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Un Dortmunder vintage

Attention, ouvrage mythique ! Ca faisait longtemps que j’en avais entendu parler. J’en rêvais, Rivages l’a fait, on peut maintenant lire, enfin, Comment voler une banque, épisode mythique donc (je me répète, je sais) des aventures de John Dortmunder, le voleur le plus doué et le plus malchanceux de la littérature mondiale.

Cambrioler une banque, c’est à la portée du premier crétin venu (ou presque), mais voler la banque ? Toute la banque ? En profitant du fait que, pendant les travaux, elle s’est installée dans un mobile home … Ca, il n’y a que l’équipe de John Dortmunder pour le réussir … Et finir, bien entendu, par tout faire foirer, ou presque.

 

Une nouvelle fois le plan de John est génial (je me demande d’ailleurs combien de voleurs ont cherché l’inspiration dans les romans de Westlake/Stark …). Une nouvelle fois malgré le génie de John, c’est au moment où tout semble bien marche que tout se met à foirer. Une nouvelle fois c’est très drôle. Une nouvelle fois on est content de retrouver Kelp, Stan et sa maman (dans cet épisode ancien Tiny n’a pas encore fait son apparition) et les quelques personnages secondaires sont hilarants. Que dire de plus, je suis un inconditionnel de Dortmunder, un admirateur fanatique, et je n’ai jamais été déçu par un roman de la série.

Juste pour le plaisir, ces quelques lignes qui définissent si bien l’attitude de John face à la vie : 

« Dortmunder avait payé son apprentissage de la patience au prix fort. Des tâtonnements de la vie parmi d’autres être vivants il avait retenu que, lorsqu’un petit groupe se met à s’agiter dans tous les sens et à crier sur fond de quiproquo, la seule chose sensée à faire est de rester en retrait et de les laisser se débrouiller entre eux. L’alternative consistait à attirer leur attention, soit en explicitant le malentendu, soit en les ramenant au sujet de conversation initial mais, dans les deux cas, vous vous retrouviez vous aussi à vous agiter dans tous les sens et à crier sur fond de quiproquo. Patience, patience ; au pire, ils finiraient par se fatiguer. »

Un antidote parfait en cas de mauvaise humeur.

Donald Westlake / Comment voler une banque (Bank shot, 1972), Rivages/Noir (2011), traduit de l’américain par M. Sinet.

John Dortmunder forever !

Comme promis, voici donc Surveille tes arrières ! le dernier John Dortmunder, de l’immense et regretté Donald Westlake. Mais était-il nécessaire de le préciser ?

Tout arrive … Arnie, l’insupportable receleur de John est revenu complètement métamorphosé d’un séjour aux Caraïbes. Un autre homme. Dans les limites du possible bien entendu. Disons qu’avec un peu d’entrainement et beaucoup de bonne volonté, on peut maintenant rester plus de dix minutes à côté de lui sans avoir envie de le jeter par la fenêtre.

Durant son séjour, Arnie a connu quelqu’un de plus insupportable que lui : Preston Fareweather, bloqué dans son Club Med parce qu’il fuit les avocats de ses ex qui se sont associées pour rafler son immense fortune. Alors Arnie a supporté les sarcasmes et la méchanceté de Preston et est revenu avec le mode d’emploi pour rentrer dans son appartement qui regorge de trésors. Un boulot facile pour John et sa bande.

Mais il n’y a jamais de boulot facile pour Dortmunder. Et pour commencer l’ O.J. Bar & Grill leur est interdit. Il semblerait que la mafia ait mis la main dessus. Il va donc falloir commencer par s’occuper de ça …

J’en entend déjà certains dire que c’est un petit Dortmunder, moins délirant, moins spectaculaire que certains. Et c’est vrai. Le cambriolage est simple. Mais, regardons-y de plus près …

Et d’un, les personnages, les situations, les dialogues m’ont fait plusieurs fois éclater de rire. Je sais, chez Westlake, c’est le minimum syndical, il est assuré, une fois de plus. Deux, l’écriture a cette fluidité, cette évidence qui pousse à croire que n’importe qui aurait pu écrire le roman, puisque « c’est si simple ». Mais ça aussi c’est attendu chez Westlake.

