Archives du mot-clé Dustin Nguyen

Comics : Deux superbes fins de séries

Une petite chronique Comics pour deux excellentes séries qui se terminent, et la continuation d’une troisième.

Pour la continuation c’est Deadly Class de Rick Remember (scénario), Wes Craig (dessin) et Jordan Boyd (couleur) qui en est au 7° volume.

deadly-class-tome-7Si vous vous souvenez des épisodes précédents, on a suivi des ados dans une école un peu particulière qui les forme à être des assassins. On a quitté l’école avec la première promotion à la fin du 4, on en a trouvé de nouvelles promos dans les 5, 6 et 7, en en apprenant également un peu plus sur les familles mafieuses d’un certain nombre d’élèves, et là, pour le 7, c’est le grand dézingage, toutes les factions qui sont après nos survivants des deux promos (les yakuzas, les flics ripoux mexicains et les envoyés de l’école) vont se retrouver pour un épisode qui saigne sévère. C’est certain, beaucoup resteront sur le carreau.

C’est incroyable, on croit à chaque épisode qu’on ne peut plus accélérer et monter un cran dans la violence, et pourtant à chaque fois, les auteurs y arrivent. Cette fois, clin d’œil assumé, une voix off dit qu’on se croirait dans une BD de Franck Miller, ou un film de Tarantino, avec une référence évidente à Kil Bill. Ça pourrait lasser, et pourtant ça marche. Je suis complètement accro à cette espèce de machin survolté, qui est loin d’être terminé, qui nous offre quelques beaux coups de théâtre et retournements d’alliances, et laisse entrevoir une suite que j’attends avec impatience.

Les deux séries excellentes qui se terminent sont, le polar Kill or be killed de Ed Brubaker (scénario) et Sean Phillips (dessin) et Elizabeth Breitweiser (couleur) et la série SF Descender, de Jeff Lemire (scénario) et Dustin Nguyen (dessin).

kill-or-be-killed-04Vous vous souvenez peut-être de Dylan de Kill or be killed, un looser de la plus belle eau. Sauvé du suicide par un démon, il doit pour survivre tuer un nuisible par mois. Et il finit par y prendre goût, même si ça complique forcément ses relations avec son amie / amoureuse (ça fluctue), et avec la police de New York qui est à la poursuite du tueur à la cagoule. Et que dire de la mafia russe qui est à ses trousses. Dans ce volume 4 et dernier, il vient de découvrir que son frère, qui s’était suicidé, voyait aussi un démon, un démon qui apparaissait dans les dessins de son père. Tout va alors se dénouer dans l’hôpital psychiatrique où il est enfermé après … Mais pour le savoir il faut lire ce dernier volume.

Le scénario fait partie de ces histoires qui vous accrochent dès le début grâce à un point de départ très intrigant, que vous poursuivez avec bonheur, mais avec toujours derrière la tête la question de savoir si le final ne va pas être décevant, ou comment s’en sortir sans une pirouette un peu facile. Et bien ici pas de pirouette facile, le final est à la hauteur des attentes. Le dessin magnifique nous plonge toujours dans une atmosphère de film noir comme je les adore, et que dire de l’habileté du scénario. Tout au long de la série les auteurs ont eu le chic pour parfaitement doser les aller-retour présent, passé proche, pour faire monter le suspense, et le recours à la voix off du narrateur (Dylan) est génial. Vraiment une superbe série pour tous les amateurs de polars et d’ambiance de film noir.

Descender-01Descender se termine également. Dernier volume pour admirer les magnifiques aquarelles de Dustin Nguyen et là aussi énorme attente face à une série qui commence sur un choc et une question qui tend le fil de suspense pendant toute la suite : Qui sont ces robots monumentaux qui ont attaqué le monde et ont disparu ensuite, et quel rôle le petit Tim 21, robot de compagnie du jeune Andy joue-t-il dans ce mystère ? A la fin du volume précédent, les principaux protagonistes ont convergé vers une planète où vit le créateur de Tim et …

Et une fois de plus le final est superbe et tient toutes les promesses d’une histoire riche en rebondissements et questionnements. Aucune déception donc, et un final totalement cohérent. Là où les auteurs font très fort, c’est qu’ils concluent vraiment l’histoire, tout en laissant une ouverture pour raconter une autre histoire, complètement différente, mais néanmoins reliée. Chapeaux les artistes, et vivement la prochaine histoire !

Descender-02

Rick Remember (scénario), Wes Craig (dessin), Jordan Boyd (couleur) / Deadly Class Tome 7, Urban comics (2019), traduit de l’anglais par Benjamin Rivière.

Ed Brubaker (scénario), Sean Phillips (dessin), Elizabeth Breitweiser (couleur) / Kill or be killed Tome 4, Delcourt 2019, traduit de l’anglais par Jacques Collin.

