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Tuomainen agréable, mais ne remplace pas Paasilinna

Au vu du résumé, Derniers mètres jusqu’au cimetière du finlandais Antti Tuomainen fait penser aux romans gentiment ou complètement déjantés de feu son compatriote Arto Paasilinna. Après lecture, impression confirmée, il fait penser au grand Arto, mais en moins bien quand même.

TuomainenJaako est un homme heureux. Il file le parfait amour avec son épouse Taina. Avec elle il est allé s’installer à la campagne, et a monté une entreprise qui marche très bien. Ils exportent vers le Japon des champignons qui n’existent que dans les forêts finlandaises, et maîtrisent le procédé de la cueillette aux recettes finales, en passant par le nettoyage, le séchage etc …

Mais, aujourd’hui, tout s’écroule pour Jaako. Comme il se sent vaseux depuis quelques temps, il a fait faire des analyses, et le médecin lui annonce qu’il a été empoisonné, petit à petit, qu’il n’y a pas d’antidote possible, et qu’il n’a plus longtemps à vivre. A 37 ans, c’est rude. Quand il rentre chez lui, plus tôt que prévu, pour en parler à Taina, il la trouve en pleine activité sur leur plus jeune employé. Et pour compléter le tableau, trois associés viennent de s’installer sur la commune, ont pris contact avec leurs clients et leurs meilleurs employés, et semblent vouloir prendre leur place.

Durant les quelques jours qu’il lui reste à vivre, Jaako a bien l’intention de se venger de la femme infidèle, de découvrir qui l’a empoisonné et de sécuriser son entreprise.

C’est peut-être parce que j’ai immédiatement pensé à Paasilinna que j’ai été déçu par ce roman, mais qu’y puis-je ? Je ne sais pas ouvrir un nouveau roman en faisant abstraction de tout ce que j’ai lu avant, comme si c’était mon premier livre. Donc pour ceux qui n’ont jamais lu Le fils du Dieu de l’orage, La forêt des renards pendus, ou Petit suicides entre amis (ou bien d’autres), peut-être ce roman vous paraitra meilleur qu’à moi.

Parce qu’il n’est pas raté, et se lit avec plaisir. Il y a quelques scènes cocasses, on sourit à cet humour très particulier des finlandais (on peut penser à Kaurismaki cité en 4°), il y a quelques personnages truculents, l’écriture est alerte. Bref ça se lit avec plaisir. Côté polar on peut reprocher quand même une résolution de l’énigme un peu tombée du ciel. Mais rien de grave.

Par contre, malgré un point de départ original, il manque la folie des personnages de Paasilinna, les pétages de plomb complets qui les caractérisent, les grandes virées dans la nature, les beuveries homériques, bref cette ce côté complètement déjanté, capable de tout, que cet auteur arrivait à faire passer dans ses romans sans jamais tomber dans le ridicule. Du coup, les aventures de Jaako paraissent un peu fades.

Antti Tuomainen / Derniers mètres jusqu’au cimetière (Mies joka kwli, 2016), Fleuve (2019), traduit du finnois par Alexandre André.

Tournée des grands ducs finlandaise avec Arto Paasilinna

Après le Sam Millar, il fallait sourire un peu. Quoi de plus indiqué que Les dix femmes de l’industriel Rauno Rämekorpi le dernier roman de l’inénarrable finlandais Arto Paasilinna ?

Rauno Rämekorpi est un homme comblé. A soixante ans, il est marié avec une femme qu’il aime, se trouve à la tête d’une entreprise plus que prospère, et est reconnu comme l’un des industriels les plus influents de Finlande. Au soir de son anniversaire, il commande un taxi pour jeter les dizaines de bouquets qu’il a reçu (sa femme asthmatique ne supporte pas le pollen), et compte également distribuer force bouteilles de champagne et victuailles dans son usine.

Mais en route, une meilleure idée lui vient. Et s’il en faisait cadeau à ses nombreuses maîtresses ? Aussitôt dit, aussitôt fait, et c’est partie pour une longue virée de ripaille et de culbutes sur les lits les plus divers. Enchanté par sa tournée triomphale, Rauno compte bien rééditer l’exploit à Noël. Seul pépin, ses hôtesses se sont toutes aperçues qu’elles étaient un peu nombreuses sur la liste, et elles l’attendent de pied ferme …

Autant le dire tout de suite, ce n’est pas le meilleur Paasilinna. Le choix fait dans ce roman de suivre ce vieux bouc de Rauno chez ses différentes maîtresses est par nature un brin répétitif. Et Paasilinna n’arrive pas complètement à supprimer l’impression de redite.

Ceci dit, on ne s’ennuie pas non plus, loin de là. Il y a une vitalité, une énergie, et bien entendu un humour qui emportent l’adhésion. Avec au passage quelques coups de griffes bien sentis (pas toujours en finesse, mais les griffes appartiennent à un ours plutôt qu’à un chat sauvage !), à la société finlandaise, au machisme, à l’alcoolisme … au reste du monde, et plus généralement à la connerie, quelle que soit son origine, sa race ou son sexe.

Le pire c’est qu’on finit par le trouver plutôt sympathique de Rauno. En prime, on croise le chauffeur de taxi étonnant  déjà rencontré dans La cavale du géomètre. Et j’aime beaucoup ces clins d’œil d’auteur à lecteur.

Pour se remettre donc, après une lecture éprouvante, cette tournée des grands ducs finlandaise est finalement un bon divertissement.

Arto Paasilinna / Les dix femmes de l’industriel Rauno Rämekorpi, (Kymmenen riivinrautaa, 2001) Denoël (2009), traduit du finnois par Anne Colin du Terrail.

La fin du monde version Paasilinna

Parce que son grand-père bien aimé, communiste convaincu, bouffeur de curés et brûleur d’églises le lui a demandé sur son lit de mort, avec l’argent qu’il lui a laissé, Eemeli Toropainen crée une fondation et construit une superbe église en bois, quelque part au Nord de la Finlande. La construction est le début d’une aventure qui va voir une bande d’écolos barbus se joindre aux charpentiers, créant le noyau de ce qui va devenir, peu à peu, une communauté autonome, joyeusement bordélique et auto-suffisante. Une communauté qui va grandir et devenir un vrai paradis quand, la crise pétrolière, l’explosion d’une centrale nucléaire russe, puis la troisième guerre mondiale changera le reste du monde en un enfer où sévit la famine …

Dans la lignée de Prisonniers au paradis, un Paasilinna comme on les aime. Avec, à la base de tout, une bonne bande de cinglés qui, peu à peu, se révéleront finalement plus censés que ceux que l’on nous présente tous les jours comme des gens raisonnables. Et ensuite les grands thèmes paasilinniens : les ours (qui comme on le verra sont, du moins intérieurement, très semblables aux finlandais, même s’ils sont un peu plus velus), le retour à la nature, le plaisir du travail manuel bien fait, la nécessité d’installer une distillerie, même dans les coins les plus reculés, les vertus du caractère de cochon … Et bien entendu l’humour. Mélangez le tout, buvez un coup, n’oubliez pas de passer au sauna, et vous verrez qu’alors, même la fin du monde devient nettement moins dramatique …

Arto Paasilinna / Le cantique de l’apocalypse joyeuse  (Maailman paras kylä, 1992), Denoël (2008). Traduction du finnois par Anne Colin du Terrail.