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Bourbon Elmore Leonard, le meilleur !

N’oublions pas que ce sont les vacances, et pendant les vacances, plus que jamais, on a le droit de se faire plaisir. Et comment se faire mieux plaisir qu’avec un Elmore Leonard qu’on avait gardé pour le déguster tranquillement ? Cette fois c’est La guerre du whisky que j’avais laissé de côté pendant l’année.

Début des années trente, au fin fond du Kentucky les autorités ont une façon bien à elles de faire respecter la prohibition. Disons que quand ceux qui distillent acceptent d’abreuver régulièrement le shérif et ses nombreux adjoints, ils ferment les yeux. Jusqu’à ce qu’un représentant fédéral ripoux décide de trouver les 150 tonneaux de vieux whisky que le père de Sonny lui a légués. Or il se trouve que Sonny, revenu sur ses terres après quelques années d’armée, n’a aucunement l’intention de se laisser dépouiller, ni même de partager avec qui que ce soit. C’est donc la guerre …

Encore et toujours du Elmore Leonard pur grain. Dialogues ciselés, intrigue millimétrée, personnages immédiatement attachants, affreux très affreux et très bêtes, morale élastique. Et une écriture d’une simplicité et d’une limpidité qui rendent l’histoire absolument évidente.

Et puis Elmore Leonard a sa façon bien à lui de reprendre les clichés à son compte pour écrire des histoires qui n’appartiennent qu’à lui. Ici c’est bien sûr la prohibition qui a donné tant de films noirs et de romans de gangsters urbains qu’il transporte à la campagne avec tout le folklore (mitraillettes, voitures noires et pépées bien roulées incluses) pour en faire … du Elmore Leonard.

Bref une lecture jouissive avec en prime le plaisir de voir l’auteur reprendre et distordre les références mythiques parmi les plus ancrées du genre. Et quel lecteur de polar n’est pas amateur de références et de clichés ?

Elmore Leonard / La guerre du whisky (The moonshine war, 1969), Rivages/Noir (2011), traduit de l’américain par Elie Robert-Nicoud.

Les truands les plus bêtes de Detroit.

De temps en temps, juste pour le plaisir, il est bon de lire un petit Elmore Leonard. Cette fois-ci ce sera Mr Paradise.

Tony Paradiso, alias Mr Paradise est un charmant vieil homme. Avocat à la retraite il a gagné des fortunes en aidant les truands les plus bêtes, mais les plus chanceux, à demander des dommages et intérêts à la police de Detroit. A plus de 80 ans, il a bien le droit de profiter de la vie, et de quelques plaisirs simples, comme celui de louer de jeunes et belles (très belles) femmes pour qu’elles fassent les pompom girls pendant qu’il regarde de vieux matchs de baseball.

C’est son bras droit, Taylor, ancien truand qu’il a sorti d’affaire, qui lui sert de chauffeur et homme à tout faire. Tout va donc bien jusqu’à ce soir où Mr Paradise et la ravissante Chloe se font descendre. Taylor essaie de faire croire à Franck Delsa, en charge de l’affaire, qu’il s’agit d’un cambriolage ayant mal tourné. Il ne devrait pas prendre Frank pour un con. Parce Frank n’aime pas ça du tout. Et ça va chauffer …

Du pur Elmore Leonard. Des personnages cools, très cools, des dialogues qui claquent, des truands méchants mais surtout bêtes comme leurs pieds (mais attention, suffisamment méchants quand même pour être dangereux), de l’humour, une intrigue aux petits oignons et une écriture qui semble couler de source.

Que faut-il de plus pour passer un excellent moment ?

Elmore Leonard / Mr Paradise (Mr Paradise, 2006), Rivages/Noir (2011), traduit de l’américain par Danièle et Pierre Bondil.

La belle, la brute et le truand.

J’avais été déçu par le dernier Elmore Leonard, Hitler’s day. Road dogs prouve de façon éclatante que ce ne fut qu’un accident de parcours, un tout petit accident dans un immense parcours.

