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C’est l’Inuit qui gardera le souvenir du blanc

Une petite pause SF pour ce roman réédité en poche, C’est l’inuit qui gardera le souvenir du blanc, de Lilian Bathelot.

Fin du XXI° siècle. L’Europe séparée en deux. Les zones sécurisées où ne vivent que des gens connectés grâce à un implant qui leur permet d’être en liaison permanente avec le réseau, et des zones franches où vit le rebut, ceux qui n’ont pas d’implant, ne sont pas sécurisés. Du côté de Montpellier le commandant Manuel Diaz, un des meilleurs éléments des forces de police a disparu depuis 15 jours. Or c’est impossible, on ne peut pas modifier son implant, et on est en permanence traçable grâce à lui, partout dans le monde.

Loin, très loin, en territoire inuit Kisimiipunga vient de terminer sa Première Chasse, elle dépèce le caribou qu’elle a tué avec sa vieille carabine. Au bout de la fatigue après deux jours de traque, elle s’apprête à rentrer quand elle aperçoit, au loin, un traineau vide poursuivi par une meute de loups …

Liberté contre sécurité, grands espaces contre traçage et suivi … Un roman écrit originalement en 2006 et réédité à point nommé. Le rythme est vif, l’alternance entre les lieux et les deux histories est très bien utilisée pour faire monter le suspense vers un final qui, on s’en doute bien, va renouer les fils.

Les personnages sont suffisamment bien campés pour ne pas être juste des prétextes à l’histoire, le dérapage vers la folie et la violence résonne lui aussi étrangement en ces temps troublés. Les scènes d’action sont impeccables et il est difficile de lâcher le roman passé la moitié, tant on a envie de savoir comment les quelques personnages auxquels on s’est fortement attaché vont s’en sortir. Un vrai plaisir.

Lilian Bathelot / C’est l’inuit qui gardera le souvenir du blanc, Pocket (2020).

Les nuits rouges

J’avais été assez gêné par plusieurs aspects de L’alignement des équinoxes de Sébastien Raizer pour ne pas poursuivre sa trilogie. Comme j’ai vu que Les nuits rouges était différent, et que je suis curieux, j’ai essayé de nouveau. Je crois qu’il va falloir que je conclue : je ne suis pas compatible avec l’univers de cet auteur.

Quelque part en Lorraine un crassier révèle le cadavre d’un homme qui attend là depuis quarante ans d’être découvert. C’est celui de Gallois, un syndicaliste qui s’était illustré au moment des premières luttes contre la désindustrialisation de la région, et que l’on croyait parti loin avec une autre femme que la sienne.

Pour Dimitri et Alexis, qui avaient 9 ans à l’époque, cette révélation de la mort de leur père, visiblement assassiné, remet des années de croyance d’abandon en question. Alexis, banquier au Luxembourg pourrait vivre avec. Pas Dimitri, camé, qui décide de tuer son dealer et de faire des recherches pour venger leur père.

Aux commandes de l’enquête, Keller, nouveau commissaire adjoint, Faas, un flic complètement hors de contrôle, et l’ombre de Metzger, ancien commissaire à la retraite qui continue à tirer les ficelles. En cet été caniculaire le jeu de massacre peut commencer.

Je regrette de ne pas avoir été convaincu, d’autant plus qu’il y a des passages qui m’ont emballé. Mais j’ai eu l’impression de lire plusieurs ébauches de roman, qui m’ont fait penser à plusieurs auteurs, sans qu’aucune ne soit réellement poussée au bout.

Je ne vois pas bien pourquoi mélanger l’histoire de la désindustrialisation, des mensonges des politiques, des trahisons de certains syndicalistes, avec cette petite histoire de dealer assassiné et de contrôle du trafic par des flics. Le lien me parait artificiel, et à mon goût aucune des deux thématique n’est vraiment creusée comme elle l’aurait mérité.

