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Collapsus

Thomas Bronnec s’est fait connaitre avec sa trilogie nous plongeant dans les entrailles du pouvoir. Il revient avec un roman de légère, très légère anticipation, toujours très politique, Collapsus.

Dans un futur proche, voire très proche. La France suffoque, les catastrophes (glissements de terrain, orages monstrueux, avalanches …) se multiplient. La classe politique promet, mais ne fait rien, et la colère monte. Une colère qui porte à l’Elysée Pierre Savidan. Ancien gourou, partisan d’une écologie radicale, il instaure une sorte de permis à point écologique, et des centres de rééducation où ceux qui ont un très mauvais score écologique peuvent aller se former, ou se réformer, de façon volontaire, du moins dans la théorie.

Alors que ses réformes de plus en plus impopulaires passent de moins en moins bien, et que ses partisans multiplient les coups de force de plus en plus violents, la situation semble lui échapper. La tentation de se passer de l’assemblée et du sénat se fait plus forte, alors que la résistance à ce qui ressemble à un coup d’état s’organise. Pour de bonnes ou de mauvaises raisons.

Si vous avez besoin de vous remonter le moral, évitez. Tout va vous faire déprimer dans ce roman. Le constat objectif que nos politiques, de tous bords, dans tous les pays ne font rien et nous amènent droit au mur est absolument indéniable. Mais la solution inventée par l’auteur est … J’allais dire pire que le mal. D’un certain côté oui.

Parce que Pierre Savidan et ses suiveurs ont raison sur le diagnostic. Ils ont même raison sur une partie des mesures à prendre. Le problème est que quand on considère que la fin justifie les moyens, tous les moyens, on tombe dans l’horreur décrite par Thomas Bronnec. Avec fliquage de tous et de tout, camp de rééducation et autocritiques « spontanées » de sinistre mémoire.

La montée vers ce qu’on pourrait appeler un fascisme vert est implacablement décrite, pas à pas par l’auteur. On la vit vue de tous les angles : des fanatiques du président, des opposants (opposants qui ont leurs raisons, pas toujours très altruistes), et de ceux qui s’étaient ralliés à lui et découvrent avec horreur qu’ils ont joué avec le feu.

La tension est savamment dosée, la montée vers l’explosion parfaitement maîtrisée, et le pire est que l’auteur connaît bien les rouages de notre république et que tout est plausible. Donc le lecteur morfle.

Comme l’écrit très justement le Killer : entre le dernier roman de Jérôme Leroy et celui-ci, on ne pourra pas dire qu’on ne nous a pas averti que ça pouvait très mal tourner.

Thomas Bronnec / Collapsus, Série Noire (2022).

Le tableau du peintre juif

Rentrée toulousaine avec Le tableau du peintre juif de Benoît Séverac.

Stéphane et son épouse Irène sont dans la dèche. La petite entreprise de Stéphane a fait faillite, il est au chômage à 50 ans passés, et ils ont du mal à s’en sortir. Quand l’oncle et la tante de Stéphane, qui s’apprêtent à partir en maison de retraite, l’appellent pour lui donner un tableau, il semble que leur vie va changer.

Il apprend à l’occasion que ses grands-parents, qu’il savait résistants, avaient caché un peintre juif assez connu, qui leur avait offert une de ses toiles avant de passer en Espagne. Une toile évaluée à près de 100 00 euros. L’occasion de redémarrer pour Irène, mais l’occasion de faire reconnaître ses grands-parents comme des justes pour Stéphane.

Alors que le couple se sépare, Stéphane va en Israël, où il a la surprise d’être arrêté, le tableau est sur une liste de tableaux volés. Alors qu’il n’a plus rien à perdre, il remonte le passé pour comprendre ce qu’il en est.

Je suis souvent embêté au moment de parler des romans de Benoit Séverac. Et c’est encore le cas. Il aborde des thématiques intéressantes. Il trouve un bon angle d’attaque. Donc on apprend pas mal de choses. Sur les réseaux de résistants dans le sud de la France, sur le passage en Espagne, sur le détail de l’attitude des autorités espagnoles durant la seconde guerre mondiale. Et même, accessoirement sur le travail de mémoire qui se fait dans ce pays.