Mais surtout, cette intrigue faussement simple est un petit bijou  de précision. Regardez bien. Regardez bien tout ce qui est mis en place, depuis le tout début, les personnages a priori secondaires, les événements qui semblent tous décorrélés (et qui le sont), les petites péripéties sans lien avec l’intrigue principale … Et tout cela est nécessaire, indispensable, petits rouages qui viennent se mettre en place avec un doux bruit de mécanisme parfaitement ajusté pour la cata finale. Du grand art.

Ajoutons que l’on rit aussi beaucoup par anticipation : L’auteur donne toujours un petit temps d’avance au lecteur sur les personnages. Un lecteur qui jubile donc parce qu’il sait quelle tuile va retomber sur le nez de John, et qui éclate quand même de rire au moment où elle tombe. Parce qu’elle tombe juste un peu à côté, là où il ne l’attendait pas. Et ça aussi c’est du grand art.

Bref, à ne rater sous aucun prétexte.

Donald Westlake / Surveille tes arrières !  (Watch tour back, 2005), Rivages/Thriller (2010), Traduit de l’américain par Jean Esch.

John Dortmunder de A à Z

Cela n’a échappé à personne, l’immense Donald Westlake est mort depuis ce sinistre 31 décembre. Mais nous savions qu’il restait encore des John Dortmunder à publier. En voici un (l’avant dernier) chez Rivages. Je vous en causerai demain. Mais en attendant, je vais profiter du travail de récapitulation effectué par Rivages à l’occasion de cette sortie pour faire le point sur ce qui est publié, ce qui va ressortir, ce qu’il nous reste à découvrir …

Pierre qui roule (The hot rock, 1970), Rivages/Noir (2007)

Bank Shot , 1972, à paraître chez Rivages/Noir en 2011

Jimmy the kid (Jimmy the kid, 1974), Rivages/Noir (2005)

Personne n’est parfait (Nobody’s perfect, 1977), Rivages/Noir (2007)

Pourquoi moi ? (Why me ?, 1983), Rivages/Noir (2006)

Bonne conduite (Good behavior, 1985), Rivages/Noir (2009)

Dégâts des eaux (Drowned hopes, 1990), Rivages/Noir (2006)

Histoire d’os (Don’t ask, 1993), Rivages/Noir (2000)

Au pire qu’est-ce qu’on risque ? (What’s the worse that could happen ?, 1996), Rivages/Noir (2004)

Mauvaises nouvelles (Bad news, 2001), Rivages/Noir (2004)

Les sentiers du désastre (The road to ruin, 2004), Rivages/Noir (2008)

Surveille tes arrières ! (Watch your back, 2006), Rivages/Thriller (2010)

What’s so funny, 2007, à paraître

Get real, 2009, à paraître

Voleurs à la douzaine (Thieve’s dozen, 2007) Rivages/Thriller (2008)

Donc, outre celui dont je vous cause demain, il nous restera la réédition du second de la série, et les deux derniers … Malheur.

Merci au lecteur perspicace qui m’a signalé qu’il manquait What’s so funny dans la liste. Rivages m’a confirmé qu’il s’agit bien d’une erreur de leur part et qu’ils restent donc bien encore deux inédits à traduire en français.

Je profite de l’occasion pour, comme pour folio, saluer le superbe travail d’édition qui permet à tous ceux qui n’ont pas le temps de flâner chez les bouquinistes, ou de fouiller dans le grenier du tonton fana de polars, de pouvoir facilement trouver tous ces chef-d’œuvre.

Voilà vous pouvez faire vos listes de cadeaux d’anniversaire, de Noël, de mariage, de fin d’année

Parker à bout de course.

Cela fait maintenant presque un an que Donald Westlake nous a fait sa dernière blague (la seule mauvaise de toute sa carrière), entraînant, entre autres, la disparition de Richard Stark. Pour quelques années encore nous aurons de ses nouvelles, posthumes, tant sa production a été riche. Voici donc avec A bout de course (titre tristement prémonitoire, mais moins que le titre original !), dernier roman traduit des aventures de Parker.

Dès le départ les choses s’annonçaient mal : Un des participants à la réunion avait un micro. Une fois le problème réglé, Parker se retrouve avec, disons Nick, le seul homme qu’il connaissait dans le groupe. Nick lui propose un coup de remplacement : braquer un camion assurant le déménagement d’une banque, quelque part dans la cambrouse. Mais là aussi il y a beaucoup de choses qui ne plaisent pas à Parker. A commencer par l’implication dans le coup de deux amateurs motivés par la rancœur. Comme il pense pouvoir redresser la barre et qu’il commence à avoir besoin de liquide, il accepte …

Que dire qui n’ait déjà été dit et redit quand on referme un nouveau Parker ? Rien.