On a une histoire à la Dominique Manotti, avec l’enquête que mène Dimitri, et une autre avec des personnages à la James Ellroy avec ces deux flics qui contrôlent la criminalité de la ville. Mais on ne va pas ou bout des ressorts de l’affaire industrielle comme l’aurait fait Manotti, et les deux grands méchants ne sont pas aussi crédibles, ni aussi effrayants, que le fascinant Dudley Smith auquel ils m’ont fait penser.

Au résultat, malgré quelques pages puissantes quand Faas part vraiment en roue libre, ou intéressantes quand il décortique les mécanismes de la chute de la région, ce roman a surtout suscité chez moi de la frustration. Frustration de ne pas aller au bout de ce qu’il promet, d’un côté ou de l’autre.

Sébastien Raizer / Les nuits rouges, Série Noire (2020).

Fin d’exploitation

Je ne connaissais les éditions In8 qu’au travers de leurs nouvelles (souvent excellentes d’ailleurs), je découvre un très bon roman noir : Fin d’exploitation de Denis Flageul.

Quelque part dans la campagne bretonne, loin de l’océan. Goulven est revenu au pays, en disposition de l’éducation nationale. Il retape une vielle bâtisse, au-dessus de la ferme de ses potes Fabien et Laura, et attend avec impatience les rares dimanches où il a le droit de voir son fils.

Fabien et Laura eux sont au bout du rouleau. Les emprunts, les intérêts, la banque qui les harcelle et les incite à emprunter encore plus, soi-disant pour augmenter la rentabilité. Plus ils travaillent, plus ils perdent d’argent avec leur élevage.

Dans un coin de sa propriété, Gouven a autorisé deux jeunes, anciens élèves, à loger dans une caravane, mais c’est normalement interdit, et le lieu pourrait être utilisé par ses voisins. En parallèle dans la région, une série de braquages dans des succursales de banques met les gendarmes sur les nerfs.

Une situation explosive qui n’attend que l’étincelle qui va tout faire péter.

Voilà, pas forcément besoin d’aller dans les Appalaches, ou de coller un bandeau racoleur « polar breton » (ça marche avec toutes les régions, bien entendu) pour publier un excellent roman noir, rural, à lire partout, pas seulement en Bretagne.

C’est poisseux, on s’enfonce dans des emmerdes à répétition dont on sent bien qu’elles ne peuvent qu’amener au drame. Dureté de la vie paysanne, désespoir d’hommes et de femmes qui se voient atteints dans leur fierté, qui ont l’impression que chaque mouvement ne peut que les enfoncer un peu plus dans les sables mouvants financiers. Un désespoir qui mène à l’alcoolisme, à l’isolement, au déchirement familial, au drame.

Et pourtant, quelques pages arrivent à rendre la beauté des champs couverts de givre, des nappes de brumes sur les bois, mais ce sont de très rares rayons de lumière dans un roman sombre, qui sonne juste, sans pathos inutile, mais sans concession.

Un très beau rural noir.

Denis Flageul / Fin d’exploitation, In8 (2020).

Le réveil de la bête

Un nouveau venu à la série noire : Jacques Moulins avec Le réveil de la bête.

Deniz Salvère, d’Europol pense qu’un nouveau terrorisme est en train de se structurer en Europe avec le rassemblement de divers mouvements d’extrême droite. Mais difficile de convaincre ses chefs de monter des dossiers qui sont souvent à la limite entre politique, même extrémiste (avec interdiction d’y toucher) et terrorisme (terrain de jeu d’Europol).

L’assassinat à Paris de Maryam Binebine, informatrice de Salvère, va peut-être changer la donne, à condition de trouver rapidement le coupable et de le relier aux réseaux que cible son équipe.

