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Rencontres

Je vous ai dit tout le bien que je pense du dernier Biondillo, mais aussi comme il ne faut pas rater une occasion de le voir en chair et en os (et en humour).

Et bien les parisiens ont de la chance, il sera à l’Institut culturel italien le 26 octobre à 19h00. Tout est là.

J’en profite pour attirer votre attention sur le très riche programme de rencontres des auteurs Métailié.

Avec une mention pour les toulousains, vendredi prochain, à Ombres Blanches, avec Santiago Gamboa. Rencontre à laquelle, malheureusement, je ne pourrai pas participer.

Ferraro de Milan, nouveau personnage culte.

J’avais déjà beaucoup aimé Le matériel du tueur de Gianni Biondillo, qui d’ailleurs avait gagné le prix Violeta Negra il y a quelques années. Et j’ai adoré, coup de cœur absolu, le dernier, Le charme des sirènes.

BiondilloSi vous avez lu Le matériel du tueur, vous vous souvenez sans doute de l’inspecteur Ferraro de Milan. Il mène une vie « tranquille », aussi tranquille que possible avec un chef arriviste, une fille ado, et des amis d’enfance dans le Quarto Oggiaro, le quartier … compliqué de Milan.

Elle va devenir beaucoup moins tranquille quand, bien contre son gré, il est affecté à l’enquête sur l’assassinat d’une top model pendant le grand défilé de mode de la gloire locale et internationale, Varaldi. Hargneux, décidé à haïr tout le monde, il déboule dans ce grand monde milanais comme un chien enragé.

Ailleurs, beaucoup plus au sud, Oreste dit Moustache, clodo depuis toujours décide de revenir mourir dans son quartier, le Quarto Oggiaro de Milan. Sur sa route il va rencontrer Aïcha, gamine échouée récemment sur une plage italienne à la recherche de son grand frère installé à Milan, et croiser la route d’un vrai sale con.

Et tout ce monde se retrouvera, peut-être, à Milan.

Comment dire à quel point je me suis régalé avec ce roman ? Dès le premier chapitre, la première scène, plusieurs éclats de rire. Si vous ne me croyez pas, entrez dans une librairie ou une bibliothèque, ouvrez le bouquin et lisez pourquoi il ne faut jamais réveiller Mimmo, l’Animal.

Et les éclats de rire vont se multiplier au fil des pages. Le regard de Ferraro (et de Biondillo bien sûr) sur le milieu, très artificiel de la mode est sans pitié, sans concession, mais également sans méchanceté gratuite. Il sait y voir la beauté, les souffrance, la fierté du travail  bien fait, la férocité des rapports humains, le ridicule et l’affectation, les préjugés (les siens en premier). C’est criant de vérité, et c’est l’illustration permanente de l’existence de deux villes de Milan qui ne se côtoient jamais, ou presque. Celle des riches et de l’ostentation, et celle de Mimmo, de Ferraro, des familles qui ne trouvent pas de logement, des quartiers où le racisme et l’extrême droite reprennent du poil de la bête.

Tout cela en nous faisant rire, en nous émouvant, avec des dialogues magnifiques, et un regard d’une justesse absolue. Ne serait-ce que pour les scènes entre Ferraro et sa fille, lisez le bouquin, j’ai eu l’impression que Biondillo était venu chez moi, sans que je m’en aperçoive, pour filmer puis retranscrire les discussions avec la mienne !

Certes j’avais deviné avant la dernière page le fin mot de l’histoire, mais ce n’est pas grave, pas grave du tout, tant jusqu’à la dernière ligne ce diable d’auteur m’a amusé, mais aussi ému profondément.

Pour résumer, c’est un livre drôle, émouvant, intelligent, pertinent et indispensable. Et si vous en avez l’occasion, ne ratez surtout pas l’occasion de rencontrer l’auteur, il est absolument extraordinaire à l’oral.

Gianni Biondillo / Le charme des sirènes (L’incanto delle sirene, 2015), Métailié (2017), traduit de l’italien par Serge Quadruppani.

Bilan très subjectif de Toulouse Polars du Sud

Et voilà, la sixième édition est bouclée. Alors quel bilan ?

Commençons par les regrets … Le premier, l’incontournable Carlos Salem qui nous est arrivé avec une crève d’enfer, qu’il a dû vouloir soigner à la bière et à la clope … résultat, vendredi soir direction l’hôpital où il est resté tout le week-end. Et un festival TPS sans Carlos, c’est plus tout à fait TPS.

Carlos, écoute les infirmières, soignes-toi bien et rendez-vous l’an prochain !

Ensuite quelques copains ne sont pas venus cette année. Comme je ne déplace pas dans les salons (pour cause d’emploi du temps surchargé), c’est l’occasion de les voir qui disparait. D’un autre côté, finalement, ça a permis de passer plus de temps avec ceux qui étaient là … et toc. Et puis comme moi aussi je sais être pute, tout le monde ne nous a pas manqué. Re-toc.