Mais j’ai du mal à m’enthousiasmer parce que je n’accroche pas à son écriture. Je la trouve trop sage, trop explicative. Je trouve qu’il explicite trop les pensées, les raisons d’agir de ses personnages. Il manque pour moi de l’émotion, de la rage, de la folie, quelque chose qui démarque ses romans d’un documentaire romancé.

Je ne me suis pas ennuyé, mais je n’ai pas été emballé. Dommage.

Benoît Séverac / Le tableau du peintre juif, La manufacture des livres (2022).

Pour tout bagage

C’est la rentrée. Et je commence très bien avec le dernier Patrick Pécherot, Pour tout bagage.

En 1974 ils étaient une bande de 5 lycéens, en pleine révolte, fascinés par un groupe anarchiste qui venait d’enlever un banquier espagnol. Violence maîtrisée, humour et liberté de leurs revendications, ils étaient leurs modèles. Au point de se persuader qu’ils pourraient les imiter. Malheureusement ils tuent un passant qui se trouvait là par hasard. Comme ils n’étaient absolument pas connus des services de police, ils ne sont pas inquiétés et chacun a fait sa vie, loin des autres.

Presque 50 ans plus tard, l’un d’eux reçoit une lettre annonçant la publication d’un livre, et la mise sur le réseau de révélations sur ce qu’il s’est passé. Alors Arthur va se souvenir, et tenter de retrouver ceux qui ne sont pas morts.

« Plan merdique et blablas foireux, notre armée des ombres faisait branquignole. On posait en guerilleros, on était bidasses en folie. Nanars ambulants … nanarchistes, voilà, nous étions des nanarchistes. »

Voilà qui donne une idée du ton. Alors non, ce n’était pas mieux avant, l’époque n’était pas meilleure, mais ils étaient jeunes, ils avaient des idéaux et des illusions. Les illusions vont voler en éclat en une fraction de seconde.

Le récit est très joliment éclaté, entre le présent et le passé relaté sous la forme de description de photos (des kodachromes pour être précis, un coup de nostalgie pour les moins jeunes de ses lecteurs). L’émotion est toujours présente, jamais assénée lourdement. Le regard en arrière de l’auteur, sans concession pour les conneries, et là il s’agit d’une très grosse connerie est fin, en accord parfait avec une écriture toute en nuance.

Bref, c’est court et excellent, le blues parfait de cette rentrée.

Patrick Pécherot / Pour tout bagage, La Noire (2022).

Les temps ultramodernes

L’été, l’occasion de lire autre chose que des polars. De la SF encore avec Les temps ultramodernes de Laurent Genefort.

Paris, 1925. Mais pas tout à fait notre Paris. La découverte de la cavorite, ce métal dont les radiations annihilent la gravité a permis de construire des paquebots volants, et même d’aller coloniser Mars. Toute une industrie, mais aussi tout un trafic s’est monté autour de son extraction et son utilisation. Jusqu’à ce que les Curie démontrent que la durée de vie de ces radiations était beaucoup plus courte que prévue, et que les gisements semblent s’épuiser. Ce qui a créé la crise mondiale de 1923.

C’est dans ce contexte de luttes, où anarchistes et fascistes se battent dans le rues que des destins vont se croiser. Renée, institutrice venue travailler à la capitale. George aux ambitions artistiques qui va rencontrer les différents mouvements d’avant-garde et les anarchistes. Marthe jeune femme passionnée de sciences. Peretti, flic proche de la retraite qui veut finir sur un coup d’éclat … et quelques personnages plus sinistres. Sans compter un martien blessé. La poudrière est prête, ne manque plus que l’étincelle.

Commençons tout de suite par un tout petit bémol, les lecteurs de polars ne seront pas enthousiasmés par la partie policière, menée par le flic et la journaliste scientifique. A moins de trouver un charme suranné à un déroulé de l’enquête qui ressemble plus à un Tintin qu’à une aventure de Harry Hole … c’était juste pour éviter tout malentendu.

Mais il serait dommage de passer à côté de cette superbe création mêlant des personnages et des conflits bien réels (on croise les Curie, on entend parler de Breton, Clémenceau, Pétain et bien d’autres), un imaginaire martien très « old school », et les conflits et luttes de classes qui, bien que revus à la sauce de cette France sous cavorite, rappellent des événements bien réels, et remuent des thématiques très actuelles.

