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Rien que le noir

Le retour de Jack Laidlaw, policier d’un des pères du polar écossais William McIlvanney sous la plume du maître Ian Rankin, voilà un rendez-vous qu’aucun amateur de polar ne peut manquer. Le titre dit tout : Rien que le noir.

Nous sommes à Glasgow, au début de années 70. Un cadavre est trouvé dans une ruelle derrière un pub. Celui de Bobby Carter, avocat et éminence grise de Cam Colvin, un des chefs de la pègre locale. Une guerre des gangs s’annonce t’elle entre Cam et les deux autres cadors locaux, Matt Mason et John Rhodes ? C’est ce que semble penser le flic, très ambitieux, qui a hérité de l’affaire.

Mais ce n’est pas forcément l’avis de Jack Laidlaw, jeune policier atypique et incontrôlable qui connait les rues et les pubs de la ville comme sa poche.

Pour tout lecteur de polars commençant à atteindre un âge avancé (et c’est mon cas), William McIlvanney et ses trois romans consacrés à Jack Laidlaw, ainsi que son chef-d’œuvre (avis subjectif mais assumé) en marge de la série : Big Man font partie du patrimoine, des grands classiques à lire. Et nous regrettons tous que le boss de Glasgow n’ait pas écrit davantage. Retrouver sa ville, son flic, sous la plume d’une autre légende écossaise est forcément un immense plaisir.

Parce que Ian Rankin fait le boulot, et le fait bien, et arrive à se couler dans le monde de son aîné, et de son personnage sans y mettre de morceaux de Rebus, mais avec tout son talent de raconteur d’histoires et de créateur de personnages incarnés.

La greffe prend parfaitement, on se retrouve des années en arrière dans les pas de ce flic solitaire qui n’hésite pas à aller provoquer les caïds de la pègre chez eux, mais sait aussi parler aux mamies qui ramène leur bouteille de Gin avant de se poser derrière leurs rideaux. On parcourt avec lui les rues de Glasgow, des ruelles les plus sordides aux quartiers les plus cossus, et on savoure ce plaisir incomparable de retrouver des amis littéraires que l’on croyait à jamais perdus.

A lire donc, absolument, pour les fans de l’original, ou pour découvrir un nouveau personnage et ensuite lire les romans de William McIlvanney que Rivages a eu la bonne idée de rééditer. D’ailleurs, Rivages, tant que vous y êtes, vous ne pouvez pas rééditer aussi Big Man ?

William McIlvanney et Ian Rankin / Rien que le noir, (The dark remains, 2021), Rivages/Noir (2022) traduit de l’anglais (Ecosse) par Fabienne Duvigneau.

Bobby Mars forever

Harry McCoy, flic à Glasgow dans les années 70 est de retour dans Bobby Mars forever, toujours sous la plume d’Alan Parks.

Alors que la chaleur s’installe sur Glasgow, tout va mal pour Harry McCoy. Son nouveau chef, Raeburn, le déteste cordialement. Du coup quand la petite Alice Kelly 13 ans disparait, Harry est quasiment le seul flic du commissariat à ne pas faire partie de l’équipe qui la recherche. A la place on lui confie des dossiers pourris, des cambriolages pour lesquels il n’y a aucun indice.

Pour que son malheur soit complet, il est appelé dans un hôtel pour constater que Bobby Mars, ex Rock Star, grand guitariste, est mort d’une overdose. Un bel été bien pourri qui s’annonce.

Alan Parks et Harry McCoy c’est du solide et du fiable. On sait ce qu’on vient y chercher, et on en a pour son argent. Superbe évocation de Glasgow, ses quartiers populaires, les ravages des afflux de drogue, la musique toujours présente, ses pubs qui changent, chassant les vieux accrochés à leurs pintes au profit de jeunes attirés par les jukebox … L’auteur continue sa chronique de la ville dans le début des années 70.

McCoy fidèle à lui-même, toujours en équilibre instable sur le fil de la loi, un pied dans la police, supportant de plus en plus mal les abus de pouvoir et de force, un pied dans la pègre avec son ami Cooper.

L’intrigue est toujours parfaitement menée, avec cette fois un petit tour en Irlande et des liens fortuits avec l’IRA.

Bref c’est solide, c’est très bien fait, c’est un plaisir.

Alan Parks / Bobby Mars forever, (Bobby Mars will live forever, 2020), Rivages/Noir (2022) traduit de l’anglais (Ecosse) par Olivier Deparis.

