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Ce qu’il faut de nuit

Les blogs polar en ont déjà parlé, c’est une des découvertes de la rentrée : Ce qu’il faut de nuit de Laurent Petitmangin. C’est mon tour.

En Lorraine, aujourd’hui. Le narrateur, qui travaille à la SNCF élève seul ses deux fils depuis la mort de « moman » après une agonie de trois ans, cancer. Il fait ce qu’il peut. Se débrouille pour qu’il y ait à manger, essaie, autant que possible de les pousser à l’école.

Ca a été difficile pour Fus, l’ainé, 13 ans au moment de la mort de sa mère. Alors il va le voir quand il joue au foot, et espère qu’il s’en sortira. Il y arrive mieux avec Gillou qui ira à Science Po, à Paris. Et puis Fus commence à fréquenter des infréquentables, proches du FN, alors que papa est encarté au PS et a toujours été syndiqué. Les relations se tendent. Reste le foot, les matchs de Metz, le lien indestructible entre les frangins. Jusqu’au drame.

Sacré découverte et sacré claque. Dans un style d’une fausse simplicité admirable, qui colle à la voix off du narrateur l’auteur déroule une vie qui mène au drame. C’est à la fois pudique et bouleversant. Comme dans Les feuilles mortes (sur un autre registre) du grand Thomas Cook on ne peut pas s’empêcher de gamberger et de se demander comment on aurait réagi à la place du père.

Sobre, sans éclats de voix chez ces gens qui parlent peu (on est loin des engueulades homériques de Marius et Jeannette, et c’est une partie du problème), tout en retenu, on ne juge jamais, on arrive à ressentir la gêne, la douleur d’une distance qui se crée alors que le père et le fils s’aiment toujours, la capacité des deux frères à passer outre …

On est happé par ce quotidien par la force de l’écriture, de l’évocation, des sentiments. Et la fin vous balance une très grosse claque. Magistral.

Laurent Petitmangin / Ce qu’il faut de nuit, La Manufacture des livres (2020).

Ici finit le monde Occidental

Un titre et une couverture intrigants. J’ai essayé Ici finit le monde occidental de Matthieu Gousseff.

Comment Thomas, jeune homme un peu rond, un peu mou, cheveux longs et gras, content de son boulot dans une animalerie se retrouve-t-il attaché à une chaise, torturé par un militaire parti en vrille ? Quel rapport cela a-t-il avec son nouveau boulot dans les locaux d’Atlantest, à Brest, où on teste des médicaments sur les rats ? Et d’ailleurs c’est qui ce militaire ? Et où est donc parti son patron ?

Réponses à toutes ces questions dans Ici finit le monde occidental de Matthieu Gousseff. Roman qu’il vous faudra lire jusqu’au bout pour comprendre le titre.

Il y a du bon dans ce roman. La phrase a du rythme, l’humour n’est pas absent, la description de Brest ne manque pas d’intérêt.

Malheureusement, à mon goût, il lui manque du travail. Du travail essentiellement pour simplifier. Simplifier une construction inutilement complexe qui en devient confuse. Elaguer pour éliminer certaines intrigues et thématiques secondaires qui n’apportent pas grand-chose à l’histoire principale. Et ensuite développer un peu certains caractères qui se révèlent essentiels ou certaines scènes qui auraient mérité une meilleure attention.

Dommage car on sent qu’il en reste sous le pied, que ce roman aurait pu être beaucoup plus abouti tant certains dialogues et certaines scènes fonctionnent bien. Mais c’est trop dilué dans une construction confuse. Comme un jongleur qui voudrait lancer en l’air trop de quilles, et finit par en laisser tomber quelques-unes.

A suivre quand même s’il y a un prochain roman.

Matthieu Gousseff / Ici finit le monde occidental, La Manufacture des livres (2020).

Cinéma encore

Activité cinématographique intense ces derniers temps, pour soutenir les salles … En fait non, parce que j’avais enfin un peu de temps, et pour me faire plaisir. Deux films récents donc pour se faire du bien.

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Vous avez forcément entendu parler du premier, Effacer l’historique, de Gustave Kervern et Benoît Delépine, avec l’excellent trio Blanche Gardin, Corinne Masiero et Denis Podalydès, et quelques invités dont je vous laisse la surprise.

