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Guerre des clans au Havre

Avec Une année de cendres, Philippe Huet quitte les luttes syndicales de la première moitié du XX° siècle pour nous proposer un réjouissant roman de truands à l’ancienne. Toujours au Havre bien entendu.

Huet1976, Le Havre. Ange Antonetti et Baptiste Lanzi sont deux notables installés et bien installés. Arrivés en 1946, comme « représentants » du clan Guérini, ils se sont fait une place dans cette ville qui était à l’époque en pleine effervescence, lieux privilégié pour installer une succursale du crime marseillo-corse. Depuis leur passé turbulent semble oublié et ils font partie de la haute société havraise.

Jusqu’à ce qu’arrivent un groupe de libanais qui s’installe dans la limonade ; mais pas que. Ange aimerait bien laisser faire et profiter de sa fortune. Mais les clans corses ne l’entendent pas de cette oreille, d’autant plus que la modernisation du port laisse entrevoir de nouvelles et lucratives méthodes d’expédition de la drogue aux USA.

La guerre va donc reprendre, entre anciens, et nouveaux. Sous les yeux d’un jeune inspecteur récemment arrivé … de Corse, Cozzoli, et de Gustave Masurier, dit Gus, journaliste spécialisé dans les faits divers. Tout commence avec un cadavre lancé à l’eau dans une caisse en bois qui, étrangement, semble avoir été conçue pour être retrouvée …

Un vrai plaisir vintage que ce roman de Philippe Huet. Un plaisir qui se construit sur de solides piliers. A savoir : Des personnages hauts en couleur, une parfaite connaissance des lieux, de l’époque et de ses histoires criminelles, une gouaille qui fait mouche, et l’expérience vécue de ce qu’est la vie dans un journal et de ce qui motive un journaliste passionné.

Ajoutez une intrigue bien menée, la passion, l’envie de partager cette ville et cette époque qu’il connait si bien et une touche d’humour, et vous avez un excellent roman qui se lit sourire aux lèvres et qui donnerait presque envie d’aller faire un tour au Havre au sudiste indécrottable que je suis.

Un vrai bonbon qui fait naître des images de Gabin vieux et Delon jeune. Merci à l’auteur pour cette cure de jouvence.

Philippe Huet / Une année de cendres, Rivages/Noir (2019).

Tuer Jupiter un livre politique ? Pas sûr.

Dans le cadre Toulouse polars du Sud, je participe avec 5 collègues et amis au prix des chroniqueurs, initié l’an dernier par Laurence de Evadez-moi. C’est dans ce cadre que je lis avec un peu de retard, Tuer Jupiter de François Médéline.

MedelineVous avez forcément déjà lu ici ou là de quoi il s’agit : Le 3 décembre 2018 Macron entre au panthéon. Il a été assassiné le 11 novembre. Du 3 décembre 2018 à fin 2017, où se décide l’assassinat, nous allons remonter le temps pour voir, à rebours, comment tout cela s’est passé, et comment et pourquoi les autoproclamés grands du pays et du monde ont réagi.

Alors, suis-je convaincu ? Pas complètement.

Côté positif il y a l’effet de surprise (amoindri il est vrai en lisant le roman bien après tout le monde), une plume alerte, vive, des scènes assez loufoques, une irrévérence envers ceux qui se prennent pour les rois du monde. J’ai lu assez rapidement, souvent avec le sourire aux lèvres. Le recours à Twitter est assez bien vu, certains portraits sont savoureux et il y a des traits d’esprit qui font mouche.

Mais ensuite, je me suis dit : So what ? Et oui. Pour commencer, si en Corée du nord, au Maroc, ou en Arabie Séoudite il doit être assez gonflé d’écrire un livre où on tue le chef, en France, on ne risque pas grand-chose. Mais ce n’est pas grave.

Je ferais deux reproches essentiels au roman.

Tout d’abord sa structure inutilement compliquée. Pourquoi cette marche arrière ? Pourquoi certains détours en cours d’intrigue ? Ca donne une impression de complexité, de construction savante, mais est-ce que ça apporte quelque chose ? Pour moi non.

