temps (The devil all the time, 2011), Le livre de poche (2014), traduit de l’anglais (USA) par Christophe Mercier.