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Première apparition de Smiley

Les vacances permettent de piocher dans les piles des bouquins de poche qui trainent un peu partout dans la maison. La lecture récente du dernier roman de John le Carré m’a donné envie de découvrir une curiosité, la première apparitions de George Smiley : L’appel du mort.

LeCarréFolioSamuel Fennan, employé du Foreign Office, se suicide chez lui après avoir été interrogé par les services secrets suite à une lettre anonyme le dénonçant. George Smiley qui s’en était chargé ne comprend pas cette réaction. Leur entretien avait été cordial, et il l’avait rassuré, rien n’était retenu contre lui. Alors qu’il va présenter ses condoléances à la veuve, et tenter de comprendre le geste de Samuel, le téléphone sonne, et il intercepte un appel pour Fennan. Un appel étrange. Et quand on travaille dans les services secrets, tout ce qui est étrange est suspect.

Intéressant de voir la première apparition de Smiley, ce personnage emblématique de John le Carré, dans un roman qui est autant, sinon plus, un roman policier classique qu’un roman d’espionnage. En effet, plus qu’une manipulation complexe, ou qu’une partie d’échec à distance, nous assistons ici à une enquête policière, pour laquelle Smiley est secondé par un flic. Certes, ils s’avère que les victimes et les coupables sont des espions, mais le point de départ est très classique (un faux suicide) et l’accent est mis sur les fausses pistes et sur les indices qui permettent d’entrevoir, peu à peu, la vérité.

Intéressant également de voir ces premiers pas d’un auteur qui va devenir un maître, voir naître ses personnages, voir les premières frictions entre un George Smiley qui, bien que prêt à sacrifier beaucoup à l’efficacité se soucie du facteur humain, et une hiérarchie qui ne s’inquiète que des répercussions politique sur sa carrière. Intéressant de voir la mise en place de toute une mécanique de l’espionnage, qui atteindra son apogée dans les romans suivants.

Certes, ce n’est pas le meilleur Smiley, mais c’est la naissance d’un mythe. Mythe que l’auteur vient juste de ressusciter pour boucler plus de cinquante années d’une œuvre exceptionnelle. A suivre sans doute, cela m’ayant donné envie de reprendre la série dans l’ordre.

John Le Carré / L’appel du mort (Call for the dead, 1961), Folio/Policier (2015), traduit de l’anglais par Catherine Grégoire et Marcel Duhamel.

L’incroyable retour de George Smiley

Début 1990, certains esprits chagrins et hommes de peu de foi ont pu se demander si la source d’inspiration de l’immense John Le Carré n’allait pas se tarir avec la chute du mur. Cela fait maintenant presque 30 ans que le Maître répond, roman après roman, avec finesse, élégance et, n’ayons pas peur des mots, génie, à cette question. Dernière réponse éclatante en date L’héritage des espions qui a le culot et le talent de revenir à la grande époque de la guerre froide.

Le Carré2017. Peter Guillam, franco-anglais ayant longtemps travaillé avec le légendaire George Smiley reçoit, dans la ferme bretonne où il s’est retiré, une convocation au siège londonien de l’espionnage anglais. Convocation polie, mais ferme, lui rappelant que la retraite qui lui est versée dépend de sa bonne volonté.

Sur place, Peter est assailli, moins poliment mais tout aussi fermement par des avocats qui le ramènent au début des années soixante, et à l’affaire Windfall, opération catastrophique ou manipulation géniale ? Seuls Peter et George (disparu) peuvent répondre. Des héritiers des victimes collatérales veulent porter plainte et sont soutenus par une partie du parlement. Peter se rend compte qu’il ferait un fusible parfait, mais refuse ce rôle, et refuse encore plus de révéler le fin mot de l’histoire.

Il va lui falloir se tirer seul d’affaire, et les jeunes avocats aux dents longues du service vont apprendre de quoi est capable un vieux qui a fait sa carrière au temps de la guerre froide.

