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Un point sur les lectures BD

Comme promis, un petit point BD qui pourrait vous donner des idées si vous avez des cadeaux à faire (il parait que la saison approche).

Vieux Fourneaux 01Le tome 4 des Vieux fourneaux, La magicienne, m’avait un peu déçu. Je trouve qu’avec Bons pour l’asile, le cinquième, Wilfrid Lupano et Paul Cauuet, et leurs trois papis retrouvent la patate.

On est à Paris où Pierrot ne sait plus où donner de la tête entre son soutien aux migrants et les actions du collectif Ni Yeux Ni Maîtres contre les banques qui favorisent l’exil fiscal (excellente action d’ailleurs). Ce n’est donc pas sur lui que Mimile peut compter pour l’accompagner au stade, où il est invité pour un France Australie qui promet. Quand à Antoine, il va se trouver obligé de cohabiter avec son fils qu’il ne voit plus depuis des années. Bref, ça chauffe à Paris.

Que c’est bon de retrouver les trois papis en pleine forme, gueulards comme jamais, et d’une mauvaise foi toujours aussi réjouissante. Les auteurs nous offrent quelques scènes d’anthologie, les trois affreux arrivent encore à nous surprendre et surtout nous donnent une furieuse envie de vieillir comme eux, même si, une fois de plus, ils ne sont pas toujours fiers de leurs conneries. Voilà le rayon de soleil de cet automne.

Saga_9

Ça faisait un moment que je ne vous avais pas causé de Saga de Brian K. Vaughan (scénario) et Fiona Staples (dessin). Et le tome 9 vient de sortir. Et d’après les spécialistes de Bédéciné, il faudra ensuite s’armer de patience, les auteurs ayant décidé de faire une pause.

Marco et Alana, qui devraient s’entretuer sont donc mariés, et ont une petite fille Hazel qui grandit avec des parents en fuite, poursuivis par leurs armées respectives, des chasseurs de prime, des journalistes avides de scoop … Et ce 9° volume va voir un certain nombre de protagonistes converger vers la planète où se trouve notre famille préférée. Autant vous avertir tout de suite, ça ne va pas forcément bien se terminer pour tout le monde.

L’histoire est toujours aussi addictive, sans que je sache bien pourquoi, ni comment ils font pour autant nous accrocher. La richesse des situations, l’intelligence de la voix off, le refus d’avoir des personnages monolithiques, la beauté toujours renouvelée des dessins … Bref toute la famille se précipite, et il a fallu que je me batte pour le lire le premier. Un superbe tome 9, après un tome 8 qui m’avait paru un peu moins dense. Préparez-vous à quelques chocs.

KillBeKilled-3

Vous vous souvenez peut-être de Kill or be killed signé par Ed Brubaker, Sean Phillips et Elizabeth Breitweiser, les auteurs du magnifique Fondu au noir. Le tome 3, avant dernier de la série, vient de sortir.

Dylan a été sauvé du suicide par un démon, et il doit tuer une pourriture par mois pour continuer à vivre. Ce tome 3 va enfin nous révéler comment il se retrouve dans une maison, à abattre une bande d’affreux, ce qui constitue la scène d’ouverture du premier tome. On va le voir affronter la mafia russe, et surtout douter de plus en plus de sa santé mentale. Un volume qui réussit à faire monter le suspense et à semer le doute chaque fois qu’on semble sur le point d’avoir une révélation. L’attente du tome 4 va être longue, très longue.

C’est toujours aussi fort, aucune baisse de régime. Et l’histoire continue à fonctionner parfaitement, à partir d’un point de départ pour le moins étonnant. Le découpage, alternant scènes d’actions pures et monologues du héros qui se demande où il va est parfaitement maîtrisé, un pur plaisir, bien noir. Vivement la conclusion, en espérant qu’elle sera à la hauteur de ces trois volumes.

Southern_Bastard_4

Et pour finir, une plongée bien poisseuse dans un sud des US violent et crade, le quatrième volume de Southern Bastards, de Jason Aaron (scénario) et Jason Latour (dessin).

Si vous avez suivi les épisodes précédents, vous savez qu’on est à Craw County, où le Coach Euless, entraineur de l’équipe de football (l’américain football, celui où on se rentre dedans), règne sans partage, à coup de bastons, corruption et trafic de drogue. Sauf que ça ça marchait tant que l’équipe gagnait, et là elle commence à perdre, y compris contre l’ennemis héréditaire. Alors l’unité derrière le tyran se fissure, certains commencent à murmurer et à préparer sa chute. Au même moment, Roberta Tubb, dont le père a été assassiné par le Coach dans le premier volume arrive pour le venger. Roberta qui vient de quitter l’armée et qui n’a rien, mais alors rien d’une faible femme. Donc ça va saigner.