C’est toujours aussi impeccable. Pas une émotion, pas un mot de trop, psychologie zéro, que de l’action pure. Un style aussi tranchant et efficace que Parker. Des personnages définis en deux phrases et qu’on a tout de suite l’impression de voir et de connaître. Du pur plaisir.

Richard Stark / A bout de course !, (Nobody runs forever, 2004) Rivages thriller (2009), traduit de l’américain par Marie-Caroline Aubert.

Saint John Dortmunder

J’en rêvais, rivages l’a fait … Fan tardif de Donald Westlake et de Dortmunder (je n’ai découvert le polar qu’à partir de la fin des années 80), et cela faisait des années que j’entendais parler d’un Dortmunder où le voleur le plus calamiteux de New York se retrouvait dans un couvent et devait aider des bonnes sœurs à récupérer une nonne séquestrée par son père. J’en salivais, et désespérais de ne jamais lire cet épisode. Ca y est, rivages l’a réédité, ça s’appelle Bonne conduite et c’est à la hauteur de mes espérances.

Voici donc l’histoire. A l’issue d’un casse encore plus calamiteux que d’habitude, Dortmunder se trouve suspendu à une poutre, 10 mètres au-dessus d’un groupe de nonnes qui ont fait vœux de silence. Un bon départ non ? En échange de leur aide, il accepte d’aider Sœur Marie du machin du bidule (elles s’appellent toutes Marie du machin du truc) à échapper à son père, aussi riche que tyrannique (et il est très très riche). Premier hic, elle est tenue prisonnière au dernier étage d’une tour absolument inviolable. Et ce n’est que le premier hic, car, bien entendu, les catastrophes en chaîne vont s’abattre sur John et son équipe de bras cassés.

Il n’y a pas de mauvais Dortmunder. Seulement des bons, et des très bons. Celui-ci est dans la deuxième catégorie. Eclats de rire garantis. Ce pauvre John ne se sort d’une situation impossible que pour tomber dans une autre plus impossible encore (et dans ce domaine, l’imagination de Donald Westlake ne connaissait aucune limite). Tiny y est, comme dans les romans de cette première période, beaucoup plus effrayant que par la suite, même pour ses complices (c’en est d’autant plus drôle, bien entendu). Et ils récupèrent un complice 100% westlakien, sorte de vieux pervers pépère absolument hilarant.

En toile de fond, et l’air de rien, Westlake en profite, dès 1968, pour brosser un tableau des plus actuel de la mégalomanie et du pouvoir de nuisance des individus les plus riches.

Si quelqu’un, parmi mes lecteurs, sait pourquoi Westlake a repris son texte en 1985, je suis intéressé par l’information. Quoiqu’il en soit, voilà pour les fans de John un épisode absolument indispensable.

Donald Westlake / Bonne conduite, (Good behavior, 1968 et 1985) Rivages Noir (2009), traduit de l’anglais par Rosine Fitzgerald, traduction revue et complétée par Patricia Christian.

Adieu Westlake.

Ce fut vraiment un sale, très sale nouvelle. Il n’avait que 75 ans. Au vu de la quantité de romans qu’il a écrit, il aurait pu en avoir mille … Et ses lecteurs auraient voulu qu’il vive mille ans de plus. Parce qu’on a plus que jamais besoin de lui.

Impossible de résumer les bonheurs de lectures que je lui dois.

De la science fiction comme Trop humains, sa version de la fin du monde qui n’a, de mon point de vue, qu’une rivale, la version délirante de deux autres humoristes, j’ai nommé le génial De bons présages de Neil Gaiman et Terry Pratchett.

Du noir, très noir, comme Le couperet, cette implacable et inattaquable illustration du capitalisme, de la loi du plus fort, et de la ce vieil adage populaire que l’on nous ressert tant : la fin justifie les moyens. Noir aussi comme Kahawa, roman d’aventure et d’aventuriers, presque plus leonardiens que westlakiens, mais aussi, en toile de fond, dénonciation, à la Donald Westlake, c’est-à-dire sans avoir l’air d’y toucher, de la dictature d’Amin Dada.