Dernière chose, j’en ai déjà causé ici, je regrette aussi un certain manque de curiosité lors des rencontres dans les librairies de la ville. Les occasions de découvrir, avec du temps et en tête à tête des auteurs comme Eric Maravélias ou Ayerdhal sont rares, dommage qu’aussi peu de lecteurs se soient déplacés dans la semaine.

Pis c’est tout.

Tout le reste, c’est du bonheur.

On commence par les prix, c’est Le matériel du tueur de Gianni Biondillo qui a eu le prix Violeta Negra. Est-ce que je suis content ? Oui !

La rencontre avec Deon Meyer, et le regret qu’il n’ait pas pu rester pour le week-end.

L’occasion de passer une soirée avec Eric Maravélias que je découvrais, et Ayerdhal dont je suis fan depuis … on va dire longtemps, bien longtemps. Je m’étais fixé comme objectif de faire acheter toute la pile de Rainbow Warriors, je n’ai pas eu assez le temps de trainer sous le chapiteau pour y arriver, mais c’était bien quand même.

La rencontre les Docteurs du Polars, je trouve l’idée géniale, et j’ai l’impression qu’ils ont prescrit à tour de bras, merci et à une prochaine.

Par contre une frustration : pas trouvé le temps d’échanger plus de deux mots avec Marc Fernandez, l’an prochain ? On se fait une animation à deux ?

On a bien bossé avec Yan, avec peut-être une première : l’animation à deux d’une table ronde. Je me suis régalé, ça permet de dégager des thématiques en discutant, et si les deux animateurs jouent le jeu, il me semble que cela met encore plus les auteurs au centre du débat et efface davantage les animateurs. L’exercice a une limite bien entendu, je connais quelques animateurs (et même sous la torture je ne donnerai pas les noms) qui parlent déjà tellement qu’à deux ils n’ont plus besoin d’auteurs … Mais là, je crois que ça a bien fonctionné.

Plaisir de croiser quelques copains auteurs, avec la frustration d’avoir passé trop peu de temps avec eux : Benoit Séverac, Maïté Bernard, Michael Mention, Cristina Fallaras, Victor del Arbol, Serge Quadruppani, et plaisir tout aussi grand d’en rencontrer de nouveaux, Rafael Reig (même si je n’avais pas été entièrement conquis par son bouquin), et Lorenzo Lunar, un véritable plaisir, chaleureux, drôle, passionnant, bon client au bar … A vous donner envie de prendre tout de suite le billet pour Santa Clara.

Frustration de ne pas avoir pris le temps de dire à Jacques Mailhos qui était de passage mon admiration pour son travail … Mais voilà, quand on ne traîne ni à Lyon, ni à Paris on ne reconnaît pas vite les gens qui comptent vraiment, et après c’est trop tard. J’espère me rattraper l’an prochain.

En ce qui concerne les tables rondes, je n’ai pas pu tout voir, mais toutes celles auxquelles j’ai assisté étaient d’un excellent niveau :

Ca a été chaud entre Cristina Fallaras, Rafael Reig et Marie Van Moere sur « et les enfants dans tout ça », c’est parti d’emblée avec Rafael disant que l’enfance était une invention de la société, Cristina et Marie lui sont tombé sur le poil, j’ai un peu ramé pour traduire et Yan pour ramener le débat sur le terrain littéraire, mais au moins on ne s’est pas ennuyé !

Dimanche matin, j’étais censé co-animer une table ronde entre Gianni Biondillo et Gioacchino Criaco avec … Serge Quadruppani. Mais je ne suis pas inconscient ! Donc j’ai présenté les protagonistes, et j’ai laissé faire celui qui sait. Ce fut passionnant, drôle, pertinent, enjoué, du fond, beaucoup d’informations et d’émotion et toujours avec un talent de conteur très latin. Du coup j’ai promis à Gioacchino Criaco que, maintenant que je comprends un tout petit peu mieux la situation calabraise j’allais relire Les âmes mortes qui m’avait un laissé sur le bord du chemin malgré d’évidentes qualités.

L’après-midi j’animais avec Yan la table ronde qui me semblait la plus risquée : Les brûlures de l’histoire avec Gianni Biondillo, Victor del Arbol et François Médéline. La plus risquée parce que trois langues (donc traductions multiples à assurer), parce que les bouquins étaient très différents, et parce que la thématique choisie pour les relier pouvait sembler un peu tirée par les cheveux. Et là, sans doute la meilleure surprise du salon, tout fonctionne. Des auteurs qui se répondent sans qu’on ait à intervenir, des vraies correspondances dans les thèmes et les discours, mais aussi des différences qui relançaient la discussion. Beaucoup d’émotion, des rires, de l’intelligence et trois auteurs qui, toujours, ont ramené la thématique à leur rôle d’écrivain, à l’importance de la fiction à côté du travail des historiens. Vraiment la table ronde dont rêve tout animateur.

