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Joe Hackney de Gilles Bornais

Voilà un roman qui risque fort de passer inaperçu, et ce serait bien dommage. Il s’agit du retour de Joe Hackney, ancien voyou devenu flic de Scotland Yard dans Le sang des highlands du trop discret Gilles Bornais.

Bornais1892 au bord du Loch Ness. Walter et Victoria Brown, scientifiques reconnus internationalement venus en repérage pour étudier la faune et la flore du loch sont sauvagement assassiné, et retrouvés pendus tête en bas au bord du lac. Leur fils de 12 ans a disparu. L’émotion à Londres et dans le monde scientifique européen est immense.

Sous la pression médiatique, Gareth Thaur, colosse et ancien soldat de l’armée britannique en charge de l’enquête n’a d’autre choix que d’accepter l’arrivée de Joe Hackney, venu de Scotland Yard pour le seconder. Joe, ancien truand, aux méthodes parfois expéditives qui se sent mal dès qu’il s’éloigne des rues de Londres va faire une overdose de nature et de grand air. Et se heurter bien entendu à la rigidité de Thaur.

Mais il faudra bien tous les efforts des deux hommes pour venir à bout d’assassins qui semblent se moquer d’eux.

Autant le dire tout de suite, si je n’avais pas déjà connu l’excellent Gilles Bornais, je n’aurais jamais ouvert le bouquin. Ne serait-ce que parce que la couverture est hideuse. Et la fabrication du bouquin pitoyable (il y a des pages avec un léger flou, et c’est pas juste que je deviens trop vieux pour lire sans lunettes).

Et pourtant, il vaut la peine. Recouvrez-le avec un joli papier et lancez-vous. Les enquêtes de Joe Hackney sont une véritable plongée dans la corruption, l’exploitation des plus pauvres, la crasse, la misère, la boue … Alors pour ceux qui se disent qu’ils vont retrouver l’ambiance tasse de thé, et napperons, oubliez, on retrouve certes la Grande-Bretagne victorienne, mais avec un personnage principal hardboiled à l’américaine, qui évolue dans la rue, et de préférences dans les rues mal famées, mal entretenues et pas éclairées.

Un contexte historique maîtrisée et bien rendu, des personnages incarnés, une intrigue solide, des coups de théâtre, de la castagne, de l’émotion. Bref, si le roman historique n’est pas forcément ma tasse de thé, ceux de Gilles Bornais m’enchantent. On peut juste lui reprocher de ne pas écrire plus vite.

Gilles Bornais / Le sang des highlands, City éditions (2019).

Douce campagne anglaise … Plus noire que verte.

Si mon billet sur Fred Vargas était bien inutile (elle caracole en tête des ventes, et c’est tant mieux), celui-ci pourra peut-être vous faire découvrir un auteur, au moins à quelques-uns d’entre vous.

Cela faisait bien longtemps que je n’avais pas eu de nouvelles du très (trop ?) discret Gilles Bornais. Ce journaliste est l’auteur de  sept romans que l’on peut classer dans deux catégories.

Des romans noirs actuels, intimistes, relatant le quotidien de personnes ordinaires, de celles dont on ne parle jamais. Ce sont :  Ali casse les prix, Franconville bâtiment B et Le serin de Monsieur Crapelet.

Le dernier paru, Les nuits rouges de Nerwood fait partie d’une série historique consacrée à un flic londonien de la fin du XIX°, Joe Hackney, ancien petit voleur devenu flic mais ayant gardé des liens et des amitiés avec ses anciens complices. Il fait une première apparition dans Le diable de Glasgow, et le revoilà donc ici.

1892, dans une petite ville campagnarde du Somerset entourée de forêts, un député conservateur est sauvagement assassiné. La même nuit sa femme a été vue sur le pas de la porte d’un notaire, son rival politique, qui a été grièvement blessé à la tête par une décharge de chevrotines. Des bruits commencent à courir parlant d’une sorcière, d’un chien monstrueux, d’un fantôme … Tous, tueur, bête et épouse du député ont disparu dans les forêts environnantes … Au vu de la « qualité » des victimes, la police locale demande l’aide de Londres, et c’est Joe Hackney, qui pourtant déteste la campagne qui est envoyé sur place. La vérité se cache dans ces forêts, elle n’a rien que de très humain, et de très sordide …

On retrouve dans cet épisode les solides qualités de la série : A commencer par une intrigue alambiquée, un peu « à la manière de » qui rend hommage au roman policier victorien, mais en même temps, innove en se situant bien loin des salons de thé et des majordomes assassins. Comme les romans précédents, celui-ci nous plonge au cœur du prolétariat exploité, surexploité, à la limite de l’esclavage (lisez vous verrez).

Des personnages ensuite, qui existent vraiment à la fois dans la tradition des malfrats « picaresque », des flics dépassés, mais aussi, avec des racines profondes dans la population maltraitée de cette Angleterre par ailleurs triomphante.

Un décor très présent, oppressant, sinistre, où la nature n’est pas aimable mais hostile envers l’homme (ou du moins hostile envers l’homme de la ville qu’est Joe).

Pour finir, une peinture très sombre des relations sociales au cœur du roman, des relations sociales qui se caractérisent par leur violence, leur brutalité et leur cruauté. Certes il ne fait pas bon être pauvre dans l’Angleterre du XXI° siècle, dans celle de Gilles Bornais et de Joe Hackney, c’était un enfer.

Bref c’est très noir, étouffant, solidement documenté, prenant … A lire, comme le reste de la série.

Gilles Bornais / Les nuits rouges de Nerwood, Pascal Galodé (2011).

Pour compléter vous avez sur Bibliosurf la transcription d’une rencontre avec les lecteurs.