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La guerre est une ruse : un début magistral

Rentrée copieuse avec La guerre est une ruse (1° partie) de Frédéric Paulin chez Agullo. Un auteur que je découvre avec ce roman.

Paulin1992 à Alger. Le début d’une guerre qui ne dira jamais son nom mais va faire des centaines, des milliers de morts, en Algérie, mais également en France. A Alger l’armée à tout intérêt à ce que le chaos s’installe, pour avoir un prétexte pour rester au pouvoir, alors que les élections récentes donnent la majorité aux barbus du FIS.  En France, dans l’ombre, les hommes de Pasqua soutiennent les militaires. Pour cela, ils sont prêts à tout, quitte à infiltrer les rangs des barbus et du récent GIA et à multiplier les actes sanglants qui vont justifier les massacres de l’armée.

Au milieu du merdier, Tedj Benlazar, français qui a des origines algériennes est l’un des meilleurs agents de la DGSE à Alger. Il est sous les ordres du Vieux, Bellevue, un ancien qui voit ce qui s’annonce mais n’arrive pas à convaincre ses chefs qui ne veulent pas croire aux liens entre GIA et armée, et encore moins que certains politiques français soient au courant.

De 1992 à 1995, Tedj, Bellevue, et des dizaines d’autres, algériens pris au piège entre l’armée et les islamistes, ou français vivants en Algérie vont être broyés par les magouilles de ceux qui veulent se maintenir coute que coute. Jusqu’à ce que le conflit arrive en France …

Excellent roman complexe sans être confus, documenté sans être pédant. L’auteur nous intéresse à des personnages incarnés, nous passionne pour un mécanisme compliqué et mortel, qui voit une poignée de pourritures déclencher un chaos mortel pour des milliers de personnes juste pour rester au pouvoir.

La grande force de l’auteur est d’arriver à ne jamais simplifier, à rendre la complexité d’une situation sans jamais sacrifier l’intrigue ou les personnages. Le lecteur est emporté par le souffle du roman, embarqué par la force romanesque de l’histoire, et n’est à aucun moment rebuté par la multitude des personnages, ou la complexité des situations.

C’est intelligent, fin, passionnant, prenant, un vrai roman d’espionnage français sans concession mais non sans humanité. Digne des meilleurs. J’attends la suite avec impatience.

Frédéric Paulin / La guerre est une ruse (1° partie), Agullo (2018).