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Eric Plamondon au Pays Basque

Après la découverte enthousiaste d’Eric Plamondon avec Taqawan, est venu pour moi le temps de la confirmation : Oyana.

PlamondonMai 2018, Oyana apprend que l’organisation ETA est dissoute, quelques années après avoir renoncé à la lutte armée. Elle décide alors de quitter le Québec et son mari Xavier pour rentrer à Ciboure. Avant elle lui écrit pour lui raconter ce qui l’a amenée au Mexique puis à Montréal, et lui révéler ce qu’elle lui a toujours caché.

Un récit et une rupture qui ne sont pas simples. Et qui sont pourtant moins compliqués que le retour dans un pays quitté 15 ans auparavant.

Pour commencer, dans la lettre d’Oyona, Eric Plamondon retrace superbement l’ambiance d’une enfance et d’une adolescence au Pays Basque et les sentiments vis-à-vis de l’ETA.

Il m’a remis tout ça en mémoire en quelques phrases. Le sentiment de sympathie qui a perduré assez unanimement, même chez des jeunes absolument pas nationalistes (comme moi), et même en général très opposé à toute forme de nationalisme … Une sympathie qui avait pour terreau la résistance à Franco, la mise en orbite de Carrero Blanco et les premiers attentats d’extrême droite du GAL, et qui s’est rapidement évaporée après l’attentat de Barcelone dans le supermarché. Une sympathie affichée, des blagues sur le rôle de l’église dans l’ETA (voir pour les plus jeunes Les phalanges de l’ordre noir de Bilal et Christin), sur les assassinats de guardias civils considérés comme positifs, sur la justification de la lutte armée, avec ses « dégâts collatéraux » … une époque assez difficilement imaginable aujourd’hui.

Pour se faire une idée, aucune soirée festive, aux fêtes de Bayonne ou ailleurs ne se déroulait sans chanter :

« Carrero Blanco ministro naval
tenia un sueño volar y volar
hasta que un dia ETA militar
hizo su sueño una gran realidad

Voló, voló Carrero voló y hasta las nubes llegó »

Et donc avec Oyona, Eric Plamondon m’a fait un peu l’effet de la fameuse Madeleine, qui en l’occurrence serait plutôt un verre de sangria ou de rosé limé (depuis j’ai élevé mes standards alcooliques, et mon foie s’est fragilisé). Et il décrit si bien le plaisir de retrouver l’océan … A croire que lui aussi est un faux québécois et qu’il a vécu son adolescence entre Bayonne et Hendaye …

Ca c’est pour le ressenti très subjectif. Sinon, en peu de pages, il construit très bien son intrigue, insère des pages plus informatives sur la situation en Pays Basque, comme dans Taqawan glisse quelques chapitres en apparence sans lien avec le sujet, tend peu à peu son histoire, et nous embarque avec Oyona, vers un final de plus en plus « polar ».

En chemin il reprend très bien la rhétorique nationaliste et indépendantiste, de façon vivante et pas didactique pour un sou, et la confronte, sans leçon de morale, à la réalité brute des drames, et au ressenti de son héroïne.

Alors c’est vrai, il n’y a pas la surprise du précédent, mois de ces étonnants et rafraichissants changements de directions que dans Taqawan. Pas le dépaysement non plus. Mais j’ai pris un immense plaisir à me retrouver plongé plus de trente ans en arrière.

Pour le plaisir de lecture, et pour ce retour de mes jeunes années, merci monsieur Plamondon !

Eric Plamondon / Oyana, Quidam éditeur (2019).

Une belle découverte pour commencer

C’est Lionel Besnier, rencontré à l’époque où il dirigeait la collection Folio Policier qui a attiré mon attention sur ce roman au titre étrange que je n’aurais surement pas lu autrement : Taqawan d’Eric Plamondon. Et il aurait été bien dommage que je le rate.

PlamondonNous sommes au Québec, en 1981. Plus de trois cent policiers viennent de rentrer en force dans la réserve des indiens mig’maq. Les fauves sont lâchés, les coups pleuvent, les matraques fracassent cranes et côtes, une vingtaine de prisonniers sont embarqués. Leur tort ? Refuser les quotas de pêches de saumons que le gouvernement québécois veut leur imposer, eux qui ont de tout temps sans jamais mettre l’espèce en péril.

Une répression brutale qui va entraîner la démission d’un garde-chasse, la disparition d’une adolescente, et bien d’autres événements, plus violents les uns que les autres.

Quel beau roman qui prouve qu’il n’est pas indispensable d’écrire un pavé pour raconter une histoire, créer des personnages, planter un décor et émouvoir le lecteur. Car Eric Plamondon réussit parfaitement tout cela en moins de 200 pages.

Les chapitres courts passent d’un personnage à l’autre, reviennent sur le passé plus ou moins récent, racontent des légendes ou des histoires indiennes, parlent de l’hiver canadien, de l’odeur de la neige, de l’importance du saumon dans le monde. Et tout cela semble couler de source, facile, évident.

C’est plein de poésie mais aussi de violence, la situation des indiens, méprisés par tous, pions dans les luttes de pouvoir entre le Québec et le gouvernement fédéral est décrite avec précision, clarté, empathie mais aucun misérabilisme.

Le rythme est bon, on enchaine naturellement entre le récit présent, et des épisodes passés, voire des informations n’ayant (en apparence), aucun rapport avec l’histoire, mais qui à l’arrivée complètent le tableau. Et cela sans jamais tomber dans la démonstration ni le plaidoyer.

Un très beau roman, juste, sur une situation que nous connaissons mal ici. Un roman qui se lit tout seul, avec un véritable plaisir de lecture au premier degré, et que l’on referme en se sentant plus intelligent. Une belle réussite à ne pas manquer.

Eric Plamondon / Taqawan, Quidam éditeur (2018).