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Bilan très subjectif de Toulouse Polars du Sud

Et voilà, la sixième édition est bouclée. Alors quel bilan ?

Commençons par les regrets … Le premier, l’incontournable Carlos Salem qui nous est arrivé avec une crève d’enfer, qu’il a dû vouloir soigner à la bière et à la clope … résultat, vendredi soir direction l’hôpital où il est resté tout le week-end. Et un festival TPS sans Carlos, c’est plus tout à fait TPS.

Carlos, écoute les infirmières, soignes-toi bien et rendez-vous l’an prochain !

Ensuite quelques copains ne sont pas venus cette année. Comme je ne déplace pas dans les salons (pour cause d’emploi du temps surchargé), c’est l’occasion de les voir qui disparait. D’un autre côté, finalement, ça a permis de passer plus de temps avec ceux qui étaient là … et toc. Et puis comme moi aussi je sais être pute, tout le monde ne nous a pas manqué. Re-toc.

Dernière chose, j’en ai déjà causé ici, je regrette aussi un certain manque de curiosité lors des rencontres dans les librairies de la ville. Les occasions de découvrir, avec du temps et en tête à tête des auteurs comme Eric Maravélias ou Ayerdhal sont rares, dommage qu’aussi peu de lecteurs se soient déplacés dans la semaine.

Pis c’est tout.

Tout le reste, c’est du bonheur.

On commence par les prix, c’est Le matériel du tueur de Gianni Biondillo qui a eu le prix Violeta Negra. Est-ce que je suis content ? Oui !

La rencontre avec Deon Meyer, et le regret qu’il n’ait pas pu rester pour le week-end.

L’occasion de passer une soirée avec Eric Maravélias que je découvrais, et Ayerdhal dont je suis fan depuis … on va dire longtemps, bien longtemps. Je m’étais fixé comme objectif de faire acheter toute la pile de Rainbow Warriors, je n’ai pas eu assez le temps de trainer sous le chapiteau pour y arriver, mais c’était bien quand même.

La rencontre les Docteurs du Polars, je trouve l’idée géniale, et j’ai l’impression qu’ils ont prescrit à tour de bras, merci et à une prochaine.

Par contre une frustration : pas trouvé le temps d’échanger plus de deux mots avec Marc Fernandez, l’an prochain ? On se fait une animation à deux ?

On a bien bossé avec Yan, avec peut-être une première : l’animation à deux d’une table ronde. Je me suis régalé, ça permet de dégager des thématiques en discutant, et si les deux animateurs jouent le jeu, il me semble que cela met encore plus les auteurs au centre du débat et efface davantage les animateurs. L’exercice a une limite bien entendu, je connais quelques animateurs (et même sous la torture je ne donnerai pas les noms) qui parlent déjà tellement qu’à deux ils n’ont plus besoin d’auteurs … Mais là, je crois que ça a bien fonctionné.

Plaisir de croiser quelques copains auteurs, avec la frustration d’avoir passé trop peu de temps avec eux : Benoit Séverac, Maïté Bernard, Michael Mention, Cristina Fallaras, Victor del Arbol, Serge Quadruppani, et plaisir tout aussi grand d’en rencontrer de nouveaux, Rafael Reig (même si je n’avais pas été entièrement conquis par son bouquin), et Lorenzo Lunar, un véritable plaisir, chaleureux, drôle, passionnant, bon client au bar … A vous donner envie de prendre tout de suite le billet pour Santa Clara.

Frustration de ne pas avoir pris le temps de dire à Jacques Mailhos qui était de passage mon admiration pour son travail … Mais voilà, quand on ne traîne ni à Lyon, ni à Paris on ne reconnaît pas vite les gens qui comptent vraiment, et après c’est trop tard. J’espère me rattraper l’an prochain.

En ce qui concerne les tables rondes, je n’ai pas pu tout voir, mais toutes celles auxquelles j’ai assisté étaient d’un excellent niveau :

Ca a été chaud entre Cristina Fallaras, Rafael Reig et Marie Van Moere sur « et les enfants dans tout ça », c’est parti d’emblée avec Rafael disant que l’enfance était une invention de la société, Cristina et Marie lui sont tombé sur le poil, j’ai un peu ramé pour traduire et Yan pour ramener le débat sur le terrain littéraire, mais au moins on ne s’est pas ennuyé !

Dimanche matin, j’étais censé co-animer une table ronde entre Gianni Biondillo et Gioacchino Criaco avec … Serge Quadruppani. Mais je ne suis pas inconscient ! Donc j’ai présenté les protagonistes, et j’ai laissé faire celui qui sait. Ce fut passionnant, drôle, pertinent, enjoué, du fond, beaucoup d’informations et d’émotion et toujours avec un talent de conteur très latin. Du coup j’ai promis à Gioacchino Criaco que, maintenant que je comprends un tout petit peu mieux la situation calabraise j’allais relire Les âmes mortes qui m’avait un laissé sur le bord du chemin malgré d’évidentes qualités.