C’est bien entendu l’écriture au rasoir de Richard Stark, et de son implacable Parker. Des romans d’action pure, sans un mot de trop, sans une phrase qui ne décrive une action, sans l’ombre d’une justification psychologique ou d’une émotion. Seulement de l’action, à l’efficacité totale, comme la prose.

Mais surtout, surtout, c’est l’auteur qui m’a fait éclater de rire si souvent.

Avec sa critique des média comme dans Moi Mentir. Avec sa variation absolument géniale sur le thème de l’homme invisible, dans Smoke, qui prend tout son sel quand on sait que le boulot de cet homme est de soulager ses semblables des biens qui les encombrent. Un roman hilarant, ponctué de scènes d’anthologie, dont celle, qui restera gravée dans mon souvenir, qui voit Freddie, le petit voleur devenu invisible, profiter de son avantage pour imposer des choix de programme télé assez … personnels, dans la salle commune d’un Bed and Breakfast.

Et il y a le génial Aztèques dansants qui, en plus de m’avoir fait plusieurs fois éclater de rire, offre de mon point de vue, la plus originale, la plus subjective, la plus délirante, mais aussi la plus juste des descriptions de New York que je n’ai jamais lue. Si vous avez ce bouquin sous la main relisez les deux premières pages, vous verrez si j’ai raison.

Et puis il y a le monument John Dortmunder. John et sa bande, que l’on a vu grandir, que l’on a appris à connaître, à aimer, à attendre … Un nouveau Dortmunder annoncé, c’était des jours de bonheur. Celui de savoir qu’on allait le retrouver, celui de voir enfin de livre, de le toucher, de lire le résumé, de le tenir, en réserve, aussi longtemps qu’on pouvait patienter. Et puis, enfin, de l’ouvrir, et de découvrir, émerveillé, ce que ce sacré Westlake allait bien pouvoir inventer cette fois comme défi irréalisable, comme casse génial, et comme grain de sable et coup du sort pour que, malgré tout son talent, John se retrouve encore et toujours couillonné.

C’était de la joie pure, de la jubilation, de l’excitation. C’était l’optimisme forcé et les voitures de médecin d’Andy, les habitués bourré du bar où la bande préparait ses casses, la force, pas toujours tranquille de Tiny, les itinéraires de délestage de Stan et de sa mère, c’était la morosité permanente de John, ses plans géniaux, sa mafre légendaire, son refus des gadgets modernes … C’était des personnages que l’on connaissait tellement bien que Westlake pouvait élaguer, épurer, certain que le lecteur comprendrait à demi-mot. Et quoi de plus gratifiant pour un lecteur que de sentir que l’auteur lui fait confiance ?

Je ne me risquerai pas à tenter un semblant de bibliographie. Elle serait beaucoup trop incomplète. Fouillez votre bibliothèque, allez chez votre libraire, dans votre bibliothèque préférée, piochez au hasard, ce sera bon.

Seule consolation, bien maigre, rivages a l’air de rééditer tous les anciens Westlake qui n’étaient plus trouvables que chez les bouquinistes ou dans les meilleures bibliothèques. Maigre consolation, vraiment, mais consolation quand même.

Je terminerai par ceci, qui conclut la débâcle des sentiers du désastre :

« Vous savez quoi, dit Dortmunder. Je commence à comprendre ce qu’il y a de pire dans tout ça.

Kelp semblait intéressé, mais inquiet.

– Il y a un truc pire qu’un autre ?

– Si on ne fait pas le casse ce soir, dit Dortmunder, vous savez ce qu’on aura fait pendant trois jours ? On aura travaillé ! »

Un dernier mot, quand même. Sur le site de Sarah Weinman, l’hommage à Donald Westlake s’étoffe d’heure en heure. C’est en anglais, et cela montre ce que diable d’homme représentait là-bas aussi.

Parker s’évade

Pour une fois, Parker n’a pas choisi lui-même ses coéquipiers. Résultat, il se retrouve en taule en attente de jugement. Pressé de sortir de là, il s’associe avec deux codétenus pour s’évader. Mais leur aide, et celle de leurs complices à l’extérieur a un prix : Il doit participer à un coup dans la ville. Un coup qu’il ne sent pas, un coup qu’il n’a pas préparé. Un coup qui, bien entendu, tourne mal …

C’est certain, ce n’est pas le meilleur Parker. Etrangement, on a presque l’impression de voir Parker embarqué dans un scénario Dortmundérien où chaque nouveau mouvement pour se sortir de la mouise ne fait que le précipiter dans une mouise encore plus grande. Du coup le scénario est moins dense que dans ses meilleurs épisodes.