Et surtout j’ai plus eu l’impression de lire une suite de sketchs qu’un vrai roman structuré. Deux sketchs avec Trump, bien trouvés, mais on sait déjà qu’il n’a pas inventé la machine à dénoyauter les pois chiches comme dit Oppel. Un avec Poutine. Quelques-uns avec le couple Macron, bien gentils d’ailleurs, quelques autres avec les ministres. Une jolie imitation du célèbre François Molins … Mais une série de sketchs, aussi réussis soient-ils ne fait pas un roman, et là ça manque de liant, et même de véritable intention. Ou du moins je ne l’ai pas vue.

Et puis, c’est bien de rendre hommage à Ellroy (même si je trouve dommage d’expliciter la référence en bas de page), et d’écrire une demi-page dans le style David Peace dans Rouge ou mort, mais l’exploit ce n’est pas de tenir une demi-page, c’est d’arriver à faire avaler ce style à un lecteur qui se fiche du foot pendant 500 pages ! Donc c’est sympathique, mais ça souligne quand même l’écart entre les deux auteurs.

Et c’est là qu’on s’aperçoit que, quand au travers du destin d’un homme public (en l’occurrence l’entraineur des Reds de Liverpool) David Peace décrit tout un peuple et toute une époque, avec Tuer Jupiter, François Médéline s’amuse à décrire quelques figures médiatiques qui m’intéressent assez peu. Que restera-t-il du roman quand tout le monde aura oublié les Macrons, Collomb, Larcher et autres Trump ? On pourrait me reprocher de faire cette comparaison qui n’a peut-être pas lieu d’être, mais c’est lui qui l’a cherchée !

Bref, amusant, sans plus. Mais c’est peut-être moi qui suis allergique aux Macron, Poutines et autres emplumés qui trônent ici et là. Plusieurs de mes collègues du prix des chroniqueurs ont vraiment apprécié.

François Médéline / Tuer Jupiter, La Manufacture des livres (2018).

Eric Plamondon au Pays Basque

Après la découverte enthousiaste d’Eric Plamondon avec Taqawan, est venu pour moi le temps de la confirmation : Oyana.

PlamondonMai 2018, Oyana apprend que l’organisation ETA est dissoute, quelques années après avoir renoncé à la lutte armée. Elle décide alors de quitter le Québec et son mari Xavier pour rentrer à Ciboure. Avant elle lui écrit pour lui raconter ce qui l’a amenée au Mexique puis à Montréal, et lui révéler ce qu’elle lui a toujours caché.

Un récit et une rupture qui ne sont pas simples. Et qui sont pourtant moins compliqués que le retour dans un pays quitté 15 ans auparavant.

Pour commencer, dans la lettre d’Oyona, Eric Plamondon retrace superbement l’ambiance d’une enfance et d’une adolescence au Pays Basque et les sentiments vis-à-vis de l’ETA.

Il m’a remis tout ça en mémoire en quelques phrases. Le sentiment de sympathie qui a perduré assez unanimement, même chez des jeunes absolument pas nationalistes (comme moi), et même en général très opposé à toute forme de nationalisme … Une sympathie qui avait pour terreau la résistance à Franco, la mise en orbite de Carrero Blanco et les premiers attentats d’extrême droite du GAL, et qui s’est rapidement évaporée après l’attentat de Barcelone dans le supermarché. Une sympathie affichée, des blagues sur le rôle de l’église dans l’ETA (voir pour les plus jeunes Les phalanges de l’ordre noir de Bilal et Christin), sur les assassinats de guardias civils considérés comme positifs, sur la justification de la lutte armée, avec ses « dégâts collatéraux » … une époque assez difficilement imaginable aujourd’hui.

Pour se faire une idée, aucune soirée festive, aux fêtes de Bayonne ou ailleurs ne se déroulait sans chanter :

« Carrero Blanco ministro naval
tenia un sueño volar y volar
hasta que un dia ETA militar
hizo su sueño una gran realidad

Voló, voló Carrero voló y hasta las nubes llegó »

Et donc avec Oyona, Eric Plamondon m’a fait un peu l’effet de la fameuse Madeleine, qui en l’occurrence serait plutôt un verre de sangria ou de rosé limé (depuis j’ai élevé mes standards alcooliques, et mon foie s’est fragilisé). Et il décrit si bien le plaisir de retrouver l’océan … A croire que lui aussi est un faux québécois et qu’il a vécu son adolescence entre Bayonne et Hendaye …

Ca c’est pour le ressenti très subjectif. Sinon, en peu de pages, il construit très bien son intrigue, insère des pages plus informatives sur la situation en Pays Basque, comme dans Taqawan glisse quelques chapitres en apparence sans lien avec le sujet, tend peu à peu son histoire, et nous embarque avec Oyona, vers un final de plus en plus « polar ».