Ils sont trois. Ils vivent à crédit dans un lotissement moche quelque part dans le nord. Ils sont voisins mais ne s’en sont aperçus que lorsqu’ils se sont retrouvés, avec leur gilet jaune, sur le rond-point du Lidl. Et là, en plus de leurs problèmes habituels (endettement, solitude, boulot de merde …) ils ont tous les trois des ennuis avec internet. Marie parce qu’un connard a tourné une sextape et menace de la mettre sur internet et d’en avertir son fils ado si elle ne lui finance pas ses études de commerce. Christine, chauffeur pour une plateforme, parce qu’elle reste scotchée à une étoile malgré ses efforts. Et Bertrand parce que sa fille est harcelée au lycée. Mais s’ils ont pu prendre le rond-point du Lidl, ils ne vont pas se laisser emmerder par les GAFA.

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Tous les travers de notre société (d’avant virus) épinglés, les uns après les autres, avec un indéniable talent et grâce à l’abattage d’un trio d’acteurs exceptionnels. On rit beaucoup, on éclate de rire tout le temps, et on rit intelligent, sans jamais se moquer méchamment de ses personnages. Et comme disait l’immense Pierre Desproges, « elle est immense, mon cher, la prétention de faire rire ». D’ailleurs je vous encourage à aller lire, en intégral, ce que le maître pensait de ceux qui sous-estime le talent comique. C’est là, et c’est imparable, comme toujours.

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Certes, c’est un conte et il ne faut pas aller y chercher le réalisme. Mais avec son effet comique d’accumulation d’emmerdes, avec son parti pris d’en rire, grâce à son rythme et à ses acteurs, Effacer l’historique vous fera passer un excellent moment.

Le second a bénéficié de moins de pub, il faut dire qu’il est italien, et que ses acteurs sont inconnus ici. Il serait pourtant dommage de passer à côté de Citoyens du monde de Gianni Di Gregorio.

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Rome, quartier du Trastevere, à la terrasse de leur café, autour d’un verre de blanc, Prof, ancien professeur de latin et de grec à la retraite et Giorgetto, glandeur professionnel, à la retraite aussi (mais de quoi ?) font une constatation simple : leurs maigres pensions leur permettent à peine de survivre, et il parait qu’en partant ailleurs, on peut vivre très décemment. Comment ils vont se retrouver associés à Attilio, rafistoleur de meubles et fan de moto ? Il faudra voir le film pour le savoir. Et où nos trois compères finiront ils leur vie ? C’est tout le sujet du film … Ou pas.

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On n’éclate pas de rire ici, ou rarement, mais on sourit beaucoup. Et toujours avec tendresse. Alors oui, comme j’ai pu le lire ici ou là, on n’est pas au niveau des Fellini, Scola ou Risi. Soit. Mais on retrouve cette patte, on est bien en présence de trois Vitelloni (surtout Giorgetto), mais à la retraite cette fois. Une thématique pas souvent traitée au cinéma et ici très joliment mise en scène, en prenant son temps, sans éluder les côtés ridicules des trois nouveaux amis, en s’en moquant gentiment, mais en mettant plutôt l’accent sur leur humanité.

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L’amitié, la peur, la vieillesse, le côté complètement dépassé de trois hommes seuls qui n’ont jamais quitté leur quartier face à un monde qu’il comprennent de moins en moins. Et pourtant, leur capacité à comprendre leurs semblables, à faire preuve d’empathie. Et puis, comme dans les meilleurs moments de ces auteurs latins que j’aime tant (les Montalban, Camilleri, Padura, Varesi …) de très belles scènes autour d’une table ou dans un café. Et ce n’est pas négligeable, de très belles images de Rome en général, et du Trastevere en particulier.

Cerise sur le gâteau, le final redonne une peu de foi dans notre monde, sans optimisme béat (que je ne supporterai pas), mais ça fait du bien de mettre parfois en avant les petits et grands gestes d’humanité, au lieu de d’insister uniquement sur ce qui va de mal en pis. Un moment de bonheur, dont le souvenir adoucira cette rentrée de merde.

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Unité 8200

Je l’avais laissé passer, malgré des avis plutôt positifs. La chaleur, la farniente, deux bonnes raisons de me plonger dans Unité 8200 de l’israélien Dov Alfon.

