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Don Winslow : parfait une fois de plus

Don Winslow ne peut pas écrire que La griffe du chien ou Cartel, entre il a bien besoin d’une respiration, et ses lecteurs aussi. Alors il nous offre d’excellents romans, de purs moments de lecture jouissive, comme ce Missing : Germany.

WinslowVous vous souvenez peut-être de Frank Decker, ex Marine, ex flic, qui avait tout laissé tomber dans Missing : New-York pour retrouver une gamine disparue. Cette fois encore il s’agit de retrouver quelqu’un. Charles Sprague, troisième du nom ne devrait rien avoir en commun avec Frank : héritier d’une famille richissime de Miami, milliardaire du secteur de la construction. Mais Charles Sprague était en Irak avec Franck, il lui a sauvé la vie, et est revenu avec la moitié du visage brûlé.

Contre tout attente, il a épousé Kim, ancienne modèle, incarnation de la beauté américaine hollywoodienne. Et Kim a disparu, un soir. Elle est allé dans son centre commercial préféré, on a retrouvé sa voiture, plus aucune nouvelle d’elle. Alors Frank va faire ce qu’il fait de mieux, fouiller le passé et le présent, mettre à jour les pires secrets, et retrouver Kim. Coute que coute.

Que c’est bon ! Certes ce roman n’a pas l’ampleur et la puissance de Cartel, mais qu’il est jouissif ! Que c’est bon de voir un maître s’emparer de ce que le polar peut avoir de plus classique pour le mettre à sa sauce et embarquer son lecteur.

Car quoi de plus classique qu’un privé qui recherche une femme disparue et, de fil en aiguille, met à jour de vilains secrets que personne ne voulait voir ressurgir ? Rien. Si peut-être l’arrivée d’une femme fatale. D’ailleurs là aussi il y a des femmes fatales. Classiquissime donc, mais quand c’est pris en main par un conteur comme Don Winslow c’est le pied total.

C’est aussi bon qu’un Elmore Leonard, on retrouve une maîtrise des dialogues, et une écriture qui font paraître tout si facile, si évident, alors que c’est la marque des grands, des très grands même.

Et quand au détour d’une phrase on lit : « J’ai vu pas mal de choses dans les couloirs de la mort. Il y en a une que je n’ai encore jamais vue : c’est un homme blanc et riche. » on s’aperçoit que, sous couvert de vous faire prendre un immense plaisir de lecture, de vous scotcher à votre bouquin, Winslow ne renonce pas à décrire le monde tel qu’il est, malheureusement.

Donc, à lire, sans faute.

Don Winslow / Missing : Germany (Missing : Germany, 2017), Seuil (2018), traduit de l’anglais (USA) par Philippe Loubat-Delranc.

Frank Decker, nouveau personnage de Don Winslow

Cela faisait un moment que je n’avais pas lu de roman de Don Winslow, et ça me manquait. C’est chose faite avec ce qui pourrait ressembler au début d’une série : Missing : New York.

WinslowFrank Decker est flic à Lincoln, une petite ville du Nebraska. Jusqu’au jour où il se rend chez Cheryl Hansen. Sa petite fille, Hailey, cinq ans, a disparu du jardin, le temps que Cheryl rentre chercher un paquet de cigarettes. La police, les voisins, même FBI font ce qu’ils peuvent, pendant quelques jours. Puis abandonnent. Mais pas Frank qui démissionne, quitte sa femme (son couple battait de l’aile) et part sur les routes, sillonnant le pays, derrière la moindre piste.

Il finit par en trouver une qui lui donne un tout petit espoir …

C’est certain, ce n’est pas du niveau du chef d’œuvre de Don Winslow, La griffe du chien. Mais si on ne devait lire que des romans de cet acabit on ne lirait pas beaucoup. On ne retrouve pas non plus la recherche stylistique de ses romans les plus allumés comme Savages ou Cool. Cette fois, avec la mise en place d’un nouveau personnage, Don Winslow fait dans le sobre mais efficace.

Ce Frank Decker, et un certain nombre de personnages qui l’accompagnent ou qu’il croise, comme Cheryl la mère de la gamine disparue, ou ceux qui l’aident spontanément ici où là, me font beaucoup penser aux américains mis en scène par une autre grand George Pelecanos. Des gens simples, qui tentent de vivre décemment et dignement, des gens qui ne sont ni des truands, ni des marginaux, ni des stars de papier glacé, des gens dont on ne parle jamais … Très américain comme démarche.

Ca c’est pour la première moitié du roman. Quand Franck arrive à New York et se rapproche de la solution, on bascule dans un autre monde : Celui de ceux qui ont une fortune qui les place au-dessus des lois, au-dessus de la morale, de ceux qui peuvent tout acheter et n’ont pas de limite. Sauf Frank Decker heureusement …

Le choc entre ces deux mondes, Don Winslow nous le raconte avec le savoir-faire qu’on lui connait. Une écriture, « évidente » qui coule toute seule, un grand sens du rythme et du suspense, et des dialogues qui claquent. Un vrai plaisir de lecture au premier degré. Du grand classique comme on l’aime.

Don Winslow / Missing : New York (Missing : New York, 2014), Seuil/Policiers (2015), traduit de l’anglais (USA) par Philippe Loubat-Delranc.