Excellent premier roman, auquel, pour se débarrasser de ça, il manque pour passer de très bon roman à roman enthousiasmant un peu de souffle et d’épaisseur pour les personnages principaux que l’on est forcément amenés à revoir, la fin étant assez ouverte. Ce sont les personnages « secondaires » qui sont le mieux fouillés et avec lesquels, paradoxalement, on partage le plus d’émotion ; en particulier celui de Milosz, jeune slovaque perdu qui va travailler avec des groupes d’extrême droite en Allemagne.

Sinon la construction est impeccable, risquée mais parfaitement réussie. On passe sans cesse d’un personnage à l’autre sans que jamais l’auteur ne nous perde. Les différents milieux dans lesquels se déroule l’intrigue, des combats d’influence au sein d’Europol aux bars populaires du nord de Paris sont très bien décrits, l’intrigue est rythmée, l’écriture claire dispense ce qu’il faut d’informations pour nous éclairer sans jamais pontifier ni sembler faire la leçon. Jacques Moulins sait présenter de l’information mais ne la fait jamais passer avant son histoire et n’en fait pas des tartines.

Passage du travail de journaliste au travail d’écrivain parfaitement négocié donc pour un roman ambitieux, complexe sans être compliqué. On ne peut s’empêcher de se demander où est la limite entre les faits mis à jour par le journaliste et l’imagination fertile du romancier. Un peu effrayant et vivement la suite.

Jacques Moulins / Le réveil de la bête, Série Noire (2020).

Cinéma : Josep

Si vous avez le temps d’aller au cinéma, et s’ils ne sont pas fermés pour cause d’amusements interdits en ces temps de peste et de choléra ; si la croyance : les dessins animés c’est pour les enfants vous parait aussi absurde qu’à moi ; si vous voulez découvrir une animation originale ; si vous aimez les films qui prennent leur temps et ne courent en permanence d’une péripétie à l’autre, alors allez voir Josep, dessin animé de Aurel.

Dessin animé réalisé par un dessinateur, sur un autre dessinateur (dont j’ignorai tout), Josep Bartoli, républicains espagnol, réfugié en France au moment de la retirada, interné dans le camp de concentration de Rivesaltes, qui réussira à s’enfuir pendant l’occupation et vivra ensuite au Mexique puis à New York.

Un épisode pas franchement glorieux de l’histoire de notre grand pays des droits de l’homme, une histoire racontée de façon pudique sans en gommer la dureté, la saloperie, mais aussi la grandeur, avec une animation parfois minimale, qui tourne autour des œuvres de Josep qui n’arrêta jamais de dessiner même aux pires moments de sa vie.

C’est beau, émouvant, rageant, il y a de vrais moments de chaleur et de lumière au milieux de la noirceur d’une époque, on y rencontre de vrais salauds mais aussi des femmes et des hommes courageux et généreux, on y croise des affreux bien contents de pouvoir maltraiter leurs semblables en s’appuyant sur les ordres du pouvoir, mais aussi des courageux qui ont placé leurs valeurs et leur humanité au-dessus de tout. On sourit et on a la gorge serrée.

A voir, vraiment.

Entre fauves

Après un roman guyanais, Colin Niel nous balade entre Pyrénées et désert namibien dans Entre fauves.

Charles est un vieux mâle. Chassé par deux jeunes du groupe dont il était le dominant, il survit dans le désert namibien. Pour son malheur il a attiré l’attention des hommes en dévorant leurs chèvres et leurs vaches. Le gouvernement va donc autoriser, exceptionnellement qu’il soit « prélevé ». L’occasion de faire venir des touristes prêts à payer un prix d’or pour la carcasse d’un lion.

Kondjima, jeune homme Himba, fils d’un pasteur pauvre et méprisé, amoureux fou d’une belle promise à quelqu’un de bien plus riche que lui. Kondjima rêve de tuer le lion qui a tué les chèvres de sa famille, pour conquérir la belle.