C’est d’ailleurs un des grands plaisirs de la lecture, outre la magnifique création de mondes si différents et pourtant si proches, de réfléchir et de voir comment tel ou tel événement, telle ou tel personnage trouve un écho dans ce qu’il s’est passé au début du XX° siècle, mais aussi aujourd’hui.

Laurent Genefort fait le pari qu’il s’adresse à des lecteurs curieux et intelligents, et il le fait sans jamais sacrifier son écriture ou la fluidité de son récit. Et c’est ma foi fort agréable. Bref un très beau roman, qui devrait pouvoir séduire même les lecteurs allergiques à la SF.

Laurent Genefort / Les temps ultramodernes, Albin Michel/Imaginaire (2021).

La valse des damnés

Un livre en retard, qui était resté quelques semaines dans la pile. La valse des damnés de Philippe Chlous.

A New York, le richissime James Harding se meurt. Il veut revoir ses enfants, William et Emily, qui sont partis vivre à Paris avec leur mère. Il envoie donc son ami et compagnon d’armes Samuel Sullivan, ancien Pinkerton, les chercher. Mais rien ne sera simple dans une France en pleine affaire Dreyfus, alors qu’Emily s’est mise en couple avec un jeune peintre juif et que William fraye avec les milieux les plus antisémites de la capitale.

Dommage, mais je n’ai pas été emballé. Dommage parce que l’époque est intéressante, et que naviguer ainsi entre les groupes d’extrême droite et le monde politique en place de l’époque était une excellente idée, qui montre, entre autres, que la connerie et la haine ne sont pas des concepts neufs, mais qu’ils sont toujours exploités avec autant de succès. Dommage parce que je n’imaginais pas que l’antisémitisme hystérique pouvait à l’époque avoir atteint un tel niveau de rage et d’imbécilité. Dommage enfin parce que le Paris de cette époque est bien rendu, avec des lieux aussi différents que les abattoirs de La Villette et les salons de la haute où se rejoignent les Dreyfusards.

Le problème, de mon point de vue, c’est que l’histoire et les personnages qui ont été créés pour mettre en lumière ce fond passionnant ne sont pas à la hauteur. On ne comprend absolument pas ce qui amène par exemple le frère et la sœur à faire les choix qu’ils ont fait. Il y a trop d’enquêtes en parallèle qui se résolvent de façon trop simple, par un gros coup de hasard. Et dans l’ensemble, cela manque trop d’émotion et de chair. Certains personnages subissent des horreurs, on devrait trembler, on s’en fiche.

Donc intéressant, mais pas emballé. Ou alors, comme je l’écrivais il y a quelques jours, j’ai trop lu et j’ai plus de mal à me passionner. A vous de voir.

Philippe Chlous / La valse des damnés, La manufacture des livres (2022).

Impact

Je n’avais jamais lu de roman d’Olivier Norek. Un pote m’a passé Impact, j’ai essayé. Je ne pense pas que j’insisterai.

Diane Meyer est profileuse, et plutôt bonne dans son métier. Un matin elle est réveillée à 5 heures et demie du matin par son patron, qui lui dit qu’un chauffeur l’attend pour l’amener chez les collègues de la police judiciaire de Paris. Là se monte une équipe. Une vidéo a été envoyée, on y voit le PDG de Total dans une cage en verre, reliée au pot d’échappement d’une voiture. Le message du ravisseur cagoulé semble clair. Mais ce n’est que le début.

Voilà un roman qui se lit facilement, dont le message humaniste et écologiste ne peut que me plaire, et qui pourtant ne m’a pas marqué ni donné envie de lire d’autres polars de l’auteur.

Ce qui marche bien c’est qu’il est bien construit, et que l’écriture est vive et enlevée ce qui rend la lecture agréable. Et comment ne pas adhérer au message, à l’accumulation de description de catastrophes, aujourd’hui déjà, au constat de l’inactivité et de l’hypocrisie des politiques et des maîtres financiers de la planète ?

