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Eva Dolan confirme

Après l’excellent Les chemins de la haine, on attendait la suite des aventures de l’inspecteur Zigic et de Mel Ferreira de Peterborough de l’anglaise Eva Dolan. Je ne suis pas déçu par cette suite : Haine pour haine.

dolanDeux jeunes hommes, dont le seul tort est d’avoir eu la peau un peu plus foncée que l’anglais moyen, ont été sauvagement assassinés, à coups de pieds. Dans un cas l’agresseur visage masqué a adressé un salut nazi à une caméra de surveillance.

Puis une voiture fonce, très tôt le matin, sur trois personnes attendant à un arrêt de bus. Trois personnes originaires de l’Europe de l’est.

Pendant ce temps Richard Shotton du English Patriot Party qui a commencé à gagner des élections partielles se prépare à entrer en force dans le parlement.

Une situation vraiment pourrie qui ne va pas faciliter les enquêtes de Zigic et Ferreira de la section d’enquêtes sur les crimes de haine.

Comme le premier volume, nous avons là un très solide polar, classique et efficace dans sa construction, avec ce qu’il faut de suspense, de fausses pistes et de coups de théâtres, et des personnages que l’on a commencé à apprécier dès le premier volume et que l’on retrouve avec beaucoup de plaisir.

Comme dans le premier volume, l’intrigue policière est le prétexte pour décrire cette Angleterre des petites villes, avec ses magasins fermés, ses immigrés exploités et le ressentiment qui monte dans la population anglaise « de souche » qui se sent déclassée.

Et là où le premier roman mettait l’accent sur l’exploitation des immigrés par les entreprises du BTP et les grandes exploitation agricole, ce qui est mis en lumière ici ce sont les mouvements d’extrême droite, et les replis des différentes communautés sur elles-mêmes.

L’histoire est passionnante à lire, les fond est riche et complexe, on prend peur à la lecture … mais cela se passe en Angleterre n’est-ce pas ? Ce n’est pas en France que les fachos arrivent aux portes du pouvoir, en essayant de nous faire croire qu’ils sont devenus respectables.

A lire donc, bien évidemment.

Eva Dolan / Haine pour haine (Tell no tales, 2015), Liana Levi (2019), traduit de l’anglais par Lise Garond.

Une nouvelle auteur anglaise

Une belle découverte avec ce premier volume de ce qui est déjà une série en Angleterre : Les chemins de la haine d’Eva Dolan.

DolanDans le jardin des Barlow, dans un quartier en perte de vitesse de Peterborough, un abri de jardin brûle au petit matin. Les Barlow n’ont rien vu, rien entendu. Pourtant un homme a brûlé vif dans cet abri qu’il squattait depuis deux semaines. Un homme d’Europe de l’Est, un des nombreux immigrés qui viennent en Angleterre tenter leur chance, et qui se retrouvent exploités, volés, et haïs par toute une partie de la population.

L’enquête est confiée à Zigic et Ferreira, les deux d’origine étrangère, qui travaillent à la section des crimes de haine. Une enquête pas forcément prioritaire pour leur hiérarchie, et qui va mettre en lumière le sort réservé à ceux qui viennent chercher une meilleure vie dans le paradis britannique.

Eva Dolan ne révolutionne pas le genre. Elle s’en sert, de façon très habile, pour décrire une Angleterre boueuse, noire et terrible avec ses migrants, mais aussi avec ses concitoyens de seconde ou troisième génération, et plus généralement avec toute la classe ouvrière. Et nous met une belle claque.

Du côté purement polar, les personnages sont intéressants, humains, pas des superflics, mais un homme et une femme qui souffrent parfois de la xénophobie, qui sont eux aussi victimes de leurs propres préjugés, et qui se heurtent, dans des enquêtes qui n’intéressent pas grand monde, au peu d’intérêt de la population. L’intrigue est prenante, avec ses chausse-trappes et fausses pistes et sa résolution assez surprenante.

Mais c’est surtout ce que révèle l’histoire qui fait la force du roman. Il est de notoriété publique que les entreprises de BTB ne sont pas des organisations philanthropiques, et que si elles emploient souvent des travailleurs plus ou moins au noir, et plus ou moins en situation irrégulière, ce n’est pas pour les aider et leur permettre d’accéder à une meilleure vie.

Mais même un cynique comme moi, convaincu depuis tout petit que le capitalisme est une façon à peine policée de déguiser la loi du plus fort, et accueilli dans son premier boulot par un chef qui m’a appris comment on visse « C’est facile, vers la droite ça serre », ne pouvait pas imaginer l’ampleur de l’horreur. Encore moins dans un pays voisin et riche. Difficile d’imaginer une telle exploitation d’une main-d’œuvre réduite à un quasi esclavage, comme aux « plus beaux jours » du XIX° siècle.

Et à côté de cette situation extrême, le quotidien de la xénophobie ordinaire, d’une classe ouvrière anglaise de souche comme on dit, au chômage, totalement déculturée, perdue, qui trouve en tous ces gens aux noms étranges des responsables facilement identifiables à ses malheurs.

Et qu’on ne vienne pas me dire que, c’est dégueulasse, mais que c’est en Angleterre, que chez nous cela ne se passe pas comme ça ! Un bouquin qui vous révolte, d’autant plus que l’auteur ne se fait aucune illusion et, comme ses flics, sait qu’une fois l’indignation médiatique passée, tout va continuer de la même façon.

A lire donc, en serrant les dents.

J’espère que le bouquin aura le succès qu’il mérite, et qu’il ouvrira la voie à la traduction des suivants.

Eva Dolan / Les chemins de la haine (Long way home, 2014), Liana Levi (2018), traduit de l’anglais par Lisa Garond.