C’est Apolline Laffourcade, 20 ans, étudiante en droit à Pau, fille à papa fortuné, chasseuse à l’arc qui se fera offrir ce cadeau royal par son papa gâteau si fier de sa fille qui chasse mieux que les hommes.

Quand Martin, garde du parc des Pyrénées en vallée d’Aspe découvre sur internet la photo d’une jeune femme fière du lion qu’elle a abattu, il voit rouge. De plus en plus dégoutté par l’inaction des politiques et de ses chefs face à la destruction programmée de la nature, avec un petit groupe, ils ont décidé de passer à des actions plus violente contre les chasseurs et autres destructeurs. Cette conne sera sa prochaine victime.

Pour la première fois avec Colin Niel j’ai eu un peu de mal à entrer dans le roman. Sans doute la faute de deux personnages qui m’ont repoussé. Martin, aigri, dont on aimerait partager les convictions (dont d’ailleurs on partage pas mal d’analyses), mais tellement agressif et misanthrope, tellement aigri, qu’il arrive à créer autant de rejet chez le lecteur que chez ses collègues. Et Apolline, complètement inexistante dans le début de roman, comme une gentille fille qui fait ce qui fera plaisir à son cher papounet qui est un gros con jovial typique du sud-ouest, avec une bonhommie, une tchatche et une bonne humeur qui cachent pas mal de vide, voire de connerie.

Heureusement il y a Charles et Kondjima. Puis le roman avançant, la tension monte, Martin plonge dans la folie, devenant plus intéressant, Apolline gagne en épaisseur, et on termine sur une très belle construction qui vous fait lire les derniers chapitres en apnée.

Une belle réussite au final, qui rend tout un peu plus complexe que les schémas manichéens habituels, et ça c’est très bien.

Colin Niel / Entre fauves, Rouergue Noir (2020).

Ce qu’il faut de nuit

Les blogs polar en ont déjà parlé, c’est une des découvertes de la rentrée : Ce qu’il faut de nuit de Laurent Petitmangin. C’est mon tour.

En Lorraine, aujourd’hui. Le narrateur, qui travaille à la SNCF élève seul ses deux fils depuis la mort de « moman » après une agonie de trois ans, cancer. Il fait ce qu’il peut. Se débrouille pour qu’il y ait à manger, essaie, autant que possible de les pousser à l’école.

Ca a été difficile pour Fus, l’ainé, 13 ans au moment de la mort de sa mère. Alors il va le voir quand il joue au foot, et espère qu’il s’en sortira. Il y arrive mieux avec Gillou qui ira à Science Po, à Paris. Et puis Fus commence à fréquenter des infréquentables, proches du FN, alors que papa est encarté au PS et a toujours été syndiqué. Les relations se tendent. Reste le foot, les matchs de Metz, le lien indestructible entre les frangins. Jusqu’au drame.

Sacré découverte et sacré claque. Dans un style d’une fausse simplicité admirable, qui colle à la voix off du narrateur l’auteur déroule une vie qui mène au drame. C’est à la fois pudique et bouleversant. Comme dans Les feuilles mortes (sur un autre registre) du grand Thomas Cook on ne peut pas s’empêcher de gamberger et de se demander comment on aurait réagi à la place du père.

Sobre, sans éclats de voix chez ces gens qui parlent peu (on est loin des engueulades homériques de Marius et Jeannette, et c’est une partie du problème), tout en retenu, on ne juge jamais, on arrive à ressentir la gêne, la douleur d’une distance qui se crée alors que le père et le fils s’aiment toujours, la capacité des deux frères à passer outre …

On est happé par ce quotidien par la force de l’écriture, de l’évocation, des sentiments. Et la fin vous balance une très grosse claque. Magistral.

Laurent Petitmangin / Ce qu’il faut de nuit, La Manufacture des livres (2020).

Ici finit le monde Occidental

Un titre et une couverture intrigants. J’ai essayé Ici finit le monde occidental de Matthieu Gousseff.

