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Le code et la diva

Christian Grenier est bien connu des jeunes lecteurs. Avec Le code et la diva, il tente une incursion dans le roman policier adulte.

GrenierBloqué par une grève à La Réunion, Rémi Gémeaux ne peut décoller à temps pour assister aux funérailles de son père, Gérard. Quand il arrive enfin à Paris, il trouve son frère ainé Robert, très impatient de toucher sa part de l’héritage, très conséquent. Très impatient surtout de mettre la main sur le compte en bitcoins de leur père.

Problème : pour cela il faut en trouver la clé, et leur père ne leur en a jamais parlé. Il faudra que Rémi résolve une énigme musicale et retrouve la mystérieuse jeune femme qui est venue chanter lors des obsèques, alors de sinistres personnages tournent autour de Robert.

Comme toujours ceci est un avis personnel et subjectif : je trouve que Christian Grenier n’est pas vraiment passé au polar adulte et qu’il est resté sur une écriture de romans pour ados.

Les amateurs de jeu de piste, de références musicales (classique) et d’histoire à rebondissements pas traumatisante vont y trouver leur compte et sans doute se régaler à essayer de trouver le code avant le personnage, et se demander jusqu’au bout comment tout cela va se terminer.

Par contre pour l’amateur de roman noir qui prend un peu au tripes, vous fait douter, trembler ou rager, c’est bien trop sage et gentil. En étant de très mauvaise foi, mais avec un peu de vrai quand même, on pourrait dire qu’on a la version actualisée (préoccupation environnementales et recherches informatiques) et complexifiée d’un club des cinq : les gentils sont gentils, les méchants très méchants, pas de zones d’ombre, on ne tremble jamais pour les vrais gentils, on ne doute jamais. Du coup je me suis très peu ému.

C’est bien écrit, bien construit et mignon. Un roman qui aura forcément ses adeptes, de mon côté je préfère me faire un peu plus secouer.

Christian Grenier / Le code et la diva, Rouergue/Noir (2020).

Aux vagabonds l’immensité

C’est la période des romans historiques, après Marseille 73, voici Aux vagabonds l’immensité de Pierre Hanot.

HanotMetz juillet 1961. Le FLN s’organise pour frapper aussi en France. Le 1° RCP, régiment de paras, des durs de durs, vient d’être rapatrié manu militari à Metz, pour cause de tentative de coup d’état en Algérie. Rage, frustration, rancœur, un mélange explosif si les bicots s’avisent de les provoquer.

Le 23 juillet, ça explose, c’est la « nuit des paras ». Avec la complicité ou le consentement silencieux de la police et d’une partie de la population.

Récit court, concentré sur quelques journées et éclaté sur une multitude de personnages. L’avantage est que ça donne une multiplicité de points de vue. L’inconvénient est que chaque personnage n’est là que pour son apport à cette fameuse nuit, à peine une silhouette avec une fonction à remplir.

En peu de temps on prend connaissance de l’événement, l’information est là, c’est vif, mais pour moi l’émotion est totalement absente. En ne créant aucun lien entre le lecteur et les personnages, l’auteur s’interdit ce levier extrêmement puissant de la littérature : nous faire vivre d’autres vies dans notre chair, comme si nous y étions. Ici, pour moi, l’émotion était totalement absente.

Aux vagabonds l’immensité répond très certainement à ce que voulait faire l’auteur, et satisfera sans doute certains lecteurs. De mon côté, je demande autre chose à un roman et je reste sur ma faim.

Pierre Hanot / Aux vagabonds l’immensité, la manufacture des livres (2020).

La faiblesse du maillon

Cela faisait 10 ans que l’on n’avait pas de nouvelles littéraires d’Eric Halphen. Revoilà le juge écrivain avec La faiblesse du maillon.

HalphenNous sommes en période de préparation d’élection présidentielle. Le boss, n’appartenant à aucun parti mène une campagne qui enthousiaste certains que les droites et gauche classiques ont déçu. Gustave est un des jeunes loups de la garde rapprochée du boss. Il espère bien que la victoire à venir lui ouvrira un avenir radieux. Sa compagne, Olivia, commissaire de police se trouve sur les traces d’un trafiquant qui échappe à la police française depuis quelque temps.