Pour commencer un avertissement. L’héritage des espions reprend l’affaire de L’espion qui venait du froid en y apportant un éclairage nouveau. Donc, si vous connaissez déjà, allez-y les yeux fermés. Mais si vous décidez de lire les deux, dans l’ordre de préférence, ne lisez surtout pas la quatrième qui révèle la fin du roman précédent. Et pour finir cet avertissement, oui, le roman actuel peut se lire seul, il est juste encore plus émouvant si on a lu le précédent, publié quand même en …1963.

Quel putain de grand homme que ce John Le Carré. Comment à 87 ans, a-t-il cette capacité à revenir sur un roman vieux de plus de 50 ans, d’en reprendre l’intrigue et les personnages, et d’en faire un roman complètement nouveau, tout aussi passionnant que le premier qui est, au passage, l’un des romans d’espionnage les plus extraordinaire sur la guerre froide ?

Là où le premier était glaçant dans sa description de la mécanique de l’espionnage, où deux joueurs d’échecs s’affrontent à distance, sans apparente considération pour les pions, fous ou cavaliers sacrifiés pour les besoins de la partie, ce dernier opus est bouleversant dans la mise en lumière du facteur humain de l’histoire.

Tout amateur de l’auteur se doute bien que l’intrigue est ciselée. Et on prend un plaisir immense à retrouver la bande de George Smiley cinquante ans plus tard. De la voir affronter une bande de nouveaux venus très procéduriers, toujours soucieux de se protéger et de protéger les politiques en place.

Mais c’est surtout l’émotion qui vous prend aux tripes. Au moment où on commence à s’apercevoir que l’auteur parle de cet ancien roman, qui ne peut laisser indifférent, on se fait submerger. Et on apprécie d’autant plus le roman où il est autant question de testament que d’héritage, où l’auteur, au travers de ses personnages revient, avec une classe toute britannique, sur l’éternelle question de la fin et des moyens, et où, avec le recul de l’histoire il questionne la justesse des sacrifices considérés à l’époque comme normaux.

Ce qui est une façon de nous amener à nous poser des questions sur ce qui nous semble évident aujourd’hui, mais qui pourrait bien paraitre absurde ou barbare, dans quelques dizaines d’années.

Passionnant, bouleversant, intelligent, voilà donc le dernier roman en date d’un maître qui ne semble pas vieillir.

John Le Carré / L’héritage des espions (A legacy of spies, 2017), Le seuil (2018), traduit de l’anglais par Isabelle Perrin.

Le retour des tocards

Les lions sont morts, où l’on retrouve les tocards imaginés par l’anglais Mick Herron.

HerronSouvenez-vous de La maison des tocards. Là où le MI5 parque ceux qui ont raté, où ceux qui sont tombés en disgrâce, qui ne plaisent pas au pouvoir en place. Toujours sous la houlette de l’infect Jackson Lamb. Seuls les tocards s’intéressent à ce qui ressemble à un fait divers : la mort par crise cardiaque, dans un bus, de Dickie Bowe, minable, alcoolique, au bout du rouleau.

Mais Jackson se souvient de l’époque où, comme lui, Dickie Bowe arpentait les rue de Berlin. Un espion, de seconde, voire troisième catégorie, mais un espion. Alors que faisait-il dans ce bus, sans portefeuille, sans argent, lui qui ne quittait plus jamais Londres. Quand il met la main sur son téléphone, Lamb tombe sur un message qui fait remonter, immédiatement, les grands jours de la guerre froide. Mais quel sens aurait de nos jours une opération d’agents russes à la mode KGB des années 70 ?

Une fois de plus, on vérifie que les britanniques sont les rois du roman d’espionnage. Même quand leurs personnages sont, comme ici, les recalés, ceux dont le MI5 ne veut plus, pour de bonnes, ou de mauvaises raisons.