Comment Thomas, jeune homme un peu rond, un peu mou, cheveux longs et gras, content de son boulot dans une animalerie se retrouve-t-il attaché à une chaise, torturé par un militaire parti en vrille ? Quel rapport cela a-t-il avec son nouveau boulot dans les locaux d’Atlantest, à Brest, où on teste des médicaments sur les rats ? Et d’ailleurs c’est qui ce militaire ? Et où est donc parti son patron ?

Réponses à toutes ces questions dans Ici finit le monde occidental de Matthieu Gousseff. Roman qu’il vous faudra lire jusqu’au bout pour comprendre le titre.

Il y a du bon dans ce roman. La phrase a du rythme, l’humour n’est pas absent, la description de Brest ne manque pas d’intérêt.

Malheureusement, à mon goût, il lui manque du travail. Du travail essentiellement pour simplifier. Simplifier une construction inutilement complexe qui en devient confuse. Elaguer pour éliminer certaines intrigues et thématiques secondaires qui n’apportent pas grand-chose à l’histoire principale. Et ensuite développer un peu certains caractères qui se révèlent essentiels ou certaines scènes qui auraient mérité une meilleure attention.

Dommage car on sent qu’il en reste sous le pied, que ce roman aurait pu être beaucoup plus abouti tant certains dialogues et certaines scènes fonctionnent bien. Mais c’est trop dilué dans une construction confuse. Comme un jongleur qui voudrait lancer en l’air trop de quilles, et finit par en laisser tomber quelques-unes.

A suivre quand même s’il y a un prochain roman.

Matthieu Gousseff / Ici finit le monde occidental, La Manufacture des livres (2020).

Cinéma encore

Activité cinématographique intense ces derniers temps, pour soutenir les salles … En fait non, parce que j’avais enfin un peu de temps, et pour me faire plaisir. Deux films récents donc pour se faire du bien.

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Vous avez forcément entendu parler du premier, Effacer l’historique, de Gustave Kervern et Benoît Delépine, avec l’excellent trio Blanche Gardin, Corinne Masiero et Denis Podalydès, et quelques invités dont je vous laisse la surprise.

Ils sont trois. Ils vivent à crédit dans un lotissement moche quelque part dans le nord. Ils sont voisins mais ne s’en sont aperçus que lorsqu’ils se sont retrouvés, avec leur gilet jaune, sur le rond-point du Lidl. Et là, en plus de leurs problèmes habituels (endettement, solitude, boulot de merde …) ils ont tous les trois des ennuis avec internet. Marie parce qu’un connard a tourné une sextape et menace de la mettre sur internet et d’en avertir son fils ado si elle ne lui finance pas ses études de commerce. Christine, chauffeur pour une plateforme, parce qu’elle reste scotchée à une étoile malgré ses efforts. Et Bertrand parce que sa fille est harcelée au lycée. Mais s’ils ont pu prendre le rond-point du Lidl, ils ne vont pas se laisser emmerder par les GAFA.

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Tous les travers de notre société (d’avant virus) épinglés, les uns après les autres, avec un indéniable talent et grâce à l’abattage d’un trio d’acteurs exceptionnels. On rit beaucoup, on éclate de rire tout le temps, et on rit intelligent, sans jamais se moquer méchamment de ses personnages. Et comme disait l’immense Pierre Desproges, « elle est immense, mon cher, la prétention de faire rire ». D’ailleurs je vous encourage à aller lire, en intégral, ce que le maître pensait de ceux qui sous-estime le talent comique. C’est là, et c’est imparable, comme toujours.

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Certes, c’est un conte et il ne faut pas aller y chercher le réalisme. Mais avec son effet comique d’accumulation d’emmerdes, avec son parti pris d’en rire, grâce à son rythme et à ses acteurs, Effacer l’historique vous fera passer un excellent moment.