AlfonUn passager de El Al est enlevé, ouvertement, à la sortie de la zone des bagages à Roissy. Le colonel Abadi, agent du Mossad en disgrâce se trouvait là par hasard (par hasard ?), et va se retrouver dans les pattes du commissaire Léger en charge de l’affaire. Ajoutez une belle blonde, des tueurs chinois, un hacker russo-israélien, des intrigues au sein des services israéliens, des politiques français spécialistes du jeu de la patate chaude, un mystérieux donateur suisse et quelques cadavres. Accélérez le tout, c’est parti.

Ce n’est pas le polar de l’année, ce n’est pas non plus du John Le Carré c’est certain. D’ailleurs l’auteur aurait gagné à avoir un éditeur qui l’oblige à simplifier quelques péripéties, et surtout des magouilles internes aux services qui restent bien obscures et ne font pas avancer le bazar.

Cette petite restriction faite, on ne s’ennuie pas une minute, ça va à fond, l’auteur rythme très bien ses passages d’un personnage à l’autre et les retournements de situation qui en résultent. On lit sourire aux lèvres, comme on regarde un James Bond et on referme le bouquin sans avoir vu le temps passer après une belle visite de Paris.

Une lecture d’été parfaite.

Dov Alfon / Unité 8200, (A long night in Paris, 2019), Liana Levi (2019) traduit de l’anglais par Françoise Bouillot.

Comme au cinéma

Comme au cinéma était le seul roman d’Hannelore Cayre que je n’avais pas lu. Grâce aux vacances, ce manque est comblé.

CayreAbdelkader Fournier est mal barré. En appel il va être jugé pour 12 cambriolages à Chaumont, par celui qu’on appelle le boucher de la Haute-Marne, un gros con raciste, méchant comme une teigne. Jean Bloyé, ténor du barreau et son épouse Anne qui le seconde se demandent comment il vont tirer le jeune homme des griffes du bourreau. En attendant ils se restaurent dans la seule auberge correcte de la région à Colombey-les Deux-Eglises, fameuse pour son bal tragique.

Ils y croisent Etienne Marsant, monstre sacré du cinéma à la retraite depuis son infarctus qui a accepté de venir préciser un obscur festival. Ajoutez quelques rôles secondaires et la pièce peut commencer.

Si j’ai trouvé le roman de Peter May un peu trop gentillet pour moi, là ça m’a bien décapé les neurones. Hannelore Cayre n’est pas connue pour sa gentillesse. Elle a la langue acérée, la formule qui claque, et n’a pas son pareil pour assassiner en quelques mots les travers de notre époque et de nos contemporains (ainsi que les nôtres, tout le monde en prenant pour son grade).

Mais elle n’est pas pour autant misanthrope, sait aimer les gens et faire preuve d’empathie et de tendresse. Tout en restant sans pitié pour les gros cons. Dire que j’adore son style et son écriture est un doux euphémisme. Je suis un inconditionnel.

Elle est ici particulièrement jubilatoire dans sa description d’une petite ville de province, et dans celle du vide intersidéral du monde des réseaux sociaux. Tout en étant capable de vous tirer une larme en évoquant le charisme irrésistible d’un acteur que je vois comme un croisement entre Depardieu et Noiret.

Je sais que je ne suis jamais objectif, encore moins quand je parle d’Hannelore Cayre, mais c’est vraiment un plaisir incomparable et inimitable de lecture.

Hannelore Cayre / Comme au cinéma, Métailié (2012).

Des lendemains qui hantent

Une découverte pour moi, Des lendemains qui hantent de Alain Van Der Eecken.

van-der-eeckenEn ce jour d’hiver 1999, pour une fois, Martial a le temps d’aller chercher son fils Lucien à l’école. Il s’en fait une joie. Mais il tombe en plein chaos, deux jeunes armés sont entrés dans l’école et tirent sur tout ce qui bouge. Lucien est l’une des victimes. Les deux jeunes sont abattus.

Alors que les plaques de mazout de l’Erika souillent les côtes, et qu’une tempête dantesque s’annonce sur la pointe bretonne, Martial et son épouse Lucile, chacun de son côté, vont essayer de comprendre pourquoi cette école, pourquoi leur fils, aidés par un juge et un gendarme qui ne veulent pas s’en tenir à la mort des coupables.