L’après-midi j’animais avec Yan la table ronde qui me semblait la plus risquée : Les brûlures de l’histoire avec Gianni Biondillo, Victor del Arbol et François Médéline. La plus risquée parce que trois langues (donc traductions multiples à assurer), parce que les bouquins étaient très différents, et parce que la thématique choisie pour les relier pouvait sembler un peu tirée par les cheveux. Et là, sans doute la meilleure surprise du salon, tout fonctionne. Des auteurs qui se répondent sans qu’on ait à intervenir, des vraies correspondances dans les thèmes et les discours, mais aussi des différences qui relançaient la discussion. Beaucoup d’émotion, des rires, de l’intelligence et trois auteurs qui, toujours, ont ramené la thématique à leur rôle d’écrivain, à l’importance de la fiction à côté du travail des historiens. Vraiment la table ronde dont rêve tout animateur.

On a terminé en beauté, avec Lorenzo Lunar présenté par Victor del Arbol. Rencontre qui, en cette fin de festival m’a conforté dans mes certitudes : organisateurs de salons et de rencontres, si vous voulez réussir votre coup, invitez des latins. Italiens, espagnols, argentins, cubains … c’est un vrai bonheur. Une heure sous le charme, au moins pour les spectateurs. Comme j’étais à la traduction, et que je commençais à fatiguer, j’ai un peu ramé, me suis mélangé les pinceaux et pris les pieds dans plusieurs tapis, mais Lorenzo et Victor étaient tellement expressifs et leur enthousiasme communicatif que je suis certain que tout le monde a compris. Une heure cubaine donc, avec une déclaration d’amour de Lorenzo à son quartier, le plus populaire de Santa Clara. Et un hommage appuyé à Leonardo Padura dont l’arrivée dans la littérature est, selon lui, l’événement culturel le plus important des trente dernières années à Cuba.

Je ne terminerai pas sans un coup de chapeau appuyé à tous ceux qui ont trimé toute l’année, dans des conditions pas faciles, parfois contre vents et marées, et à tous ceux qui ont couru partout toute la semaine, et encore plus ce week-end pour que tout se passe bien. Et tout c’est très bien passé, et dans la bonne humeur s’il vous plait. Hier soir, j’ai vu beaucoup de valoches sous les yeux, beaucoup de bâillements, mais aussi beaucoup de sourires. Et les futs de bière étaient à sec, et si ça c’est pas un signe !

Merci à tous et rendez-vous l’année prochaine.

Rencontre avec Eric Maravélias

Deuxième soirée TPS à Ombres Blanches. Avec Eric Maravélias. Malheureusement les toulousains ne s’étaient pas déplacés, très peu de monde. Ils ont eu tord.

J’ai découvert avec bonheur un auteur chaleureux, intéressant, mais ce qui est plus important pour un animateur de débats, j’ai découvert un conteur. Et oui, c’est ça qui compte face à un public, c’est là que les latinos sont imbattables, et que Maravélias se débrouille très bien. Il sait raconter.

Raconter la galère, l’horreur, raconter l’espérance, les rêves déçus, raconter les chutes et rechutes, mais aussi chaque fois qu’il s’est relevé. Raconter la solitude, la maladie, raconter l’amour et le manque d’amour. Raconter les auteurs qu’il aime et admire. Raconter l’arrivée de l’héroïne, raconter ses ravages. Raconter les aventures éditoriales. Raconter la poésie d’un paysage urbain et industriel la nuit, sous la pluie. Raconter le manque, la mort des potes, et pourtant, malgré tout, la joie d’être là et d’avoir vécu tout ça.

Et puis l’émotion, la franchise brute face à un public peu nombreux mais visiblement très ému.

Autant de choses difficiles à rendre, dans un bref compte-rendu, mais qui font que tout le monde, à une moment ou à un autre, a eu la gorge serré, et que ce fut une très belle rencontre.

Une fois de plus les absents ont eu tort …

Rencontres toulousaines.

C’est la rentrée, cela n’aura échappé à personne. Et je suis plongé dans un pavé de plus (la rentrée est pavée de pavés plouf, plouf). Le dernier Padura, dense et passionnant (et dense …).

Ceci dit, pour les toulousains, entre fin septembre et début octobre, si vous voulez m’éviter il va falloir faire attention, je serai partout !

Jeudi 25 septembre, à partir de 20h (modification d’horaire), j’aurai l’immense plaisir et honneur d’animer la rencontre avec Leonardo Padura (justement) à Ombres Blanches.