Le second a bénéficié de moins de pub, il faut dire qu’il est italien, et que ses acteurs sont inconnus ici. Il serait pourtant dommage de passer à côté de Citoyens du monde de Gianni Di Gregorio.

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Rome, quartier du Trastevere, à la terrasse de leur café, autour d’un verre de blanc, Prof, ancien professeur de latin et de grec à la retraite et Giorgetto, glandeur professionnel, à la retraite aussi (mais de quoi ?) font une constatation simple : leurs maigres pensions leur permettent à peine de survivre, et il parait qu’en partant ailleurs, on peut vivre très décemment. Comment ils vont se retrouver associés à Attilio, rafistoleur de meubles et fan de moto ? Il faudra voir le film pour le savoir. Et où nos trois compères finiront ils leur vie ? C’est tout le sujet du film … Ou pas.

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On n’éclate pas de rire ici, ou rarement, mais on sourit beaucoup. Et toujours avec tendresse. Alors oui, comme j’ai pu le lire ici ou là, on n’est pas au niveau des Fellini, Scola ou Risi. Soit. Mais on retrouve cette patte, on est bien en présence de trois Vitelloni (surtout Giorgetto), mais à la retraite cette fois. Une thématique pas souvent traitée au cinéma et ici très joliment mise en scène, en prenant son temps, sans éluder les côtés ridicules des trois nouveaux amis, en s’en moquant gentiment, mais en mettant plutôt l’accent sur leur humanité.

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L’amitié, la peur, la vieillesse, le côté complètement dépassé de trois hommes seuls qui n’ont jamais quitté leur quartier face à un monde qu’il comprennent de moins en moins. Et pourtant, leur capacité à comprendre leurs semblables, à faire preuve d’empathie. Et puis, comme dans les meilleurs moments de ces auteurs latins que j’aime tant (les Montalban, Camilleri, Padura, Varesi …) de très belles scènes autour d’une table ou dans un café. Et ce n’est pas négligeable, de très belles images de Rome en général, et du Trastevere en particulier.

Cerise sur le gâteau, le final redonne une peu de foi dans notre monde, sans optimisme béat (que je ne supporterai pas), mais ça fait du bien de mettre parfois en avant les petits et grands gestes d’humanité, au lieu de d’insister uniquement sur ce qui va de mal en pis. Un moment de bonheur, dont le souvenir adoucira cette rentrée de merde.

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Unité 8200

Je l’avais laissé passer, malgré des avis plutôt positifs. La chaleur, la farniente, deux bonnes raisons de me plonger dans Unité 8200 de l’israélien Dov Alfon.

AlfonUn passager de El Al est enlevé, ouvertement, à la sortie de la zone des bagages à Roissy. Le colonel Abadi, agent du Mossad en disgrâce se trouvait là par hasard (par hasard ?), et va se retrouver dans les pattes du commissaire Léger en charge de l’affaire. Ajoutez une belle blonde, des tueurs chinois, un hacker russo-israélien, des intrigues au sein des services israéliens, des politiques français spécialistes du jeu de la patate chaude, un mystérieux donateur suisse et quelques cadavres. Accélérez le tout, c’est parti.

Ce n’est pas le polar de l’année, ce n’est pas non plus du John Le Carré c’est certain. D’ailleurs l’auteur aurait gagné à avoir un éditeur qui l’oblige à simplifier quelques péripéties, et surtout des magouilles internes aux services qui restent bien obscures et ne font pas avancer le bazar.

Cette petite restriction faite, on ne s’ennuie pas une minute, ça va à fond, l’auteur rythme très bien ses passages d’un personnage à l’autre et les retournements de situation qui en résultent. On lit sourire aux lèvres, comme on regarde un James Bond et on referme le bouquin sans avoir vu le temps passer après une belle visite de Paris.

Une lecture d’été parfaite.

Dov Alfon / Unité 8200, (A long night in Paris, 2019), Liana Levi (2019) traduit de l’anglais par Françoise Bouillot.