Mais c’est quand même un Parker, dans la narration, et dans le style. Ce qui est synonyme de grand, très grand plaisir de lecture. Car le personnage est immuable, imperturbable, granitique, d’une efficacité totale, économe en mots et en actes … Et Richard Stark (alias Westlake comme tout le monde le sait) a poli son style au fil des épisodes, le rendant aussi tranchant que son personnage. Toutes les scènes dans lesquelles se trouve Parker sont d’une précision et d’une limpidité parfaites. Impossible d’en retirer une phrase, un mot, une ponctuation, sans en amputer le sens.

C’est amusant que ce billet succède à celui sur Gonzalez Ledesma, car les deux romans sont exactement contraires. Là où Francisco Gonzalez Ledesma utilise l’histoire pour faire passer ses sentiments, ses émotions, ses analyses historiques et philosophiques, Richard Stark bannit totalement les émotion, les sentiments, la psychologie. Au lyrisme nostalgique dans les descriptions de l’un répond l’action pure comme le diamant, qui claque sèche comme un coup de trique de l’autre. Deux régals de lecture, aussi différents qu’on puisse l’être.

Richard Stark / Breakout (Breakout, 2002), Rivages/Thriller (2008), traduit de l’américain par Emmanuel Pailler.

Donald Westlake, Divine providence

Fred Fitch est un paratonnerre. Un paratonnerre à arnaques. Il suffit qu’un margoulin passe dans le coin, paf, il lui tombe dessus et le pigeonne. Pourtant Fred n’est ni cupide, ni idiot. Il est juste un tout petit peu trop enclin à faire confiance à ses semblables. Le jour où il hérite d’un oncle dont il n’avait jamais entendu parler, et se retrouve en possession de plus de 300 000 dollars, il se transforme en provocation vivante pour les escrocs de tout poil. Et sa vie devient très, très compliquée …

Rivages poursuit son travail de réédition des vieux polars de Westlake. Divine providence était paru en 1968 chez Gallimard sous le titre du Pigeon récalcitrant. La traduction a été revue, corrigée et surtout complétée. Les amateurs ne seront jamais assez reconnaissant à Rivages pour ce travail.

Divine providence est, encore, et au risque de me répéter, un petit chef d’œuvre de ce maître qui en a produit tant. Tous les amateurs de polar ont lu, ou vu, des histoires d’arnaques. Ce qui est nouveau c’est que Westlake, au lieu de s’attacher à suivre les arnaqueurs, leurs combines, et le montage de la grosse arnaque centrale, change de point d’observation et se place du point de vue de l’arnaqué. En imaginant juste une espèce d’arnaqué étalon, à qui tout, absolument tout, arrive. Effet comique assuré.

Sans compter les à côté, encore plus hilarants, qui étaient sans doute passé à la trappe lors de la première traduction (oui, à l’époque, d’après les spécialistes, on traduisait parfois à la tronçonneuse). Deux scènes d’anthologie, absolument inutiles pour comprendre le déroulement de l’intrigue, mais absolument géniales valent à elles seules l’achat de cette réédition :

La tentative de Fitch de s’échapper de chez lui en passant par le petit jardin de derrière : Vous y découvrirait une variation sur l’homme dans le placard, et l’utilisation inédite de ressorts, non pas de l’intrigue, mais métalliques (je sais, dit comme ça, cela parait obscur, mais lisez, vous verrez).

Le dialogue entre Fitch et la police new-yorkaise à qui il veut signaler un enlèvement. C’est plus simple en passant par le 22 à Asnières.

A lire, de toute urgence, comme le meilleur remède possible contre la morosité.

Donald Westlake / Divine providence  (God save the mark, 1967), Rivages noir (2008). Traduction de l’américain par France-Marie Watkins complétée par Patricia Christian.