Une bien belle découverte pour moi qui ne connaissais pas cet auteur. Il y a tout ce que j’aime dans un polar.

On est plongé d’emblée dans le bain avec une scène très tendue et émouvante. Ensuite tout s’enchaine. De bons dialogues, de l’humour qui pique, une écriture et une ambiance apocalyptique qui sont au diapason de l’humeur de Martial, perdu dans sa douleur, son envie de comprendre, sa peur de comprendre, son envie de vengeance, son envie de mort … Entre deux cuites et la prise de médicament qui l’anesthésient momentanément.

L’intrigue est bien menée, les personnages attachants, certaines silhouettes secondaires particulièrement hautes en couleur. Et les lieux, dans la tempête, sont parfaitement décrits nous plongeant dans la nuit, le vent, le bruit et la fureur.

Décidément une belle réussite et pour moi la découverte d’un auteur.

Alain Van Der Eecken / Des lendemains qui hantent, Rouergue/Noir (2020).

Le code et la diva

Christian Grenier est bien connu des jeunes lecteurs. Avec Le code et la diva, il tente une incursion dans le roman policier adulte.

GrenierBloqué par une grève à La Réunion, Rémi Gémeaux ne peut décoller à temps pour assister aux funérailles de son père, Gérard. Quand il arrive enfin à Paris, il trouve son frère ainé Robert, très impatient de toucher sa part de l’héritage, très conséquent. Très impatient surtout de mettre la main sur le compte en bitcoins de leur père.

Problème : pour cela il faut en trouver la clé, et leur père ne leur en a jamais parlé. Il faudra que Rémi résolve une énigme musicale et retrouve la mystérieuse jeune femme qui est venue chanter lors des obsèques, alors de sinistres personnages tournent autour de Robert.

Comme toujours ceci est un avis personnel et subjectif : je trouve que Christian Grenier n’est pas vraiment passé au polar adulte et qu’il est resté sur une écriture de romans pour ados.

Les amateurs de jeu de piste, de références musicales (classique) et d’histoire à rebondissements pas traumatisante vont y trouver leur compte et sans doute se régaler à essayer de trouver le code avant le personnage, et se demander jusqu’au bout comment tout cela va se terminer.

Par contre pour l’amateur de roman noir qui prend un peu au tripes, vous fait douter, trembler ou rager, c’est bien trop sage et gentil. En étant de très mauvaise foi, mais avec un peu de vrai quand même, on pourrait dire qu’on a la version actualisée (préoccupation environnementales et recherches informatiques) et complexifiée d’un club des cinq : les gentils sont gentils, les méchants très méchants, pas de zones d’ombre, on ne tremble jamais pour les vrais gentils, on ne doute jamais. Du coup je me suis très peu ému.

C’est bien écrit, bien construit et mignon. Un roman qui aura forcément ses adeptes, de mon côté je préfère me faire un peu plus secouer.

Christian Grenier / Le code et la diva, Rouergue/Noir (2020).

Aux vagabonds l’immensité

C’est la période des romans historiques, après Marseille 73, voici Aux vagabonds l’immensité de Pierre Hanot.

HanotMetz juillet 1961. Le FLN s’organise pour frapper aussi en France. Le 1° RCP, régiment de paras, des durs de durs, vient d’être rapatrié manu militari à Metz, pour cause de tentative de coup d’état en Algérie. Rage, frustration, rancœur, un mélange explosif si les bicots s’avisent de les provoquer.

Le 23 juillet, ça explose, c’est la « nuit des paras ». Avec la complicité ou le consentement silencieux de la police et d’une partie de la population.

Récit court, concentré sur quelques journées et éclaté sur une multitude de personnages. L’avantage est que ça donne une multiplicité de points de vue. L’inconvénient est que chaque personnage n’est là que pour son apport à cette fameuse nuit, à peine une silhouette avec une fonction à remplir.

En peu de temps on prend connaissance de l’événement, l’information est là, c’est vif, mais pour moi l’émotion est totalement absente. En ne créant aucun lien entre le lecteur et les personnages, l’auteur s’interdit ce levier extrêmement puissant de la littérature : nous faire vivre d’autres vies dans notre chair, comme si nous y étions. Ici, pour moi, l’émotion était totalement absente.