Premier plaisir de ce roman, et non des moindres, on se fait complètement embarquer dans cette histoire pleine d’ombres, de pièges et de faux-semblants. L’auteur est un malin, qui nous laisse nous dépêtrer de cette mélasse, alors que l’insupportable Jackson Lamb a souvent quelques longueurs d’avance sur nous. Et c’est normal, après tout lui a une vie d’expérience de manipulations, alors que nous ne sommes que de gentils naïfs. Un grand plaisir de lecture donc.

On retrouve un humour très british, capable de passer du plus fin au plus trivial (tient tient, comme le O’Malley qui m’a lui aussi enchanté dernièrement), et des personnages qui ont de la chair et que l’on se prend à aimer ou détester, quitte à changer d’avis quelques pages plus loin tant ils sont complexes et changeant, comme de vraies personnes (et ça nous change des monolithes ordinaires de la production tout venant). Le plaisir en est décuplé.

Cerise sur le gâteau, l’auteur glisse quelques réflexions, sans en avoir l’air, sur la puissance incontrôlée de la City et le pouvoir du fric. A lire donc, en espérant que ce n’est que le début d’une longue série.

Mick Herron / Les lions sont morts (Dead lions, 2013), Actes Sud/Actes Noirs (2017), traduit de l’anglais par Samuel Sfez.

Une comédie d’espionnage

J’avais beaucoup aimé la série d’Olen Steinhauer qui se déroulait dans les pays du pacte de Varsovie. Puis, pour des raisons inconnues, même de moi, j’ai arrêté de le lire. Je reprends avec son nouveau roman traduit : A couteaux tirés.

SteinhauerHenry travaille à la CIA, en poste à Vienne. Celia, son ancienne maîtresse et collègue a quitté l’agence brusquement, cinq ans plus tôt et est maintenant mariée et mère au foyer en Californie. Elle est partie après un énorme fiasco : des terroristes avaient pris le contrôle d’un avion de ligne à son arrivée à l’aéroport, demandant la libération de prisonniers. Echec de la CIA, erreur des uns ou des autres, tous les passagers, terroristes compris étaient morts à bord.

Cinq ans plus tard l’enquête montre que quelqu’un, à l’agence de Vienne, était en contact avec eux. Qui ? C’est ce qu’Henry est chargé de découvrir. Il a fixé un rendez-vous à Celia, ils vont diner ensemble dans un restaurant à la mode de la côte californienne. Un diner aux allures romantiques, mais les couteaux pourraient être de sortie.

Je ne vais pas bouder mon plaisir. A couteaux tirés, qui se déroule quasiment uniquement dans le restaurant et est en grande partie constitué des dialogues entre les deux espions est un délicieux exercice de style. On ne s’ennuie pas une seconde, ça fuse, ça pétille … même si la révélation finale peut laisser un poil sceptique.

Mais c’est aussi là sa limite, si on compare à la série impressionnante qui a fait connaître Olen Steinhauer. On est loin, très loin de la puissance, de l’originalité et du souffle de romans comme Cher camarade, 36, boulevard Yalta ou La variante Istanbul. Alors forcément, j’ai été un peu déçu, j’en attendais plus.

Ceci dit, vous pouvez lire ce dernier roman comme un excellent divertissement, entre roman d’espionnage (pour l’histoire) et comédie américaine à l’ancienne (pour la vivacité des dialogues). De là à présenter l’auteur comme le digne héritier de John Le Carré comme on peut le lire en quatrième, il y a un pas que je me garderais de franchir … Du moins sur ce roman.

Olen Steinhauer / A couteaux tirés (All the old knives, 2015), Presses de la cité/Sang d’encres (2016), traduit de l’anglais (USA) par Sophie Dupont.

Un très bel hommage à Kipling

Je continue les découvertes avec un auteur à côté duquel j’étais complètement passé. Une chronique de Yan m’a convaincu d’essayer Le grand jeu de Percy Kemp.