Jack Foley, la braqueur de banque, tombeur de ces dames … est tombé. Le voilà en prison en Floride, enfermé pour 30 ans. La fin d’une belle carrière ? Non, grâce à Cundo Rey, truand cubain plein de fric qui se prend d’amitié pour lui, et va jusqu’à lui payer les services de son avocate, une as du barreau, qui réussit à faire réduire sa peine. Résultat, Jack se retrouve dehors avant son bienfaiteur, qui lui demande d’aller l’attendre à Venice Beach, Los Angeles Californie.

C’est là que Jack fait la connaissance de Dawn Navarro, maîtresse de Cundo, voyante, arnaqueuse … et pressée de mettre la main sur la magot du petit cubain. Celle-ci voit en Foley le parfait partenaire pour cette opération … Mais Jack peut-il lui faire confiance ? Et comment savoir ce que Cundo Rey a derrière la tête ? Qui mène vraiment la danse dans cette histoire ? Heureusement Jack Foley est cool et il a de la ressource.

Du pur Elmore Leonard au mieux de sa forme. Un personnage principal elmorien en diable (on peut dire elmorien ?). Cool comme ce n’est pas permis, maître de lui et de toutes les situations, même les plus tendues. Des dialogues époustouflants, une maîtrise de l’intrigue et de l’écriture magistrale … Bref tout ce qu’on aime.

Ajoutez quelques clins d’œil, des références à des romans passés, et vous avez ce Road Dogs, variation du Maître sur le thème archi-connu de la femme fatale et du triangle amoureux. Une variation qui prouve que, finalement, le talent change en or les clichés les plus rebattus.

Continuez le plus longtemps possible monsieur Leonard.

Elmore Leonard / Road Dogs  (Road dogs, 2009), Rivages/Thriller (2010), traduit de l’américain par Johanne Le Ray.

Un Elmore Leonard vintage

De temps en temps, quoi de mieux pour se mettre de bonne humeur qu’un vieux Leonard ou McBain qu’on avait sous le coude. Coup de bol, j’avais Paiement cash d’Elmore Leonard qui trainait par là …

Mitchell a tout pour être heureux. Ancien ouvrier, il a gagné pas mal d’argent grâce à un brevet et a pu monter sa propre usine de production de pièces pour l’automobile (nous sommes à Detroit). Après 22 ans de mariage, il aime encore sa femme. Mais, mais … Mitchell a une affaire avec une gamine qui a l’âge de sa fille. Et trois truands, beaucoup moins intelligents qu’ils ne le pensent, croient tenir là le pigeon idéal à plumer. Ils décident donc de le faire chanter. Mauvaise pioche. Mitchell n’est pas du tout du style à se laisser faire. Mais il va devoir se méfier, parce que si les trois affreux sont bêtes, ils sont aussi méchants …

Du pur Elmore Leonard. Plaisir assuré, histoire aux petits oignons, dialogues parfaits, écriture fluide … 300 pages de pur plaisir, sans se faire mal au crâne, sans que jamais la tension ou l’intérêt ne baisse d’un cran. Ca paraît tellement facile d’écrire un polar quand on lit Elmore Leonard … A se demander pourquoi les autres auteurs ne font pas comme lui. Et comment on peut trouver sur le marché autant de machins mal écrits, mal construits, prétentieux, indigestes …

Faut croire que ce n’est pas si facile que ça … Donc voilà, si vous voulez vous faire plaisir en lisant un bon roman, c’est facile : vous allez dans la librairie/bibliothèque la plus proche de chez vous, vous allez à « polar », lettre « L », « Leonard », vous fermez les yeux, vous piochez au hasard. Merci à Rivages de remettre de tels bijoux dans les rayons.

Elmore Leonard / Paiement cash  (52 Pick up, 1974), Rivages/Noir N°785 (2010), Traduit de l’américain par Fabienne Duvigneau et Philippe Sabathé.

Les westerns d’Elmore Leonard, suite et fin.

J’ai déjà dit tout le bien que je pensais des nouvelles westerns d’Elmore Leonard. L’homme au bas de fer vient clore en beauté ce magnifique et indispensable travail d’édition.