En chemin il reprend très bien la rhétorique nationaliste et indépendantiste, de façon vivante et pas didactique pour un sou, et la confronte, sans leçon de morale, à la réalité brute des drames, et au ressenti de son héroïne.

Alors c’est vrai, il n’y a pas la surprise du précédent, mois de ces étonnants et rafraichissants changements de directions que dans Taqawan. Pas le dépaysement non plus. Mais j’ai pris un immense plaisir à me retrouver plongé plus de trente ans en arrière.

Pour le plaisir de lecture, et pour ce retour de mes jeunes années, merci monsieur Plamondon !

Eric Plamondon / Oyana, Quidam éditeur (2019).

Je n’ai pas surfé La vague

Bon, il faut croire que l’année 2019 me met de mauvaise humeur, ou au minimum d’humeur grincheuse … Encore une fois je ne partage pas l’enthousiasme que suscite un roman (du moins si j’en crois un tour rapide sur les blogs) : La vague d’Ingrid Astier.

AstierTahiti. Hiro vit au bout du monde, dans sa petite vallée, proche de Teahupo’o, la Vague, la plus belle et la plus dangereuse qui déferle sur le récif corallien. Une vie parfaite d’autant plus que Moea, sa petite sœur, va enfin revenir sur l’ile, après des années d’exil. Une vie partagée entre le surf, la pêche, et la nature généreuse de sa vallée.

Mais tout n’est pas idyllique sur l’ile, l’ice, cette drogue de synthèse, commence à faire des ravages. Elle arrive dans le sillage de Taj, le meilleur surfeur hawaïen, qui est venu faire des affaires et défier les locaux sur leur vague, Teahupo’o.

Je comprends qu’on puisse aimer cette vague. C’est un joli roman, avec un très beau travail d’édition (à ce propos, j’aime beaucoup les nouvelles couvertures des arènes, leurs couleurs, leur texture). Visiblement Ingrid Astier est tombée amoureuse de Tahiti, de sa nature exubérante, des odeurs, des saveurs, des verts de l’ile et des bleus de la mer. Et du surf. Et elle le rend bien dans son roman.

Alors quoi ? Alors pour mes goûts le roman est trop mignon. Le gentil Hiro est vraiment trop parfait. Surfeur génial, en harmonie avec l’eau. Habitant de son coin de paradis tout aussi génial, en harmonie avec les animaux, les plantes, et la Terre. Autour de lui, ses potes aussi sont parfaits. De magnifiques chevaliers blancs, sans amertume ni doute malgré les blessures de la vie. Trop beau pour être vrai.

Et en face Taj est un vrai méchant, arrogant, méprisant, très fort aussi, mais bien entendu, à la fin il perd, parce que lui n’est pas en accord parfait avec la Terre et la Vague.

Et puis il y a une autre personnage, Reva, qui raconte son histoire en parallèle, mais elle interfère peu avec l’affrontement Hiro / Taj. Et puis, ailleurs, sur une ile rongée par la corruption et le clientélisme (c’est quand même le fief de Gaston Flosse), l’alcoolisme … Ce n’est pas le sujet, on n’en parle pas ou si peu.

Bref, c’est bien écrit, joliment raconté, mais trop gentil et mignon pour moi. Pour les histories de surf, je préfère Kem Nunn.

Ingrid Astier / La vague, Les arènes / Equinox (2019).

Les femmes de la famille Acampora

Vous cherchez un polar court, bien écrit, original, qui ne vous amène absolument pas là où vous pensiez aller ? Ne cherchez plus. Les mafieuses de Pascale Dietrich.

DietrichGrenoble. Pas la première ville à laquelle on pense quand on parle de mafia. Et pourtant la pieuvre italienne y est implantée. L’un de ses parrains, Leone, le chef de la famille Acampora est en train de passer l’arme à gauche, dans le coma après quelques mois de déchéance physique et mentale.