Alors que tout semble aller pour le mieux pour le couple, le petit grain de sable … Gustave commence à recevoir des SMS anonymes menaçant de révéler certains faits de son passé. Quelqu’un qui lui en veut ? Une façon de torpiller la campagne du boss ? Puis c’est au tour d’Olivia de déraper.

J’aurais aimé écrire qu’en 10 ans Eric Halphen n’avait pas perdu la main, mais malheureusement, je trouve que ça traine, ça traine cette faiblesse du maillon.

A son crédit, l’auteur connait très bien le milieu qu’il décrit, les procédures, les lenteurs, les lieux, les moments de joie, les moments de doute. Aussi bien côté justice que côté flic. Les moments qui mettent en scène le juge Jonas Barth que l’on retrouve avec plaisir sont les plus réussi du roman. Avec les moments de déambulation dans une ville de Paris que l’auteur aime et décrit fort bien.

Mais pour le reste, ça traine, et j’ai ramé.

Tout d’abord, contrairement à Eric Halphen qui, on se souvient, avait apporté son soutien à un candidat qui me fait penser au Sourire de de Transmetropolitan, je ne ressens aucune fascination (et c’est peu de le dire) pour notre Président, et tous les chapitres consacrés à sa campagne m’ont très vite ennuyé.

Mais ce n’est pas le plus grave, j’aurais pu les lire en diagonale. Malheureusement l’intrigue aussi se traine. Elle est alambiquée, fait preuve de complexité, promet beaucoup, fait monter un suspens et un mystère qui au final font pschitt, avec une résolution qui ne m’a pas du tout convaincu.

Et j’ai eu l’impression que l’auteur ne savait pas quelle thématique, et quels personnages creuser, comme s’il n’avait pas su choisir et parler de tout. Un peu de campagne électorale, un peu de rôle des réseaux sociaux, un peu de féminisme, un peu d’extrême droite, un peu de corruption, un peu d’Olivia, un peu de Jonas …

Mais rien à fond, ce qui crée de la frustration et m’a fait décrocher en cours de lecture. Le tout allié à une intrigue peu convaincante donne, pour moi, un retour raté.

Eric Halphen / La faiblesse du maillon, Rivages/Noir (2020).

Somb

Somb n’est, d’après la quatrième, pas le premier roman de Max Monnehay. C’est pourtant avec celui-ci que je la découvre.

MonnehayVictor Caranne est psy, sa principale activité se déroule à la prison de l’île de Ré. Après le drame qui a bouleversé son adolescence, il a fini par trouver un certain équilibre. Jusqu’à ce matin où Julia, la femme dont il est éperdument amoureux depuis quelques mois est découverte, assassinée sur une plage de La Rochelle. Il va alors voir les fragiles protections qu’il s’est construites voler en éclat, mais va devoir quand même lutter pour préserver son meilleur ami, et certains de ses patients. Sans compter sa propre santé.

Sans être génial, voilà un bon polar, bien construit, bien écrit, qui propose quelques heures de plaisir de lecture. Rien de révolutionnaire, mais des personnages attachants, des lieux bien décrits et une intrigue qui propose ce qu’il faut de suspense et de coups de théâtre. On aime suivre Victor Caranne dans ses doutes et ses recherches, dans sa redécouverte de son passé et les violences, les drames et les quelques joies du présent. Un bon moment de lecture.

Max Monnehay / Somb, Seuil/Cadre noir (2020).

Attentifs ensemble

Un nouveau venu chez Rivages, avec un livre intéressant : Attentifs ensemble de Pierre Brasseur.

BrasseurAu début c’est passé inaperçu. Un vol de légumes bio, redistribués sur un marché, et une vidéo signée FRP : Front Républicain Populaire, avec un slogan parmi d’autres : « Nous sommes les spectres de votre confort. » Puis ce sont des cadres supérieurs d’entreprises emblématiques qui sont enlevés, puis relâchés sans grand bobo, mais avec une sainte trouille. Et toujours ces vidéos.