Le chant des ténèbres

Cela faisait un moment que je n’avais pas lu un polar classique. Et quand on veut du classicisme léché, du qui vous embarque sans coup férir, quoi de mieux qu’un maître britannique ? Ca tombe bien, Le chant des ténèbres, le nouveau Ian Rankin est sorti.

On le sait maintenant, John Rebus est définitivement à la retraite. Sa santé l’a même obligé à déménager au rez-de-chaussée de l’immeuble où il a habité durant des années. Jusqu’à ce qu’un coup de fil de sa fille Samantha, avec qui ses relations sont compliquées, le réveille au petit matin. Son compagnon Keith a disparu. John se décide à partir dans le nord où elle habite pour la soutenir, et faire sa petite enquête.

Dans le même temps, Siobhan Clarke et Malcom Fox se retrouvent à travailler sur le meurtre de Salman bin Mahmoud, jeune et riche étudiant venu à Edimbourg parce qu’il est un fan absolu de James Bond et de son premier interprète Sean Connery.

C’est certain, ce n’est pas le meilleur John Rebus, mais c’est un John Rebus. Et le maître a eu l’intelligence, depuis maintenant de nombreux ouvrages, d’accompagner John de collègues (ou adversaires comme Big Ger) que l’on a autant de plaisir à retrouver que son flic préféré. Alors on lit, heureux de les retrouver tous sous la plume toujours alerte, souvent vacharde, toujours très humaine de leur auteur.

Ne croyez pas la quatrième qui en rajoute, le Brexit ou le racisme n’ont pas une importance si grande que ça dans ce volume, ils sont juste là, faisant partie du tableau, intelligemment cités, comme une touche discrète qui permet de situer l’histoire. Une historie, une fois de plus, de gros sous et de jalousie. Avec en prime l’arrogance des puissants, les difficultés de la vieillesse et la solitude parfois.

A la fois très écossais et complètement universel, la marque des grands.

Ian Rankin / Le chant des ténèbres, (A song for the dark times, 2020), Le Masque (2021) traduit de l’anglais (Ecosse) par Fabienne Gondrand.

Analphabète

Découverte intéressante avec Analphabète, le second roman du britannique Mick Kitson, dont je ne sais trop dire s’il est gallois ou écossais.

Mary Peace est née dans une communauté, fille du gourou Nigel qui lui a lu beaucoup de livres, mais ne lui a jamais appris à lire et écrire. Elle en est partie à 17 ans avec Tony Shaski, qu’elle a quitté juste après avoir accouché de leur fils Jimmy. Vingt ans plus tard, les dernières paroles de Tony pour son fils seront de ne pas chercher à retrouver sa mère. Conseil qu’il va bien entendu se hâter de ne pas suivre.

Une autre personne cherche Mary, Julie Jones, flic écossaise. Parce que si Mary ne sait toujours pas lire, elle adore le luxe. Les belles choses, les bons hôtels, le champagne. Tout cela elle l’obtient en arnaquant des hommes murs crédules, séduits par sa beauté et trompés par ses talents d’actrice. Plus sinistre, elle aime les jeunes hommes, mais s’en lasse vite, et de nombreuses morts suspectes émaillent son parcours.

Mary qui a bien pris soin de ne laisser aucune trace mais pourra t’elle échapper éternellement à ceux qui la cherchent ?

Contrairement au roman chroniqué précédemment, Analphabète n’est pas un roman bâti sur de bonnes intentions. Et c’est un très bon roman qui se lit avec beaucoup de plaisir.

Parce qu’il est original. Son ton, sa construction, le choix des personnages, la progression de l’intrigue sont rafraichissants. L’écriture est très plaisante, vive, et surtout sans aucun jugement moral, sauf à l’encontre des gourous, qu’ils soient considérés comme tel comme le père de Mary, ou beaucoup plus acceptés par la société comme le pasteur pénible qui met le grappin sur la belle-mère de Jimmy.

C’est surtout la construction de personnages hors du commun comme Mary, ou au contraire beaucoup plus ordinaires en apparence comme Julie la flic ou Jimmy qui emporte l’adhésion du lecteur qui va s’y attacher et les aimer (même Mary qui est pourtant loin d’être recommandable).

Absence de jugement moral, personnages attachants, écriture légère et vive, voilà les trois atouts d’un roman que l’on prend beaucoup de plaisir à lire. Un auteur que je suivrai assurément.

Mick Kitson / Analphabète, (Mary Peace, 2021), Métailié (2021) traduit de l’anglais (Ecosse) par Céline Schwaller.