Tout cela est très bien, mais … mais je trouve le roman construit comme une démonstration, et une démonstration bien trop sage. Tout est, habilement construit, pierre après pierre, pour nous amener à la plaidoirie finale. Alors que me manque-t-il ? C’est trop sage et trop lisse, ça manque de folie et de rage, de méchanceté, de douleur, d’émotion. C’est bien, c’est juste, mais cela ne m’a pas touché.

Et pour les manifestes écologiques, j’en reste au Gang de la clé à molette, pour la rage contre les nantis, je préfère la folie de Tuez un salaud, ou Liquidations à la grecque. Peut-être ai-je déjà trop lu.

Olivier Norek / Impact, Pocket (2021).

Les larmes du Reich

Sur les conseils avisés de blogs, d’amis et de libraires, j’ai tenté Les larmes du Reich de François Médéline, moi qui ne suis pas, a priori, fan de polars historiques. J’ai eu raison.

L’inspecteur Michel expie on ne sait quelle faute. Et c’est pour cela que c’est à vélo qu’en cette année 1951 il va enquêter depuis Lyon jusque dans la Drôme, à la recherche de la petite Juliette, 11 ans, disparue après le meurtre de ses parents dans une ferme isolée. Pas forcément bien accueilli par les gendarmes sur place, il s’aperçoit vite que ce couple était étrange et qu’il y a des secrets bien gardés.

Mais qui n’en a pas en ces années qui suivent la fin de la guerre ? L’inspecteur Michel lui-même n’en a-t-il pas ?

Voilà un roman étrange qui fait se poser tout un tas de questions au fil de la lecture. L’étrangeté, le bizarre s’insinuent petit à petit, de plus en plus fort, et on a l’impression de comprendre de moins en moins ce qu’il se passe, jusqu’à la dernière partie qui va tout éclairer.

Une belle construction qui demande un peu de patience et permet à l’auteur de décrire des faits peu connus, ou du moins que moi je ne connaissais pas. Mais je n’en dirai pas plus, ce serait dévoiler une bonne partie de l’intrigue, et ça ce serait un faute majeure.

Et écrire plus que « lisez-le » serait une autre faute tant toute indication pourrait gâcher le plaisir de la découverte finale.

François Médéline / Les larmes du Reich, 10×18 (2022).

Jeannette et le crocodile

Jeannette et le crocodile : titre intrigant de l’excellent dernier roman de Séverine Chevalier.

C’est l’anniversaire de Jeannette. Aujourd’hui elle a 10 ans et sa maman, Blandine, va l’amener voir Eléonore, le crocodile qui est logé à Vannes depuis qu’il a été trouvé dans les égouts parisiens.  Malheureusement, ce ne sera pas pour aujourd’hui. Blandine a trouvé la bouteille de vodka cachée dans la gouttière hier soir, et elle ne se sent pas bien. Peut-être pour ses onze ans ? Ou douze ? … La vie n’est pas facile dans une petite ville thermale misérable, quand les cures fonctionnent au ralenti et que la seule usine menace de fermer.

Il est frappant de voir comment en peu de pages et en restant au plus près de quelques personnages en apparence « sans histoire », Séverine Chevalier arrive à évoquer autant de thématiques actuelles. Et ce sans jamais perdre l’humanité de ses personnages, et sans donner une impression d’accumulation. Déclassement d’une petite ville qui perd ses emplois, détresse d’une ancienne classe ouvrière en perte de repères, difficultés de la pauvreté ordinaire, harcèlement moral, perte de la biodiversité, alcoolisme … et j’en oublie.

Le roman est d’une telle richesse que cela en donne le tournis. Et le plus fort, c’est que ça donne le tournis après, quand on a refermé le livre. Parce que pendant la lecture on est happé par l’écriture, par l’histoire, par l’émotion, par la tension qui monte insidieusement.

Tout simplement magistral, à ne manquer sous aucun prétexte.

Séverine Chevalier / Jeannette et le crocodile, La manufacture des livres (2022).

Chez Paradis

Si l’on compare à son roman précédent, Fin de siècle, Sébastien Gendron s’est un peu assagi avec Chez Paradis. Un assagissement tout relatif quand même.

Max Dodman est un sale con. Dans son garage du Causse, Chez Paradis, il martyrise son apprenti, insulte sa femme, magouille avec le maire, et de temps en temps il aime bien aller se castagner avec le premier qui lui tombe sous la main. Accessoirement, si ça se présente, il n’hésite pas à tuer. Comme des années plus tôt, quand il était convoyeur de fond, et avait tiré sur un petit jeune en mob qui avait eu le tort de passer à proximité d’un braquage ayant mal tourné.