On a terminé en beauté, avec Lorenzo Lunar présenté par Victor del Arbol. Rencontre qui, en cette fin de festival m’a conforté dans mes certitudes : organisateurs de salons et de rencontres, si vous voulez réussir votre coup, invitez des latins. Italiens, espagnols, argentins, cubains … c’est un vrai bonheur. Une heure sous le charme, au moins pour les spectateurs. Comme j’étais à la traduction, et que je commençais à fatiguer, j’ai un peu ramé, me suis mélangé les pinceaux et pris les pieds dans plusieurs tapis, mais Lorenzo et Victor étaient tellement expressifs et leur enthousiasme communicatif que je suis certain que tout le monde a compris. Une heure cubaine donc, avec une déclaration d’amour de Lorenzo à son quartier, le plus populaire de Santa Clara. Et un hommage appuyé à Leonardo Padura dont l’arrivée dans la littérature est, selon lui, l’événement culturel le plus important des trente dernières années à Cuba.

Je ne terminerai pas sans un coup de chapeau appuyé à tous ceux qui ont trimé toute l’année, dans des conditions pas faciles, parfois contre vents et marées, et à tous ceux qui ont couru partout toute la semaine, et encore plus ce week-end pour que tout se passe bien. Et tout c’est très bien passé, et dans la bonne humeur s’il vous plait. Hier soir, j’ai vu beaucoup de valoches sous les yeux, beaucoup de bâillements, mais aussi beaucoup de sourires. Et les futs de bière étaient à sec, et si ça c’est pas un signe !

Merci à tous et rendez-vous l’année prochaine.

Gianni Biondillo, Le matériel du tueur

A la lecture de la quatrième de couverture il semblerait que j’ai raté deux romans de Gianni Biondillo chez Joëlle Losfeld. J’en suis fort marri. Car j’ai beaucoup aimé Le matériel du tueur, son troisième traduit en français, une belle révélation pour moi.

BiondilloEtrange … Dans la banlieue de Milan un petit délinquant sans importance est libéré lors d’un transfert de la prison vers l’hôpital par un commando qui sent la mafia à plein nez. Mais pourquoi donc s’intéresseraient-ils à un africain paumé ramassé dans un bistro lors d’une bagarre à propos d’un match de foot ? A moins que les choses ne soient plus compliquées, et que le petit malfrat soit un gros, un très gros poisson. Qui, autre fait étrange, échappe sans peine à la traque d’Elena Rinaldi, une flic d’élite venue exprès de Rome. Une flic secondée par un local, le bougon mais étonnant inspecteur Ferraro.

Rien ici ne révolutionne le genre. Aucune des qualités de ce roman enthousiasmant n’est absolument nouvelle. C’est l’ensemble qui met en joie et fait réfléchir.

La structure est classique : D’un côté le tueur, que l’on suit sans vraiment savoir où il va ni quel est son but, et dont on découvre peu à peu le passé. D’un autre les deux flics qui le traquent et qui se font balader. Classique, mais très bien maîtrisée, aussi bien dans les aller-retour présent-passé que dans les passages d’un personnage à l’autre. Donc très efficace et plaisant à lire.

Les personnages eux aussi sont classiques : un tueur très bien entraîné qui poursuit un but que l’on découvre peu à peu, une flic coriace et à la dent dure et un autre dépressif et tête de lard. Trois archétypes. Encore faut-il savoir les manipuler. Et Gianni Biondillo le fait parfaitement. Il ne se contente pas du cliché, il lui donne une chair et une âme. Et surtout, il fait preuve d’un humour parfois ravageur. Les dialogues entre Ferraro et un collègue un poil extraterrestre sont des monuments du genre. Eclats de rire garantis. Les épisodes gastronomiques, quasi incontournables quand on est en Italie sont eux aussi très réussis. Prévoyez quelques antipasti pour quand vous refermez le bouquin, il donne faim. Et cela donne des goûts et des odeurs au texte.

Cet humour, cette énergie et ce plaisir de la narration font que les digressions assez nombreuses sur le passé colonial de l’Italie en Afrique, les circuits actuels de traite des migrants, ou les charmes historiques et artistiques de telle ou telle ville du nord de l’Italie ne sont jamais pesantes et ne donnent jamais l’impression de ralentir ou alourdir le récit. Au contraire, elles lui donnent une épaisseur et un intérêt qui ajoutent au plaisir de lecture.

On apprend en s’amusant. Et surtout on se régale. Une vraie découverte pour moi. Je ne sais pas si je vais trouver le temps de lire les deux premiers, mais il est certain que je ne raterai pas le suivant.

Gianni Biondillo / Le matériel du tueur (I materiali dell killer, 2011), Métailié (2013), traduit de l’italien par Serge Quadruppani.