La cible, les banlieues confisquées, le tout sécuritaire, la finance reine, le mépris des précaires … les sujets ne manquent pas. Les actions sont originales, inventives, ironiques et parfaitement menées, les vidéos se multiplient et deviennent virales. Le pouvoir, tous les pouvoirs (public, privé et média) alliés comme toujours quand les choses sérieuses se présentent se mettent en ordre de marche pour écraser le FRP, et le condamner unanimement.

Je me plaignais de polars français aux sujets riquiqui, là je suis servi, il y a du mouvement. J’ai pensé immédiatement à Tuez un salaud, polar mythique signé Colonel Durruti (signature tout aussi mythique). Et l’auteur fait lire Alain Damasio à un de ses personnages. Voilà pour les références les plus évidentes.

Je ne vais pas non plus vous dire que c’est le polar de l’année, il souffre pour moi d’un défaut : Tout est concentré sur l’analyse de la situation, le montage des coups et la réaction de l’état. Ca va vite, c’est vif, réjouissant, intéressant. Par contre les personnages ont été sacrifiés. On ne sait pas grand chose d’eux, ils sont juste des engrenages de la rébellion, des moyens de faire avancer l’action et la réflexion, et du coup on est plus intéressé par la réussite, ou non, de ce qu’ils font, que par ce qui leur arrive à la fin.

Donc sans être un chef-d’œuvre, un polar intelligent, assez jouissif par moment, qui amènera peut-être le lecteur à se poser quelques questions.

Pierre Brasseur / Attentifs ensemble, Rivages/Noir (2020).

Vanda

Voilà, je le savais, on peut écrire un roman sur ceux qui n’ont rien, ou si peu sans tomber dans la déprime et le néant glaçant. On peut être sensuelle, révoltée, brulante, paumée, sombre et belle. C’est le cas de Vanda de Marion Brunet.

BrunetVanda vit seule avec son fils Noé de 6 ans dans un cabanon sur la plage à Marseille. Survit plutôt. Contrat précaire de femme de ménage dans un hôpital psychiatrique, toujours à la bourre pour aller l’amener ou le chercher à l’école, des bouffées de rage et un amour immense et maladivement exclusif. Quand Simon, disparu 7 ans auparavant sans savoir qu’il était père revient la voir, l’équilibre fragile de Vanda et Noé devient dangereusement instable.

Voilà donc. Après le très beau L’été circulaire, encore un roman qui va vous secouer de Marion Brunet.

Un magnifique portrait de femme bien sur. Oui Vanda est cinglée, son amour pour son fils a quelque chose d’excessif, elle dérape souvent, mais putain qu’est-ce qu’elle est belle, émouvante, chaleureuse, lumineuse parfois. Ce n’est pas un modèle, pas une caricature, elle n’a pas vraiment de conscience politique, elle vit pour elle et son fils. Mais elle est profondément humaine, elle aide les malades, elle les aime, beaucoup plus que ce qu’impose son boulot de femme de ménage. Et puis, sa liberté, son absence d’inhibitions, lui fait dire leur fait aux chieurs. Elle fait ce qu’on n’ose pas, par respect des conventions, par timidité, par peur de choquer. Et c’est bon.

Au travers de Vanda, c’est aussi toute une ville que l’on redécouvre, une Marseille sale et bleue, violente et chaleureuse, vue par Vanda, et par Simon qui y revient et s’aperçoit de tout ce qui lui avait manqué. Une ville que je n’avais plus vu aussi bien décrite depuis … les regrettés Izzo et Carrese ?

Et, sans aucune leçon ni prêche, quelle claque que le constat social. Hôpital psychiatrique laissé à l’abandon, précarité des emplois, matraquage insupportable des manifestants par les flics, mépris des donneurs d’ordre et de leurs valets, arrogance de ceux qui ont le fric et disposent d’une main d’œuvre corvéable à merci … Mais heureusement aussi, par moment, de beaux exemples d’humanité, et de solidarité.

