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Elmore Leonard, Cinglés

Juin est terminé, derniers jours de classe, les soirées des différentes associations se sont accumulées … Le père de famille est sur les rotules. Il lui faut donc une lecture « facile ». Hop, un petit Elmore Leonard inédit. Cinglés !

LeonardNancy est une jeune femme qui adore faire tourner les hommes en bourrique. Juste pour rire. Ryan vient de démolir un contremaître mexicain à coups de batte de base-ball. Avant il lui est arrivé de cambrioler quelques maisons, là il ne sait pas trop ce qu’il va faire, son emploi comme ramasseur de concombres étant compromis par la raclée mise à son contremaitre. Quand Nancy le voit, elle se dit que ce spécimen pourrait bien être plus amusant que les autres …

Ce n’est sans doute pas le meilleur Elmore Leonard, mais c’est quand même très bon. Les dialogues, les personnages cools, l’écriture limpide, tout est au rendez-vous.

Ce qui est intéressant c’est de voir ce roman qui n’est plus tout jeune et où le Maître est bien plus noir et dérangeant que dans sa production plus récente. Si j’en crois le ouaibe, c’est même là un de ses premiers polars, quand il a décidé d’arrêter ses westerns qui étaient d’une tonalité beaucoup plus sombres.

Mine de rien, et sans jamais appuyer le trait (sinon ce ne serait pas du Leonard), Nancy est un véritable psychopathe, qui finit par foutre la trouille ! Et tout ça avec la légèreté et la simplicité apparente habituelle. Un roman de transition donc dont l’édition par Rivages est une excellente nouvelle pour les fans de Leonard qui pourraient voir là le chainon manquant entre ses deux types de production.

Elmore Leonard / Cinglés ! (The big bounce, 1969), Rivages/Noir (2014), traduit de l’américain par Elie Robert-Nicoud.

Le dernier Elmore Leonard

Ca y est, ce coup-ci c’est bien le dernier. Il ne nous restera plus que nos yeux pour pleurer, et sans doute quelques rééditions bienvenues. Et puis on pourra relire. Relire tout Elmore Leonard (ou presque) dont Raylan est donc le dernier roman.

LeonardRaylan est marshal dans le Kentucky. Un marshal à la Elmore Leonard : cool, la réplique qui tue, et le pistolet fatal. Comme il le dit : « Ecoute, si je le sors, je te mets une balle dans le cœur avant que t’aies pu dégainer le tien. » Et il va avoir besoin de tout son sang froid pour affronter une psychopathe qui vole les reins des gens, une compagnie minière que les scrupules n’étouffent pas et quelques truands bas de front mais méchants comme des teignes.

Oui c’est vrai, on n’est sans doute pas à la hauteur des meilleurs Elmore Leonard. C’est surtout la construction qui est un poil tirée par les cheveux, l’auteur voulant rassembler trois histoires qui n’ont quasiment que leur protagoniste principal comme lien.

Mais une fois ceci dit, si on considère que l’on a trois novellas, tout le reste c’est du grand Leonard. Avec un héros comme plus personne ne pourra en utiliser sans se faire accuser de plagiat tant cet archétype du super cool, qu’il soit truand, voleur, flic ou autre est la marque de fabrique du grand Elmore.

Avec des femmes fortes, très fortes, et même ici, ce qui est plus rare, deux salopes (je m’excuse pour le terme, mais je n’en vois pas de plus approprié) étincelantes qui resteront dans les mémoires ! C’est qu’elles sont intelligentes, cools et méchantes comme la gale ces deux femmes ! Elles sont d’autant plus éclatantes, que certains des truands qui les accompagnent sont bien dans le moule Leonard eux aussi : affreux, sales et méchants … Et surtout très bêtes. Mais il y a aussi « en face », de sacrés portraits de femmes, fortes, intransigeantes sur leurs valeurs, droites dans leurs bottes, de tous âges et de toutes conditions.