L’enfant de février

J’avais aimé le début de la série d’Alan Parks, Janvier noir. J’aime aussi la suite L’enfant de février qui confirme le talent de l’auteur.

ParksAprès l’affaire de Janvier noir, McCoy a eu trois semaines de congé. Il vient à peine de rentrer quand le corps d’un des joueurs vedette du Celtic est retrouvé sur le toit d’un immeuble en construction. Il a été torturé avant d’être abattu. McCoy, son mentor Murray, et le jeune Wattie sont sur l’affaire qui devient très vite sensible quand ils apprennent que le jeune homme était fiancé avec Ellen Scobie, fille de Jake Scobie, le plus gros trafiquant de Glasgow. Et que Connolly, le tueur attitré de Jake était fou amoureux d’Ellen.

Alors que Jake et Ellen, protégés par leur argent et les meilleurs avocats de la ville sont intouchables, McCoy voit son passé le rattraper. Un passé qu’il a en commun avec Stevie Cooper, maquereau, qui a de l’ambition et vise le trône de Scobie.

A ce rythme on n’est pas près de voir le printemps à Glasgow. Il faut dire que le froid, la pluie, voire la neige et le vent vont bien aux histoires très sombres que nous raconte Alan Parks.

On retrouve ici les qualités du premier volume. Personnages très hardboiled et attachants, à commencer par McCoy qui prend de l’épaisseur et dont on découvre un peu plus le passé. Une fois de plus, ce n’est pas la résolution du mystère qui compte ici, le lecteur et les flics savent très vite à qui ils ont affaire, mais la peinture de la ville de Glasgow, et d’une partie de la société écossaise de ces années 70, avec ses pubs, son hypocrisie, la saloperie qui se cache derrière certaines façades très comme il faut, et plus légèrement, le rock en fond sonore, et les rivalités entre supporters des différents clubs de foot.

La série s’installe, belle et sombre, il ne reste plus qu’à attendre le suivant.

Alan Parks / L’enfant de février, (February’s son, 2019), Rivages/Noir (2020) traduit de l’anglais par (Ecosse) Olivier Deparis.

Le quaker

Glasgow inspire décidément les auteurs de polars. Avec Le quaker, c’est Liam McIlvanney, fils de l’immense William du même nom, et excellent auteur lui-même qui nous replonge à la toute fin des années 60.

McIlvanney1969. Cela fait des mois que la police de Glasgow recherche celui que la presse a surnommé le quaker. Il a tué trois jeunes femmes, à la sortie d’un dancing, et les a laissées dans la rue, étranglées avec leurs bas. L’inspecteur Duncan McCormack est envoyé faire un audit sur l’équipe qui mène ses enquêtes en vain depuis la première victime. Autant dire qu’il ne va pas être très bien accueilli.

Alex Paton, originaire de la ville, vient de Londres pour un gros coup. Ce cambrioleur qui échappe à la police depuis longtemps ne sait pas que sa route va croiser celle du quaker. Dans des rues de Glasgow en chantier, alors que le maire démolit les maisons insalubres et reloge les habitants les plus pauvres à l’extérieur, la police, le tueur, les truands, et les victimes vont mener une danse macabre et plus complexe qu’il n’y parait.

Du beau boulot, comme on l’aime. Avec au premier plan le portrait d’une ville en pleine mutation, avec des rues qui semblent être celles d’une ville en guerre, bordée d’immeubles en pleine démolition, et une population que l’on déplace vers l’extérieur. Comme d’autres auteurs de polar avant lui, Liam McIlvanney, le temps d’un livre, met un scène un monde qui disparait.

Un monde et ses habitants, avec des pauvres, et ici en particulier des femmes qui élèvent seules leurs gamins victimes de pourritures qui ont un peu de pouvoir, et vont leur ôter leur dignité quand ce n’est pas leur vie. Un monde pas si lointain et où pourtant les mœurs sont encore bien archaïques (mais je vous laisse découvrir pourquoi). Un monde de brutalité policière, de corruption et de noirceur. Mais un monde également avec de brefs éclats de lumière, le temps d’une bière au pub, ou d’une danse dans la lumière d’un club.

Une belle histoire, au suspense maîtrisé, avec quelques personnages attachants, et ce qu’il faut de coups de théâtre. Tout ce qu’on aime dans un polar.

Liam McIlvanney / Le quaker (The quaker, 2018), Métailié/Noir (2019), traduit du l’anglais (Ecosse) par David Fauquemberg.

La maison des mensonges

Après le choc de la lecture du dernier roman d’Alain Damasio, le pur plaisir du dernier roman du roi d’Ecosse, La maison des mensonges de Ian Rankin.