Des scènes inoubliables, comme la manif, une cigarette échangée avec une malade, la lumière de Tanger, un été en Corse.

C’est chaud, humain, émouvant, fou, révoltant … Ca fait du bien, merci Vanda.

Marion Brunet / Vanda, Albin Michel (2020).

La fabrique de la terreur

Fin de la superbe trilogie de Frédéric Paulin avec La fabrique de la terreur.

Paulin17 décembre 2010, Mohamed Bouazizi s’immole par le feu. C’est le début de la révolution tunisienne et des printemps arabes. 13 novembre 2015, attentat au Stade de France, au Bataclan et massacres dans les rues de Paris. Entre les deux, l’affaire Merah et l’attaque de Charlie Hebdo, entre autres. Entre les deux, La fabrique de la terreur.

On suit des personnages que l’on connaît bien. Réif Arno, devenu prof à Lunel, Tedj Banlazar, à la retraite dans la nature, sa fille Vanessa, journaliste indépendante qui s’intéresse aux mouvements islamistes, Ludivine Fell aussi peu écoutée de ses supérieurs que Tedj en son temps, et qui, depuis son poste à la sécurité intérieure vivre cette période comme autant d’échecs personnels.

Et puis Simon, Karim, Wassim, Maram … De Lunel, de Tunis, de Bruxelles qui, pour une raison ou un autre vont sombrer dans le fanatisme. Sans compter quelques barbouzes qui font le sale boulot sur le terrain et ont l’impression que cela ne sert à rien. Et d’autres, pris dans l’engrenage.

Voilà, c’est fini, du moins pour l’œuvre littéraire, la réalité malheureusement continue à donner raison à Ludivine, Tedj et les autres. Une conclusion particulièrement oppressante et angoissante tant elle nous replonge droit dans les journées d’horreur que nous avons tous en tête. On suit les enquêtes des personnages, et on sait bien évidemment qu’ils ne vont rien empêcher.

La force du roman est d’offrir différents angles de vue, de tenter de montrer, sans excuser ou expliquer, juste décrire différents parcours différents lieux. C’est implacable, on en prend plein la figure, on revit ces moments. Une fin de trilogie plus détachée des personnages, vue de plus haut. Un dernier roman qui plonge le lecteur dans ce tourbillon en donnant à penser, en donnant aussi à voir comment toute cette période a été perçue ailleurs qu’en France, ailleurs que dans notre entourage proche.

Je ne dirais pas que c’est une lecture aimable ou plaisante. Mais c’est certainement une lecture qu’on n’oublie pas.

Frédéric Paulin / La fabrique de la terreur, Agullo (2020).

Fin de siècle

Avec Sébastien Gendron j’étais sûr de ne pas tomber sur un polar triste où il ne se passe rien. J’ai été plus que servi par Fin de siècle.

GendronA un moment donné dans un futur peu déterminé. Des super requins préhistoriques ont refait leur apparition dans les océans. Problèmes, ils bouffent tout, y compris les plus gros bateaux existants. Donc les océans nous sont interdits. Mais comme il serait dommage de gaspiller les magnifiques yachts qui font la fierté des super riches, la Méditerranée à été isolée par deux herses du reste des océans, les mégalodons y ont été exterminés au prix de nombreuses vies humaines, et la grande bleue est devenu un immenses parc à très très riches, pour leurs villas, leurs bateaux et leurs fêtes.

Jusqu’à ce qu’une herse, dont la maintenance a été privatisée, ce qui veut dire baisse des coûts, des « charges » et hausse des tarifs, se révèle mal entretenue, et finisse par laisser passer un monstre, puis un autre, puis …

Dans le même temps un flic du FBI traque un trafiquant d’art, un tueur en série sévit sur la côte, un abruti de fils à papa veut faire le saut en parachute le plus haut du monde, et quelques autres événements qui vont accompagner cette fin du monde.