Je pourrais réécrire ici ce que j’ai déjà écrit dans les deux précédents articles. Dialogues impeccables, sens de la narration, personnages magnifiquement croqués en quelques phrases, contenu social très proche des meilleurs romans noirs … On retrouve son empathie pour les victimes, sachant que dans cet ouest sauvage, toute personne présentant une faiblesse, réelle ou supposée (enfants femmes, métis, mexicains, pauvres …), est considéré comme une victime potentielle. On retrouve aussi sa façon très jouissive d’en faire des victimes qui, loin d’être consentantes, finissent souvent par botter le cul des bourreaux.

Mais tout cela je l’ai déjà dit. Il est étonnant de constater à quel point il maîtrisait parfaitement son écriture dès ses premières œuvres (puisqu’on apprend dans une préface fort intéressante qu’Elmore Leonard a commencé à écrire avec ces nouvelles). Intéressant aussi de noter qu’il lui était reproché à l’époque d’écrire des textes trop sombres : « Ils trouvaient mes nouvelles trop dures, trop tendues, il leur manquait des moments plus légers ou plus comiques ». Ses westerns ont continué dans cette veine, et c’est en passant au polar qu’il a trouvé son ton comique …

Toutes les nouvelles de ce recueil sont réussies. Petite curiosité, on y trouve celle qui sera ensuite à l’origine de ce qui reste peut-être son western le plus connu : Valdez arrive !

Conclusion, à lire, comme les deux recueils précédents.

Elmore Leonard / L’homme au bras de fer, (The complete western stories of Elmore Leonard, 2004) Rivages/Noir (2009), traduit de m’américain par Robert Nicoud.

Elmore Leonard fait danser les femmes

Une petite douceur pour faire passer La route. Cette fois ce sont des nouvelles d’Elmore Leonard, rassemblées dans le recueil Quand les femmes sortent pour danser chez Rivages.

On y retrouve les femmes plutôt cool, pas victimes pour un sou, et qu’il vaut mieux d’ailleurs ne pas trop agresser si on ne veut se retrouver sous quelques pieds de béton, ou avec un balle dans la peau. Des femmes souvent plus entreprenantes, dignes et volontaires que les hommes auxquels elles ont affaire. On y trouve aussi un cascadeur, ancien cow-boy de rodéo et petit fils de Carl, le marshal du Kid de l’Oklahoma, un vétéran noir de la guerre hispano-américaine de Cuba qui se heurte au racisme d’une petite ville de l’ouest, un ancien joueur de base-ball pas vraiment vaillant qui cherche un boulot pas fatigant, et bien entendu des truands bas de front, bêtes comme leurs pieds, racistes et méchants comme des teignes, qui se font toujours mettre au tapis par des héros leonardiens cool en diable.

Vous connaissez tous les amandes enrobées de chocolat noir, ces tentations terribles qu’on ne peut s’empêcher de croquer, l’une après l’autre, sans s’arrêter, jusqu’à épuisement de la boite ? Et bien les nouvelles d’Elmore Leonard c’est tout pareil. Elles fondent sous la langue et craquent sous la dent, et on vient juste d’en finir une qu’on attaque la suivante, pour arriver à la dernière beaucoup trop vite. On retourne alors le bouquin dans tous les sens, on secoue, on tente de couper les pages en deux, mais rien à faire, yana plus.

Un recueil remarquable dans le sens où il couvre tout le spectre de l’œuvre du maître, de ses westerns très sombres à ses comédies les plus délirantes, et qu’apparaît alors de façon éclatante la cohérence de cette œuvre. Des personnages croqués en quelques lignes et qui prennent instantanément vie, des dialogues inimitables qui font mouche à tous le coups, une apparente simplicité et facilité, un auteur qui n’écrit jamais un mot de trop et s’efface toujours derrière ses personnages et les histoires qu’il raconte … Du grand art qui pousse la modestie, et le talent, jusqu’à paraître un simple artisanat.

Bref, un vrai plaisir, à avoir sous la main pour les coups de blues.

Elmore Leonard / Quand les femmes sortent pour danser, (When the women come out to dance, 2003) Rivages/Noir (2009), traduit de l’américain par Dominique Wattwiller.

Elmore Leonard, Detroit et le Rwanda

Ca y est, les vacances approchent, le rythme des parutions baisse, on peut commencer à repêcher les bouquins en attente sur la pile … Et comment mieux commencer la période estivale qu’avec un Elmore Leonard ? Voici donc Dieu reconnaîtra les siens, que j’avais raté lors de sa sortie en grand format.