KempDes terroristes aidés par l’inaction complice des services secrets britanniques ont jeté le monde dans le chaos. En faisant exploser une charge nucléaire dans un immense volcan aux US ils ont couvert le monde d’une nuage de cendres qui a tout bouleversé. Après un hiver de plus d’une année, tout le nord de la planète meurt de faim, la civilisation basée sur l’électricité s’est effondrée et le Brésil et l’Australie, beaucoup plus épargnés, sont en train de devenir les nouvelles grandes puissances.

C’est dans ces conditions qu’Harry Boone, ex espion de sa gracieuse majesté réfugié à Sydney est remis en service par son ancien chef qui lutte pour conserver la suprématie anglo-australienne face au Brésil, à la Chine qui lutte de toute ses forces, et même face aux US. Il s’agit de retrouver l’inventeur d’un procédé génial permettant de synthétiser quasiment sans énergie des protéines à partir d’algues. Celui qui lui mettra la main dessus tiendra l’avenir de l’humanité. Les chinois et les américains sont déjà sur sa piste, en Inde.

En Inde justement, Mick, douze ans, est un des rares rescapés après l’attaque d’Auroville, une utopie construite avant la catastrophe dans le sud du pays par des gens venus du monde entier. Une utopie qui arrivait à survivre, et a attiré la convoitise de pirates qui l’ont rasée. Après quelques centaines de kilomètres à travers le sud du pays, Mick dont les parents ont été tués dans l’attaque d’Auroville arrive à Cochin, où Boone doit débarquer. Les voilà partis pour « le grand jeu ».

Deux choses m’ont frappé à la lecture de cet excellent roman. La première c’est la référence, évidente, à Kim de Kipling. Référence qui vient à l’esprit dès la lecture du résumé, et qui est assumée de façon ouverte par les personnages du roman qui s’y réfèrent souvent. La seconde, c’est quand j’ai cherché partout le titre original et le traducteur, tant j’étais persuadé que seul un anglais pouvait écrire un roman d’espionnage d’une telle qualité. Il est bien britannique (ouf !), mais il écrit en français.

Je découvre donc, enfin, Percy Kemp avec ce roman, et je suivrai attentivement les suivants ; je me suis régalé. Tout pour plaire. Ce très bel hommage à Kipling qui avait enchanté ma jeunesse est un roman riche et passionnant : roman d’aventure, roman d’espionnage, roman d’initiation, dystopie qui permet à l’auteur d’explorer les relations internationales dans un cadre où les rapports de forces auraient changé  …

Les personnages sont attachants, l’auteur raconte, décrit, sans porter de jugement marqué (au lecteur de se faire son opinion), les coups de théâtre ne manquent pas, et l’auteur sait parfaitement alterner les passages de pure aventure et les analyses géopolitiques sans que cela ne ralentisse jamais le récit.

Un vrai plaisir, original et intelligent. Bonne nouvelle, au vu du final très ouvert, il devrait y avoir une suite.

Percy Kemp / Le grand jeu, Seuil (2016).

Fallait pas réveiller le Condor

James Grady revient, et il revient avec un Condor qui est passé par Mad dogs : ça donne Les derniers jours du Condor.

les derniers jours du condor.inddLe légendaire Condor a disparu de la circulation pendant des années. Enfermé dans une clinique très spéciale qui traite les agents de la CIA qui ont complètement fondu les plombs. Depuis quelques semaines, il est de nouveau dehors. On lui a trouvé un travail sans risque, à la bibliothèque du Congrès, et deux collègues, Faye et Peter sont chargés de passer régulièrement vérifier s’il va bien et surtout s’il prend bien ses médicaments …

Un soir, en rentrant chez lui, Condor trouve Peter égorgé et crucifié à sa cheminée. L’histoire semble se répéter, des années plus tard. En moins de trente minutes il prend ses affaires et s’enfuit, échappant de peu à la police. Le voilà de nouveau traqué dans Washington, sans savoir sur qui il peut compter.