Et comme toujours, pas un mot en trop, pas un jugement de valeur, juste de l’action, des dialogues d’anthologie, des scènes au rythme parfaitement maîtrisé, et en prime, chose plutôt rare chez Elmore Leonard, la critique sans pitié des mœurs prédatrices de certaines compagnies minières. Une critique qui n’arrive sans doute pas par hasard dans des US où l’extraction du gaz de schiste a dévasté des régions entières … Le tout, bien entendu, sous forme de dialogues étincelants.

Décidément, nous allons vous regretter longtemps Monsieur Leonard.

Elmore Leonard / Raylan (Raylan, 2012), Rivages/Thriller (2014), traduit de l’américain par Pierre Bondil.

Elmore Leonard, Permis de chasse.

Comme annoncé précédemment, voici donc une nouvelle réédition du grand Elmore Leonard. Permis de chasse est d’une tonalité plus sombre que ses polars habituels.

Leonard chasseDans sa maison grand luxe de Floride, Robbie Daniels, millionnaire imbuvable collectionne les armes … et s’en sert à la première occasion. Pour descendre un haïtien venu le cambrioler par exemple. Il devrait avoir des ennuis, mais il est riche et Walter Kouza, flic raciste et ripoux n’insiste pas trop dans son enquête. Il se fait même embaucher par Robbie comme gare du corps, et plus si affinités meurtrières. Mais il y a aussi Bryan, un flic de Detroit qui connaît bien Kouza et va découvrir Robbie Daniels, et Angela Nolan qui veut écrire un article sur les lubies des riches …

Un Elmore Leonard grand cru, où l’on retrouve bien son style, mais avec une critique plus marquée et une coloration plus sombre que ces polars habituels.

On y retrouve, une fois de plus tous les ingrédients : héros cool, droit, drôle mais inflexible, femme intelligente, drôle et forte, quelques affreux bien bas de front … Mais ici, comme dans Stick, plus que dans Stick même, la charge contre une classe richissime et arrogante se pensant au-dessus des lois, et même au-dessus du reste de l’humanité est particulièrement appuyée. Appuyée à la façon Elmore Leonard bien sûr. Aucun grand discours, pas de pamphlet, pas de grands développements explicatifs. Juste une histoire, des dialogues et on laisse le lecteur tirer ses conclusions tout seul. C’est pour ça que c’est aussi agréable et efficace. Décidément, le grand homme va nous manquer, plus qu’on ne pourrait l’imaginer.

Je ne peux terminer cette note un peu triste qu’avec deux extraits des dix règles d’écriture du maître (petit ouvrage publié hors commerce chez rivages) :

« Voici des règles que j’ai glanées au fil du temps pour m’aider à rester invisible quand j’écris un livre ».

« La plus importante de mes règles résume toutes les autres. Si ça a l’air écrit, je réécris ».

Elmore Leonard / Permis de chasse (Split images, 1982), Rivages/Noir (2013), traduit de l’américain par Elie Robert-Nicoud.

Elmore Leonard

Elmore Leonard n’est plus mais … Il reste tant de ses livres à lire.

J’ai donc appris en rentrant la très triste, mais néanmoins prévisible nouvelle. Après une vie bien remplie et des dizaines et des dizaines de romans publiés, Elmore Leonard est allé rejoindre Donald Westlake et Ed McBain.

Avec ces deux collègues, il partage une facilité incroyable à inventer des histoires, à faire vivre des personnages, et un sens époustouflant du dialogue. Comme eux, c’était un très grand conteur, un formidable créateur d’histoires qui arrivait à nous faire croire qu’écrire est facile tant son style est fluide, tant se dialogues sonnent juste … Ecrire est peut-être facile, ceux qui croient qu’écrire comme Elmore Leonard est à la portée du premier venu se mettent sacrément le doigt, et même tout le bras dans l’œil.

Il me restera un grand regret, celui de ne jamais avoir pu le rencontrer, et encore de très grandes joies à venir : Je suis très loin d’avoir lu tous ses romans. Et un roman d’Elmore Leonard, à quelques très rares exceptions près, c’est l’assurance de passer un excellent moment, avec des personnages cool mais inflexibles, des truands très bêtes et très méchants, des femmes belles et fortes … Comme avec ce Stick récemment réédité par rivages.

stick.inddStick sort de taule, sept ans suite à une attaque à main armée. Et il espère bien ne pas replonger. Il vient en Floride pour voir sa fille qui a maintenant 14 ans, et tenter de refaire sa vie. Mais la faune locale ne va pas le laisser tranquille, entre des trafiquants de came givrés, quelques tueurs tarés, un millionnaire qui se prend pour un gros dur, un producteur arnaqueur … Heureusement il y a aussi Kyle, jeune femme sure d’elle, cool et qui n’a pas froid aux yeux.