Terry Dunn est prêtre. Au Rwanda. Il y a vu 47 personnes massacrées sous ses yeux, sans rien pouvoir faire. Il doit maintenant retourner à Detroit, sa ville d’origine. Une ville qu’il avait quittée, cinq ans auparavant, juste avant d’être inculpé pour trafic de cigarettes. Normalement, pendant ce temps, son frère qui est avocat a arrangé ses affaires. A Detroit, il rencontre Debbie, une privée qui bosse avec son frère et sort juste de trois ans de prison après avoir tenté d’éliminer son ex qui l’a trompée et volée. Une rencontre qui va faire des étincelles. Il faut dire que Terry est sacrément cool et baratineur pour un curé …

Du Elmore Leonard 100%. Personnages extraordinaires, intrigue impeccable, truands pitoyables mais dangereux, et dialogues … leonardiens. Je ne vois pas de meilleur qualificatif. Donc c’est déjà l’assurance d’un grand moment de lecture.

Ce qui en fait un grand cru c’est sa façon de parler du Rwanda. A ma connaissance personne (sauf peut-être le regretté Donald Westlake, comme dans son Kahawa), n’est capable de décrire l’horreur avec autant d’humanité et en même temps une telle absence de sensiblerie et d’emphase. Avec une telle force, et sans jamais, à aucun moment, chercher à tirer les larmes. Avec autant d’impact, tout en donnant l’impression d’un détachement complet.

Un grand Elmore Leonard, vraiment. A emporter absolument dans ses bagages cet été.

Elmore Leonard / Dieu reconnaîtra les siens, (Pagan babies, 2000) Rivages/Noir (2009), traduit de l’américain par Dominique Wattwiller.

Apprendre à écrire avec Elmore Leonard

Voilà un volume que vous ne pourrez pas acheter, pour l’excellente raison qu’il n’est pas à vendre ! Par contre vous devez pouvoir le récupérer auprès de votre libraire préféré, en insistant, ou pour l’achat d’un certain nombre de rivages. Il s’agit de Mes dix règles d’écriture par Elmore Leonard, illustré (très finement) par Joe Ciardello.

Comme c’est du Elmore Leonard, c’est fin et plein d’humour. Par exemple, chaque règle est assortie d’un contre exemple, fourni par un écrivain qu’Elmore Leonard admire. A ne pas trop prendre au sérieux donc … à condition d’être Steinbeck, Hemingway ou Harrison, ce qui n’est pas donné à tout le monde.

Il est intéressant de voir qu’à la base de tout le travail de Leonard il y a cette phrase : « C’est ainsi que je m’efforce de rester invisible, de ne pas détourner de l’histoire l’attention du lecteur à cause d’une écriture trop voyante ». Et il y parvient parfaitement, c’est d’ailleurs une de ses marques de fabrique (comme Ed McBain), de donner cette impression de naturel, de simplicité, de facilité. Impression qui peut laisser croire à un lecteur qu’il est facile d’écrire comme ça … Lourde erreur.

Une autre caractéristique de Leonard est son sens du dialogue. Sans surprise, 3 de ses règles concernent directement les dialogues, et un de ses credo est qu’il ne faut rien écrire que le lecteur ait envie de sauter, or : « Je parie que vous ne sautez pas les dialogues ».

Quelques règles parfaitement résumées ainsi « La plus importante de mes règles résume toutes les autres. Si ça a l’air écrit, je réécris. »

Voilà qui met des mots sur ce que l’on ressent à la lecture de ses romans. Ce qui prouve qu’il a parfaitement réussi son coup, et aussi (il faut bien se jeter des fleurs de temps à autres), qu’on l’a bien lu.

Ces quelques règles sont suivies d’un catalogue thématique du catalogue Rivages rédigé par celui qui le connaît le mieux, François Guérif.

Elmore Leonard / Mes dix règles d’écriture, (Elmore leonard’s ten rules of writing, 2001) Rivages Noir (2009), traduit de l’américain par Johanne Le Ray et Jeanne Guyon.

Elmore Leonard, encore et toujours

vec Bandits, Rivages continue à rééditer les romans d’Elmore Leonard des années 80, et c’est un vrai bonheur.