La semaine suivante, mardi 30 septembre, rebelote, pour une rencontre avec Aro Sáinz de la Maza, à propos de son roman Le bourreau de Gaudí (que je n’ai pas encore lu …), toujours à Ombres Blanches, toujours à 18h00.

Dimanche 5 octobre à 15h00, dans le cadre de La Novela, je serai dans les jardins Raymond VI (du côté du musée des abattoirs) pour causer avec ceux qui viendront de Ville et Polar.

Ensuite c’est Toulouse Polars du Sud qui démarre. Avec cette année une nouveauté (entre autres) : l’ouverture à peine esquissée l’année dernière vers les librairies de l’hyper centre-ville s’accentue, et s’accentue en beauté. Les auteurs seront dans toutes les librairies indépendantes durant la semaine du 6 au 11 octobre, et pour ma part j’animerai trois rencontres :

  • Mardi 7 octobre à partir de 18h00, Deon Meyer sera à Ombres Blanches. Profitez-en, il ne pourra pas rester pour le week-end, victime d’une tournée européenne très fournie.
  • Jeudi 9 octobre, toujours à partir de 18h00, toujours à Ombres Blanches, ce sera Eric Maravélias. L’occasion de rencontrer cet auteur dont Aurélien Masson nous avait dit le plus grand bien lors de sa venue à Toulouse (et il avait bien raison).
  • Vendredi 10 octobre, à partir de 16h30-17h00, Ayerdhal sera à la librairie Bédéciné.
  • Et Eric Maravélias et Ayerdhal restent le week-end et seront en très bonne compagnie (Pierre Lemaître, Yasmina Khadra, Serge Quadruppani, Gianni Biondillo, Carlos Salem, Lorenzo Lunar, Stéphanie Benson, Cristina Fallaras, Michael Mention etc …) à la librairie de La Renaissance.

Je vous reparlerai bien entendu de tout ça au fur et à mesure des rencontres, mais vous pouvez commencer à cocher les dates dans vos agendas.

Eric Maravélias, La faux soyeuse

Lors de sa venue à Toulouse à la librairie Ombres Blanches, Aurélien Masson, patron de la série noire, nous en avait longuement parlé. La faux soyeuse d’Eric Maravélias tient toutes les promesses de son éditeur.

MaraveliasFin des années 70 Franck est un petit loubard de Cachan. Il zone avec ses potes, traficote, glande, évite de rentrer à la maison où rien ne l’attend. Avec eux il traine chez Léon, le bistro où ils ont leurs habitudes, pour boire un coup, fumer et espérer entrevoir Cathy leur muse, leur fée, la fille du patron. En 1999, Franck est détruit, junkie, SIDA. L’héroïne est passée par là, l’addiction de plus en plus forte, les trafics, les coups de plus en plus minables pour se payer sa dose. Elle a abimé puis détruit le lien social qui existait. C’est maintenant chacun pour soi, des zombies trainent dans les rues, des vengeances, des coups bas, et Cathy n’est même plus là pour illuminer leur quotidien. Vingt années de descente aux enfers, jusqu’à la fin, inéluctable.

Attention, ce n’est pas drôle. Mais ce n’est pas misérabiliste non plus. On pense immédiatement à Bunker avec cette chronique de la délinquance et de la chute annoncée. Bunker la prison en moins, la dépendance terrible en plus. Avec aussi, en plus, incroyablement, quelques pages lumineuses d’un lyrisme d’autant plus frappant qu’on ne l’attend pas là.

Aucune complaisance dans ce regard, ni pour le narrateur, ni pour ses potes. Mais aucun jugement non plus, et une immense humanité dans le regard. Eric Maraviélas raconte, ne cache rien des horreurs de la drogue, rien de ce que peuvent faire des junkies en manque. Pas d’excuse, pas de justification. Juste des récits de parcours qui peuvent éclairer le lecteur (s’il le veut) sur ce qui les a amené là. Et puis ces moments magiques, qui irradient, la douceur de l’air, une chevelure au soleil, des potes retrouvés … Qui rendent d’autant plus sombres les ténèbres qui ne peuvent manquer de suivre.

C’est très dur, le final est quasiment insupportable, et pourtant c’est aussi très beau, et très émouvant. Une vraie découverte de la série noire.

Pour la petite histoire, et pour fermer un peu le bec de ceux qui clament partout qu’il faut faire partie d’un certain milieux pour être éditer et que tout n’est qu’histoire de copains, de coucheries, ou de retours d’ascenseurs … Le manuscrit de La faux soyeuse est arrivé chez Gallimard par la poste, l’auteur était inconnu … Et vous l’avez dans les mains.

Eric Maravélias / La faux soyeuse, Série Noire (2014).