Dans une ambiance toute de rouges et de noirs (comme les volumes précédents), c’est glauque, ça castagne, c’est pourri, ça saigne. Les deux auteurs continuent sans faiblir un BD qui, à mon humble avis, est du niveau d’un Scalped, ce qui n’est pas peu dire. Ce qui se fait de mieux dans le genre polar rural qui déménage, avec des personnages qui sont loin d’être aussi caricaturaux qu’on pourrait le croire au début. Un vrai bonheur. Vivement la suite.

Wilfrid Lupano (scénario) Paul Cauuet (dessin) / Les vieux fourneaux : Bons pour l’asile (T5) Dargaud (2018).

Brian K. Vaughan (scénario), Fiona Staples (dessin) / Saga T9, Urban Comics (2018), traduit de l’anglais par Jérémy Manesse.

Ed Brubaker (scénario), Sean Phillips (dessin), Elizabeth Breitweiser (couleur) / Kill or be killed T3, Delcourt 2018, traduit de l’anglais par Jacques Collin.

Jason Aaron (scénario), Jason Latour (dessin) / Southern Bastards T4, Urban Comics (2018), traduit de l’anglais par Benjamin Rivière.

Saga, c’est parti pour un moment

Un petit mot de plus sur les comics. Sur les conseils avisés d’un lecteur de passage, et de mon vendeur de comics préféré, je me suis fait offrir pour Noël les deux premiers volumes de Saga de Brian K. Vaughan et Fiona Staples. Et bien entendu, je n’ai pas résisté à la suite. Déjà 7 volumes en français …

Si je n’avais pas craqué jusque-là, malgré de très belles couvertures, c’est que j’avais plus ou moins compris que Saga c’était Roméo et Juliette dans le monde de Star Wars. En fait ce n’est pas faux. Mais c’est très réducteur.

Nous sommes bien dans une galaxie peuplée de toutes sortes de créatures, plus étonnantes les unes que les autres. Une galaxie déchirée par une guerre entre une planète et sa lune, entre les « à cornes » de Couronne et les « à ailes » de Continent, une guerre qui s’est étendue à toute la galaxie.

Une nouvelle version de la guerre entre les O’Timmins et le O’Hara en quelque sorte. Sauf que Marko, ancien soldat de Couronne, fait prisonnier et Alana, de Continent qui le gardait sont beaucoup plus beaux que les affreux O’Timmins et O’Hara. Et qu’ils tombent amoureux l’un de l’autre, s’enfuient et …

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… Et Saga commence avec la naissance d’Hazel, leur fille, qui est la narratrice de toute l’aventure. Une fille considérée par les deux camps belligérants comme une abomination à détruire absolument, surtout si on veut pouvoir continuer à se massacrer joyeusement. C’est donc leur cavale dans la galaxie, poursuivis par plein d’affreux, que nous raconte Hazel en flash-back.

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Je ne saurais pas vous dire exactement pourquoi cette série est aussi prenante, pourquoi on s’attache autant aux personnages, et pas seulement à Marko, Alana et Hazel. Ce qui est certain c’est que tout le monde devient accro. Ma fille de 14 ans, mon fils de16, moi … Ca va être la guerre en février quand le tome 8 va sortir !

Saga-04On peut avancer quelques explications :

Les personnages, une fois passé le plaisir jouissif de leurs apparences aussi variées qu’étonnantes, cachent une vraie âme derrière les écrans, cornes, plumes, poil et pattes. Ils sont complexes, attachants, énervants, pénibles, drôles. On tremble pour eux, on les aime, on les déteste, on rit avec eux … et surtout ils changent, évoluent et sous leurs dehors loufoques sont très proches de personnes que l’on croise tous les jours.

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Et ils ont un destin extraordinaire. Un destin, des histoires qui, outre l’intérêt d’une intrigue qui tricote ses fils avec beaucoup de talent, passant de l’un à l’autre, d’une époque à l’autre, sans jamais perdre le lecteur, embrassent une multitude de thématiques : la guerre, le pacifisme, le recours ou non à la violence, la famille, la paternité, les programmes télé à la con, la lutte des classes, le travail, l’amitié etc …

Le dessin est lumineux, extrêmement inventif sans jamais sacrifier l’émotion à la virtuosité. Un vrai régal, avec juste un inconvénient majeur : Si vous commencez vous ne pourrez pas vous arrêter.

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Brian K. Vaughan (scénario), Fiona Staples (dessin) / Saga, Urban Comics (2013-2018), traduit de l’anglais par Jérémy Manesse.