A sa sortie de prison, Jack Delaney change de métier (il écumait les chambres d’hôtel) pour bosser avec son beau-frère comme … croque-mort. Un boulot comme un autre. Ou presque. Il a juste un petit problème quand il faut aller chercher les clients à l’hôpital des lépreux de la Nouvelle-Orléans. Mais là, la cliente est spéciale. Elle est vivante, nicaraguayenne et accompagnée par une sœur belle comme un cœur.

Les ennuis ne tardent pas à tomber sur Jack, mais pas que des ennuis. La « morte » est recherchée par un colonel des contras qui veut lui faire la peau, et qui est aussi là pour récupérer du fric pour continuer à alimenter ceux que le président Reagan, son ami, appelle les combattants de la liberté. Aider une sœur au grand cœur à sauver une jeune fille en détresse, être, pour une fois, dans le camp des gentils, c’est bien, si en plus il y a deux millions de dollars à récupérer, c’est mieux.

On a beau connaître l’artiste, on ne peut manquer d’être émerveillé, à chaque lecture, par son sens du rythme, de l’histoire, et surtout, des dialogues.

Et dans Bandits, il se surpasse. Un conseil à n’importe quel auteur en herbe, s’il veut voir ce qu’est un bon dialogue : ouvrir ce roman à n’importe quelle page et lire, le sourire aux lèvres. Quand à faire aussi bien, là, c’est une autre paire de manches ! Pas étonnant que les romans de Leonard aient autant été adapté au cinéma.

Donc, encore un grand Leonard, 350 pages de pur plaisir. Et, mine de rien, une réflexion sur ce qu’est l’engagement et, à l’inverse, la vacuité d’une vie centrée uniquement sur soi … Mais rassurez-vous, jamais pontifiant, jamais lourd, toujours aérien. Les dialogues, les dialogues vous dis-je.

Elmore Leonard / Bandits (Bandits, 1987), Rivages Noir (2008), traduit de l’américain par Jacques Martichade.

Hombre d’Elmore Leonard

Après l’indigestion Millenium, j’avais besoin de quelque chose de court, noir et efficace. Il me restait en réserve Hombre, un western d’Elmore Leonard. Il m’a paru faire l’affaire. J’avais raison.

Pour son dernier voyage, la diligence Hatch&Hodges transportent d’étranges passagers. Mis à part le cocher et un employé de l’agence, il y a là, l’ancien administrateur de la réserve apache de San Carlos et sa jeune épouse ; une jeune femme qui vient de passer 30 jours prisonnière chez les indiens ; un cow-boy qui a pris sa place à un jeune soldat en le menaçant ; et John Russell. John Russell est blanc, il a les yeux bleus, mais il a vécu des années avec les apaches de la réserve et se sent plus indien que blanc. Le deuxième jour, la diligence est arrêtée par les amis du cow-boy, qui sont là pour voler l’argent détourné par l’administrateur. Ils partent avec l’argent, une otage, les chevaux et toute l’eau. John Russell devient alors le seul espoir de survie des voyageurs. Un homme qu’ils ont tenu à l’écart pendant tout le début du voyage, un homme qu’ils considéraient comme un sauvage, un homme qui n’a peut-être pas de grandes raisons de leur venir en aide.

Voilà la quintessence des westerns d’Elmore Leonard : Très noir, faisant une description sans concession d’un ouest rude, sauvage, raciste et sans pitié pour les faibles et les vaincus.

Stylistiquement aussi c’est du pur Leonard : Pas un mot de trop, descriptions, dialogues, suspense au cordeau. Le narrateur, comme le lecteur, ne comprend pas ce que veut et ressent Russell, comme lui il découvre, au fur et à mesure, et subit la loi de cet homme discret mais implacable, qui ira au bout de sa logique et de ses convictions, sans jamais tenter de s’expliquer face à des gens qui l’ont condamné à l’avance. Impressionnant, émouvant, impeccable. Juste ce qu’il me fallait …

Accessoirement, le film de Martin Ritt, avec Paul Newman dans le rôle principal est aussi réussi que le roman.

Elmore Leonard / Hombre (Hombre, 1961), Rivages/noir (2004). Traduction de l’américain par Elie Robert-Nicoud.