Il faudrait que je relise et revois les trois (ou six) jours du Condors pour voir ce qui a été repris ici (même si je me suis, quand même, rendu-compte que ce n’est sans doute pas un hasard si l’aide de Condor s’appelle Faye). Je me souviens par contre suffisamment bien de Mad Dogs, précédent roman traduit de James Grady pour voir qu’on est ici dans le même univers d’espionnage et de paranoïa.

Un domaine où l’auteur maîtrise totalement sa narration et son sujet. Le lecteur se fait complètement embarquer dans cette fuite démente (dans tous les sens du terme), où la folie et les troubles de mémoire du personnage central sont le reflet de la folie d’une époque et d’un système. Où la fuite en avant technologique commencée bien avant le 11 septembre, mais accentuée ensuite, devient la fuite d’un poulet sans tête, ou pire, la fuite d’un poulet … dont plus personne ne sait où se trouve sa tête !

C’est jouissif, c’est intelligent, il faut un peu s’accrocher au début, mais on est bien récompensé, et en bonus il y a quelques scènes d’anthologie. A lire donc. Les espions de James Grady ont pris des rides, se bourrent de cachetons mais n’ont rien perdu de leur patate !

James Grady / Les derniers jours du Condor (Last days of the Condor, 2015), Rivages/Thriller (2015), traduit de l’anglais (USA) par Hubert Tézenas.

Espionnage à l’américaine

Encore un rattrapage en attendant le flot de la rentrée. Un roman d’espionnage, Le moineau rouge de l’américain Jason Matthews.

MatthewsLa guerre froide est finie mais entre les USA et la Russie de Poutine ce n’est quand même pas le grand amour. Nate Nash est un des nombreux agents en poste à Moscou. Il a ceci de particulier qu’il est l’agent traitant de MARBRE, une taupe très haut placée au sein du renseignement russe qui renseigne la CIA depuis presque quinze ans. Lors d’un contact, MARBRE est à deux doigts d’être arrêté et Nate Nash est identifié par les services russes.

Il est alors muté à Helsinki ou le SVR, héritier du KGB envoie la très belle Dominika Erogova, ancienne danseuse, étoile montante du service pour le piéger. Mais dans ce jeu ou chacun a ses intérêts, d’un côté comme de l’autre, et où les masques sont nombreux, au final, qui va tromper qui ?

Jason Matthews étant un ancien de la CIA qui se met à écrire un roman d’espionnage, on ne pouvait pas éviter la référence à John le Carré. Autant s’en débarrasser tout de suite, Matthews n’est pas Le Carré. Il lui manque la distance et l’œil critique de son génial ainé, cette capacité à décrire un monde complexe sans prendre pour acquis que l’on est forcément dans le « bon camp ». Chez Matthews, pas de doute, même s’il y a des brebis galeuses et des imbéciles côté américain, le bon droit est dans leur camp.

Ceci étant dit, et cette réserve exprimée, ensuite ça marche du feu de Dieu. L’auteur a un réel talent pour camper ses personnages, tisser son intrigue et embarquer un lecteur dans un tourbillon de coups de théâtres, traîtrises et retournements de situation avec un sens de la construction et du suspense impressionnants, surtout si l’on considère que c’est un premier roman. Une fois commencé, impossible de lâcher ce moineau.

D’autant plus impossible que la connaissance du terrain et de la réalité de l’auteur lui évite les chausse-trappes à la James Bond qui pourraient faire ricaner le lecteur. Non, ça sonne juste, les personnages sont incarnés, et on frémit d’un bout à l’autre.

Un excellent divertissement.

Jason Matthews / Le moineau rouge (Red sparrow, 2013), Cherche Midi (2015), traduit de l’anglais (USA) par Hubert Tézenas.