Que dire de plus que ce que j’ai déjà dit maintes fois à propos des polars du maître ? Héros cools, femmes fortes, belles et intelligentes, méchants grotesques, bêtes et … très méchants, dialogues qui claquent, décors superbement décrits, écriture fluide et « évidente ». Du pur plaisir.

A remarquer ici, et dans le suivant dont je vais vous parler bientôt (Permis de chasse également réédité par Rivages), qu’Elmore Leonard, l’air de rien, y fait un portrait au vitriol d’une classe de riches américains arrogants, méprisants, ignorants et se croyant au-dessus des lois. Un portrait pas piqué des hannetons ! Et tout cela sans avoir l’air d’y toucher.

Un auteur qui va nous manquer, beaucoup nous manquer. Heureusement, comme je le dis plus haut, il me reste quantité de romans à découvrir.

Elmore Leonard / Stick (Stick, 1983), Rivages/Noir (2013), traduit de l’américain par Jacques Martichade.

Elmore Leonard à Djibouti

J’avais laissé de côté deux Elmore Leonard pendant l’année. Il faut dire qu’entre les excellentes rééditions, et les nouveautés que ce jeune homme de presque 90 ans continue à écrire, on peut se laisser submerger. Comme (presque) toujours, je ne me suis pas ennuyé avec Djibouti.

djibouti.inddDara Barr réalise des documentaires. De bons documentaires qui lui ont valu plusieurs prix. Elle décide d’aller voir les pirates du côté de Djibouti. Pour les filmer, les interviewer, et voir ce qui motive ces descendants de Barbe Noire … Sur place, aidée par Xavier LeBo, vieux baroudeur qui lui sert de cameraman, elle va les rencontrer les nouveaux seigneurs des mers. Eux et ceux qui tournent autour. Mais son reportage dérape quand elle s’aperçoit qu’ils ont pris en otage un méthanier qui pourrait bien se transformer en bombe s’il explosait … Par exemple dans un port américain. Et les pirates ne sont pas les seuls allumés du coin. James Russell alias Jama Raisuli, ancien petit voyou américain converti à l’islam et au Djihad en taule, et Billy Wynn, milliardaire texan qui se prend pour un super agent secret ne sont pas mal non plus, et vont mettre du piquant dans cette histoire.

Sacré Elmore Leonard ! Même quand, comme ici, il démarre de façon un peu planplan, il finit par emporter le morceau. J’avoue avoir eu un peu de mal à voir où il voulait en venir. Au début les personnages n’étaient pas très leonardiens. C’est-à-dire pas de méchant très bête mais très méchant, et pas de héros super cool, la réplique qui tue à la bouche.

Et puis ça se met en place, les méchants émergent, une authentique pourriture se révèle (même si Elmore Leonard est bien trop fort, habile et subtil pour dire à un seul moment que c’est une vraie pourriture, il fait confiance à son lecteur) et Dara et Xavier, de leur côté deviennent au fil des pages de plus en plus … ben leonardiens donc.

Les dialogues sont au niveau du maître, les allumés de plus en plus allumés, et la construction, que je vous laisse découvrir, est à la fois astucieuse et virtuose.

Alors même s’il y a un peu de mou dans la première partie, la seconde emporte complètement l’adhésion et on finit à fond. Avec en prime une belle description de cette partie du monde, quelques questions sans réponse (et c’est très bien comme ça) sur le phénomène de piraterie moderne à cet endroit précis, et une scène finale digne des plus grands romans de l’auteur.

Elmore Leonard / Djibouti (Djibouti, 2010), Rivages/Thriller (2013), traduit de l’américain par Johanne Le Ray.