Mais voilà, le petit jeune n’est pas mort, et des années plus tard Thomas Bonyard débarque Chez Paradis avec la ferme intention de se venger. Le problème, c’est qu’il va peut-être lui falloir faire la queue et prendre un ticket … Vous parlez d’un Paradis.

Jeu de massacre à tous les étages. La collection de sales cons est complète dans ce nouveau roman de Stéphane Gendron. Pas grand monde à sauver à part une ou deux victimes et un pauvre chien qui pourtant n’avais rien demandé à personne. Et pour reprendre le grand Audiard, il n’y a pas que les cons qui osent tout, Gendron aussi. On se dit parfois : « non il ne va pas faire ça ?! » Et bien oui, il le fait.

Ce qui étonne est que tout passe. Question de culot, d’énergie, d’une bonne dose d’humour, et ce sentiment qu’il arrive à faire passer, qu’il s’amuse tellement à écrire tout ça, que ce serait bête que le lecteur ne partage pas sa joie.

Rassurez-vous les cons, les ripoux et les salauds vont en prendre plein les dents, il y a aura certes quelques dommages collatéraux, mais vous allez passer un très bon moment.

Sébastien Gendron / Chez Paradis, Série Noire (2022).

Trente grammes

Cela faisait un moment que j’entendais dire du bien de Gabrielle Massat, et je n’avais pas encore eu le temps de découvrir ses romans. C’est chose faite avec Trente grammes. Belle découverte.

Yannick Gallard, trentenaire, est en train de mourir d’une overdose de doliprane. Overdose non volontaire puisqu’on l’a forcé à avaler les pilules. Mais en fait non, Yannick est sauvé, in extremis, par son amant Phoenix, et va devoir tenter de survivre avec un foie greffé. Inhabituel. Mais tout est inhabituel chez Yannick.

Beau comme un cœur, grand amateur d’art, il travaille pour le plus gros trafiquant, russe d’origine, de Toulouse. Pour lui il découvre des œuvres qui deviennent des investissements ou des moyens de blanchiment pour les truands de la ville. Et il a fait une erreur en vendant un Bacon volé à une grosse trafiquante de drogue. De quoi s’attirer des ennuis. Dernier détail pittoresque, Phoenix, son amant, est le tueur attitré de son boss.

Mais ce n’est pas tout, Yannick a le chic pour se mettre dans des situations inextricables, et y entrainer ceux qui ont la malchance d’être ses proches.

Il est des romans, comme celui-ci, qui vous embarquent dès le premier chapitre. Ici c’est l’humour noir et l’écriture vive qui m’ont accroché dès les premières lignes. Je ne savais pas encore si j’allais lire un roman qui tourne au noir ou une satire souriante, mais je savais que j’irai au bout avec gourmandise. Et je ne me suis pas trompé.

Outre cette écriture vive, une belle description de Toulouse et de ses environs, et un amour de la peinture que Gabrielle Massat fait joliment passer au travers de ses personnages, deux éléments font sortir ce roman du lot et devraient vous inciter à vous pencher sur Trente grammes.

Tout d’abord les personnages, parfaitement construits, et très originaux. Pas de manichéisme, mais la surprise de s’attacher à des individus qui, si l’on regarde objectivement leurs actions, sont tous assez peu recommandables. Voire pire. Mais voilà, ils sont terriblement humains, terriblement cohérents, et on se retrouve à éprouver de l’empathie pour un tueur cinglé, ou pour Yannick que les scrupules n’étouffent pas et pour qui le mot égoïsme semble avoir été créé.

Et puis il y a l’évolution de l’histoire, et le parallèle judicieux entre la dégradation physique de Yannick et le tableau qui se trouve au centre de l’intrigue. Une intrigue qui va peu à peu, sans que l’on s’en rende compte, faire passer le roman de l’humour noir à la noirceur la plus totale. D’une satire grinçante à une histoire d’amour malade et destructeur.

Vraiment une très belle découverte.

Gabrielle Massat / Trente grammes, Le Masque (2021).