Jeff Lemire (scénario) et Dustin Nguyen (dessin) / Descender Tome 6, Urban Comics (2019), traduits de l’anglais (USA) par Benjamin Rivière.

Quelques BD

Ca faisait un moment que je n’avais pas causé BD, essentiellement parce que je n’avais pas essayé grand-chose de nouveau. Revoici donc, avec malheureusement une petite déception française, puis de très bonnes choses et un énorme coup de cœur.

La déception, non ce n’est pas le dernier Astérix (là ce n’est pas une déception, c’est une catastrophe, je l’ai trouvé indigent), c’est le volume 4 des Vieux Fourneaux : La magicienne, toujours de Wilfrid Lupano et Paul Cauuet.

VieuxFourneaux

Ça bataille ferme autour du village : L’entreprise locale a déposé un permis pour s’agrandir, permis accordé, mais depuis ça bloque, on a trouvé une espèce de sauterelle protégée sur le terrain en question qui a été transformé en ZAD. L’occasion pour les papis de la troupe Ni Yeux Ni maîtres de venir foutre le bordel, et d’appuyer les zadistes. Antoine lui est favorable à l’extension qui pourrait créer un peu de boulot, et Sophie qui se débat avec son théâtre de marionnettes, n’est pas insensible au charme d’un beau biologiste, et essaie de faire réparer son toit.

A priori, tous les ingrédients sont là. La mauvaise foi des uns et des autres, les papis indignes, les dialogues du bistrot, et la possibilité de mettre le souk. Et pourtant la mayonnaise ne prend pas, il manque un fil conducteur un peu tendu, il manque de la matière, tout se dénoue trop vite et trop facilement, grâce à un personnage qui n’a pas d’épaisseur. On arrive à la fin beaucoup trop vite avec l’impression d’avoir lu un épisode de transition. C’est certain, ou sourit souvent, on passe un bon moment, mais cela reste un cran en dessous des trois premiers.

Passons à ce qui est très bon :

Le premier … N’est pas une série. The private eye, de Brian K. Vaughan, Marcos Martin et Muntsa Vicente. Dans un futur plus ou moins proche, internet n’existe plus. Suite à une « explosion » du cloud, qui rendit publiques toutes les données privées, le chaos qui s’ensuivit a poussé les gouvernements à interdire internet et à mettre en place des mesures drastiques : Respect total de la vie privée, tout le monde se déplace avec un masque et se cache derrière un pseudo.

Seule une presse autorisée peut enquêter sur les gens. Détective privé (assimilé à paparazzi) est un des métiers les plus interdits et les plus infamants qui soit. C’est pourtant un Private Eye que nous allons suivre dans une affaire on ne peut plus classique : un jour une cliente entre dans son bureau. Sous le masque, une beauté fatale, qui lui demande, étrangement, d’enquêter sur elle-même, pour voir si sa vie privée est bien privée. Avant même le début de l’enquête, la cliente est tuée, et tout part en vrille.

The_Private_Eye

Excellente œuvre qui métisse un point de départ classiquissime (Un privé qui effectue une recherche pour une femme fatale qui meurt assassinée, et se retrouve ensuite client de la sœur de la victime), avec un monde de SF passionnant qui pose tout un tas de questions. Et s’offre le luxe de ne pas apporter de réponses, laissant le lecteur à sa réflexion.

Le fond de l’histoire nous interroge donc sur notre rapport à internet, à la perte de vie privée, en ayant la malice et l’intelligence de mettre en scène des jeunes horrifiés par l’étalage d’intimité qu’était internet avant l’explosion du cloud face à un grand-père nostalgique de l’époque des Ipad et des Iphone.

On réfléchit donc, mais pas tout de suite. Dans un premier temps, on est surtout embarqué par l’histoire policière, parfaitement rythmée et magnifiquement illustrée, dans des tons flashy, où les fonds unis et très colorés répondent aux masques des personnages. Superbe, prenant et intelligent.

the-private-eye-02

Pour la suite, malheureusement, vous allez me haïr, parce qu’on attaque de nouvelles séries (nouvelles pour moi, elles en sont à plusieurs épisode déjà traduits).

EastWest 01La première, East of West de Jonathan Hickman et Nick Dragotta est un excellent divertissement.

Quelque part dans le désert trois personnages émergent des sables. Ils auraient dû être quatre. Ce qui veut dire que Mort, le quatrième cavalier de l’Apocalypse leur a fait faux bond, et est devenu l’ennemi. Nous sommes dans une Amérique étrange : une météorite a mis fin à la guerre de Sécession, le pays en a été changé. Trois siècles plus tard, il est divisé en sept Nations dont les chefs, secrètement inféodés aux trois cavaliers restants, préparent la fin du monde.