Cat Chaser, Elmore Leonard

De temps en temps, un Elmore Leonard ça fait du bien. Et il a tellement écrit le bonhomme qu’on en découvre tout le temps, entre autre grâce au travail de réédition de Rivages. Mon dernier en date s’appelle Cat chaser.

cat chaser.inddGeorge Moran se la coule douce. Ancien marine qui fit une intervention à Saint-Domingue dans les années 70, il a épousé une riche fille à papa, avant de divorcer et de se retrouver à gérer un motel sous le soleil de Floride. Il envisage d’aller passer quelques jours à Saint-Domingue pour revoir les lieux qu’il a connus d’une manière si particulière. Pas vraiment de quoi écrire un roman …

Jusqu’à ce qu’il devienne l’amant de la belle Mary, épouse d’un millionnaire dominicain, qui avant de venir faire fortune en Floride, était le chef des services secrets de sinistre mémoire du précédent président finalement assassiné. Ajoutez un privé ripoux et quelques ratés en quête de fortune et voilà de quoi mettre du piment dans sa vie.

Et voilà, difficile de faire original quand on commente un roman d’Elmore Leonard. Une fois de plus il me faut parler de son sens du dialogue, de ses personnages tellement cool, jamais stressés, mais qu’il serait suicidaire de sous-estimer, de son écriture qui semble tellement naturelle, tellement facile … Combien d’auteurs sont capable de donner cette impression qu’écrire doit être évident, puisque le résultat est si limpide ?

Alors pourquoi lire celui-ci plus qu’un autre ? Pour se faire plaisir déjà, et c’est déjà énorme. Et aussi pour le fond, un peu plus politique et « sérieux » que dans d’autres romans. Car mine de rien, Moran et Leonard règlent quelques comptes avec les soutiens apportés par les US aux pires pourritures sur le continent américain dans les années 70 et 80. Sans jamais avoir l’air d’y toucher bien entendu. N’empêche, c’est dit. Et tellement bien dit.

Elmore Leonard / Cat chaser (Cat chaser, 1982), Rivages/Noir (2012), traduit de l’américain par Josie Fanon.

Une femme, deux hommes, version Elmore Leonard

Une femme, deux hommes … Peut-on faire plus bateau ? Non. Elmore Leonard est-il capable de nous surprendre et de nous divertir avec un tel poncif ? Oui. Et il le prouve avec Gold coast.

C’est chouette d’être l’épouse d’un mafieux. Belle maison, belle voiture, de l’argent pour se payer ce qu’on veut et rien à faire. Sauf que Karen s’emmerde, et qu’en plus Frank la trompe allègrement. Pour se venger elle a la mauvaise idée de le menacer de faire de même. Puis elle oublie. Mais pas Frank.

Quand le parrain meurt quelques mois plus tard, quand enfin Karen se dit qu’elle va pouvoir choisir de faire ce qu’elle veut de sa vie, elle découvre qu’une des clauses du testament stipule qu’elle ne profitera de la fortune mal acquise de feu son mari que tant qu’elle n’aura aucune relation avec un autre homme. Et c’est Roland, bâti comme un arbre (un gros arbre), convaincu d’être irrésistible, violent et complètement siphonné qui doit veiller à ce qu’elle respecte la clause. Quand débarque Cal McGuire, son charme, son opportunisme, la chose se complique encore, et la chasse au magot est ouverte …

Au risque de me répéter encore un Elmore Leonard pur jus.

Avec truands bêtes (très bêtes) et méchants (très, très méchants), personnages cool (très cools) et femmes fortes et charmantes (très fortes et très charmantes). Comme toujours, du rythme, de la fluidité, des surprises, de l’humour, des dialogues indépassables …

Bref du bonheur. Si vous n’avez pas envie de lire un gros pavé déprimant sur l’état du monde (car il y a un temps pour tout), si vous avez juste envie de vous divertir, et que vous voulez le faire avec un roman impeccablement écrit, une solution, lisez Elmore Leonard !

Elmore Leonard / Gold coast (Gold coast, 1980), Rivages/Noir (2010), traduit de l’américain par Fabienne Duvigneau.