Son épouse Michèle est devenue un peu alcoolo en attendant la fin ; Dina ne veut rien savoir des affaires de la famille et après des études brillantes s’emmerde dans une ONG dont elle perçoit tous les disfonctionnements ; et Alessia, brillante et volontaire, est en train de reprendre les rênes depuis les pharmacies dont elle est propriétaire et qui lui assurent un excellent paravent pour les ventes de drogues, entre autres.

Mais, car il y a un mais, avant de devenir complètement liquide, Leone a laissé un testament, et au moment où il est tombé dans le coma, un tueur a été contacté pour tuer Michèle. Un tueur que lui seul connait. Les femmes de la famille Acampora vont devoir faire équipe pour sortir la maman de la panade et reprendre les affaires en main.

Que voilà un roman enthousiasmant !

Tout d’abord l’histoire est parfaitement menée, et même si le lecteur un peu aguerri devine rapidement qui est le tueur, on est pris par le suspense. Et même si un lecteur tatillon pourrait rouméguer parce que les trois femmes représentent trois attitudes cliché face à la mafia (ou toute autre structure de pouvoir plus ou moins contestable), à savoir

  • Je profite, avec un peu de mauvaise conscience, mais je profite quand même (Michèle)
  • Je rejette et potentiellement je combats (Dina)
  • Je rentre complètement dans le système et j’essaie d’en prendre le commandement (Alessia)

au-delà de ces clichés, l’auteur leur donne chair, sentiments, doutes et forces, en fait de vrais personnages attachants.

Ce qui réjouis le lecteur, c’est la façon dont Pascale Dietrich féminise le roman de mafia, grand classique du polar. Loin de la mythologie. Les mafieux sont de gros cons méchants, jaloux de leurs femmes et de leur pouvoir, avec pour seul but, gagner toujours plus de pognon. Leurs femmes sont plus malines (bien obligées, elles n’ont pas le pouvoir), mais tout aussi dénuées de scrupules et de toute solidarité féminine. Et que la couverture ne vous trompe pas, ce ne sont pas des bimbos tueuses sans pitié, c’est avec l’argent et la tête qu’elles règlent leurs compte (pas de Vanilla Ride ici).

Au passage, l’auteur dit tout le bien qu’elle pense d’un certain nombre d’ONG qui sous couvert de venir en aide aux plus pauvres ne font que permettre à un système dégueulasse de se maintenir, et accessoirement rétribuent grassement des employés plus soucieux d’aller baiser pas cher des mineures là où ils ne se feront pas prendre.

Ajoutez à cela une fin assez inattendue, et vous avez un roman à côté duquel il serait bien dommage de passer.

Pascale Dietrich / Les mafieuses, Liana Levi (2019).

Pas en phase avec la rentrée série noire.

Je n’ai pas de chance avec la série noire en ce début d’année. Je n’ai pas du tout accroché à La peau du papillon de Sergey Kuznetsov (abandon au bout de 100 pages), et là je ne peux pas dire que je sois convaincu par Requiem pour une république de Thomas Cantaloube.

cantaloubeSeptembre 1959, l’avocat d’origine algérienne Abderhamane Bentoui est assassiné chez lui, en même temps que son épouse, fille d’Aimé de la Salle de Rochemaure, résistant gaulliste de la première heure, de ses deux enfants et de son jeune frère de passage à Paris. Côté policier, une consigne tombe, directement du préfet Maurice Papon : Il faut enquêter du côté des luttes internes algériennes, et en particulier du côté du FLN. Luc Blanchard bleusaille qui vient de rentrer à la Crim va vite y perdre ses illusions.

Mais il n’est pas le seul à la recherche de l’assassin. Antoine Carrega, trafiquant corse, ancien résistant va chercher aussi pour le compte de Rochemaure avec qui il a combattu dans le maquis. Rochemaure qui voit d’anciens collabos revenir au pouvoir et qui ne fait aucune confiance à la police de Papon pour mener une vraie enquête. Et Sirius Volkstrom, ancien collabo, proche du bras droit de Papon a lui aussi des comptes à régler avec l’assassin.

Qu’est-ce qui me gêne dans ce polar, par ailleurs bien documenté ?