Des nouvelles de Dortmunder

Voilà un petit billet qui ne va rien vous apporter. Pourquoi ? Parce qu’il est consacré à mon personnage préféré, celui qui me met systématiquement en joie, j’ai nommé l’incontournable John Dortmunder. Je perds  absolument tout mon esprit critique quand il s’agit de lui. Le seul fait de lire son nom suffit à agacer mes zygomatiques, dès qu’il ouvre la bouche ou qu’il bouge, je souris, et à la première tuile qui lui tombe dessus, j’éclate de rire.

Pour la première fois, Donald Westlake, son génial créateur, a rassemblé les différentes nouvelles qui l’avaient pour protagoniste. On trouve donc dans Voleurs à la douzaine, John Dortmunder à la campagne, John Dortmunder et le divorce, John Dortmunder et le poker, John Dortmunder à une réception de Noël, John Dortmunder et l’équitation, John Dortmunder et le sport, John Dortmunder et William Shakespeare … On a même le John Dortmunder d’un monde parallèle.

Tout cela, bien entendu, revu et corrigé par le filtre un tout petit peu déformant de l’humour sans pareil de Westlake et du réalisme et du pessimisme de John.

Même l’introduction, sobrement intitulée « Dortmunder et moi, sans en faire un roman » est drôle et géniale ! Elle suffirait presque à elle seule à justifier l’acquisition du recueil. Elle éclaire, là encore au travers du prisme de l’humour de l’auteur, son travail de création autour de son personnage.

Le format court ne laisse pas Westlake créer les enchaînements de catastrophes dont il a le secret, mais lui permet de mettre son personnage dans les situations les plus ahurissantes et les plus variées. Situations dont il se sort, bien entendu. Sans rien gagner, ou presque, comme d’habitude.

Seul problème, ce recueil me laisse face à une interrogation quasi métaphysique, qui a failli m’empêcher de dormir, une fois que j’ai eu fini de rire : Donald Westlake est-il TOUJOURS génial quand il donne vie à son personnage ? Ou est-ce devenu pour moi un réflexe pavlovien : Dortmunder = Rire ? Mystère. Je penche bien entendu pour la première hypothèse, mais la seule constatation un peu scientifique est que, une fois de plus, ça a marché.

Donald Westlake / Voleurs à la douzaine  (Thieves’ dozen, 2004), Rivages thriller (2008). Traduction de l’américain par Jean Esch.

John n’est pas parfait

Rivages a eu une idée excellentissime (une de plus) : rééditer les premiers Westlake, ainsi que les premiers Richard Stark qui n’étaient plus disponibles. Je reparlerai sans doute plus tard de Richard Stark et de son personnage de Parker, mais il va ici être question de l’inénarrable John Dortmunder.

Après Pourquoi moi ? et Pierre qui roule, voici Personne n’est parfait (Nobody’s perfect en anglais, géniale réplique finale de Some Like it hot).

Une fois de plus victime de sa malchance, Dortmunder s’est fait attraper en flagrant délit. Quand un ténor du barreau vient prendre spontanément sa défense, le faisant acquitter, il se demande bien évidemment ce que cela va lui coûter. Pas très cher en fait, juste un accord avec un riche dilettante qui souhaite organiser un faux vol de tableau pour arnaquer son assurance. Il organise tout pour qu’il y ait des témoins, et pour que tout se passe bien. Malgré tout, devinez qui reste coincé dans la cage d’ascenseur alors que ses potes se carapatent avec la toile ? Et devinez combien de temps le tableau va rester en leur possession ? Et combien de combines vont être nécessaires pour le récupérer ?

Que dire à propos d’un roman consacré à notre John préféré qui n’ait déjà été dit mille fois ? Que c’est un pur régal ? Que l’on découvre avec délice la mise en place de la saga dortmundéresque, les personnages qui tournent autour ? Que l’imagination de Westlake est toujours étonnante ? Que ses idées de casse sont géniales ? Que son humour fait mouche à chaque fois ? Qu’une visite de Londres vu par John et sa légendaire morosité est indispensable ? Que la lecture de Dortmunder vaut tous les antidépresseurs ? Que la saga devrait être obligatoire et remboursée par la sécu, en tant que prévention, spécialement quand les jours raccourcissent et que le blues de l’hiver approche ? Que ceux qui n’ont jamais lu un Dortmunder sont impardonnables, mais très chanceux parce qu’il ne tient qu’à eux de s’y mettre ?

Donald Westlake / Personne n’est parfait (Nobody’s perfect, 1977), Rivages/Noir (2007), traduit de l’anglais (USA) par Henri Collard