RankinEdimbourg. Un corps complètement desséché et menotté est découvert dans le coffre d’une voiture abandonnée. Il s’avère qu’il s’agit de celui de Stuart Bloom, détective privé disparu depuis 2006. A l’époque la police avait fait chou blanc dans ses recherches. Depuis les parents du jeune homme n’ont cessé de crier que les flics n’avaient pas fait leur boulot. Parce que Stuart n’appartenait pas à une famille riche, et parce qu’il était homo.

Siobhan Clarke et Malcom Fox font partie de l’équipe qui enquête pour trouver le coupable, reprendre le travail de 2006 et voir si effectivement il avait été bâclé, ou pire, détourné. Ce qui va les amener à fouiller dans les poubelles de l’époque, une époque où John Rebus faisait encore partie de la police, buvait comme un trou, et était déjà obnubilé par Cafferty, le caïd de la ville. Un John Rebus qui se retrouve alors au centre des attentions, une fois de plus.

Comme toujours, un immense plaisir de retrouver l’irascible John Rebus. D’autant plus irascible qu’il a dû arrêter de fumer, et qu’il a réduit drastiquement sa consommation de bières pour passer au thé. Avouez qu’il y a de quoi altérer son humeur. Si vous ajoutez qu’il est toujours la cible, parfois au travers de ses amis de deux ripoux qui sont maintenant à l’anticorruption, et que l’enquête en cours va mettre en doute son honnêteté et son implication au travail de l’époque, vous imaginez que, comme on dit poétiquement, il va y avoir de la merde dans le ventilo.

On retrouve la bande, les échanges verbaux tendus entre John et son ennemi intime Cafferty, les balades dans Edimbourg, la peinture de la société écossaise telle qu’elle évolue, la pugnacité teigneuse de Clarke, les doutes de Fox, la rage de John etc …

Comme avec quelques autres personnages récurrents, à Naples, Bergen ou La Havane on est de retour avec une bande de potes, et c’est bon.

Ian Rankin / La maison des mensonges (In a house of lies, 2018), Le Masque (2019), traduit du l’anglais (Ecosse) par Freddy Michalski.

Je suis plus Rankin que Brookmyre.

Cela faisait un moment que j’entendais parler de Chris Brookmyre sans avoir jamais rien lu de lui. C’est fait avec Sombre avec moi. Je ne suis pas convaincu.

BrookmyreDiana Jager est une chirurgienne brillante, mais guère aimée. Elle a la dent très dure, et gare à qui se met en travers de son chemin. Pour ses collègues, son mariage éclair avec Peter, informaticien dans l’hôpital où elle travaille est une surprise. Six mois après, le drame, la voiture de Peter rate un virage et tombe à l’eau, en plein hiver.

Un accident stupide, mais la police a vite des soupçons, la veuve semble bien peu affectée, et la sœur de Peter contacte un journaliste, elle pense qu’il y a anguille sous roche. Très rapidement, alors que les failles du mariage sont mises à jour, l’étau se resserre sur Diana.

Je vais être très bref, on me promettait des revirements spectaculaires, alors je suis allé au bout. Parce que c’est bien écrit, mais diable que c’est long. Après un début assez méchant et très juste sur les rapports homme / femme dans le milieu médical (et pas que), on s’enlise dans du thriller psychologique tout venant, avec des surprises qui n’en sont pas vraiment, jusqu’au retournement final, que l’on sent venir, en partie, juste parce qu’on sait qu’il doit y avoir une surprise à la fin.

Après je comprends que ça plaise, c’est correctement écrit, l’intrigue est surprenante si on n’a pas lu trop de polars, et on doit pouvoir se laisser embarquer. Mais ce n’est vraiment pas mon style et j’ai surtout l’impression d’avoir perdu du temps. Exactement le genre de bouquin que j’aurai oublié dans une semaine

Chris Brookmyre / Sombre avec moi (Black widow, 2016), Métailié (2019), traduit de l’anglais (Ecosse) par Céline Schwaller.

Joe Hackney de Gilles Bornais

Voilà un roman qui risque fort de passer inaperçu, et ce serait bien dommage. Il s’agit du retour de Joe Hackney, ancien voyou devenu flic de Scotland Yard dans Le sang des highlands du trop discret Gilles Bornais.

Bornais1892 au bord du Loch Ness. Walter et Victoria Brown, scientifiques reconnus internationalement venus en repérage pour étudier la faune et la flore du loch sont sauvagement assassiné, et retrouvés pendus tête en bas au bord du lac. Leur fils de 12 ans a disparu. L’émotion à Londres et dans le monde scientifique européen est immense.