Tout d’abord, à mon goût, l’auteur a voulu mettre trop de choses. A savoir tout ce qui s’est passé entre 1959 et 1961 ou presque. On croise tout le monde sauf de Gaulle. Mitterrand, Pasqua, Debré, Papon, le SAC, le faux attentat de l’observatoire, l’enterrement de Céline, l’OAS, la manifestation du 17 octobre 61 et sa répression sanglante et impunie, les essais nucléaires français en Algérie. Le seul évènement dont je n’avais jamais entendu parler, et qui aurait pu être un point central du récit est l’attentat sur le Strasbourg-Paris perpétré par l’OAS. C’est beaucoup, c’est même trop, et on dirait que l’auteur n’a pas voulu, ou su, choisir dans ce matériau si riche pour se concentrer sur une intrigue. Cela laisse une impression de superficialité, tout étant traité un trop rapidement.

S’ajoute à cela, en prime, d’autres intrigues secondaires, comme la première sur laquelle enquête Blanchard, qui n’apportent rien au récit.

Ensuite l’écriture est trop sage et trop explicative pour moi. Trop sage parce que si certains personnages souffrent, ou doutent, en exagérant un peu, on lit « il souffre, il doute », mais on ne le ressent pas dans ses tripes. Quand Harry Hole est en pleine dérive, on le ressent, quand Rocco Schiavone ou Ricciardi souffrent, dépriment, ou ressentent de l’empathie pour une victime, on est touché en plein cœur. Là, rien, on lit mais on ne ressent pas. Sans doute parce que c’est sage, et trop explicatif. Et c’est là que ça coince aussi. L’auteur nous explique tout ce que pensent les personnages face à telle ou telle situation, ou pourquoi ils font telle ou telle action. Comme s’il ne faisait pas confiance au lecteur. Ça affadit, ça ralentit, ça manque de fantaisie, de folie, d’émotion, de rage … D’épices.

Bref raté pour moi, même si la toile de fond historique a été suffisamment intéressante pour me pousser à aller au bout. Mais peut-être suis-je de mauvaise humeur, j’ai vu de bons échos sur la toile.

Thomas Cantaloube / Requiem pour une république, Série Noire (2019).

Franck Bouysse toujours bouleversant

Est-il encore nécessaire de présenter Franck Bouysse aux amateurs de polars ? Non. Il revient avec un nouveau roman bouleversant, une fois de plus : Né d’aucune femme.

bouysseQuelque part, vers le centre de la France, un jour, au XIX° siècle, dans un pays où le temps semble figé. Gabriel, curé, entend une femme dans son confessionnal. Mais ce n’est pas une confession, elle lui demande seulement de sortir en cachette deux cahiers, qu’elle a cachés sous les jupes d’une femme morte, dans l’asile d’aliénés voisin.

Gabriel accepte, et c’est ainsi qu’il commence à lire l’histoire éprouvante de Rose, vendue à 14 ans par son père au maître des forges voisines.

Franck Bouysse, une fois de plus, donne chair à des personnages et des lieux à sa façon unique. Avec beaucoup d’émotion mais sans sensiblerie, avec une grande violence mais sans voyeurisme. Il a réussi cette fois à entrer dans la peau de Rose, à parler avec sa voix de jeune fille puis de jeune femme martyrisée, fragilisée mais capable de s’appuyer sur une volonté et une envie de vivre dures et pures comme le diamant. Une jeune femme qui apporte dans certaines pages une lumière chaude et bouleversante dans ce monde peuplé de personnages atroces, violents et immoraux, ou simplement lâches.

Une fois de plus il n’a pas son pareil pour écrire les silences de personnages peu habitués à la parole, mais qui s’expriment d’un geste, d’un regard.

Et si vous croyez au début entrer dans une histoire sans surprise, tant malheureusement ce qui va arriver à Rose semble inéluctable, l’auteur sait faire courir un fil ténu de mystère autour de quelques questions qui restent sans réponses jusqu’aux révélations finales. Un suspense très fin mais très présent qui vient ajouter une tension et un mince espoir dans ce tableau très sombre d’un château de Barbe Bleue tout puissant, maître sans pitié et sans scrupules d’un monde qui est en train de disparaître.

Un nouveau très beau roman de Franck Bouysse qui, une fois de plus, va vous tordre le cœur.

Franck Bouysse / Né d’aucune femme, La manufacture des livres (2019).