Vous vous en doutez, fini la déprime et la neurasthénie. Je ne vous dirai pas que c’est le roman le plus crédible de l’année, ni que l’intrigue est tenue au millimètre. Mais sur quelques 200 pages, un peu de bordel joyeux, des scènes dont en sent que l’auteur s’est fait plaisir à les écrire, un beau jeu de massacre bien saignant, les défauts de notre monde grossis mille fois sous la loupe de l’éclat de rire vengeur … Ca fait du bien.

Alors si vous aimez que tout s’explique à la fin, que tout soit crédible et documenté, vous pouvez passer votre chemin. Si un beau bordel foutraque plein d’énergie vous tente, allez-y sans hésiter.

Sébastien Gendron / Fin de siècle, Série Noire (2020).

Les yeux fumés

Un dernier polar français neurasthénique, et après j’arrête, ou je me pends, à voir. Les yeux fumés de Nathalie Sauvagnac.

SauvagnacPhilippe glande dans sa cité. Un grand frère aussi con qu’il est beau, un père totalement transparent, une mère qui est une vraie saloperie, surtout avec lui. Plus d’école, pas de boulot, donc il glande avec Bruno, plus âgé qui raconte comment il a fait le tour du monde … et se fait loger, payer à boire et à manger par ses auditeurs.

Jusqu’au jour où Bruno croise une fille qu’il qualifie lui-même de déesse et tombe amoureux. C’est le début de la fin.

Une fois de plus, je ne peux que reconnaître que c’est bien écrit. Plus vif que Les abattus, du moins dans la première partie, grâce à la voix du narrateur. Et puis c’est assez court. Donc j’ai moins eu le temps de me lasser.

La langue est juste, le portrait de ces barres où il ne se passe rien, où il n’y a pas d’avenir est convaincant. Mais une fois de plus justement, il ne se passe rien, pas de révolte, pas de rage, très peu d’émotion, c’est froid, juste un désespoir passif qui sombre dans la folie.

Déjà en temps normal, c’est pas ma thématique préférée, là, et en plus avec la répétition, ça devient pénible. Promis j’arrête, mes prochains français, c’est Paulin et Gendron, au moins, dans deux styles on ne peut plus différents, ça va bouger.

Nathalie Sauvagnac / Les yeux fumés, Le Masque (2019).

Les abattus

Qu’est-ce que je vous disais sur les polars français ? Ca continue avec Les abattus de Noëlle Renaude.

RenaudeNous avons un jeune homme qui a eu une vie de merde. Famille pourrie, une mère qui ne s’occupe pas de lui, deux grands frères qui le tabassent, un père qui se casse, un beau-père au mieux indifférent. Des appartements pourris, pas de copains ou presque. Puis des boulots sans intérêt, toujours pas de potes …

Seules aspérités de cette vie morne, quand les voisins du dessus se font égorger dans leur sommeil, ou que les flics viennent poser des questions sur le frère cadet qui est devenu truand. Alors quand il disparaît du jour au lendemain, le moins que l’on puisse dire, c’est que ça ne fait pas les gros titres.

Et voilà, je suis encore maudit. Je vais être clair, ce roman est très cohérent, original et bien écrit. Cohérent parce que l’écriture est très plate, j’ai l’impression que l’auteur veut décrire le vide de certaines vies, et elle y arrive parfaitement.

Mais vraiment, les vies vides, déjà en général ça ne me passionne pas, mais alors en ce moment, je ne peux pas. Putain, au début on a envie de secouer les personnages de leur dire de faire quelque chose, pleurer, gueuler, tuer quelqu’un, casser quelque chose, devenir cons, se révolter, voler, fracasser. Quelque chose merde. Mais non rien.

Il ne sentent rien, ne disent rien, pas d’émotion pas de réaction. Pas de souffle, pas d’ampleur, on est comme enfermés dans une médiocrité absolue. Le problème, pour moi, est que ça dure plus de 400 pages, alors ça fait long. Bref, mes collègues blogueurs sont enthousiastes, donc ça doit être bien. Objectivement, c’est bien écrit et construit ; subjectivement, je me suis profondément ennuyé.

Noëlle Renaude / Les abattus, Rivages/Noir (2020).