C’est dans une esthétique de western spaghetti futuriste que les différents protagonistes vont s’affronter, et que l’on va découvrir (j’espère) petit à petit, ce qui anime les uns et les autres.

EastWest 02

Il y a (sauf erreur de ma part), 7 volumes publiés en France, j’en ai lu que 2, je ne peux donc proposer qu’un avis partiel. Première constatation, j’aime beaucoup le mélange de SF et de western, avec, s’il vous plait, une pincée de fantastique. C’est riche, et cela permet au dessinateur d’explorer quantité de décors, de cadrages, de personnages. De ce côté c’est un vrai plaisir.

La contrepartie étant qu’au début il faut s’accrocher. Le scénario multiplie les personnages, rien (ou très peu) n’est expliqué, et il faut accepter d’avancer à l’aveugle pendant une bonne partie du premier volume. Alors on commence à s’y retrouver, ce qui ne veut pas dire qu’on comprenne vraiment de quoi il retourne, mais on est moins perdu.

Une autre contrepartie étant que, si les thématiques et les personnages sont très très nombreux, cela se fait un peu au détriment de leur épaisseur. Moins d’émotion donc, mais plus de rebondissements. Au final, c’est beau, très accrocheur dans l’intrigue, et il me tarde de retourner chez mon dealer de BD pour attaquer la suite.

Je termine avec le coup de cœur, encore pour une série, de pure SF cette fois : Descender de Jeff Lemire et Dustin Nguyen.

descender 02Un jour, sans raison compréhensible, de gigantesque robots, surnommés les Moissonneurs sont apparus dans le ciel des neuf planètes du Conglomérat Galactique Unifié. Puis sont passés à l’attaque, ont tout dévasté, avant de disparaître, toujours sans raison. Dix ans plus tard, dans des mondes tentant de se reconstruire, de nombreux groupes se sont lancés dans une opération d’anéantissement des robots.

Le récit commence avec le réveil, sur une lune déserte, de Tim21, un petit robot en sommeil depuis plus de dix ans. Il a été conçu pour tenir compagnie à un jeune garçon, et devient l’objet le plus convoité du CGU : Sa signature de construction est la même que celle des Moissonneurs. La course est lancée pour le récupérer, entre des groupes qui ont des intérêts contradictoires.

descender 01

Magnifique début de série, dont je n’ai pour l’instant lu que 2 volumes sur les 4 disponibles en France. D’emblée l’intrigue accroche le lecteur qui avec les personnages, va chercher à comprendre d’où viennent ces Moissonneurs, et s’ils risquent de revenir. Des personnages inoubliables, les robots en tête, que ce soit le très humain Tim21, où les deux qui l’accompagnent, mais également tous ceux qui leur courent autour, chacun avec ses intentions cachées, ses secrets inavouables, ses fêlures.

descender_04Rien que pour ça, on a envie de continuer. Mais que dire des dessins ?

Le choix de l’aquarelle, à priori pas évident pour peindre des machines, des vaisseaux spatiaux et des robots, se révèle génial. Il adoucit l’histoire, met de la lumière et de la clarté dans les pages, se concentre sur les regards, les expressions, jetant un flou magnifique sur les décors. Les planches sont absolument superbes, au point que je suis retourné plusieurs fois en arrière juste pour les regarder, moi qui suis en général un lecteur vorace qui fonce au travers des histoires. Magique.

Wilfrid Lupano (scénario) Paul Cauuet (dessin) / Les vieux fourneaux : La magicienne (T4) Dargaud (2017).

Brian K. Vaughan (scénario), Martin Marcos (dessin) et Muntsa Vicente (couleur) / The private eye (The private eye, 2013), Urban Comics (2017), traduit de l’anglais (USA) par Jérémy Manesse.

Jonathan Hickman (scénario), Nick Dragotta (dessin) et Frank Martin Jr. (couleur) / East of West / La promesse (Tome 1) (The Promise, 2013), Urban Comics (2014), Nous ne sommes qu’un (Tome 2) (We are all one, 2014), Urban Comics (2014), traduits de l’anglais (USA) par Jérôme Wicky.

Jeff Lemire (scénario) et Dustin Nguyen (dessin) / Descender / Etoiles de métal (Tome 1) (Tin stars, 2015), Urban Comics (2016), Lune mécanique (Tome 2) (Machine Moon, 2016), Urban Comics (2016), traduits de l’anglais (USA) par Benjamin Rivière.

PS. Juste pour le plaisir quelques dessins juste pour me faire engueuler par la ministre de la santé. On pensait avoir touché le fond de la bêtise politique avec les Morano, Estrosi et compagnie, ben non, visiblement certains continuent à creuser.

lucky-luke

lucky-luke 02