Aux vagabonds l’immensité répond très certainement à ce que voulait faire l’auteur, et satisfera sans doute certains lecteurs. De mon côté, je demande autre chose à un roman et je reste sur ma faim.

Pierre Hanot / Aux vagabonds l’immensité, la manufacture des livres (2020).

La faiblesse du maillon

Cela faisait 10 ans que l’on n’avait pas de nouvelles littéraires d’Eric Halphen. Revoilà le juge écrivain avec La faiblesse du maillon.

HalphenNous sommes en période de préparation d’élection présidentielle. Le boss, n’appartenant à aucun parti mène une campagne qui enthousiaste certains que les droites et gauche classiques ont déçu. Gustave est un des jeunes loups de la garde rapprochée du boss. Il espère bien que la victoire à venir lui ouvrira un avenir radieux. Sa compagne, Olivia, commissaire de police se trouve sur les traces d’un trafiquant qui échappe à la police française depuis quelque temps.

Alors que tout semble aller pour le mieux pour le couple, le petit grain de sable … Gustave commence à recevoir des SMS anonymes menaçant de révéler certains faits de son passé. Quelqu’un qui lui en veut ? Une façon de torpiller la campagne du boss ? Puis c’est au tour d’Olivia de déraper.

J’aurais aimé écrire qu’en 10 ans Eric Halphen n’avait pas perdu la main, mais malheureusement, je trouve que ça traine, ça traine cette faiblesse du maillon.

A son crédit, l’auteur connait très bien le milieu qu’il décrit, les procédures, les lenteurs, les lieux, les moments de joie, les moments de doute. Aussi bien côté justice que côté flic. Les moments qui mettent en scène le juge Jonas Barth que l’on retrouve avec plaisir sont les plus réussi du roman. Avec les moments de déambulation dans une ville de Paris que l’auteur aime et décrit fort bien.

Mais pour le reste, ça traine, et j’ai ramé.

Tout d’abord, contrairement à Eric Halphen qui, on se souvient, avait apporté son soutien à un candidat qui me fait penser au Sourire de de Transmetropolitan, je ne ressens aucune fascination (et c’est peu de le dire) pour notre Président, et tous les chapitres consacrés à sa campagne m’ont très vite ennuyé.

Mais ce n’est pas le plus grave, j’aurais pu les lire en diagonale. Malheureusement l’intrigue aussi se traine. Elle est alambiquée, fait preuve de complexité, promet beaucoup, fait monter un suspens et un mystère qui au final font pschitt, avec une résolution qui ne m’a pas du tout convaincu.

Et j’ai eu l’impression que l’auteur ne savait pas quelle thématique, et quels personnages creuser, comme s’il n’avait pas su choisir et parler de tout. Un peu de campagne électorale, un peu de rôle des réseaux sociaux, un peu de féminisme, un peu d’extrême droite, un peu de corruption, un peu d’Olivia, un peu de Jonas …

Mais rien à fond, ce qui crée de la frustration et m’a fait décrocher en cours de lecture. Le tout allié à une intrigue peu convaincante donne, pour moi, un retour raté.

Eric Halphen / La faiblesse du maillon, Rivages/Noir (2020).

Somb

Somb n’est, d’après la quatrième, pas le premier roman de Max Monnehay. C’est pourtant avec celui-ci que je la découvre.

MonnehayVictor Caranne est psy, sa principale activité se déroule à la prison de l’île de Ré. Après le drame qui a bouleversé son adolescence, il a fini par trouver un certain équilibre. Jusqu’à ce matin où Julia, la femme dont il est éperdument amoureux depuis quelques mois est découverte, assassinée sur une plage de La Rochelle. Il va alors voir les fragiles protections qu’il s’est construites voler en éclat, mais va devoir quand même lutter pour préserver son meilleur ami, et certains de ses patients. Sans compter sa propre santé.

Sans être génial, voilà un bon polar, bien construit, bien écrit, qui propose quelques heures de plaisir de lecture. Rien de révolutionnaire, mais des personnages attachants, des lieux bien décrits et une intrigue qui propose ce qu’il faut de suspense et de coups de théâtre. On aime suivre Victor Caranne dans ses doutes et ses recherches, dans sa redécouverte de son passé et les violences, les drames et les quelques joies du présent. Un bon moment de lecture.

Max Monnehay / Somb, Seuil/Cadre noir (2020).