Sous la pression médiatique, Gareth Thaur, colosse et ancien soldat de l’armée britannique en charge de l’enquête n’a d’autre choix que d’accepter l’arrivée de Joe Hackney, venu de Scotland Yard pour le seconder. Joe, ancien truand, aux méthodes parfois expéditives qui se sent mal dès qu’il s’éloigne des rues de Londres va faire une overdose de nature et de grand air. Et se heurter bien entendu à la rigidité de Thaur.

Mais il faudra bien tous les efforts des deux hommes pour venir à bout d’assassins qui semblent se moquer d’eux.

Autant le dire tout de suite, si je n’avais pas déjà connu l’excellent Gilles Bornais, je n’aurais jamais ouvert le bouquin. Ne serait-ce que parce que la couverture est hideuse. Et la fabrication du bouquin pitoyable (il y a des pages avec un léger flou, et c’est pas juste que je deviens trop vieux pour lire sans lunettes).

Et pourtant, il vaut la peine. Recouvrez-le avec un joli papier et lancez-vous. Les enquêtes de Joe Hackney sont une véritable plongée dans la corruption, l’exploitation des plus pauvres, la crasse, la misère, la boue … Alors pour ceux qui se disent qu’ils vont retrouver l’ambiance tasse de thé, et napperons, oubliez, on retrouve certes la Grande-Bretagne victorienne, mais avec un personnage principal hardboiled à l’américaine, qui évolue dans la rue, et de préférences dans les rues mal famées, mal entretenues et pas éclairées.

Un contexte historique maîtrisée et bien rendu, des personnages incarnés, une intrigue solide, des coups de théâtre, de la castagne, de l’émotion. Bref, si le roman historique n’est pas forcément ma tasse de thé, ceux de Gilles Bornais m’enchantent. On peut juste lui reprocher de ne pas écrire plus vite.

Gilles Bornais / Le sang des highlands, City éditions (2019).

John Rebus, encore et toujours

John Rebus fait partie de ces personnages que l’on retrouve toujours avec plaisir. Et dont on attend des nouvelles avec impatience. Le revoici dans Le diable rebat les cartes, toujours, bien entendu, sous la plume de Ian Rankin.

RankinC’est un peu le chaos à Edimbourg. Big Ger Cafferty, l’ex maître incontesté de la pègre de la ville, ennemi préféré de John Rebus, s’est mis en retrait, mais Darryl Christie, le jeune loup qui monte et semble en meilleure place pour le remplacer n’a pas encore affirmé son emprise sur la ville. Et quand il subit une agression chez lui, sa position se retrouve affaiblie.

Les flics du grand banditisme, installés en banlieue veulent profiter de l’occasion pour le faire tomber, et remonter ses filières de blanchiment d’argent. C’est Malcom Fox, récemment muté qui devra faire le lien avec la police locale, en la personne de … Siobhan Clarke. Il ne manque plus que l’aide de John Rebus, qui s’intéresse en parallèle à un meurtre vieux de quarante ans jamais élucidé pour le trio soit reconstitué.

Les jeux de pouvoirs entre pègre, police et finance sont en place.

Il est quand même extraordinaire Ian Rankin. On a eu un temps peur que John Rebus ne disparaisse au profit d’un Malcom Fox, certes attachant, mais beaucoup plus terne. Et finalement, maintenant, on a trois personnages récurrents pour le prix d’un, et en plus, petit à petit, c’est Fox qui s’humanise, se décoince, et toute proportions gardées, se rapproche de Rebus.

D’un autre côté, John ne rajeunit pas, il est obligé de faire attention à sa consommation de binouze, doit arrêter de fumer, mais ce qui est bien, c’est que ça n’améliore pas son humeur, et que ça a plutôt tendance à le rendre plus incisif dans ses colères.

L’intrigue est toujours parfaitement maîtrisée. Rankin et ses personnages évoluent avec le temps et suivent, ou subissent, les changements de notre monde, pour le meilleur, et surtout pour le pire, mais ne se rendent jamais.

Et à Edimbourg, comme ailleurs, les plus riches se sentent intouchables, et hésitent de moins en moins à le faire savoir. Du boulot, toujours plus de boulot pour John, Siobhan, et malcom, et du bonheur pour nous lecteurs.

Ian Rankin / Le diable rebat les cartes (Rather be the Devil, 2016), Le Masque (2018), traduit de l’anglais (Ecosse) par Freddy Michalski.