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L’île invisible

Un roman qui, d’après ce que j’ai trouvé sur le net, avait été publié une première fois en 2013, et qu’Asphalte ressort cette année, L’île invisible du vénézuélien Francisco Suniaga.

L’île de Margarita a deux visages. Le bord de mer, ses hôtels pour touristes européens, ses bars et restaurants de plage, propre, moderne, rangé. Et l’intérieur plus délabré, les petits boulots, où l’on n’obtient rien si on en connait pas quelqu’un, les flasques de rhum pas cher, et les combats de coqs.

Edeltraud Kreutzer, la soixantaine, quitte son village en Allemagne à plus de soixante ans. Son fils Wolgang, venu ouvrir un restaurant il y a deux ans avec son épouse Renata, s’est noyé. Mais elle a reçu une lettre anonyme disant qu’il avait été assassiné par Renata et son amant. Et les vieux parents qui n’ont jamais quitté l’Allemagne veulent savoir ce qui est arrivé à leur fils. Mais pour cela ils auront besoin d’aide sur place, celle de l’avocat José Alberto Benitez, qui va essayer de comprendre ce qui est arrivé au couple pendant ces deux ans.

Si vous recherchez un polar tendu, avec une intrigue aux petits oignons, vous pouvez arrêter là la lecture. De même si vous n’aimez que les dialogues et l’action. L’île invisible est un polar étrange, à peine un polar d’ailleurs tant il n’y a pas vraiment d’enquête (sauf une, littéraire, assez inattendue), ni même de suspense.

Et pourtant c’est un roman prenant, intéressant, avec une force d’évocation surprenante qui embrasse de multiples sujets. L’auteur arrive à nous faire voir un couple allemand à la fois passionné et très raisonnable et sérieux, l’ambiance survoltée des combats de coqs, la beauté d’un lever de soleil sur une plage paradisiaque, la chaleur écrasante sur un trottoir défoncé …

Il excelle dans la description de la différence entre les modes de vie en Europe (et spécialement en Europe du nord) et sur une île des Caraïbes, et il y a un petit côté Mario Conde dans la description de réunions entre amis, la désillusion de ceux qui ont cru en un avenir radieux et se sentent toujours de gauche, mais une gauche trahie et perdue.

De cet étrange mélange émerge un roman mélancolique, à la fois triste et parfois plein de vigueur, mais surtout empreint d’une humanité qui fait du bien.

Francisco Suniaga / L’île invisible, (La otra isla, 2005), Asphalte (2013 puis 2021) traduit de l’espagnol (Venezuela) par Marta Martinez-Valls.